thumb|250px|La fontaine place de la Révolution.

La ville de Besançon compte de nombreuses fontaines publiques, dont une majorité comporte un intérêt patrimonial et artistique conséquent. Monumentales, plus modestes, ou atypiques, elles se concentrent principalement au cœur et autour de la Boucle et de Battant, correspondant aux quartiers historiques et touristiques. Initialement allouées à la desserte populaire de l'eau avec beaucoup de structures anciennes encore bien conservées aujourd'hui, elles ont évolué à l'époque contemporaine en ayant désormais un caractère presque strictement ornemental. Si la plupart ont été distinguées par le ministère de la Culture en étant classées et que d'autres sont devenues des symboles emblématiques de la Cité à l'instar de la fontaine place de la Révolution ou plus ludiques comme celle de la promenade Chamars, toutes forment une partie majeure de la richesse architecturale et de l'identité locale. Ainsi les fontaines, par leur multitude et leur beauté additionné à la topographie, ont donné à la capitale comtoise son surnom de petite Rome.

Histoire Les besoins en eau de Besançon thumb|left|Besançon. Vue de la rivière du Doubs et d'une partie de sa boucle.

Besançon est une localité qui a toujours rencontré des difficultés à s'approvisionner correctement en eauAnne Reniaux, Histoire d'Eau — des sources d'Arcier à la Bisontine, page 7., paradoxe pour cette cité directement située en bordure de rivière, le Doubs, l'un des principaux cours d'eau du département qui lui a d'ailleurs donné son nom, et qui décrit un remarquable méandre lui conférant une partie importante de son identité. En fait, il y a toujours eu une méfiance populaire envers cette ressource pourtant facile d'accès et pléthorique, mais dont la couleur jaunâtre et la résurgence de déchets lors de crues déroutait les habitants. Situation singulière en France, puisque par exemple les eaux de la Seine étaient elles aussi peu engageantes mais utilisées sans opposition pour le réseau d'alimentation parisien. Mais c'est également le régime irrégulier de la rivière qui est en cause, puisque son débit changeant constamment au gré du climat, abondant lors de fortes précipitations mais chétif pendant les sécheresses, ne permettait pas une desserte confortable. À Besançon, le Doubs servait donc uniquement pour le transport de bois et de denrées, afin de laver le linge, ou encore à abreuver le bétail. À son fondement en tant que structure communautaire organisée, la ville a été confrontée à ce problème considérable bloquant de fait toute véritable expansion. Ce furent les sources d'Arcier qui permirent la pérennité de la citéRecherches historiques sur la ville de Besancon : Fontaines publiques, Seraphin Droz, Turbergue, 1856, 540 pages, pages 23 à 71., alors nommée Vesontio, sous l'Empire romain, mais non sans difficultés puisque environ 12 kilomètres séparent les deux points. C'est à partir du , probablement vers 70 à l'époque de Vespasien, que l'aqueduc de Besançon est mis en service dotant enfin le cœur de la ville d'un réservoir de au square CastanMémoires de Bregille, page 38.. L'aqueduc était constitué d'une galerie en grande partie souterraine mesurant environ de hauteur sous clé sur de large, et qui présentait une déclivité de 0,22 %Alphonse Delacroix, Recherches archéologiques sur les monuments de Besançon, 1841, pages 11 et 12.. Mais lors des invasions barbares au la structure fut endommagée puis délaissée faute de moyens, et donc abandonnée aux outrages du temps. Les Bisontins seront privés de ce réseau jusqu'au , et durant cette longue interruption ils seront contraints de se raccorder à d'autres sources et se tourneront d'abord vers des puits et celles de Fontaine-Argent, qui se révéleront insuffisantes pour subvenir aux besoins sans cesse croissants. La municipalité optera alors au pour les eaux du vallon de BregilleMémoires de Bregille, page 39.

thumb|right|Bregille, avec en fond le secteur de Saint-Jean.

Le site de Bregille possède des sources nombreuses pouvant répondre facilement à la demande d'alors, mais il appartient à l'archidiocèse et le clergé s'est toujours montré hostile à un projet de ce type. Après d'âpres négociations entre administration civile et religieuse, la municipalité parvient à un compromis et entreprend des travaux en 1559 sous l'égide de l'architecte d'Antro. Après d'autres difficultés mais d'ordre techniques cette fois, les sources de la Douin et du Moine sont captées le . Ces nouvelles sources sont alors bien plus proches et plus abondantes que celles de Fontaine-Argent, avec 4 litres par seconde contre 2,5 litres par seconde pour Bregille. En 1689, la construction du pont de Bregille offrira la possibilité de desservir plus directement l'est de la ville, les conduites passant jusque-là par le pont Battant exclusivement. D'autres réseaux depuis Bregille ont été aussi étudiés, notamment en 1741 par le Magistrat de la ville pour fournir de l'eau aux nouvelles fontaines. Bien que la cité peut de nouveau croître avec une relative sérénité, son expansion périurbaine principalement pour l'élevage et/ou la culture est encore un défi à relever, des secteurs comme Saint-Ferjeux étant très excentrés. Tout point d'eau est alors digne d'intérêt, la quête étant grandissante notamment durant le pour permettre l'implantation de fontaines. Alors qu'au début du la population augmente fortement et que la source d'Arcier n'est toujours pas opérationnelle, la Municipalité cherche alors tous les moyens pour pallier ce souci crucial, utilisant les sources mêmes minuscules comme au Faubourg Rivotte et rue du Chateur en 1736, sur deux points rue d'Arènes en 1822, ou aux Vallières en 1831. Heureusement en 1855 le nouvel aqueduc est terminé, rétablissant provisoirement une offre convenableAnne Reniaux, Histoire d'Eau — des sources d'Arcier à la Bisontine, page 8.. Deux projets de remise en état étaient déjà envisagés au , mais c'est le que le Conseil municipal décide de la construction. Suivra une étude menée entre 1843 et 1848, avant exécution des travaux de 1850 à 1855, et un ultime complément, l'acquisition de la source entre avril et pour s'en assurer l'entier bénéficePlaque officielle de la ville de Besançon commémorant l'acquisition des sources d'Arcier, accolée sur l'entrée du site : .

Toutefois, un nouvel accroissement de population va créer un énième casse-tête, si bien qu'à Saint-Ferjeux ou à Planoise-Châteaufarine lors des sécheresses, on assiste à de véritables pénuries menaçant l'activité et la santé des habitants. Entre la fin du et l'ensemble du la situation perdure, à tel point que les Autorités municipales songent même à la réalisation d'une canalisation depuis le lac de Saint-Point afin de régler définitivement le problème. À Planoise on se contente tant bien que mal de la source du Cerisier, mais la question est loin d'être réglée, et d'autres zones sont dans le même cas dont bien entendu la Boucle, avec de nouvelles réclamations pesantes dans les années 1930. Après la Seconde Guerre mondiale, et malgré l'approvisionnement à Arcier, Aglans, Chalèze, ainsi que les réservoirs de Saint-Jean et du fort de Griffon, l'eau est toujours une question essentielle à Besançon car l'offre du réseau est à la limite de la demande, alors qu'une expansion urbaine sans précédent se profile à Planoise, Montrapon-Fontaine-Écu, Clairs-Soleils, et Palente-OrchampsAnne Reniaux, Histoire d'Eau — des sources d'Arcier à la Bisontine, page 9.. Une lutte contre le gaspillage est organisée et des coupures momentanées programmées pendant l'été. Alors que le réseau d'approvisionnement arrive à domicile, l'évacuation pose aussi un souci ; du temps des Romains les eaux usées étaient conduites directement dans le Doubs, mais cette pratique disparut au Moyen Âge, si bien que même si l'hygiène individuelle perdurait, les immondices y compris les eaux souillées étaient jetés dans des sites à cet effet, des rigoles ou des puits perdus, ou parfois délaissés à même les rues. Alors que l'approvisionnement posait déjà problème, le retraitement restait quant à lui presque entièrement à faire au milieu du , même si l'on note quelques balbutiements dans le centre. C'est grâce à la modernisation du réseau, à la professionnalisation du service de salubrité et à la nécessité de considérer un parc gigantesque, que le retraitement va connaître son apogée, construction de la station d'épuration de Port-Douvot à Velotte, érigée en 1991-1992 et fortement agrandie entre 2000 et 2005Anne Reniaux, Histoire d'Eau — des sources d'Arcier à la Bisontine, page 63.. Dans le même temps l'approvisionnement, toujours préoccupant dans les années 1950, trouve lui aussi une solution pour satisfaire les besoins, avec toujours les eaux d'Arcier (fournissant 45 % de l'eau prélevée), l'eau de la Loue (37 %), l'eau captée de Chailluz (11 %), et les forages de Thise (7 %Anne Reniaux, Histoire d'Eau — des sources d'Arcier à la Bisontine, page 61.).

Les premières fontaines thumb|left|Plan de l'aqueduc du sculpté sur le château d'eau de la source d'Arcier rue du cingle à Saint-Jean.

Les premiers réseaux connus à Besançon étaient liés à l'aqueduc d'Arcier aboutissant square Castan, mais à son interruption après des dégâts occasionnés lors des invasions barbares, la population n'avait probablement pas d'autre choix que d'utiliser l'eau des sources, les puits et peut-être même la rivière qui pourtant n'avait pas bonne réputationAnne Reniaux, Histoire d'Eau — des sources d'Arcier à la Bisontine, page 13.. On note cependant l'existence de fontaines, bassins et termes, tous alimentés depuis un large réservoir situé à proximité de la cathédrale Saint-Jean, recevant les eaux du square Castan avant de les diffuser dans le reste de la ville. Parmi les structures d'approvisionnement connues, celle de la Tour Saint-Quentin située Grande rue, dont des restes furent retrouvés dans les fondations de l'édifice établi au . Des débris de marbres pour un appareil hydraulique sont exhumés en 1826, lorsque l'Hôtel Saint-Quentin est démoli, l'architecte Veille devant rebâtir un immeuble et profitant de l'occasion pour inspecter le lieu. Il s'agissait alors de restes de vasques d'une fontaine monumentale antique probablement accolée à des thermes, reconnus par Pierre Marnotte en 1826 : Des tuyaux de plomb et de pierre avaient été exhumés dès 1540, ce qui rend probable la possibilité d'une desserte générale notamment dans les points qui seront choisis plus tard pour l'établissement des premières fontaines municipales.