Nidaa Tounes () ou Appel de la Tunisie est un parti politique tunisien fondé par Béji Caïd Essebsi en 2012.

Il devient, après sa victoire aux élections législatives de 2014, le premier parti du pays, avant de passer en deuxième puis en troisième position à la suite de nombreuses défections.. Ainsi, depuis 2016 et la prise de contrôle du parti par Hafedh Caïd Essebsi, celui-ci a subi plusieurs scissions, puis s'effondre lors des élections de 2019.

Origines de la fondation Après avoir quitté le poste de Premier ministre, Béji Caïd Essebsi souhaite fonder un parti selon le quotidien Assabah., avec pour but de rassembler l'opposition.. L'initiative est annoncée le sous le nom de « Nidaa Tounes ». et se fixe les objectifs suivants : la nécessité pour la constituante de délimiter officiellement et avec précision la durée de son exercice pour l'écriture de la Constitution, d'entamer immédiatement les préparatifs des prochaines élections dans les délais impartis ; la mise en place d'un plan de sauvetage de l'économie nationale, fondé sur le consensus afin de recouvrer la confiance des citoyens, de restaurer la sécurité et la stabilité dans l'objectif d'encourager la production, le développement et les investissements, s'agissant, in fine, de provoquer davantage de postes d'emploi et de freiner la détérioration du pouvoir d'achat du citoyen ; la nécessité sur le plan social d'accorder un intérêt accru aux jeunes et d'établir un plan urgent en faveur des catégories et des régions précaires sur la base de l'équité sociale et de la solidarité nationale ; le lancement, dans un cadre de consensus national, du processus de la justice transitionnelle avec des objectifs bien déterminés à travers un mécanisme indépendant pour traiter les violations du passé et demander des comptes à leurs auteurs tout en dédommageant les victimes, de manière que ces drames du passé ne se reproduisent plus ; la rupture avec les dangers d'un retour à l'interférence entre l'appareil de l'État et les appareils des partis au pouvoir tout en garantissant la neutralité de l'administration de façon que le choix des responsables se fasse sur l'unique critère de la compétence et à ce que cesse immédiatement les nominations dans les hautes fonctions de l'État sur la foi des allégeances ; la neutralité des mosquées tout en mettant un terme au phénomène des milices et en évitant tout retour à la dictature ; la sauvegarde des libertés collectives et individuelles acquises et les prémunir contre toutes les éventuelles violations et menaces, et ce aussi bien pour la liberté de la presse, d'expression et d'organisation tout en préservant les acquis modernes pour la société tunisienne et en premier les droits de la femme ; l'application de la loi de façon à prévenir les dangers du terrorisme qui menacent la sécurité sociale et les intérêts nationaux et internationaux de la Tunisie ; la consolidation du rôle de la Tunisie au niveau international en évitant l'alignement sur aucun axe étranger et en se conformant à la neutralité positive dans le cadre des principes de respect des droits de l'homme, des peuples et des conventions internationales y afférentes.

Autour de cette initiative se rassemble une dizaine de personnalités, dont d'anciens ministres du gouvernement Caïd Essebsi parmi lesquels Taïeb Baccouche, Lazhar Karoui Chebbi et Ridha Belhaj..

Histoire Opposition à la troïka

vignette|Béji Caïd Essebsi en couverture de Tunivisions, en janvier 2012.

Au mois de mai, on annonce qu'il s'apprête à transformer l'initiative en un parti politique et qu'il annoncera sa fondation lors d'un grand meeting.. Celui-ci a lieu le au palais des congrès de Tunis en présence de 6 à ..

Lors de ce meeting, il demande à rassembler tous les Tunisiens ainsi que le mouvement Ennahdha pour trouver un moyen de sortir de la crise.. Concernant les destouriens, il refuse leur exclusion qui serait selon lui anti-démocratique et encourage la justice à faire son travail, de même pour les hommes d'affaires.. Il précise par ailleurs que la révolution n'a été faite par aucun parti politique, n'hésitant pas à critiquer le gouvernement et ses actions.

Vers la fin du mois de septembre, Nidaa Tounes acquiert la confiance des sondages qui lui attribuent 20 à 25 % des suffrages, faisant du parti la seconde force politique du pays, qui s'impose de plus en plus sur la scène politico-médiatique grâce à son attachement à l'islam mais aussi à sa position ferme contre l'Islamisation du pays. Cette évolution en un court laps de temps est renforcée par les adhésions de militants ainsi que celles d'élus à l'assemblée constituante. De son côté, le mouvement Ennahdha fait face à une chute de popularité alors que le Congrès pour la République et Ettakatol sont en pleine dislocation à la suite de divisions intérieures..

Cependant, Nidaa Tounes est impopulaire au sein des salafistes, d'où l'agression de certains de ses membres et l'interruption ou l'empêchement de plusieurs activités partisanes. Des menaces de mort ciblent également Béji Caïd Essebsi. Dans ce contexte, certains cadres du parti accusent la troïka de vouloir leur « mettre les bâtons dans les roues ». La coalition gouvernementale affiche, de son côté, une intense propagande à l'encontre du parti nouvellement formé, l'accusant de réunir des figures issues du Rassemblement constitutionnel démocratique. Par ailleurs, le Congrès pour la République décide de ne pas inviter les membres de Nidaa Tounes lors de leur congrès du , prétextant qu'il est lié à l'ancien régime. De même, la participation du mouvement Ennahdha aux émissions télévisées sont annulées si des membres du mouvement y sont conviés.

Le , le coordinateur du parti à Tataouine et dirigeant régional de l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche, Lotfi Nagdh, meurt en marge d'affrontements entre ses partisans et des manifestants proches d'Ennahdha« Tunisie : un mort dans le Sud lors de violences entre adversaires politiques », Agence France-Presse, 18 octobre 2012.. Selon un représentant du parti, il est mort après avoir été tabassé alors que le porte-parole du ministère de l'Intérieur assure qu'il a été terrassé par une crise cardiaque. Caïd Essebsi dénonce le lendemain le « premier assassinat politique depuis la révolution ».. La justice innocente finalement les accusés islamistes de ce meurtre, Lotfi Nagdh étant mort d'une crise cardiaque selon les rapports d'autopsie..

Le , Caïd Essebsi annonce la création d'une coalition entre Al Joumhouri et la Voie démocratique et sociale.. Le , elle est officiellement fondée sous le nom d'Union pour la Tunisie.. Le , la coalition est rejointe par le Parti socialiste et le Parti du travail patriotique et démocratique.. À la suite de nombreuses tentatives de la part d'Ennahdha et du Congrès pour la République d'exclure Nidaa Tounes et les destouriens de la scène politique, Caïd Essebsi annonce, lors du de la création du Néo-Destour, le à Ksar Hellal, que ces derniers ont contribué à la création d'un État tunisien indépendant, moderne et musulman. Il considère l'Union pour la Tunisie comme un prolongement du mouvement destourien..

Le , Caïd Essebsi intervient lors de l'émission 9h du soir sur Ettounsiya TV, déclarant à propos de la loi d'immunisation de la révolution, approuvée le même jour par la commission de la législation générale au sein de l'assemblée nationale constituante, que, si celle-ci prône l'exclusion, elle ne gênerait pas particulièrement son parti, étant donné qu'elle ne concerne que 24 de ses membres. Il affirme aussi que les personnes qui veulent adopter cette loi ont des comptes à régler et n'ont confiance ni en la justice, ni en le peuple tunisien. Il annonce dans le même temps qu'il ne compte pas se présenter à la prochaine élection présidentielle..

Caïd Essebsi confirme officiellement, lors d'une interview accordée le sur Nessma, sa décision de se porter candidat à la prochaine élection présidentielle et cela malgré la limitation de l'âge des candidats à , ce à quoi il répond que plusieurs hommes politiques de son âge et même plus âgés que lui ont été élus à la magistrature suprême en Allemagne et en Italie ; il déclare que la limitation d'âge pour les candidats à la présidentielle, qui n'existe dans aucun pays démocratique, est une loi crée sous le régime de Zine el-Abidine Ben Ali. Quant à une éventuelle nomination au poste de chef du gouvernement, il déclare que ce poste devrait être occupé par Ahmed Néjib Chebbi..

À la suite du meurtre de Mohamed Brahmi ainsi qu'aux manifestations au Bardo réclamant la dissolution de l'assemblée constituante et du gouvernement, la troïka et l'opposition tentent de trouver un consensus. Dans ce contexte, Caïd Essebi et Rached Ghannouchi, leader d'Ennahdha, se rencontrent à Paris le et s'entendent pour remplacer le président Moncef Marzouki par Béji Caïd Essebsi et former un gouvernement composé de technocrates et d'hommes politiques., initiative sans suite.

Victoire électorale de 2014 Élections législatives

vignette|Parti en tête par circonscription selon le nombre de voix exprimées lors des élections législatives.

Le programme de Nidaa Tounes pour les élections législatives du 26 octobre 2014 repose sur la préservation du modèle sociétal qui inclut l'autorité de l'État de droit, la démocratie, l'émancipation de la femme ainsi que l'éducation sur la base des valeurs universelles et l'islam tolérant. Il vise aussi une sortie de crise progressive ainsi que le renouvellement du modèle de développement, en fixant les rôles de l'État et du secteur privé, en développant l'emploi, en mettant en avant le développement régional ainsi que des politiques sectorielles ; ce programme repose sur quatre axes principaux à savoir la jeunesse, le développement régional, l'emploi et la justice sociale..

Beaucoup d'observateurs estiment que la déclaration de Béji Caïd Essebsi, faite le lors d'un meeting populaire à Hammam Lif, est un facteur déterminant de la réussite de la campagne de son parti. En effet, il affirme alors que quiconque ne vote pas pour Nidaa Tounes est en fait un électeur d'Ennahdha.. Il porte ainsi un coup fatal aux partis centristes et démocratiques (Al Joumhouri, Ettakatol, l'Alliance démocratique, l'Initiative nationale destourienne, etc.) dont l'électorat potentiel est amené à voter pour Nidaa Tounes, les condamnant à des résultats médiocres..

Attendus le , les premiers résultats sont annoncés par les médias, partageant la nouvelle assemblée en deux principales formations, à savoir Nidaa Tounes, placée en tête du scrutin., ainsi qu'Ennahdha qui marque un net recul par rapport aux élections de 2011.. La soirée même, Ennahdha reconnaît être arrivé en seconde position, son chef Rached Ghannouchi félicitant Caïd Essebsi pour la victoire de son parti, en lui téléphonant tel qu'indiqué sur le compte Twitter de sa fille, Soumaya, qui a publié une photo de son père au téléphone. Les résultats préliminaires, publiés le en fin de soirée, placent Nidaa Tounes en tête avec sur 217 dans le nouveau parlement ; le parti est présent dans toutes les circonscriptions, surtout au nord du pays. En revanche, dans les circonscriptions du sud du pays, Ennahdha reste majoritaire.

Selon la Constitution, le parti vainqueur doit présenter dans les deux semaines qui suivent les élections son candidat à la présidence du gouvernement au président de la République qui le charge de la formation du gouvernement. Mais Nidaa Tounes ne reconnaît pas la légitimité du président en place et déclare qu'il ne le fera qu'après l'élection d'un nouveau président.. Cette décision est officialisée par le dialogue national lors d'une réunion le ..