La révolte des cipayes est un soulèvement populaire qui a lieu en Inde en 1857 contre la Compagnie britannique des Indes orientales. Il est également appelé première guerre d'indépendance indienne ou rébellion indienne de 1857.
La révolte commença par une mutinerie des cipayes de l'armée de la Compagnie le dans la ville de Meerut. Cela entraîna un soulèvement populaire dans le nord et le centre de l'Inde. Les principaux combats eurent lieu dans les États actuels de l'Uttar Pradesh, du Bihar, dans le Nord du Madhya Pradesh et dans la région de Delhi Citation : « La rébellion de 1857 fut largement circonscrite dans les plaines du Gange et dans le centre de l'Inde. », et .. La rébellion menaça grandement le pouvoir de la Compagnie dans la région Citation : « Les événements de 1857 sont particuliers par leur étendue et la menace qu'ils ont posée à la domination britannique dans les plaines du Gange. » et ne fut écrasée qu'avec la chute de Gwalior le .
Les autres régions contrôlées par la Compagnie comme la province du Bengale et les présidences de Bombay et de Madras restèrent relativement calmes. Dans le Pendjab, les princes sikhs fournirent des soldats et du ravitaillement à la Compagnie. Les grands États princiers comme Hyderabad, Mysore, Travancore et le Cachemire ainsi que le Rajasthan ne rejoignirent pas la rébellion..
Dans certaines régions, comme à Ayodhya, la rébellion prit la forme d'une révolte populaire contre la présence européenne ; .. Les chefs de la rébellion comme Lakshmî Bâî devinrent les héros du mouvement pour l'indépendance de l'Inde un siècle plus tard ; cependant, ils ne disposaient d'aucune idéologie cohérente en vue de créer un nouvel ordre social.. La rébellion mena à la dissolution de la Compagnie britannique des Indes orientales en 1858 et força les Britanniques à réorganiser l'armée, le système financier et l'administration en Inde.. L'Inde fut donc gouvernée directement par la couronne britannique au sein du nouveau Raj britannique.
L'expansion de la Compagnie britannique des Indes orientales
La Compagnie britannique des Indes orientales administrait certains territoires côtiers et les comptoirs commerciaux depuis le , mais sa victoire lors de la bataille de Plassey en 1757 marqua le début d'un contrôle plus ferme de l'Inde orientale. Cette victoire fut renforcée par la bataille de Buxar (dans le Bihar) en 1764, avec la défaite de l'empereur moghol Shah Alam II.
Ce dernier accorda à la Compagnie le droit de « collecter les impôts » des provinces du Bengale, du Bihar et de l'Orissa. La Compagnie étendit rapidement son contrôle sur de vastes territoires au sud de la rivière Narmada, et autour de ses comptoirs de Bombay et de Madras, après les guerres anglo-mysores (1766-1799) et les guerres anglo-marathes (1772-1818). L'expansion ne se fit pas sans résistance. En 1806, la mutinerie de Vellore fut déclenchée par l'introduction de nouveaux uniformes, ce qui mécontenta les cipayes hindous et musulmans A. Rangarajan, « », , 6 août 2006..
Au début du , le gouverneur général Wellesley entama deux décennies d'expansion accélérée des territoires de la Compagnie.. Cela fut réalisé par des alliances forcées entre la Compagnie et les gouvernants locaux, ou par des annexions militaires. Les alliances créèrent les États princiers des Indes avec à leur tête les maharajas hindous et les nababs musulmans. Le Pendjab, la province de la Frontière-du-Nord-Ouest et le Cachemire furent annexés après la seconde guerre anglo-sikhe en 1849 ; cependant, le Cachemire fut immédiatement vendu à la dynastie Dogra de Jammu lors du traité d'Amritsar de 1846, et il devint un État princier. Les disputes territoriales entre le Népal et l'Inde britannique s'aggravèrent après 1801, et provoquèrent la guerre anglo-népalaise de 1814-1816, qui amena les Gurkhas sous influence britannique. En 1854, la province de Berar fut annexée ainsi que l'État d'Oudh, deux ans plus tard. Au milieu du , la Compagnie gouvernait directement ou indirectement la plus grande partie de l'Inde.
Causes de la rébellion
La révolte de 1857 ne fut pas la conséquence d'un unique événement, mais d'une succession de plusieurs événements, qui, à la fin, déclenchèrent le soulèvement.
Le terme de cipayes a été introduit par Dupleix dans les Indes françaises 30 ans plus tôt, entre Pondichéry, les Indes du sud et Chandernagor.
Ce terme de « cipayes » désigne les soldats indiens, hindous et musulmans. Juste avant la rébellion, il y avait Indiens et Chiffres donnés par Jacques Pouchepadass, dans « La révolte des cipayes », L'histoire (mensuel) octobre 1980. Britanniques au sein de l'armée en Inde. Les forces étaient divisées entre trois armées présidentielles, celles de Bombay, de Madras et du Bengale. L'armée du Bengale recrutait principalement parmi les hautes castes comme les Rajputs et les brahmanes dont la plupart venaient de l'Awadh (près de Lucknow) et du Bihar et réduisit encore le recrutement parmi les basses castes en 1855.
Par contraste, les armées de Madras et de Bombay recrutaient indifféremment parmi les différentes castes.. La domination des hautes castes dans l'armée du Bengale a joué un rôle dans les premières mutineries qui menèrent à la rébellion. Ainsi, le rôle joué par le système des castes devint si important que les hommes n'étaient plus « choisis sur la base des qualités essentielles du soldat (forme physique, courage, force ou docilité) mais sur leur appartenance à une certaine caste ».
En 1772, lorsque Warren Hastings fut nommé gouverneur général, l'une de ses premières initiatives fut d'augmenter la taille de l'armée de la Compagnie. Comme les soldats disponibles, ou cipayes du Bengale, avaient combattu contre les Britanniques lors des batailles de Plassey et de Buxar, ils étaient considérés comme suspects par les Britanniques. Hastings dut donc recruter plus à l'ouest, au sein des hautes castes rurales des Rajputs et des brahmanes de l'Awadh et du Bihar. Cette pratique continua au cours des 75 années suivantes. Cependant, afin d'anticiper les frictions sociales, la Compagnie prit la peine d'adapter ses pratiques militaires à la culture locale. Par conséquent, ces soldats mangeaient dans des bâtiments séparés, étaient dispensés du service à l'étranger (les voyages en mer pouvant leur faire perdre leur statut de caste (varna) selon le tabou du Kala pani) et l'armée reconnut officiellement les fêtes hindoues. Cette reconnaissance du statut des hautes castes rendait cependant le gouvernement vulnérable à des protestations, voire à des mutineries, si les cipayes détectaient une transgression de leurs prérogatives..
Il a été suggéré qu'après l'annexion d'Oudh par la Compagnie en 1856, de nombreux cipayes furent inquiétés par la perte de leur statut, en tant que noblesse terrienne, dans les administrations de l'État, et par l'augmentation prévisible des taxes que l'annexion laissait augurer.. De plus, la présence de missionnaires convainquit les hindous et les musulmans que la Compagnie prévoyait une conversion à grande échelle des Indiens.. Cependant, dans les années 1830, des évangéliques comme William Carey et William Wilberforce avaient réussi à faire passer des réformes sociales comme l'abolition du Satī, sans que l'allégeance des cipayes ne soit remise en question.
En revanche, des changements dans les termes du service militaire ont pu créer du ressentiment. Avec les victoires de la Compagnie des Indes orientales et son expansion, les soldats allaient non seulement devoir servir dans des régions moins familières (comme la Birmanie lors des guerres anglo-birmanes en 1856), mais ils allaient devoir le faire sans toucher la prime de service à l'étranger, qu'ils obtenaient auparavant ; ..
Une autre inquiétude provenait d'une nouvelle loi qui privait les cipayes d'une retraite après la fin de leur service ; si cette décision ne s'appliquait qu'aux nouvelles recrues, les vétérans s'inquiétaient d'une possible rétroactivité de la loi. De plus, les soldats de l'armée du Bengale étaient moins bien payés que leurs homologues des armées de Madras et de Bombay, ce qui aggrava la question des retraites..
Une cause majeure de mécontentement, qui émergea dix mois avant le déclenchement de la révolte, fut la loi sur l'enrôlement du . Comme il avait été dit auparavant, les soldats de l'armée du Bengale étaient exemptés de service outre-mer, et ils ne combattaient que dans les territoires qu'ils pouvaient rallier à pied. Cette situation fut jugée anormale par le gouverneur général des Indes James Broun-Ramsay, car les cipayes des armées de Madras et de Bombay avaient déjà accepté une obligation de servir outre-mer si cela était nécessaire. Ainsi, le fardeau des troupes pour le service actif en Birmanie (facilement accessible uniquement par la mer) et en Chine retombait de manière disproportionnée sur les deux petites armées présidentielles. La loi signée par le successeur de Ramsay, Charles Canning, imposa aux nouvelles recrues de l'armée du Bengale d'accepter un engagement concernant le service outre-mer. Cependant, les vétérans craignaient que cette loi ne devienne rétroactiveA Matter of Honour - an Account of the Indian Army, its Officers and Men, Philip Mason, page 261..
D'autres griefs portaient sur la question des promotions, fondées sur l'ancienneté, ce qui, avec le nombre croissant d'officiers européens, rendait la promotion très lente, et de nombreux officiers indiens n'obtenaient un grade élevé que lorsqu'ils étaient trop vieux pour pouvoir l'exercerFrom Sepoy to Subedar - Being the Life and Adventures of Subedar Sita Ram, a Native Officer of the Bengal Army, edited by James Lunt, page 172..
Cartouches lubrifiées Le déclencheur final fut l'introduction de la munition du nouveau fusil Enfield Modèle 1853 : d'après le règlement britannique, les soldats devaient déchirer les cartouches en papier avec les dents pour mettre de la poudre dans le canon avant d'y mettre la balle. Cette cartouche était lubrifiée avec du suif (graisse de porc ou de bœuf) pour la protéger de l'humidité et faciliter la descente de la balle dans le canon.
Or ce suif était considéré comme impur par les musulmans et les hindous., le porc étant un animal haram interdit de consommation aux musulmans et le bœuf étant un animal sacré de la tradition hindoue. Au moins un officiel britannique pointa les problèmes que cela pouvait engendrer :
À moins de prouver que la graisse utilisée dans ces cartouches n'est pas de nature à offenser ou à interférer avec les croyances des castes, il serait opportun de ne pas les fournir aux corps autochtones..
Cependant, en , la production des cartouches lubrifiées commença à Fort William, Calcutta. La graisse incorporait du suif, fourni par la firme indienne Gangadarh Banerji & Co. Ces cartouches n'étaient destinées qu'aux troupes européennes, mais les rumeurs concernant la lubrification des munitions avec de la graisse animale se répandirent rapidement.
Le , le colonel Richard Birch ordonna que toutes les cartouches devaient être livrées sans graisse et que les cipayes pouvaient les lubrifier avec le mélange « qui leur convient ».. Une modification fut également menée sur les exercices de tir pour permettre aux cipayes d'ouvrir la cartouche avec les doigts. Cependant, cela convainquit simplement les soldats que les rumeurs étaient vraies, et que leurs craintes étaient justifiées.
Agitation populaire Les causes du soulèvement populaire sont également variées.