Les relations entre l'Algérie et la France sont des relations internationales s'exerçant entre un État d'Afrique du Nord, la République algérienne démocratique et populaire, et un État d'Europe, la République française. Elles sont structurées par deux ambassades, l'ambassade d'Algérie en France et l'ambassade de France en Algérie.

Historique Moyen Âge et époque moderne vignette|gauche|La flotte de Barberousse hiverne à Toulon en 1543. vignette|gauche|Carte de 1633 représentant les rapports de force en Méditerranée au : un archer maure (le « sultan d'Alger ») menace de son arc le roi d'Espagne Philippe IV tandis que Louis XIII, roi de France, les surveille. Manuscrit enluminé de la Bibliothèque nationale de France.

Le sultanat zianide aurait été la première entité à conclure des traités commerciaux avec les villes françaises du sud et ce, dès le XIIIᵉ siècle.

La côte des Barbaresques désigne, pour les Européens, vers 1500, les côtes (principalement) méditerranéennes de l'Afrique du Nord, sous domination ottomane ou non. Les Barbaresques désignent les pirates et corsaires musulmans maghrébins opérant depuis l'Afrique du Nord, basés principalement dans les ports d'Alger, de Tunis, de Tripoli, et de Salé, et se livrant entre autres à la traite des êtres humains, ou traite des esclaves de Barbarie : traite orientale, razzias en Europe, esclavage dans le monde musulman, esclavage en Tunisie.

Les premiers contacts diplomatiquement documentés de l'époque moderne ont lieu dès 1500, alors que l'Algérie (Maghreb central) est de fait un État intégré à l'Empire ottoman . : Arudj Barberousse, Khayr ad-Din Barberousse. La France signe un premier traité ou Capitulation avec l’Empire ottoman en 1500, sous les règnes de et du sultan Bajazet IICharles White, op.cit. , dans lequel le sultan d'Égypte fait des concessions aux Français et aux Catalans. vignette|L'ambassadeur algérien auprès de Louis XIV en 1684 En 1536, et Soliman le Magnifique concluent une alliance militaire, Alliance franco-ottomane, et en conséquence, la France entre en contact avec les Barbaresques, tributaires de la Sublime Porte. Les trois siècles de coexistence relèvent des relations commerciales, parfois adossées à des interventions militaires. En témoigne le succès financier de la Compagnie royale d'Afrique (1560-1793) et de quelques autres compagnies commerciales françaises.

Le troisième État impliqué est alors l'Espagne (Afrique espagnole, présides espagnols sur les côtes marocaines en Méditerranée) : relations entre l'Algérie et l'Espagne, conflits algéro-hispaniques. La monarchie espagnole exerce le contrôle sur Oran (1509-1708, puis 1732-1792) et le port voisin de Mers el-Kébir pendant une grande partie de la première période moderne.

La régence d'Alger (1516-1830) est aussi l'époque des échelles de Barbarie (comptoirs commerciaux européens en terre d'islam (en Afrique du Nord)), dont le Bastion de France, La Calle, Bône, Alger, Oran sont parmi les principales en Algérie.

vignette|droite|Le coup d'éventail, 1827. L'entreprise coloniale française en Algérie débute en 1827, lorsque, pour des désaccords commerciaux, le Dey d'Alger, Hussein Dey, frappe le consul français envoyé à sa rencontre : l'affaire de « l'éventail ». En 1830, la France prend la décision d'envahir le pays. L'État d'Abdelkader (1832-1847), premier État algérien moderne, avec l'aide de conseillers anglais, prussiens et polonais, est une réponse à la décadence du régime des deys et du Diwan d'Alger. La longue conquête de l'Algérie par la France (1830-1902) s'accompagne d'une colonie de peuplement afin d'établir une Algérie française (1830-1962), motivant plusieurs révoltes anti-coloniales.

En 1954, après les chocs des deux guerres mondiales, dans un contexte de ferveur nationaliste, et contre les positions de Messali Hadj, le Front de libération nationale, organisation paramilitaire, commence à cibler les pieds-noirs. Ainsi débute la guerre d'Algérie, connue en Algérie sous le nom de Révolution algérienne.

Les évènements d'Algérie entraînent la chute de la Quatrième république, en 1958, à la suite de quoi est proclamée la constitution de la Cinquième république en France.

En 1962, le président de la République Charles de Gaulle conclut avec le Front de libération nationale (FLN) les accords d'Évian, et l'indépendance de l'Algérie est acquise par référendum. Depuis l'indépendance algérienne Les tensions entre les deux pays existent depuis des décennies, et sont liées au passé colonial et à la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962). En France comme en Algérie, cette histoire partagée est un sujet sensible pour une frange importante de la population. Ces tensions sont accentuées par le fait que l'exaltation de la lutte anti-française comme seule et unique « révolution » a été longtemps la principale justification de la position du Front de libération nationale (FLN) en tant que parti unique durant des décenniesGilbert Meynier, Histoire intérieure du FLN. 1954-1962, Paris, Fayard, 2002, 812 p. (Préface de Mohammed Harbi), compte-rendu, Jacques Frémeaux, Revue d’histoire moderne et contemporaine, 4/2003 (no50-4), p. 205-206 et de la mainmise de l’Armée nationale populaire sur les organismes dirigeants de la Révolution et ensuite de l’ÉtatAbdelkader Yefsah, L'armée et le pouvoir en Algérie de 1962 à 1992, Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, Année 1992, 65, pp. 77-95. Elle est une constante du discours officiel algérien, régulièrement utilisé pour disqualifier toute forme de contestation radicaleJean-Pierre Filiu, « Les généraux algériens relancent la guerre des mémoires avec la France », sur lemonde.fr, 4 avril 2021.. Très longtemps, le pouvoir en Algérie s’est légitimé par le recours à la séquence de la guerre d’indépendance contre la France et non par les urnesBenjamin Stora, Conflits et champs politiques en Algérie, Politique étrangère, Année 1995, 60-2, pp. 329-342.

D'après Jean-François Daguzan, il existe une . Le général De Gaulle faisait preuve d'une réelle patience à l'égard du nouvel État, considérant que l'Algérie constituait la porte ouverte par laquelle devait passer la politique française vers le tiers mondeJulian Jackson, De Gaulle, Éditions du Seuil, 2019 .

Le , la France et l'Algérie signent un accord visant à répondre aux besoins de main-d'œuvre nécessaires à l'accélération de la croissance économique française. Cet accord définit les conditions de circulation, de séjour et de travail des Algériens en France. Cet accord prévoit notamment des dispositions plus favorables aux ressortissants algériens pour s’établir sur le sol français que les dispositions de droit commun. La principale différence créée par cet accord est que les Algériens établis en France ne se voient pas délivrer un titre de séjour, contrairement aux autres ressortissants étrangers, mais un « certificat de résidence », qui peut être d’un an ou de dix ans. Celui-ci leur permet d’aller et venir librement entre la France et l’Algérie durant sa validité.

Les ressortissants algériens bénéficient également de la liberté d’établissement pour exercer une activité de commerçant ou une profession indépendante. Cet accord est désavantageux pour les étudiants algériens en ce qui concerne les facilités de séjour en Franceet il a été révisé en 1985, 1994 et 2001, mais les principes qui le fondent ont toujours été maintenusMarianne Chenou, Algérie : ce que contient l’accord de 1968 qu’Édouard Philippe appelle à renégocier, leparisien.fr, 6 juin 2023Xavier Driencourt, Politique migratoire : que faire de l'accord franco-algérien de 1968 ?, fondapol.org, mai 2023.

En , les autorités françaises décident d'imposer un visa aux ressortissants algériens souhaitant effectuer un séjour en France.. Les autorités algériennes appliquent la réciprocité et imposent le visa aux ressortissants français souhaitant effectuer un séjour en Algérie.

La France comme l'Algérie se rencontrent depuis 1990 dans le cadre du Dialogue 5+5 et sont membres depuis 2008 de l'Union pour la Méditerranée. L'Algérie n'est pas membre de l'Organisation internationale de la francophonie et bien que le français y soit couramment parlé, seuls l'arabe classique et, depuis 2016, tamazight y sont reconnus comme langues officielles.

En Algérie, la fin du « parti-unique » en 1989 pour le FLN ne met pas fin à la rhétorique politique anti-française, le principal parti d'opposition, le Front islamique du salut (FIS), s'appropriant le discours nationaliste, durcissant la thématique contre le « parti de la France » et se posant comme le gardien de la « pureté nationale » algérienne. De perpétuelles accusations d'« ingérence » et de « complot » sont prononcés à l'égard d'intellectuels ou d'hommes politiques français. Peu à peu, dans la perception algérienne, la question de repentance s’impose progressivement comme une revendication mémorielle majeure devant être satisfaite avant la signature de tout « traité d’amitié » avec la France.

Durant la guerre civile algérienne, le Groupe islamique armé (GIA) s'en prend régulièrement aux ressortissants français. La décennie est notamment marquée par l'assassinat en de trois gendarmes et de deux agents consulaires à Alger, par la prise d'otages du vol Air France 8969 en décembre de la même année, par l'assassinat des moines de Tibhirine et par l’inscription de l’Algérie sur une « liste noire » des pays à haut risque terroristeAomar Baghzouz, Les relations algéro-françaises depuis 2000 ou la quête d’une improbable refondation, L’Année du Maghreb, VI, 2010, p. 507-526, https://doi.org/10.4000/anneemaghreb.956.

À la suite de l'attentat d'Aïn Allah, la France ferme ses consulats en Algérie, à la fin . Depuis le , les demandes de visa depuis l'Algérie sont traitées par le Bureau des visas Algérie (BVA) à Nantes en France.

À la suite de la prise d'otages du vol Air France 8969 de , Air France arrête ses vols vers l'Algérie. Ils ne reprennent que le .

Années 2000-2010 vignette|225x225px|Abdelaziz Bouteflika, président de l’Algérie de 1999 à 2019. Le couple Abdelaziz Bouteflika-Jacques Chirac fonctionne de façon harmonieuse en dépit d'un mauvais départ dû aux conditions de l'élection du président algérien. Entre les deux chefs d’État, existait une solide entente qui contribue à dissiper certains malentendus empoisonnant de façon cyclique la coopération entre les deux pays. Avec sa politique de « casser les tabous », Bouteflika s’est très vite engagé dans une politique de normalisation avec la France. De son côté, Chirac, qui cohabitait avec Lionel Jospin, était convaincu de la nécessité de relancer la coopération avec l’Algérie.

Leurs visites respectives à Paris en et à Alger en s’efforcent de mettre en place un processus de refondation des relations bilatérales qui est marqué notamment par la réouverture du consulat et du centre culturel français d’Alger en 2000, la signature de la Déclaration d’Alger par les deux chefs d’État en 2003 et l’organisation de l’Année de l’Algérie en France.