Le gouvernement militaire de l'armée des États-Unis en Corée, connu aussi sous le nom d'USAMGIK d'après son acronyme en anglais (United States Army Military Government in Korea), était l'organisme officiel qui dirigeait la moitié sud de la péninsule coréenne du au . Les bases de la république de Corée ont été posées au cours de cette période.
À cette époque, le pays était en proie au chaos politique et économique. Le mécontentement populaire provenait du fait que le gouvernement militaire américain s'est d'abord appuyé sur l'administration coloniale japonaise, utilisant les fonctionnaires japonais en tant que conseillers, tout en ignorant puis en démantelant les structures de la république populaire de Corée (RPC) pour finalement mener à la division du pays.
En outre, l'armée américaine n'était pas préparée à administrer le pays, ne connaissant ni la langue, ni la situation politique. Ainsi, bon nombre de leurs mesures ont eu pour effet de déstabiliser la région. Des vagues de réfugiés en provenance de la Corée du Nord (environ personnes) et de Coréens revenant de l'étranger (Mandchourie, Japon, Chine) ont également contribué à maintenir le pays dans la tourmente.
La zone contrôlée correspond à peu près à la Corée du Sud actuelle agrandie de la ville de Kaesong et de la péninsule d'Ongjin. Par contre, la ville de Sokcho et les districts de Goseong, Yanggu et Cheorwon étaient alors sous contrôle communiste.
Contexte vignette|gauche|La section de Chemulpo du comité pour la préparation de la république de Corée. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, suivant la décision prise par les alliés à la conférence du Caire, le Japon doit abandonner la Corée qu'il avait annexée en 1910. À Yalta, en , les Soviétiques s'engagent à attaquer le Japon dans les trois mois qui suivent la défaite de l'Allemagne en échange de concessions territoriales en Extrême-orient. Dans les mois qui suivent, les alliés prévoient de diviser la Corée suivant quatre zones : américaine, soviétique, britannique et chinoise (la Chine de Tchang Kaï-chek). À cette époque, Roosevelt, considérant les expériences faites aux Philippines, pense que le pays devra rester 20 à 30 ans sous tutelle. L'URSS attaque le Japon en Mandchourie le 9 aout 1945 ; le 6 et le 9 aout, deux bombes atomiques explosent à Hiroshima et à Nagasaki entrainant la cessation des hostilités. Surpris par la rapidité de la chute de l'empire japonais, ce n'est que le 11 aout, dans l'urgence, que l'armée américaine définit les zones de reddition pour les soldats japonais. Pour la Corée, ceux-ci devront rendre les armes aux Américains au sud du et aux Soviétiques au nord. L'idée d'utiliser le fut vite rejetée, en partie à cause de la rapidité de l'avancée des troupes soviétiques. La limite est fixée dans l'ordre général n° 1 concernant la reddition du Japon qui est communiqué aux alliés le 15 aout.
À la suite de la reddition du Japon le et pour assurer la sécurité des Japonais, le général Nobuyuki Abe, dernier gouverneur-général de Corée, choisit de transférer son pouvoir à Yeo Un-hyeong, un chef de la résistance, gauchiste modéré, qui forme d'abord le « » (CPIC) puis proclame l'établissement de la république populaire de Corée (RPC) dont il devient le vice-premier ministre. Assurant son pouvoir par l'intermédiaire de comités populaires dans toutes les localités de la péninsule, ouverte à tous les Coréens à l'exception des collaborateurs, soutenue par le peuple car elle propose la confiscation des propriétés des colonisateurs ainsi qu'une redistribution des terres, contrôlant le commerce du riz et les entreprises des Japonais, cette organisation a la main sur la Corée lorsque les Américains arrivent.
Cette période voit aussi la création de douzaines de partis politiques et de journaux. Dans cette période chaotique, des mouvements de jeunesse sont alors fondés pour maintenir l'ordre. Dès le 25 aout, 2000 jeunes et étudiants assurent la sécurité à Séoul, 140 organisations locales s'occupent de la province, toutes sous le contrôle de Jang Gwon du CPIC. Ces nombreux groupements paramilitaires initialement unis vont rapidement se diviser en suivant leurs préférences politiques.
L'administration américaine
vignette|240px|Forces américaines en Corée, 8 septembre 1945. vignette|gauche|240px|La cérémonie de reddition des forces japonaises. Au mois d'aout, l'URSS attaque le Japon en Mandchourie comme promis à la conférence de Yalta et pénètre dans le nord de la Corée. Pour s'assurer que les communistes ne poursuivent pas leur avance, le général MacArthur désigne le lieutenant-général John R. Hodge comme administrateur militaire des affaires coréennes le . Celui-ci débarque avec ses troupes dans le cadre de l'Opération Blacklist Forty le à Incheon et en application de l'ordre général n° 1 concernant la reddition du Japon, il prend le contrôle de la péninsule au sud du . Quatre jours avant son arrivée en Corée, Hodge déclare à ses officiers que « la Corée est un ennemi des États-Unis ».
Hodge et son corps d'armée sont choisis du fait de leur proximité géographique car ils étaient stationnés auparavant à Okinawa. Cependant, ils n'étaient pas préparés, n'avaient aucune expérience de l'administration civile, pas d'interprètes, peu de consignes et un grand manque de personnel qualifié pour cette tâche.
L'administration américaine refuse tout d'abord de reconnaitre et de rencontrer les chefs de la résistance coréenne que ce soit la RPC ou le gouvernement provisoire de la Corée en exil (GPC) mené par Kim Ku. Le , lors de la cérémonie de reddition, Hodge annonce que l'administration coloniale japonaise sera gardée intacte, y compris le personnel et le gouverneur-général. À la suite d'un tollé massif, il procède à leur remplacement mais les garde comme conseillers et continue de s'appuyer sur les collaborateurs coréens. Les Japonais resteront encore plusieurs mois en service alors que le peuple coréen était pressé d'accéder enfin à l'indépendance.
En , Hodge fonde le conseil consultatif de Corée. Neuf des onze sièges sont octroyés aux membres du parti démocrate coréen (PDC, Hanmindang), un groupement ultra-conservateur composé principalement de grands propriétaires terriens, de riches hommes d'affaires et d'anciens fonctionnaires de l'administration coloniale. Quelques membres de la RPC devaient les rejoindre mais ils refusent, critiquant les personnes nommées à cause de leur collaboration avec les Japonais. Ce choix renforce encore le ressentiment de la population envers le gouvernement militaire.
Le , Hodge fait venir Syngman Rhee et l'accueille lors d'une conférence de presse commune. Rhee avait été le premier président du gouvernement provisoire de la Corée et avait passé une grande partie de sa vie aux États-Unis. Kim Ku et Kim Kyu-sik sont ensuite autorisés à revenir quelques semaines après mais seulement comme simples citoyens.
Entre-temps, la RPC avait été dissoute car les Américains voyaient en elle un instrument des Soviétiques pour mettre la main sur la péninsule. Le gouvernement militaire lui reprend aussi le contrôle des entreprises et du commerce du riz. En conséquence, ses structures évoluent et s'organisent différemment. Yeo Un-hyeong fonde le parti populaire de Corée (PPC, Inmindang) le , un parti de la gauche modérée. Le conseil national des syndicats coréens (CNSC) puis en décembre la ligue nationale des syndicats paysans, la ligue de la jeunesse coréenne démocratique et la ligue des femmes sont également créés.
Dès lors, la politique coréenne à Séoul va être dominée par quatre grands courants : Pak Hon-yong pour les communistes (PCC), Yeo Un-hyeong pour le PPC, les partisans de Kim Ku et Kim Kyu-sik (les modérés) et surtout Syngman Rhee et le parti démocrate coréen qui parviennent à unifier l'action des nationalistes de droite.
vignette|240px|Manifestation contre la mise sous tutelle Le à la conférence des ministres des affaires étrangères de Moscou, les États-Unis et l'URSS s'accordent pour une tutelle à long terme, la Corée devant être administrée par une commission mixte américano-soviétique. Au bout de quatre ans, la Corée doit devenir indépendante. Cependant, les deux superpuissances installent des gouvernements différents dans leurs zones respectives, selon leurs idéologies politiques. Cet accord est un choc supplémentaire pour les Coréens qui voient se profiler une scission du pays et s'envoler l'espoir d'une indépendance rapide. De plus, cette mise sous tutelle leur rappelle la mise en place du protectorat par les Japonais au début du siècle.
Le mouvement de protestation contre la tutelle est initialement mené par Kim Ku mais celui-ci change d'avis après une rencontre avec Hodge, craignant plus une scission du pays qu'un retard dans l'indépendance. La gauche comptant sur le soutien de l'URSS, c'est le groupe de Syngman Rhee, profondément anticommuniste, qui se profile à la tête de ce mouvement et assoit ainsi son soutien populaire auprès des nationalistes.
En ces temps agités, le maintien de l'ordre est alors confié à la police nationale coréenne avec Jang Taek-sang à sa tête, un membre du parti démocrate de Corée. Conformément à la politique suivie consistant à s'appuyer sur les structures héritées de la période coloniale, cette force est essentiellement constituée de policiers qui avaient travaillé pour les Japonais et qui continue d'user de la même brutalité. En raison des difficultés d'approvisionnement, la police est aussi chargée de la collecte du riz.
Une unité de gendarmerie forte de hommes est créée en . Elle sera à l'origine de l'armée sud-coréenne. Elle est renforcée par des anciens gendarmes coloniaux qui avaient été en poste dans le nord de la péninsule mais qui avait dû quitter leur poste après la prise du pouvoir par les communistes. L'académie militaire responsable de la formation des gendarmes devait être conduite par 20 officiers venant de l'armée japonaise, 20 de l'armée du Kwantung et 20 de l'armée de restauration. Cependant, ces derniers refusèrent de travailler au côté des anciens serviteurs de l'empire japonais. En conséquence, les Coréens rejetèrent les forces de police et de gendarmerie, toutes deux considérées comme étant composées de collaborateurs.
vignette|gauche|300px|Séoul en 1945 Le voit la formation d'un « Representative Democratic Council » sous la direction du gouvernement américain. Bien que devant représenter tous les points de vue, il n'a que peu de pouvoir et est dominé par les conservateurs. Les communistes commencent à changer de tactique : ne cherchant plus à travailler avec les autres groupements, ils tentent plutôt de perturber le gouvernement militaire, s'appuyant sur le mécontentement populaire exacerbé par les difficultés économiques, l'inflation et l'absence de réformes agraires.
À partir de , un comité de coalition soutenu par le gouvernement militaire et mené par Kim Kyu-sik (droite modérée) et Yeo Un-hyeong tente d'unifier la droite et la gauche pour limiter la poussée des extrémistes mais a un succès limité car il doit faire face aux attaques de Syngman Rhee qui pousse à la création d'un État séparé.
Dès , la commission bipartite entre les États-Unis et l'URSS reconnait son échec à former un gouvernement de coalition. Dès lors, le gouvernement militaire va commencer à mettre en place le passage du pouvoir et à accentuer sa pression sur les mouvements de gauche. Il interdit les syndicats mais cependant, ne parvient pas à interrompre les mouvements de grève. De plus, accusant les communistes d'avoir imprimé des faux billets, il procède à des arrestations et suspend son bulletin, le Haebang ilbo. Le 15 aout, un autre mandat d'arrêt est lancé visant l'exécutif du parti communiste, en particulier Pak Hon-yong. Les journaux de gauche Joseon inminbo, Hyeondae ilbo et Jungang ilbo sont alors interdits.