IâhhotepDifférentes formes d'écriture : Iahotep, Ahotep, Ahhotep, Ha-hotep, Iâh-hotep. est une grande épouse royale de la / de l'Égypte antique. Elle est le plus souvent considérée comme la première souveraine de la dynastie à porter ce nom.

Mère d’Ahmosis, le premier pharaon du Nouvel Empire, elle aurait exercé la régence pendant la minorité de son fils puis aurait gouverné en son nom pendant qu’ils assuraient la reconquête du pays en le libérant du joug hyksôs.

Outre le titre de « grande épouse royale », la reine était également qualifiée de « Celle qui est unie à la couronne blanche »<ref group="Note">Ou « celle qui est unie à la perfection de la Couronne Blanche » ; cf. ; cette désignation est utilisée à compter de la fin du Moyen Empire pour qualifier le statut de grande épouse royale.</ref> ; on notera que l'auteur désigne la reine sous le nom d' identifiant l'autre reine Iâhhotep à une épouse de Sekhemrê-Oupmaât Antef-Âa.

Distinction entre deux reines Iâhhotep

L'existence de plusieurs personnalités de la famille royale homonymes dont la célèbre épouse de Seqenenrê Tâa, dit « le brave », a été démontrée. De nos jours, il est établi que deux reines nommées Iâhhotep, mais aux titres différents, ont existé à une époque contemporaine : la première reine, nommée entre autres sur son cercueil retrouvé dans la cachette royale TT320Cercueil CG 61006 conservé au Musée égyptien du Caire., portent les titres de « fille du roi » (sȝ.t nsw.t), « sœur du roi » (sn.t nsw.t), « grande épouse royale » (ḥm.t nsw.t wr.t), « Celle qui est unie à la couronne blanche » (ḫnm.t nfr ḥḏ.t) et « mère du roi » (mw.t nsw.t). la seconde reine, nommée sur un cercueil découvert dans sa propre tombe à Dra Abou el-NagaCercueil CG 28501 conservé au Musée égyptien du Caire. ; elle porte les titres de « grande épouse royale » (ḥm.t-nsw.t wr.t) et « Celle qui est unie à la couronne blanche » (ḫnm.t nfr ḥḏ.t).

La différence de titres sur les cercueils des reines montrent que les deux reines ne peuvent être identiques, car les titres indiquant les liens familiaux avec les rois étaient systématiquement inscrits sur les cercueils, or le cercueil de la seconde omettant ces titres, il ne peut être celui de la première reine.

Attestations

La reine est attestée par plusieurs documents : le cercueil de la reine retrouvé dans la cachette royale TT320 et conservé au Musée égyptien du Caire (CG 61006), une stèle de la reine découverte à Karnak et conservée au Musée égyptien du Caire (CG 34001 = JE 38246), une stèle du majordome de la reine nommé Karès retrouvée à Dra Abou el-Naga et conservée au Musée égyptien du Caire (CG 34003), le cercueil d'une dame nommée Ânâat, suivante de la princesse Ahmès-Témourisy, conservée au Musée de l'Ermitage (num. inv. 780), la statue de sa fille Ahmès-Nebetta et conservée au Musée du Louvre (N 496), la stèle découverte à El-Assasif appartenant au haut fonctionnaire Âmetjou et conservée au Metropolitan Museum of Art (19.3.32), la statue de Sakhentykhety conservé au Musée d'Histoire de l'art de Vienne (ÄS 3900), un linteau d'une porte du temple d'Horus de Bouhen et conservé au Musée d'Archéologie et d'Anthropologie de l'Université de Pennsylvanie (E10987) ; le linteau décrit trois scènes de culte assurées par le roi Ahmôsis et doit être daté du début du règne de ce dernier, une stèle d'Edfou d'un certain Iouf () et conservée au Musée égyptien du Caire (CG 34009) ; qualifiée d'« épouse du roi » et de « sœur du roi », elle est représentée assise à côté de la reine ; Iouf indique qu'il a rénové la tombe de la « fille du roi » Sobekemsaf. six sceaux-scarabées, dont l'un est conservé respectivement au Musée Bible et Orient (ÄS 1983.221), deux au Musée du Louvre (E 3296 et E 3297Elle était constituée probablement d'un jonc en or, aujourd'hui disparu, qui enserrait un chaton pivotant à la manière d'un sceau qui, lui, est parvenu jusqu'à nous. Ce chaton est constitué d'une bâte d'or encerclant et maintenant un scarabée de lapis lazuli (). Au revers de ce bijou, les titres de la reine mère apparaissent ainsi que son nom qui est là aussi inscrit avec le signe archaïque de la lune qui n'est plus employé à compter de la dix-septième année du règne d'Ahmôsis.) et un au Metropolitan Museum (26.7.120), ainsi qu'un troisième sceau en forme de mouche, conservé au Metropolitan Museum of Art (10.130.168).

Quatre autres sceaux-scarabées mentionnant une « épouse du roi » Iâhhotep pourraient lui appartenir ; ils sont conservés au British Museum pour trois d'entre eux (EA 26981, EA 28592, EA 28624) et dans une collection à Bâle pour le dernier.

Deux autres attestations mentionnent une « fille du roi » Iâhhotep et pourraient également lui appartenir : la statue de cette Iâhhotep conservée au Louvre (N 446), la statue du défunt « fils du roi » Ahmosé-Sipair ; Iâhhotep y porte les titres de « fille aînée du roi » et de « Celle qui est unie à la couronne blanche » ; ce dernier étant un titre d'épouse royale, l'identification de cette Iâhhotep à l'épouse du roi Seqenenrê Tâa ne fait pas l'unanimité, certains y voyant l'existence d'une princesse fille de ; certains vont plus loin et font de cette fille aînée une épouse du défunt Ahmosé-Sipair qui aurait épousé en secondes noces le roi Ouadjkheperrê Kames pour devenir la reine , reine ne portant pourtant pas le titre de « fille du roi » par ailleurs. Ces reconstructions historiques restent cependant très hypothétiques.

Le cercueil de la princesse Ahmès-Hénoutemipet aujourd'hui perdu mais mentionnant le nom de la mère de la princesse, la nomme simplement « fille du roi Ahmès-Hénoutemipet, justifiée, née de la Grande épouse royale Iâhhotep ». La statue d'Ahmès-Nebetta et le cercueil de la suivante Ânâat indiquent que les princesses Ahmès-Nebetta et Ahmès-Témourisy sont les filles de la « mère du roi Iâhhotep », ne laissant aucun doute sur l'identité de la reine concernée : il s'agit de , mère du roi . Or la mention uniquement du titre de « grande épouse royale » laissent plusieurs chercheurs penser que la reine Iâhhotep en question serait pluôt la reine .

La reine est également attestée dans deux tombes ramessides qui citent plusieurs membres de la famille royale de l'époque de la reine : la tombe TT2 de Khâbekhnet et la tombe TT359 de Inerkhaouy.

Généalogie

La généalogie de la reste encore à ce jour imprécise par manque de documents explicites permettant de relier les noms de ses membres les uns avec les autres. Tout au plus peut-on reconstituer les parents et proches de certains souverains dont l'existence même restait à prouverPar exemple, à Karnak ont été découverts des éléments d'une porte consacrée par Senakhtenrê Iâhmes dont on ne possédait aucun document contemporain jusque-là pour attester son règne.. Dans d'autres cas, le choix de noms identiques pour désigner les enfants royaux comme le patronyme Iâhmès ou Iâhhotep jette un peu plus le trouble. Les égyptiens eux-mêmes en avaient d'ailleurs conscience et rajoutaient au prénom un qualificatif ou un complément nominatif à la manière de nos noms propres. C'est notamment le cas du fils de Seqenenrê Tâa, Ahmosé-SipairOu Ahmès-Sapaïr selon les lectures. Littéralement, cela signifie « Ahmès, le fils qui agit »., dont le Louvre possède une statue dédiée par son père et les membres de la famille royale.

Les titres de la reine font d'elle, de manière incontestable, une fille de roi et de la reine Tétishéri, une sœur et épouse de roi, identifié comme Seqenenrê Tâa, et une mère de roi, identifié à dans la documentation. Le nom de son père n'est jamais précisé dans la documentation, mais il est probable qu'il s'agisse du roi Senakhtenrê Iâhmes, prédécesseur de Seqenenrê Tâa. La stèle d' retrouvée dans l'enceinte d'Amon-Rê à Karnak fait en revanche l'état civil complet d'Iâhhotep et permet ainsi de situer les membres de la famille royale les uns par rapport aux autres. Elle y est désignée comme étant l'« épouse du roi (Seqenenrê Tâa), la sœur du souverain, (Seqenenrê Tâa), la fille du roi (Senakhtenrê Iâhmes), l'auguste mère du roi () ». Une autre stèle découverte à Abydos décrit le lien entre Tétishéri et : « La mère de ma mère, la mère de mon père, la grande épouse royale, la mère du roi Tétishéri ».

Concernant ses enfants, un certain nombre d'entre eux sont attestés : le prince Ahmosé-Sipair, fils aîné du roi, attesté entre autres sur la statue d'Ahmosé-SipairÀ moins que la « fille aînée du roi » et « Celle qui est unie à la couronne blanche » Iâhhotep de la statue renvoie à une fille du roi Seqenenrê nommé Iâhhotep, non attestée par ailleurs (). ; les deux princesses nommées sur la statues nommées respectivement « Ahmès l'Aînée » (Jˁḥ-ms Wr.t) et « Ahmès la Cadette » (Jˁḥ-ms S̆r.t) sont souvent identifiées aux princesses Ahmès-Néfertary et Ahmès-Nebetta, le roi , fils cadet du roi, encore en bas âge à la mort de Seqenenrê Tâa, la reine Ahmès-Néfertary, sœur-épouse du roi , la princesse Ahmès-Nebetta, parenté attestée sur la statue de la princesse du Louvre N 496, la princesse Ahmès-Témourisy, parentée attestée sur le cercueil de la suivante Ânâat au Musée de l'Ermitage 780, une potentielle princesse Iâhhotep, si la « fille aînée du roi » attestée sur la statue d'Ahmosé-Sipair ne correspond pas à la reine mère mais bien à une fille de Seqenenrê Tâa.

D'autres enfants pourraient être les siens : Ahmès-Mérytamon, dont le lien de parenté avec le reste de la famille royale reste assez incertain, Ahmès-Hénoutemipet, fille d'une « grande épouse royale » Iâhhotep selon le cercueil perdue de la princesse, mais qui pourrait plutôt correspondre à la reine , un « fils du roi » Tjouiou, propriétaire d'un bâton de jet retrouvé dans la tombe d'Hornakht et inscrit au nom du roi Seqenenrê, un « fils du roi » et « Seigneur de l'Occident » Binpou, attesté dans la tombe ramesside TT2 de Khâbekhnet.

Iâhhotep mère royale et régente

Fille de Senakhtenrê Iâhmes, souverain thébain, et de la reine Tétishéri, Iâhhotep naît durant la période de domination des Hyksôs — qui gouvernaient alors le delta du Nil et une partie de la Moyenne-Égypte. Elle joue un rôle prépondérant dans la guerre de libération du pays menée par son frère et époux, Seqenenrê Tâa, qui y perd probablement la vie, puis, après une première campagne victorieuse du roi Ouadjkheperrê Kames, par son fils . Elle assure la régence, de manière informelle, pour le compte de celui-ci.

Dans l'une d'elles, Ahmôsis y est représenté adorant le dieu faucon sous sa forme locale. Le roi est suivi par Iâhhotep qui le tient par l'épaule dans un geste de soutien. Derrière elle, une colonne de hiéroglyphes donne son nom inséré dans un cartouche et ses titres d'« épouse du roi » et de « mère du roi ». La reine y est également qualifiée de « vivante » ce qui indique que ce relief a été réalisé du vivant de la reine et non à titre posthume. On notera enfin dans les cartouches royaux la graphie archaïque du signe du dieu lune, indice chronologique précieux permettant de situer l'exécution de ce relief dans la première partie du règne du roi, alors qu'il n'était qu'un enfantPour une explication de ce jeu graphique singulier à cette période de la fin de la , on consultera .

Vers l'an 18 de son règne, Ahmôsis réussit à conquérir la capitale des Hyksôs, Avaris, et à chasser définitivement les étrangers du pays. Il devient alors le premier roi de la . Pendant que son fils guerroie en Basse-Égypte puis en Palestine, pourchassant les dernières poches de résistance Hyksôs, Iâhhotep gouverne en son nom à Thèbes et assure ses arrières tout en administrant le pays. Pour preuve de la haute considération dans laquelle Iâhhotep était tenue, son fils Ahmosis dit d'elle, dans sa stèle de Karnak : Celle qui a accompli les rites et pris soin de l'Égypte. Elle a veillé sur ses troupes et les a protégées. Elle a ramené ses fugitifs et rassemblé ses déserteurs. Elle a pacifié la Haute-Égypte et a chassé les rebelles.