Pier Paolo Pasolini Prononciation en italien standard retranscrite selon la norme API. est un écrivain, poète, peintre, journaliste, traducteur, dramaturge, artiste visuel, acteur, scénariste et réalisateur italien, né le à Bologne, et assassiné dans la nuit du au Il demeure un désaccord sur la date de sa mort, dans la nuit du au . Allociné déclare qu'il meurt le 2, dans la matinée : « Biographie de Pasolini », consulté le 18 janvier 2008., sur la plage d'Ostie, près de Rome.

Son œuvre artistique et intellectuelle, éclectique et politiquement engagée, a marqué la critique. Connu notamment pour son engagement marxiste, mais se situant toujours en dehors des institutions et des partis, il observe en profondeur les transformations de la société italienne de l'après-guerre, et ce, jusqu'à sa mort en 1975. Son œuvre suscite parfois des procès en « obscénité » (comme pour son dernier film, Salò ou les 120 Journées de Sodome, sorti en salles l'année même de sa mort), et provoque des polémiques par la radicalité des idées qu'il y exprime.. Il se montre très critique, en effet, envers la bourgeoisie et la société consumériste italiennes alors émergentes, et prend aussi très tôt ses distances avec l'esprit contestataire des étudiants en 1968.

Avec plus de quatorze prix et neuf nominations, l'art cinématographique de Pasolini s'impose, dès 1961Internet Movie Database, « Récompenses de Pasolini », consulté le 18 janvier 2008. avec notamment L'Évangile selon saint Matthieu, Théorème, Médée puis avec la Trilogie de la vie.

Années 1920 aux années 1950 Origines familiales Deuxième enfant de Carlo Alberto Pasolini, militaire dans l'infanterie, et de Susanna Colussi, institutrice originaire de Casarsa della Delizia, Pier Paolo naît à Bologne le , au 4 Via Borgonuovo..

Son père Carlo Alberto Pasolini naît le à Bologne et meurt le à Rome. Né dans une famille assez aisée, il dilapide rapidement son héritage par amour pour une danseuse. Il est le fils de Giulia Drudi et d'Argobasto Pasolini, ainsi que le frère d'un certain Pier Paolo Pasolini, poète. Cet Argobasto descend d'une famille noble de Ravenne, les Pasolini dall'Onda (descendant d'un certain Pasolino Dall'Onda, consul de Monte Paderno au ), qui possède le titre de Patricien de Ravenne.

L'écrivain et réalisateur italien est un lointain cousin d'Uberto Pasolini (né en 1957), réalisateur et producteur de cinéma, et du comte Giuseppe Pasolini (1815-1876), ministre et président du Sénat italien..

Contrairement à la famille de son mari, celle de Susanna Colussi (dont le patronyme est originellement Colùs) est assez pauvre et d'origine paysanne. Son père est propriétaire d'une distillerie et aura six enfants dont un qui émigrera aux États-Unis. Parmi les sœurs de Susanna on compte notamment Enrichetta qui sera mère de l'écrivain, réalisateur et poète Domenico Naldini, cousin de Pasolini et proche ami de celui-ci, ainsi que grand-mère de Graziella Chiarcossi, la femme de l'écrivain Vincenzo Cerami.

Les parents de Pier Paolo Pasolini se sont mariés seulement trois mois plus tôt, en , mais étaient déjà fiancés depuis de nombreuses années. Un précédent fils, Carluccio, est d'ailleurs né en 1915 mais meurt en bas âge et Pier Paolo ne le connaîtra donc pas.

Enfance et jeunesse vignette|Pier Paolo Pasolini et sa mère. En 1923, alors qu'il a un an, la famille de Pasolini, qui habite la ville de Parme, suivant les affectations du père militaire, déménage à Conegliano, puis à Belluno, où Guido son frère naît, en 1925..

En 1927, Pasolini et sa famille reviennent à Conegliano, Pier Paolo y est inscrit à l'école primaire avant ses six ans. L'année suivante, ils déménagent dans le Frioul à Casarsa della Delizia, le village d'origine de sa mère, à cause de l'arrestation du père (pour cause de dette impayée) ; sa mère reprend alors son métier d'institutrice pour faire face aux difficultés financières que leur nouvelle situation impose. La détention du père prend fin, et les déménagements reprennent de manière annuelle. Pier Paolo passe ses étés à Casarsa,

En 1929, la famille déménage à Sacile, toujours en raison du travail du père, et cette année-là le jeune Pier Paolo se passionne pour le dessin et la poésie, ses sujets sont les spectacles de la nature qu'il observe à Casarsa. Après un bref séjour à Idrija, aujourd'hui en Slovénie, la famille retourne à Sacile, où Pier Paolo passe l'examen d'admission au collège, et il commence sa première année à Conegliano. Le père est muté à Crémone au milieu de l'année scolaire 1932-1933, la famille y reste jusqu'en 1935 et déménage encore à Scandiano, ce qui engendre d'inévitables problèmes d'adaptation. Le jeune Pier Paolo élargit l'étendue de ses lectures poétiques, cultive sa passion pour la littérature, et perd peu à peu son initiale ferveur religieuse (jusqu'à se définir lui-même « athée et laïc » dans un entretien en 1969.).

Au collège de Reggio d'Émilie, il rencontre son premier véritable ami, Luciano Serra, qu'il retrouve l'année suivante au lycée Galvani de Bologne :

Pier Paolo cultive alors de nouvelles passions, dont le football, et alimente sa passion de la lecture, en achetant aux bouquinistes du des livres d'occasion de Dostoïevski, de Tolstoï, de Shakespeare, de poètes romantiques, Coleridge ou Novalis.

Au lycée Galvani, il se fait d'autres amis, dont Ermes Parini, Franco Farolfi et Elio Meli, et crée avec eux un groupe de discussion littéraire, tout en poursuivant de brillantes études : il obtient d'excellentes notes, et en 1939, elles sont même si bonnes qu'elles lui permettent de sauter une classe et de passer le bac en automne de la même année. À seulement dix-sept ans, il s'inscrit à la faculté des lettres de l'université de Bologne et se découvre de nouvelles passions, la philologie romane et surtout l'esthétique des arts figuratifs.

Il fréquente le ciné-club, où un cycle des films de René Clair le passionne, se consacre au sport et devient capitaine de l'équipe de football de la faculté des lettres, fait des balades à vélo avec ses amis, participe aux sorties estivales en camping organisées par l'université. Il rencontre souvent ses amis non seulement dans les salles de l'université, mais aussi dans d'autres lieux créés par le régime fasciste pour la jeunesse, dont le Gruppo Universitario Fascista (ou GUF), les campings de la , et les joutes culturelles organisées dans la région. À cette période, il lit les d'Eugenio Montale, les œuvres d'Ungaretti et des traductions en italien des poésies lyriques grecques, par Salvatore Quasimodo ; outre la poésie, il lit tout ce qu'il peut trouver, traduit en italien, de Freud. vignette|Pier Paolo Pasolini (au centre) avec ses amis à Bologne en 1937. Comme chaque année, la famille Pasolini passe l'été 1941 à Casarsa, Pier Paolo écrit des poèmes qu'il envoie dans ses lettres à ses amis bolonais, à son ami Serra, à Francesco Leonetti et Roberto Roversi. Ces vers expriment un fort esprit de solidarité :

Les quatre jeunes gens songent à fonder un magazine (ou « Héritiers »), que Pasolini souhaite imprégner d'un programme social : Pourtant, le magazine ne voit jamais le jour à cause des restrictions gouvernementales sur la consommation de papier, mais l'été 1941 reste gravé pour toujours dans la mémoire des quatre amis. C'est à cette époque que Pasolini commence à écrire des dialogues en frioulan, même si les poésies envoyées à ses amis sont tout de même écrites en italien.

Premières expériences littéraires vignette|gauche|Pasolini à Casarsa. De retour de Casarsa au début de l'automne, il se rend compte à quel point le frioulan lui tient à cœur. Des derniers mois de 1941 aux premiers de 1942, il écrit des vers rassemblés dans Poesie a Casarsa, un petit livre qu'il publie à compte d'auteur et que commentent Gianfranco Contini, Alfonso Gatto et le critique Antonio Russi.

Il reprend ensuite sa vie culturelle mouvementée à Bologne, à l'université surtout, et, à la suite des bonnes critiques de Francesco Arcangeli sur ses peintures, il envisage d'écrire une thèse sur l'art italien contemporain avec Roberto Longhi, un professeur d'histoire de l'art, qui lui fait découvrir les peintres Masolino, Masaccio, Piero della Francesca et Le CaravageExtrait de l'article sur Le Caravage : ., ce qu'il apparente immédiatement au cinéma. Pasolini n'écrit que les premiers chapitres de sa thèse avant de renoncer et de passer à une nouvelle, plus motivante pour lui, sur la poésie de Giovanni Pascoli. Le manuscrit de sa thèse sur l'art est perdu le .

Pasolini rejoint la Gioventù Italiana del Littorio (ou GIL), une organisation de jeunesse créée par le régime, qui publie Il Setaccio, une revue d'art et de critiques dont il devient rapidement le rédacteur en chef, au côté du jeune Fabio Mauri. Mais, assez vite en conflit avec le directeur de la publication, Giovanni Zalcone, fidèle à la rhétorique du régime, Pier Paolo ne publie que sept numéros du magazineTous les numéros numérisés sur le site de la Biblioteca dell'Archiginnasio, Bologne — consulté en décembre 2016. jusqu'en .

La même année, il visite l'Allemagne nazie au cours d'un voyage organisé pour favoriser la rencontre des jeunesses universitaires des deux pays alliés. Il s'y initie alors à la culture européenne qui lui était jusqu'alors inconnue. À son retour de voyage il publie, dans la revue du GUF, l'article () qui échappe à la censure. Dans le , il trace les principes d'un programme culturel dont les piliers sont l'effort de conscience de soi, le travail intérieur, individuel et collectif, et la sensibilité critique.

La guerre À la fin de l'année 1942, la famille décide de se réfugier dans le Frioul, à Casarsa, réputé plus tranquille et sûr, pour y attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale. C'est là qu'en 1943, le jeune Pier Paolo commence à comprendre les peurs érotiques qu'il avait auparavant essayé d'éloigner : . Il maintient le contact épistolaire avec ses amis, auxquels il décide de ne plus rien cacher :

La veille de l'Armistice du 8 septembre, il est appelé sous les drapeaux. Contraint de s'enrôler à Livourne en 1943, le lendemain de l'armistice, il refuse de rendre ses armes aux Allemands, et part se réfugier à Casarsa déguisé en paysan. Là-bas, il forme, avec quelques autres jeunes passionnés de poésie, un groupe culturel qui revendique l'usage du frioulan de Casarsa contre l'hégémonie de celui d'Udine. Le nouveau groupe décide de publier un magazine qui parlerait à son public tout en faisant la promotion de la poésie. Le premier numéro du magazine sort en sous le titre, en frioulan, Stroligùt di cà da l'aga (« Lunaire, de ce côté de l'eau »).

vignette|La petite église à Versuta. Pendant ce temps, la tranquillité de Casarsa est mise à mal par les bombardements et par les raids des fascistes qui pratiquent l'enrôlement forcé dans les nouvelles forces armées de la république de Salò, ce qui provoque les premiers groupes de résistants. Pier Paolo essaie de se distraire le plus possible, se consacre à ses études et à sa poésie ; entre-temps, il ouvre un cours chez lui, pour les lycéens qui ne peuvent plus rejoindre leurs écoles à Pordenone ou le collège d'Udine. En , Pasolini et sa mère déménagent à Versuta, plus tranquille et plus éloigné des cibles militaires, son jeune frère Guido rejoint les résistants de la Carnia. Les enfants du village doivent désormais parcourir plus d'un kilomètre pour aller à l'école, car il n'y en a pas dans leur village, aussi Susanna et Pier Paolo décident d'en ouvrir une, gratuite, dans leur domicile, de la même manière qu'à Casarsa.