La Compagnie des mines de La Lucette était une société anonyme française détenue par la banque Mirabaud et Cie« la Maison Mirabaud, banque d'affaires justement renommée pour ses entreprises minières », par Isabelle Chancelier , créée en 1898 et cotée à la Bourse de Paris, qui a exploité les gisements d'or et d'antimoine des « Mines de la Lucette », sur le site du Genest Saint Isle, en Mayenne, à de Laval, ainsi qu'en Auvergne, près de Massiac, en Vendée et en Bretagne, puis à Messaoud Boudjriou et Bouchegouf, en Algérie.
Histoire Le gisement d’antimoine de "La Lucette", sur la commune de Genest Saint Isle, en Mayenne, a été découvert en 1891 par M.Masure et M.Béasse puis a été exploité à partir des quartz de la Léverie. L'extraction a lieu de 1898 à 1934 sous la direction d'un ingénieur métallurgiste, Henri Herrenschmidt, avec un pic de production entre 1904 et 1914. En 1903, la découverte que la stibine, ou sulfure d'antimoine, était fréquemment aurifère"Le génie civil", volume 110, 1937 provoqua l'accélération de l'extraction, sous la direction de Pierre Theuriot, qui était jusque-là directeur de la Compagnie du Boléo, exploitant du cuivre en Basse-Californie, au Mexique. La Compagnie des mines de La Lucette a ainsi produit 2,7 millions de francs-or en 1909 et à d'antimoine. Il a alors a été créé parts de fondateur, sous forme d'augmentation de capital, donnant droit à 44 % des bénéficesArthur Raffalovitch, Le Marché financier, 1910. En 1910, la compagnie a extrait des mines de la Lucette environ de minerai d'antimoine et d'or pur.. En 1908, les mines de la société fournissaient en produits antimoniés le quart de la production mondiale de ce métal. L'afflux de métal extrait en Mayenne lors de ces quelques années d'exception lui a permis de racheter d'autres mines, en Métropole et en Algérie, un peu avant et après la Première Guerre mondiale. Le gisement de Mayenne décline après la fin de celle-ci et ses mines sont abandonnées depuis 1934.
Implantations La Compagnie des mines de La Lucette a été créée en Mayenne puis a racheté d'autres gisements d'antimoine, souvent plus anciens, pour constituer un groupe pesant plus du quart de la production mondiale d'antimoine, à mesure que de nouveaux usages de ce minerai devenaient plus intéressants.
Tunisie En Tunisie, la Compagnie des mines de La Lucette a obtenu le la concession de Koudiat Es-Safra, (la colline jaune en arabe, à cause de la couleur que le sol y prend), un oued rempli de touffes gigantesques de lauriers-roses, avec des terres de culture très peuplées, pour y exploiter la mine de plomb et d'antimoine de « Koudiat Safra ». Le site, à la base du Djebel el Cheïd, borde le nord-ouest de la plaine de Gafour, non loin de ruines romaines comportant un théâtre, une citadelle à tours et des thermes. La concession sera transférée le à l'Office national des mines tunisien, après l'arrivée au pouvoir d'Habib Bourguiba.
Algérie Minerais existants En Algérie, les gisements d'antimoine comportent de la sénarmontite, d'Henri Hureau de Senarmont (1808-1862), au Djebel Hammimat, de la valentinite au Djebel Senza tout proche, de la stibine au Djebel Taya, de la nadorite à la mine du Nador N'Baïls et de la cervantite à Aïn Kerma. L'antimoine est exploité 60 ans avant l'arrivée de la Compagnie des mines de La Lucette. Des gisements sont découverts le par Fournel, ingénieur en chef des Mines de l'Algérie et DubocqLes mines et les carrières en Algérie par Désiré Dussert et G. Bétier, Éditions Larose, 1931, page 277, tous deux sur la piste de « mines de cuivre exploitées par les Romains » au sud-ouest du point culminant du djebel Sidi RgheissLes mines et les carrières en Algérie par Désiré Dussert et G. Bétier - 1931 et près du Djebel Hammimat. Situé à au sud-est de Constantine et au sud de Guelma, sur le territoire des Haractas, l'ensemble borde le plateau de Sensa (appelé Djebel Sensa, ou Djebel Sanza) et la fontaine d'Aïn Babouche.
Histoire Avant 1906 La mine du Djebel Hammimat n'est d'abord utilisée que pendant deux ans, les travaux étant abandonnés à la suite d'une insurrection. En 1862, l'extraction représente d'antimoine par anExposé de l'état actuel de la société arabe, par la Direction des affaires arabes, Antoine Herzog, Christophe Louis et Léon Juchault de La Moricière et une « Société anonyme des Mines d'Hamimate » est fondée en 1880 pour exploiter l'une des deux seules mines d'oxyde d'antimoine dans le monde en état de marche, l'autre étant en Australie. Elle est reprise au début du par une société allemande, dont les biens sont mis sous séquestre à l'issue de la Première Guerre mondiale. La Compagnie des mines de La Lucette l'obtient par adjudication en 1932Pierre Thiéry, Mémoires d'un chrétien libéral d'Algérie, Éditions Bouchène, 2012, page 15. Plus au nord, à à l'ouest de Guelma, près d'Hammam Meskhoutine et des grottes du Taya, le minerai recueilli au Djebel Taya contient 50 % à 65 % d'antimoine et du cinabre, d'une forte teneur en mercureMINISTERE DE L'INTERlEUR - Exposition Universelle de 1873 à Vienne édité par la Librairie algérienne et coloniale en JUIN 1873. Des rognons épars d'un minerai d’oxyde blanc, long parfois près d'un mètre en surface, se changent en sulfure très pur à mesure que l’on s'enfonce. Les premières autorisations d'y faire des recherches de stibine datent des et . Mais les fouilles ne commencent qu'en 1847. Le site subit des travaux d'exploration intensifs dès la forte croissance économique mondiale des années 1850. Les travaux, suspendus en 1857, avaient produit en 1849 pour d'antimoine sulfuré. Plus d'une dizaine de sites sont identifiés en Algérie en 1855Catalogue explicatif et raisonné de l'Exposition permanente des produits de l'Algérie, Exposition universelle de Paris de 1855, page 162 . Les trois principaux sont le Djebel Taya, le Djebel Sensa et surtout le Djebel Hammimat, cédé en concession, le plus important, à l'époque doté du plus bel oxyde, d'un blanc vitreux, qui s'est vendu en moyenne la tonne, de 1876 à 1880, pour la fabrication du blanc d'antimoine, servant à remplacer le « blanc de plomb » dans la peinture« Bulletin de la Société Imperiale Zoologique d'Acclimatation » février 1857. Le filon plongeait dans une roche marneuse sur près de . L’affleurement de petits cristaux a la surface s'améliore ensuite en profondeurLa Terre et la vie, Volume 3, par la Société nationale d'acclimatation et de protection de la nature . Un autre gite d'antimoine fut exploité à partir de la fin des années 1860 près de Bouchegouf et Hammam N'Bail, dans la mine du Nador N'Baïls, connue des romains, à au sud-est de Guelma, au milieu du djebel Nador, massif montagneux qui contient des minerais de zinc et de plomb. C'est l'exploitation à grande échelle de ces métaux qui a permis d'utiliser aussi le gisement d'antimoine, associé à du chlore, dans ce que les scientifiques appellent la nadoriteMinéraux, par Éric Asselborn. Chaque jour, quelques tonnes de minerai subissaient une calcination sur place avant d'être transportés par charrettes sur , jusqu'à la voie ferrée construite en 1865. Creusée dans les georges du Nador, elle reliait Guelma au port d'Annaba, anciennement Bône. Le minerai était ensuite expédié en Belgique, via Sète ou Anvers, vers la fonderie d'Hollogne-aux-Pierres, qui fournissait dès 1872 la totalité du « blanc de zinc » de la Société des mines et fonderies de zinc de la Vieille-MontagneSouvenirs pied-noirs de Guelma puis constituait en 1912, avec près de , le premier producteur mondial. L'antimoine du Nador a cependant pour handicap d'être mélangé à de la calamineDe la mine à Mars. En 1903, il n'est plus guère exploité qu'au Djebel Taya. La mine du Nador N'Baïls et Djebel Hammimat sont abandonnés car le gisement en Mayenne. La production de minerais d'antimoine d'Algérie, qui avait été de en 1897, puis en 1899, est tombée à en 1900, valant la tonne. Elle rebondit ensuite, sous l'action de nouveaux procédés de valorisation En 1863, parmi les six mines concédées dans le département de Constantine, figuraient celles de cuivre et de plomb d'Aïn Kerma, la future Messaoud Boudjriou, ainsi dénommée après l'Indépendance. Des colons alsaciens-lorrains avaient été installés après 1871 dans le centre d'Aïn KermaAlsaciens et Lorrains en Algérie : Histoire d'une migration, 1830-1914, par Fabienne Fischer, page 113 . Le secteur est décrit ainsi par l'explorateur Élisée Reclus en 1886 : « en aval du village d'Aïn Kerma (Messaoud Boudjriou), la vallée se rétrécit et forme le Kheneg, synonyme de défilé, âpre gorge »Nouvelle géographie universelle: la terre et les hommes, par Élisée Reclus.
Après 1906 Les gîtes d'antimoine d'Aïn Kerma paraissent avoir été redécouverts au , lors de la période d'expansion de la Compagnie des Mines de la Lucette. Les recherches furent cependant peu actives jusqu'en 1913, date à partir de laquelle la compagnie s'y investit, car les préparatifs de guerre augmentent la demande d'antimoine, pour durcir le plomb utilisé dans l'armement. En , la presse relève que "pour conserver sa vitalité", elle "s'est intéressée" dans des "affaires d'antimoine en France et aux colonies". Mais à Nades, commune de l'Allier où dès le , une ordonnance avait donné concession d'une mine d' antimoine sulfuré, située au lieu de Lafond"Annales des Mines", les résultats ne sont pas très encourageants. En Algérie, "on n'a pas levé l'option sur des gisements examinés"L’Écho des mines et de la métallurgie, 9 avril 1914. La fonderie d'antimoine de la Lucette est alors alimentée avec des minerais achetés en Bretagne, au Colombier (Auvergne) ou à l'étranger et un contrat a été passé avec l'Usine d'antimoine de Barcelone, où la fabrication d'oxydes de première qualité est régulière.
L'Algérie exportait environ un millier de tonnes d'antimoine avant la Première Guerre mondiale, chiffre qui est multiplié par 28 en deux ans. La Compagnie des mines de La Lucette lance une étude, menée par le professeur de géologie et de minéralogie Henri Douxami, de l'Université de Lille, sur les minerais de cervantite du Khéneg à Aïn Kerma. La demande d'antimoine s'est intensifiée pendant les hostilités, pour durcir le plomb utilisé dans bon nombre d'armesL'Algérie. Vie technique, industrielle, agricole et coloniale, 1922, page 71. Des milliards de billes de plomb durci d'arsenic et/ou d'antimoine sont fabriquées pour les obus Shrapnel les plus utilisés dans les zones de tranchées, en particulier par André Citroën pour Louis Loucheur, chef-adjoint de l'artillerie française, après la Crise des obus de 1915. En 1916, l'Algérie produit à elle seule d'antimoine, mais cette accélération de l'extraction épuise la partie connue des gisements, ou semble le faire, comme à Aïn Kerma. Au Djebel Hammimat, on met sous séquestre la mine reprise vers 1911 par la Société des Mines de Sakamody, soutenue financièrement par la maison Beer, Sondheimer et Cie de Francfort.
Confrontée aux besoins de guerre La Lucette, va louer en les installations d'une fonderie d'antimoine à Langeac (Haute-Loire)Le Génie Civil N° 1742 du 1.01.1916. Cette fonderie, arrêtée en , nécessite d'importants travaux de remise en état. La production à partir de minerais algériens va redémarrer en août pour les essais. En octobre la production était de de régule d'antimoine et de plomb arsénieux. L'usine sera fermée en 1919.