Les Bigourdans sont les habitants de la Bigorre, une région qui représente une grande partie du département des Hautes-Pyrénées, sachant que deux enclaves bigourdanes sont situées dans le département voisin des Pyrénées-Atlantiques. La population bigourdane constitue une part des Gascons, des Occitans et des Français.
Ethnonymie Les habitants de la Bigorre sont historiquement connus sous plusieurs noms, à savoir : Bigourdans, Bigordans, Bigorrais, Bigorritains et Bigerrots« Noms des habitants des départements et pays de la France », in Édouard Charton, Le Magasin pittoresque, , Paris, 1881. De plus, au , certaines personnes écrivent Vigordan au lieu de Bigordan car dans la région, on ne fais pas la différence entre le [b] et le [v] à cette époqueDictionnaire universel françois et latin : vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux, nouvelle édition corrigée et augmentée, tome 1, Paris, 1743.
Il y a par ailleurs les formes latines Bigerrio dans les écrits de César et Bigerrus dans ceux de Pline et Paulin.
Surnoms et proverbe Les Romains ont surnommé les anciens Bigourdans hirsuti Bigorrei, qui signifie littéralement « hirsutes Bigourdans », après la mort de Valérius Préconius et la défaite de ManiliusLa défaite de ces généraux, qui eut lieu dans l'Aquitaine, fut en partie due aux Bigourdans.. Les peaux des bêtes fauves et celles de quelques animaux domestiques que les Bigourdans façonnaient eux-mêmes composaient leurs vêtements, à cause de cela les Romains les avaient également surnommés pelliti.
D'après Abel Hugo dans son ouvrage La France pittoresque - volume 3, les mœurs et caractères des habitants de Tarbes et des principales villes du département sont empreintes d'urbanité et de politesse. Il ajoute que dans la première moitié du , les Béarnais, leurs voisins, leur reprochent de manquer de franchise et que ceux qui citent avec orgueil le proverbe Bearnès faus et courtès (Béarnais fidèles et courtois), ne manquent jamais d'ajouter Bigordan pir que can. Abel Hugo précise que ce n'est pas dans ce proverbe d'un jaloux voisinage qu'il faut chercher la véritable peinture des mœurs. Les Bigourdans, quant à eux, préfèrent comprendre « fourbes et courtois » au lieu de « fidèles et courtois », en jouant sur l'ambigüité du mot faus.
Anthropologie et ethnologie Selon le Dictionnaire de Trévoux, les Bigerriones de César sont les Bigourdans. Avant la conquête de l’Aquitaine par Publius Crassus, les premiers Bigourdans vivaient en république et la ville de Tarbes en était la capitale. Le fort Bigorra, qui a donné son nom à la provinceSelon une autre hypothèse, ce n'est pas ce fort qui a donné son nom à la province, mais le peuple qui l'a construit (cf. Essais historiques sur le Bigorre, tome 1, 1823)., la défendait alors contre ses ennemis et servait de refuge aux habitants de la campagne, lorsque la guerre les obligeaient à quitter leurs chaumières.
Au milieu du , Pierre Davity fait le descriptif suivant : pour le regard de la Bigorre, le peuple y est haut à la main, né aux armes, soudain en ses entreprises et toutefois dissimulé au possible, peu courtois, farouche et mal plaisant, si ce n'est aux vallées. Au reste, il n'endure pas aisément une injure et commet des meurtres pour légère occasion. Il est toutefois bon et loyal, et naturellement simple. La noblesse y est gaillarde, sociable, courtoise, bonne et renommée pour sa vaillancePierre Davity, Nouveau théâtre du monde contenant les estats, empires, royaumes et principautez, Paris, Rocolet, 1644.
Picquet estime à la fin du que de tous les peuples aborigènes des Pyrénées, les moins connus sont les Bigorrais, autrement dit les Bigourdans. Il ajoute que la beauté du climat les rend sains et agiles, on leur trouve en général un genre de physionomie distinctive et un ensemble uniforme. Le « Bigorrais agricole », sans cesse occupé à de rudes travaux, possède la force du corps, l'activité et l'impétuosité du courage ; il partage sa gaieté et sa vivacité avec les Basques, les Languedociens et les Provençaux. Enfin, la générosité et la bienfaisance sont pour les Bigourdans du des vertus familières.
Tout et toujours à la patrie, dit Deville, le Bigourdan s’est distingué à toutes les époques par la profonde vénération qu’il a manifestée pour ses lois et par sa fermeté à défendre ses privilèges. Enthousiaste de sa liberté, convaincu que les lois n’étaient pas moins obligatoires pour les gouvernants que pour les gouvernés, il résista souvent et avec courage aux téméraires qui voulurent leur substituer leurs caprices et leurs volontés. D’autres fois, contraint de céder à la force ou aux circonstances, il fléchit devant ses tyrans ; mais ce fut en les méprisant et en déplorant la violation du pacte social outragé dans sa personne, et non les souffrances ou les persécutions auxquelles il était en butte, parce qu’il sut toujours les supporter avec résignation.
Le caractère du Bigourdan du est ouvert, francJean-Marie Joseph Deville dit que M. Laboulinière a fort mal jugé les Bigourdans lorsqu’il a dit qu'on ne rencontrait pas chez eux toute la franchise et toute la loyauté qu’on devait en attendre., altier et, en général, peu fait pour ramper. Un amour propre que l’ardeur de son imagination rend parfois un peu trop susceptible, lui fait repousser avec fierté, souvent avec dureté, l’ombre même d’une offense. Mais à peine a-t-il relancé le trait dont il avait été blessé, qu’il oublie la main qui l’avait dirigé, à moins que de nouvelles provocations ne viennent le choquer encore et, dans ce dernier cas, il est assez difficile à manier. Il est brave, enthousiaste de la liberté et tout à fait dévoué à sa patrie, mais il a parfois trop de violence dans ses emportements. Un des traits distinctifs du caractère des Bigourdans, c’est que l’injustice excite chez eux des sentiments dont ils ne sont pas toujours les maitresM. Deville écrit « pas toujours », parce-que d'après lui il est bien rare que l’indignation que commande une injustice l'emporte chez les Bigourdans, non seulement sur leur obéissance aux lois, mais même à des actes arbitraires émulé d’une autorité. Sachant que les années 1815 et 1816 fourniraient plus d’une preuve de leur héroïque patience., tandis qu’on les mène à tout avec la douceur et la persuasion.
Sobres et laborieux, les Bigourdans se distinguent encore en 1818 par la franche cordialité avec laquelle ils s’acquittent des devoirs de l’hospitalité. Étranger, souffrant ou malheureux, sont des titres sacrés pour eux et jamais ils n'atteignirent en vain leurs oreilles. Vers 1835, d'après Abel Hugo, les mœurs et le caractère des habitants de Tarbes et des principales villes du département des Hautes-Pyrénées sont empreintes d'urbanité et de politesse ; l'esprit de sociabilité y est répanduAbel Hugo, France pittoresque, tome 3, Paris, Delloye, 1835. On trouve à cette époque chez les Bigourdans une imagination vive, un esprit ardent et une sensibilité qui finit souvent en susceptibilité.
Dans lEncyclopædia Britannica de 1984, les Bigourdans sont encore considérés en tant que groupe ethnique distinct, sur une carte intitulée Primary European Ethnic Culture AreasEncyclopædia Britannica, volume 6, 1984, .
Croyances et superstitions D'après Jean-Marie Joseph Deville, la superstition fut de tous temps (et encore en 1818) un des traits caractéristiques du Bigourdan. Doué d’une imagination et d’une âme ardente, il trouve un charme indéfinissable dans tous les événements qui, sortant du train ordinaire de la vie, se rattachent au merveilleux. Il écoute et il recueille avec la même avidité l’histoire des grands hommes et les contes bleus. En 1818, il y a au moins les deux tiers des personnes en Bigorre qui croient aux sorciers et sorcières (appelées localement brouches), aux loups-garous et aux revenants. L'auteur considère que, avec la tête remplie des contes qu’ils ont entendus sur l‘existence des brouches, les enfants deviennent extrêmement pusillanimes, l’effroi que leur inspirent ces êtres fantastiques les suit partout.
Usages et coutumes Encore en 1789, l'individu le plus accompli est celui qui montre le plus d'adresse à sauter, à dresser un cheval et à « ruer la barre » : cet exercice consiste à lancer une perche fort pesante.
Le lendemain des noces, la nouvelle initiée quitte la couche nuptiale pour relever ses attraits par une toilette recherchée et se disposer à recevoir de nombreuses visites qui, d’après l’usage, doivent venir l’obséder. Ces visites durent plusieurs jours et lorsqu’elles sont finies, les époux sont tenus de les rendre toutes, même celles des personnes dont ils avaient ignoré l’existence jusqu’au jour de leurs noces. Afin de s’acquitter de cette espèce de devoir, auquel on ne saurait déroger sous peine de passer pour incivil, les époux se munissent d’une grande quantité de cartes de visite et vont déposer une de celles-ci chez chacune des personnes qui les a honorés de sa visite.
Chaque fois qu’il fut notoire qu’un mari s’était laissé battre par sa femme, ceux qui occupaient à peu près le même rang que lui dans la société, se réunissaient en forme de mascarade sur la place publique. Une députation se rendait chez le battu et le saisissait, si elle en avait l’occasion, pour le conduire au point de réunion. Là, on le barbouillait de charbon et on le montait sur un âne, faisant face à la queue, qu’on lui mettait dans les mains. Dans cet état, un homme conduisant l’âne par le licol, on le promenait dans toutes les rues ; il y était accueilli par les huées de la populace à laquelle il servait de risée. Le cortège avait le soin de s’arrêter de temps en temps pour chanter, avec d’énormes porte-voix, une chanson patoise analogue à la circonstance et dont le refrain était : Eh ! ron lan la, l'àzou qué courréra. Les couplets avaient trait à la lâcheté du mari et à la manière dont il avait été rossé par sa femme. Les mesures prises par l’autorité ont fait tomber cet usage, il ne se pratique plus que rarement en 1818 et seulement dans les villages.
Les danses, dans cette région, ont donné naissance à un usage singulier qui existe encore en 1818 : dans bien des villages du département et surtout dans la vallée d’Azun, ce sont les filles qui paient les violons et, ce qu’il y a de plus fort, c'est qu'elles prient les cavaliers pour la contredanse. Aussi, il n’est pas rare qu’une jeune fille, éprise des formes ou des qualités d’un beau garçon, aille lui faire la cour, dans l’espoir de s’en faire aimer. Il arrive souvent aussi que lorsque les filles vont au cabaret c’est l’amante qui paie toute la dépense.
Au , un usage pieux attire deux ou trois fois par an à Héas et Bétharram un nombre important d’individus des deux sexes, motivés par des motifs différents. Les uns vont y chercher la guérison de leurs douleurs ; les autres, le pardon de leurs péchés ; quelques-uns, la fin de leur stérilité ; plusieurs, l’occasion d’escamoter les bourses des curieux ; et la plupart, la licence et la débauche. C’est une vérité constatée par tous les voyageurs désintéressés qui ont visité ces endroits. Ce pèlerinage dure deux jours et se fait deux à deux, c’est-à-dire que chaque pèlerin mène sa pèlerine, au milieu des chants religieux et profanes, la pèlerine prend au départ le bras du pèlerin qu'elle ne quitte plus qu’à son retourJean-Marie Joseph Deville, Annales de la Bigorre, Tarbes, Lavigne, 1818.
Langage Le dialecte que parlent traditionnellement les habitants de la Bigorre est le bigordan, autrement écrit bigourdan. Il s'agit d'une variété de gascon. Au , si le « Bigorrais agricole » cherche à communiquer dans son langage qui est passionné, rapide, ainsi qu'échauffé par les serments et les protestations, il s'agite, il précipite sa voix quelquefois à une octave au-dessous du ton naturel, pour la relever soudain jusqu'au ton le plus aigu.