La synagogue d'Emden, inaugurée en 1836 et agrandie en 1910, a été détruite en 1938 lors de la nuit de Cristal comme la plupart des autres lieux de culte juif en Allemagne.
Emden est une ville portuaire allemande du Land de Basse-Saxe, sur le fleuve Ems, principale ville de la région de la Frise orientale, près de la frontière avec les Pays-Bas. Elle compte actuellement environ .
Histoire de la communauté juive La légende Une communauté juive a existé à Emden depuis le , jusqu'à 1938-1940.
Selon d'anciennes légendes non vérifiables historiquement, des Juifs se seraient installés en ville depuis l'Antiquité. Après la destruction de Jérusalem par Titus en 70, des prisonniers juifs auraient été débarqués à Emden. L'historien frison Eggerik Beninga (1490-1562) dans sa Chronique de la Frise orientale, fait remonter la venue des Juifs sur les côtes de la mer du Nord, en Frise orientale, à la destruction du premier temple par Nabuchodonosor II.
Du au : les débuts de la communauté juive On suppose que des Juifs ont vécu à Emden au , peut-être de façon temporaire, mais aucune preuve documentaire n'existe permettant de le confirmer.
Depuis 1571, des documents attestent de la présence juive en ville, mais les premières familles se sont certainement installées quelques années plus tôt. Des sources plus tardives indiquent que dès 1530, il y a des Juifs dans la ville. Dans une lettre de doléance datée du , contre le comte Edzard et le conseil municipal, adressée par les citoyens d'Emden aux commissaires impériaux venus régler les différends entre le souverain et ses sujets, les citoyens font part de leur mécontentement que les Juifs sont autorisés à exercer publiquement leur religion et qu'ils ne portent pas de signes distinctifs. Les commissaires déboutent les citoyens concernant ce sujet, et les Juifs continuent à vivre dans la ville comme auparavant.
Le comte Ulrich II (1605-1648) reçoit les Juifs à sa cour et même un couple juif est marié par un rabbin en présence de toute la cour. Ce fait attise le courroux du pasteur luthérien Walther, qui s'exprime ainsi : « En présence de 100 diables, une paire de diables a été unie par un diable âgé; les gens n'ont aucun respect à l'égard de Dieu ou de moi-même ».
Les premières familles juives sont d'origine ashkénaze, et ce n'est que plus tard, après 1649 ou même 1700, voire 1712, que quelques familles juives séfarades, des marranes portugais, viennent s'installer à Emden. Un magistrat d'Emden accorde en 1649 des privilèges aux Juifs portugais, qu'il renouvelle en 1703 en leur attribuant la pleine citoyenneté. Parmi ces Portugais, on peut mentionner le médecin Abraham German (1752), vivant auparavant à Amsterdam, Isaac van der Hock (1753); Isaac de Lemos (1765); et Isaac Aletrino (1782). Ils sont très bien accueillis, car comme le déclare le magistrat : « Les gens de cette qualité sont très utiles et même indispensables pour le commerce avec la Caraïbe ».
Le premier registre de Schutzgeld (argent de protection) date de l'année 1589 et concerne six familles juives allemandes. Initialement les Juifs de la ville sont sous la protection de la maison du grave de Frise orientale, mais au début du , ils passent sous la protection de la ville.
En 1613, on compte 16 familles juives à Emden, en 1624 leur nombre est de 24 et ce nombre va progresser jusqu'au milieu du pour parvenir à 98 familles en 1741, devenant une des communautés les plus importantes de l'Allemagne du nord-ouest. Dès le , il existe une émigration juive d'Emden vers l'Amérique : en 1696, Abraham Isaack d'Emden joue un rôle important dans la construction de la première synagogue de New York. En 1771, la population juive d'Emden atteint son maximum en termes de pourcentage de la population totale avec 7,6 pour cent. Les villes voisines de Greetsiel, ldersum, Pewsum, Rysum, Wirdum et Woquard où vivent également quelques familles juives, sont rattachées à la communauté juive d'Emden.
Les familles juives aux sous la protection de la municipalité, exercent très librement leurs activités économiques et commerciales. Elles peuvent posséder maisons et propriétés foncières et il y a peu de restriction à l'immigration. Le nombre de familles juives aisées restent cependant très faible, soit environ 10 pour cent des familles. Près des deux tiers des membres de la communauté, principalement des fripiers ou des bouchers, appartiennent à la classe inférieure de la communauté juive.
Ce n'est qu'après la prise de contrôle de la Frise orientale par la Prusse en 1744, que la situation des Juifs de la ville subit une nette dégradation. Comme argent de protection, les Juifs doivent payer la somme de 776 thalers, et il en coûte encore 80 thalers pour léguer à un de ses fils ce droit de protection. Vers la fin de la guerre de Sept Ans (1756-1763), les premières émeutes contre les Juifs surviennent, dues aux privations et mauvaises conditions économiques pendant la guerre. Le , la foule s'en prend aux Juifs accusés d'avoir déprécié la monnaie, et le conseil municipal ne réussit à rétablir l'ordre et disperser la foule, qu'après la destruction, mais sans pillage, des maisons de quatre des plus riches Juifs de la ville.
Le : une communauté en forte croissance Au , le nombre de résidents juifs dans Emden s'établit ainsi : en 1804, 490 habitants juifs soit 4,4 % des de la ville ; en 1828, 802 Juifs soit 6,7 % des habitants, en 1848, 730 Juifs soit 5,7 % des ; en 1861, 758 sur , soit 6,2 % ; en 1871, 681 soit 5,4 % de ; en 1885, 663 soit 4,7 % de ; en 1895, 726 soit 5,0 % de et en 1905, 809 Juifs pour une population totale de , soit 3,9 %.
Après le traité de Tilsit, en 1807, Napoléon incorpore la Frise orientale dans le Royaume de Hollande, avec à sa tête son frère Louis Bonaparte. Celui-ci libère les Juifs de toutes les restrictions et leur accorde le les mêmes droits et privilèges que pour les Juifs de France, c'est-à-dire, la pleine nationalité. Les Juifs ne sont plus astreints à payer une lourde somme pour leur protection. Il y a alors juifs dans l'arrondissement d'Emden, dont un peu moins de 500 dans la ville même d'Emden. Parmi ceux-ci on compte environ 100 indigents. Lors de la réorganisation des nouveaux districts par le consistoire central de Paris en 1811, Emden devient le siège de la synagogue pour les localités départementales d'Oester-Ems ( Juifs), de Wesermündungen ) et d'Oberems ().
Après la chute de l'empereur et le retour du gouvernement hanovrien, les Juifs d'Emden doivent de nouveau faire face à de nombreuses restrictions. Le ministère du royaume de Hanovre tente de réduire le nombre de Juifs dans la Frise orientale et à Emden, en appliquant diverses mesures contraignantes, ce qui conduit à une diminution assez sensible du nombre de Juifs entre 1828 (802) et 1842 (691). Ce n'est qu'au cours des années 1840, que la situation des Juifs de la ville commence à s'améliorer: en 1843, les premiers habitants juifs deviennent officiellement citoyens d'Emden et en 1852, déjà 46 Juifs d'Emden ont acquis la citoyenneté. Au début du , la majorité des Juifs d'Emden vivent encore de petits commerces, de friperie, de petits prêts d'argent sur gage, de commerce de bétail ou du métier de la viande. Ce n'est qu'au milieu du qu'apparaissent les premiers artisans juifs, ainsi que quelques membres de professions libérales tels que médecins ou avocats.
La communauté possède une synagogue, une école juive, un Mikvé (bain rituel) et un cimetière. Pour assister le rabbin dans ses tâches religieuses, la communauté embauche un enseignant, un Hazzan (chantre) et un shohet (abatteur rituel). Dans les années 1843-1845, la communauté construit une école communautaire à trois classes, et réduite ultérieurement à deux classes, où enseignent dès 1858 trois professeurs.
Le début du jusqu'au nazisme Pendant la Première Guerre mondiale, la communauté juive perd au front dix de ses membres. En 1925, la communauté compte environ 700 personnes soit 3 % de la population de la ville. Elle est présidée par Jacob S. Pels, Philipp Meyer, S. Nordheimer et Rendant Gottschalk. Le rabbin régional S. Blum est assisté de Joel Hes et de B. Schwarz, respectivement Hazzan et Shohet. 60 élèves sont inscrits à l'école élémentaire juive et suivent les cours de B. Apt. À ces élèves, se rajoutent les 40 élèves des écoles secondaires publiques qui suivent des cours d'éducation religieuse donnés dans les locaux de l'école primaire juive.
En 1932, la communauté est dirigée par Louis Wolff, président, assisté de ses vice-présidents Max v.d. Walde et Hermann Seligmann. Le rabbin Blum officie avec le maitre-chantre I. Wolkenfeld et le chantre S. Igler. 61 élèves sont inscrits à l'école élémentaire juive, tandis que 80 enfants plus âgés reçoivent une instruction religieuse. Les cours sont donnés par S. Hirschberg et par Julius Gottschalk. Les familles juives des villages alentour d'Oldersum, avec 23 personnes en 1924 et 9 en 1932, de Woquard avec 5 personnes en 1924 et 2 en 1932 et Wirdum avec 6 personnes en 1924 et 2 en 1932, sont rattachées à la communauté d'Emden.
La communauté gère deux établissements: un orphelinat juif (Esrath Jessomim), créé en 1886, avec 12 places pour les jeunes filles et 12 pour les garçons, présidé par le rabbin régional Blum et dirigé par Emil Zielinsky; un asile juif, fondé en 1879, permettant d'héberger 8 personnes, présidé par Jabob Pelset dirigé par Bundheim, veuve de Simon Bundheim.
La communauté est très structurée pour venir en aide à ses pauvres et pour l'encadrement de sa jeunesse. De nombreuses associations caritatives, culturelles ou sportives, existent, dont certaines très anciennes: la Israelitische Kranken- und Beerdigungsbrüderschaft (Fraternité israélite pour les malades et les enterrements), créée en 1661, dirigée de 1924 à 1932 par Moritz v.d. Berg, W. D. d. Beer et M. Löwenstein, avec 180 à 200 membres; la weibliche Kranken- und Beerdigungsverein (Association féminine pour les malades et les enterrements), dirigée par B. Selig; S. Gossels et Is. Gossels; Esches Chajil, fondé en 1848 avec 110 membres, sous la direction en 1932 de B. de Leuw, dont les buts sont les soins aux malades et la formation professionnelle pour les jeunes filles et les femmes nécessiteuses; La Verein für durchreisende Arme Hachnossath Orchim (Association pour les pauvres migrants), fondée en 1846, sous la direction de 1924 à 1932 de J. Gans et L. ten Brink, avec 91 membres, la Knabenverein Derech Z'dokoh (Club des enfants), fondé en 1860, et dirigé en 1932 par le professeur Julius Gottschalk, avec pour but la garde d'enfants et leur participation aux fêtes juives; le Jüdischer Jugendbund (Union de la jeunesse juive), un club sportif et littéraire, sous la direction en 1924 de Julius Gottschalk et en 1932 d'Ida Polak; le Club jüdischer Mädchen (Club des jeunes filles juives), sous la direction en 1924 de Frieda S. Falk; la branche locale de Agudas Jisroel Jugendorganisation, sous la direction de 1924 à 1932 de Jacob v.d. Walde; la branche locale de Brith Haolim, sous la direction en 1924 d'Isi Falk; le Israelitischer Mäntelchen-Verein (Bigde S'rod) (Association du petit manteau), sous la direction en 1924 de Phil. Meyer et de la femme du rabbin régional Blum; La Talmud-Tora-Verein(Association du Talmud-Torah), sous la direction du rabbin régional Blum et de Ph. Meyer; Plusieurs autres associations, telles que Moaus Laewjon, Malbisch Arumim (fondée en 1900, avec pour but la fourniture d'habits pour les indigents), Hachnossat Kallo (fondée en 1811, avec pour but la fourniture de trousseaux de mariage aux pauvres jeunes filles), Orach Chajim, Bachure Chemed (fondée en 1800, fourniture de repas aux indigents pour les fêtes), Roeh Simchah comptent toutes entre 15 et 40 membres.