La mosquée Bibi-Heybat (en azéri : Bibiheybət məscidi) est une mosquée chiite située à Bibi-Heybat, au sud de la baie de Bakou dans la Péninsule d'Abşeron (Azerbaïdjan). Le bâtiment actuel date des années 1990. Il s'agit d'une reconstruction, qui s'inspire fortement de la mosquée éponyme bâtie, elle, dans la seconde moitié du par le Chirvanshah Abu-l-Fath FarruhzadLeonid Semenovich Bretanitsky, L’architecture de l’Azerbaïdjan des XII-XVe siècles et sa place dans l’architecture de l’Asie de l’Ouest, p. 158, 556 p. et complètement détruite par les bolcheviks en 1936, lors de répression de la religion qui a touché tout le territoire de l’URSS.

Le complexe de Bibi-Heybat abrite les sépultures et les tombeaux de personnes vénérées, en particulier celle de Ukeyma Khanum (Ukeyma est une déformation azérie de l'arabe Hakîma), qui est une descendante du prophète Mahomet par l'imâm Moussa al-Kazim. Il s'agit d'un des plus importants monuments de l'architecture islamique en Azerbaïdjan.

L'ancienne mosquée avait reçu la visite de Abaskouli-agha Bakikhanov, Alexandre Dumas (dans les années 1850) et de Khurchidbanu Natavan. Les gens de l'endroit l'appellent souvent « mosquée de Fatima », du fait que Ukeyma Khanum est aussi connue sous le nom de Fatima al-Sughra (« la petite Fatima »). C'est cette appellation que Dumas reprend dans la description qu'il donne du bâtiment dans son Voyage au Caucase.

Histoire et importance Le nom de la mosquée La mosquée a été construite au-dessus de la tombe de Ukeyma (Hakima) Khanum, aussi connue sous le nom de Fatima al-Sughra (« la petite Fatima »), l'une des filles du septième imam chiite Moussa al-Kazim. Elle avait fui vers Bakou afin d’échapper aux califes sunnites qui pourchassaient son frère, l'imam Réza. Elle avait donc pris un nouveau nom, Bibi Heybat (« tante de Heybat »), de manière à ne pouvoir être reconnue. Par la suite, la mosquée qui abrite son tombeau a pris à son tour ce nom.

Une inscription, gravée sur sa tombe indique : « Ici repose Ukeyma khanum, descendante du prophète Mahomet, petite-fille du sixième imam Ja'far al-Sâdiq, fille du septième imam Mussa al-Kazim, sœur du huitième imam Réza ». Ukeyma khanum appartenait donc à la famille de l’imam Ali et de son épouse Fatima, elle-même fille de Mahomet.

Date de construction vignette|Timbre d'Azerbaïdjan (2016) avec Mahmud ibn Saad et la mosquée Bibi Heybat (état avant 1911). Se fondant sur les inscriptions trouvées sur le mur du côté sud de la mosquée, les historiens font remonter sa construction au . Une inscription en arabe dit : « [c'est] le travail de Mahmud ibn Saad » — le même architecte a bâti la près de Bakou, terminée en 1301, ainsi que la mosquée du Mollah Ahmed à BakouLeonid Semenovich Bretanitsky. L’architecture de l’Azerbaïdjan des XII-XV siècles et sa place dans l’architecture de l’Asie de l’Ouest, p.158, p.556.

L’orientaliste Ilya Berezin, qui avait visité la mosquée de Bibi-Heybat en 1841, a découvert une autre inscription arabe : «La construction de cette mosquée a été ordonnée par Malik le grand, le plus grand sultan, le défenseur de l’État et de la foi Abu al-Fath ibn Farruhzad Akhsitan Fariburz, aide de l’émir des croyants. Qu’Allah prolonge son règne et sa domination ! En (1281 - 1282) ». Selon la version de Sara Achourbeyli, le nom de Farruhzad aurait été gravé à cause de la restauration du monument par les Chirvanshahs. Mais la mosquée, elle-même, pourrait dater d'une période plus ancienne que celle des Chirvanshahs.

Origine du nom Chikhovo Par la suite, les cheikhs, qui étaient considérés comme des théologiens vénérés, s'installèrent aux alentours de la mosquée. L’endroit où ils vivaient a connu plus tard sous le nom de Chikh (du mot « cheikh »), d’où vient le nom actuel de la banlieue de Bakou appelée Chikhovo, où se trouve la mosquée aujourd’hui.

La mosquée, un pir spirituel La présence de la tombe d'une descendante de Mahomet fait de cette mosquée un lieu spirituel important, en particulier pour les chiites, et ce non seulement en Azerbaïdjan mais dans l'Orient musulman. Bibi Heybat est l'un des plus célèbres des quelque 500 pir du pays, c'est-à-dire, dans ce cas (à la différence du sens habituel du mot pir), des sanctuaires pouvant être des éléments de la nature (arbres, rochers, montagnes…) ou des lieux supposés liés à un personnage saint et à sa sépulture (mosquées, mausolées, ou simplement tombes). Les pir sont donc des lieux de pèlerinage où l'on espère bénéficier de la médiation des esprits qui y séjournaient. Il s'agit là d'un lointain héritage de croyances turques préislamiques qui, plus tard, ont été reprises en particulier par les chiites azerbaïdjanais, et ce plus encore quand il s'agit d'endroits liés à des sayyid, à savoir des descendants du Prophète de l'islam (et tout spécialement pour les chiites une descendance via Ali et Fatima).

C'est ainsi que la mosquée Bibi Heybat est devenue un lieu considéré comme un pir. Elle se trouve à proximité de l'autoroute reliant Bakou au sud-ouest de l'Azerbaïdja. On observe souvent que les gens qui passent par là en voiture s'arrêtent pour offrir une aumône au pir avant de poursuivre leur route. Ils croient que Dieu les protégera ainsi des accidents de la circulation, en mémoire de l'âme de Ukeyma-Hakîma Khanum. Le plus souvent ces aumônes au pir se montent à quelques manats azerbaïdjanais, qui sont censés servir à des fins religieuses ou pour aider les pauvres.

La région d'Abşeron compte un autre pir, celui du sayyid (1883 - 1950).

Vertus de la mosquée On comprend que de nombreux musulmans aient demandé qu'on les enterre dans la mosquée ou près d'elle. On peut mentionner parmi eux le soufi Hadji Cheikh Sharif, qui était arrivé à l’époque à Bakou afin de propager le soufisme, et qui a passé le reste de sa vie dans cette mosquée, où il est enterréhttp://irs-az.com/new/pdf/1275844048892042186.pdf Bibi-Heybat.

Il est écrit dans les indications des gouverneurs Tahmassib et Abbas de mener les travaux de restauration et de construction dans la mosquée et autour d’elle. B. Dorni avait fait des copies des décrets de Tahmassib (1555 - 1556, 963 AH), d’Abbas (1606 — 1607, 1015 AH), d’Abbas II (1650, 1060 AH; 1655 — 1656, 1066 AH; 1667 — 1668, 1078 AH), de Husseyn (1700 — 1701, 1112 AH). Les décrets indiquaient, que les fonctionnaires, les propriétaires des fiefs n’avaient pas droit de lever l'impôt sur les biens de ce complexe. Le décret du shah Tahmassib dit : L’établissement de Bibi-Heybat possédait des biens immenses à l’époque du cheikh Buniad ». Selon les décrets mentionnés ci-dessus, quatre générations de cheikhs ont dirigé la mosquée sur plus de cent ans. La mosquée a longtemps été célèbre pour ses qualités miraculeuses: on y prie, mais on se rétablit également. On peut aussi mentionner les espoirs de guérisons, en particulier de l'infertilité, grâce à la fréquentation de Bibi Heybat. Alexandre Dumas écrit ainsi dans son ouvrage Voyage au Caucase : « La mosquée est le lieu de culte des femmes infertiles. Elles viennent ici à pied et prient. Et dans l'année, elles deviennent capables de donner naissance… » Par exemple, toujours selon Dumas, la célèbre poétesse azerbaïdjanaise Khourchidbanou Natavan (princesse Khassar Outsmiyeva dans son livre) a également visité cette place sainte, et dans l'année elle a eu un fils.200px|thumb| L'ancienne mosquée avant la restauration de 1911.

La mosquée a aussi été évoquée dans les ouvrages d'explorateurs et de voyageurs locaux et européens, tels que Abbasgoulou agha Bakikhanov, Evguéni Pakhomov, l'orientaliste russe Ilia Berezine (1818-1896) ou encore l’historien azerbaïdjanais du début du G. Sadigui. Ce dernier écrivait : « À cinq verstes au sud-ouest de Bakou, derrière le cap de Baïl, se trouve le village Chikhovo, situé sur la pente d'un éperon montagneux et une petite bande côtière. Son attraction est une belle mosquée ancienne. Il y a un demi-verste de la mer jusqu’à la mosquée : la mer est orientée vers l'est avec des marches et des portes sur les côtés sud et nord. Près de la mosquée, il y a un haut minaret, des mausolées, des cryptes et des tombesG. Sadigui, Le village Chikhovo (Bibi-Heybat), Les Nouvelles du Comité d’archéologie azerbaïdjanais, édition, Bakou, p. 30.. »

En 1911, au nord de la sépulture, l’architecte Hadji Nadjaf a rebâti la mosquée, financée par le mécène de Bakou Alasgar agha Dadachev. La sépulture et la vieille mosquée avec sa forme cubique ont aussi été reconstruites.

Démolition et reconstruction

Démolition 250px|thumb|right| La mosquée au début du 250px|thumb|right| Démolition de la mosquée par les bolchéviks en 1936 Après l’instauration du pouvoir soviétique en Azerbaïdjan en 1920, les bolchéviks lancent la lutte contre la religion, et la mosquée de Bibi-Heybat, qui avait une grande influence sur les musulmans, devient la cible du nouveau régime, tout comme l’église cathédrale Alexandre Nevsky et l’église catholique polonaise.

En septembre 1935, des demandes d'interdire les cultes paraissent dans la presse (en fait, il s'agissait de faux). Les autorités soviétiques font alors savoir qu'elles ont décidé de « satisfaire la pétition de quelque 300 ouvriers du gisement de pétrole ont demandé à Staline relatif à la fermeture de la maison de prière « Bibi-[Heybat] » dans le village de Shikhovo ». En 1936, les autorités ordonnent la destruction de la mosquée à l'explosif, et par la suite, on fait passer une route à l'endroit où se trouvait la mosquée.

Cependant la même année, mais après la démolition de la mosquée, à Moscou, une résolution a été prise « Sur la conservation des monuments de l’architecture de signification historique ». Après la décision du gouvernement soviétique de préserver les monuments d'importance historique, le chef du comité azerbaïdjanais pour la protection des monuments anciens d’art et de nature, Azkomstarisa Salamov, a passé vingt ans dans les camps de Sibérie pour avoir détruit la mosquée.

Reconstruction 250px|thumb|right| La mosquée reconstruite. Face Sud. La plupart des mosquées détruites ont été rebâties en Azerbaïdjan, après le retour du pays à l’indépendance, et en 1994, le président Heydar Aliyev a ordonné la construction du nouveau bâtiment de la mosquée de Bibi-Heybat à son ancien emplacement.

Le plan et les dimensions du complexe ont été travaillés déjà dans les années 1980, sur la base de photos prises avant sa démolition. On a aussi utilisé les mémoires de voyageurs, dont un article de G. Sadigui, écrit en 1925, dans lequel on a une description de l’ensemble au milieu des années 1920.

C'est en 1998 que débutent les travaux de reconstruction de la mosquée Bibi-Heybat. Le , lors de la cérémonie d’inauguration de la nouvelle mosquée, le président Heydar Aliyev déclara : « Il y a soixante ans, la mosquée édifiée à cet endroit sacré a été détruite de manière barbare. Notre spiritualité, nos valeurs morales et spirituelles, ainsi que l'Islam, ont subi une perte considérable, et notre peuple a reçu grand coup. Mais il n’a pas été détruit et n’a pas cédé… »http://library.aliyev-heritage.org/ru/1006552.html Discours du président de l’Azerbaïdjan Heydar Aliyev à la cérémonie d’inauguration du complexe de la mosquée et du sanctuaire de Bibi-Heybat Et il ajouta: « Nous nous réjouissons de découvrir la mosquée, ce grand monument que vous voyez aujourd’hui. Cependant, je crois que c’est seulement la première étape de l'ouvrage. Cette construction doit être encore achevée conformément au projet. ». Et il précisait qu'il veillerait lui-même à ce que ces travaux soient réalisés.