thumb|upright| En jaune, l’État d'Arakan, montrant sa situation par rapport au reste de la Birmanie, avec le Bangladesh à sa frontière nord-ouest, et l'Inde plus au Nord.
Les Rohingyas sont un peuple indo-aryen, comme l'atteste leur langue. Leur présence en Arakan est, selon certaines sources, au moins antérieure au VIIIe siècle après Jésus-Christ. Ils auraient été, au cours des siècles, mêlés aux peuples arabes, mongols, turcs, bengalis, voire portugais et se sont convertis à l'Islam tardivement, au , alors qu'à l'époque la région était un État vassal du Bengale. Des colonies musulmanes existent en Arakan depuis la venue des Arabes au . Il est possible que des descendants directs des colons arabes auraient vécu au centre de l'Arakan près de Mrauk U et de Kyauktaw, plutôt que dans la zone frontière Mayu (près de la division Chittagong au Bangladesh), région où vit la majorité des Rohingya, Le Figaro, 19.09.2017.
De 1824 à 1826, lors de la première guerre entre l’empire britannique et la Birmanie, les Rohingyas sont supplétifs dans l’armée britannique et considérés comme des traîtres par les indépendantistes birmans. Après la Seconde Guerre mondiale, ils soutiennent de nouveau les Anglais face aux Birmans, qui ne leur pardonneront jamais. En 1948, la Birmanie retrouve son indépendance et les Rohingyas sont alors rejetés et persécutés.
L'exode massif des Rohingyas vers le plateau de l'Arakan, à la fin du est, en grande partie, liée à la politique d'immigration encouragée par l'administration coloniale durant la période du Raj britannique, ceci afin de les inciter à travailler comme main d'œuvre dans les exploitations agricoles. Au fil des générations, les Rohingyas ont perdu leur caractère bengali, leur langue se différenciant nettement du bengali parlé au BangladeshBirmanie : violences et apartheid contre les Rohingya - article du Ceri de novembre 2012.. Cet état n'est rattaché à la Birmanie qu'en 1948. Les Rohingya vivent dans l'État actuel d'Arakan (dont ils forment environ la moitié de la population), séparés de la Birmanie proprement dite par l'Arakan Yoma.
Origines des persécutions contre les Rohingya Les Rohingyas habitant dans l'actuel État d'Arakan, rattaché à la Birmanie en 1784, sont aujourd'hui considérés par l'ONU comme « une des minorités les plus persécutées du monde. »Bruno Philip, Ethnic violence mars transition to democracy for Rohingya in Burma, sur The Guardian, le 26 juin 2012. Consulté le 30 juin 2012.Bruno Philip, L’interminable persécution des Rohingya, sur Le Temps, vendredi 22 juin 2012. Consulté le 28 juin 2012.
Les Rohingyas furent victimes d'attaques venues soit de la Birmanie voisine, soit des Portugais, avec notamment l'attaque de soldats birmans en 1785, qui emmenèrent alors personnes comme esclaves. Par la suite, la monarchie birmane encouragea ces raids pour briser tout esprit de résistance chez cette population étrangère, capturant et brûlant vifs des centaines de personnes rassemblées dans des enclos de bambous.
Persécutions aux Occupation britannique et Seconde Guerre mondiale Ceci explique la satisfaction avec laquelle les Rohingyas accueillirent l'occupation britannique en 1825. De fait, ils bénéficièrent, pendant cette occupation, d'une certaine liberté culturelle (et même politique) qui les amena à pousser à l'indépendance dans les années 1930 ainsi qu'à rester fidèles aux Britanniques pendant toute la Seconde Guerre mondiale ; toutefois, cette fidélité se traduisit par des persécutions particulièrement violentes de la part des Japonais et des Birmans, qui massacrèrent les Rohingya par milliers — le chiffre de morts en 1942 a été avancé1942 Rohingya Massacre in Arakan, sur kaladanpress.org. Consulté le 28 juin 2012.Urgent: Updates from Rakhine State of Burma. Consulté le 28 juin 2012. —, torturant, violant, tuant et provoquant la fuite vers l'Inde de habitants.
Après la Seconde Guerre mondiale En 1945, le gouvernement britannique mit en place une administration autonome pour l'Arakan ; celle-ci ne dura cependant que jusqu'en 1948, année durant laquelle le pays fut annexé à la Birmanie.
On estime que les Rohingyas sont aujourd’hui environ dans l’État d'Arakan ; ils sont essentiellement regroupés près de la frontière du Bangladesh.
Ils ont en effet fui massivement vers le Bangladesh, en 1978 tout d'abord, puis en 1991-1992 pour échapper à la junte birmane, ce qui a ainsi amené plusieurs centaines de milliers d'entre eux à rester confinés dans des camps de réfugiés, dans une misère profonde.
Le premier grand exode a eu lieu en 1978 ; on estime que Rohingyas ont alors fui le pays pour échapper aux persécutions birmanes lancées à l'occasion d'un pré-recensement visant à déterminer la nationalité des habitants.
En 1982, la Birmanie déclare les Rohingyas comme des non-citoyens, car ils n'auraient pas pu prouver leur présence Birmane avant 1799 (or la Birmanie a annexé l'Arakan en 1948)Human Rights Watch, Rohingya Citizenship denial.
Le second exode de 1991-1992 a touché, lui, personnes, et a été déclenché par l'enrôlement dans des travaux forcés, lié à la très forte présence militaire dans la région. Dans les deux cas, la question centrale est liée au fait que le gouvernement birman considère que les Rohingyas sont en grande partie des immigrants clandestins et leur refuse toute citoyenneté, alors qu'eux-mêmes s'appuient sur le fait que leur présence dans la région remonte à avant même qu'elle n'ait été rattachée à la BirmanieLes Rohingya, exclus de la démocratie en Birmanie? Mediapart 3-10-12. Consulté le 5-10-12..
Affrontements de juin, juillet et octobre 2012
Au début de , des violences inter-ethniques éclatent entre les communautés musulmane (les Rohingyas) et bouddhiste de l'État d'ArakanLa Birmanie martyrise sa minorité musulmane, Le Figaro, 11 juin 2012. ; elles se traduisent par la destruction de milliers de maisons des deux communautés, et par la mort d'une cinquantaine de personnesLaurent Filippi, Les Rohingya de Birmanie, une ethnie opprimée, sur francetv.fr. Consulté le 29 juin 2012., voire de 80 Le Figaro, 6 août 2012.Consulté le 6 août 2012, et entraînant le déracinement de autresBruno Philip, The Most Persecuted Minority In The World: The "Gypsies" Of Burma (La minorité la plus persécutée du monde : les « gitans » de la Birmanie), sur Le Monde/Worldcrunch.com (article du 22 juin 2012). Consulté le 29 juin 2012.. Beaucoup ont tenté de gagner par la mer le Bangladesh d'où ils ont été repoussés par les garde-frontières. Ce pays accueille déjà Rohingyas Consulté le 24 juillet 2012.. C'est le viol et le meurtre d'une jeune bouddhiste, le , qui est à l'origine des affrontements : le crime est en effet attribué aux Rohingyas, entrainant la condamnation à mort de deux d'entre eux le , et le suicide d'un troisième.
Le discours d'Aung San Suu Kyi du , lors de acceptation de son prix Nobel de la paix décerné en 1991, a mentionné les hostilités qui se poursuivaient en Birmanie, tant au nord qu'à l'ouest, dans l'État d'Arakan ; cette référence avait donné aux Rohingyas un certain espoir de la voir s'efforcer d'obtenir une certaine réconciliation nationale, voire de leur obtenir le statut de minorité ethnique qui leur est refusé Birmanie : les Rohingya placent leurs espoirs en Aung San Suu Kyi, sur rfi.fr. Consulté le 29 juin 2012.. Toutefois, le président Thein Sein a déclaré en juillet , se déchargeant du problème sur le HCR à qui il demande de les accueillir dans des camps12-07-2012 Birmanie: des camps de réfugiés ou l'expulsion pour la minorité des Rohingya. Consulté le 24 juillet 2012. En juillet, les violences inter-ethniques se sont poursuivies, les Rakhines bouddhistes, mais aussi les forces de sécurité se livrant à des exactions à l'égard des Rohingyas et des Rakhines musulmans19 juillet 2012 Myanmar : les violences dont sont victimes les Rohingya minent les avancées en matière de droits fondamentaux . Consulté le 24 juillet 2012. . Des moines ont manifesté à Mandalay en septembre pour soutenir le point de vue du président Thein Sein; pendant qu'un analyste politique écrivant habituellement pour Kachinland News, s'interroge le sur le site Mizzima du silence d’Aung San Suu Kyi. De nouvelles violences ont éclaté fin octobre, dans la semaine du 21 au 27, faisant 84 morts, 129 blessés, 22 000 sans abri, réfugiés dans des camps de fortune après l'incendie de leur maisonLe Monde. Consulté le 26 octobre 2012. Plus de deux cents personnes ont été tuées en 2012 et environ cent mille sont regroupées dans des camps aux alentours de Sittwe, la capitale de l'Arakan Le Monde 4.01.17 .
Affrontements armés de 2016-2017
Début , devant la poursuite des persécutions à l'encontre des Rohingyas attribuées au pouvoir birman et à certains bouddhistes radicaux, accusés de brimer cette minorité musulmane depuis des décennies, certains membres de cette minorité décident de prendre les armes afin de protéger la communauté rohingya. Des milices armées voient le jour, la plus importante d'entre elles étant l'Armée du salut des Rohingya de l'Arakan (ARSA)Bruno Philip, En Birmanie, la guérilla des Rohingya passe à l’offensive, Le Monde, 28 août 2017.. En , ces milices attaquent des postes frontières, ce qui provoque de féroces représailles de la part de l'armée : viols, tortures et massacres. La situation réelle sur place reste difficile à évaluer, puisque la Birmanie interdit aux Nations unies et aux ONG l'accès du nord de l'Arakan, où personnes dépendent de leurs distributions alimentairesRFI,25.11.2017. . Elle n'a autorisé leur retour qu'à la fin d'Birmanie: Feu vert à la distribution de vivres dans l'Etat d'Arakan, Reuters le 27.10.2017.
En , l'Organisation internationale pour les migrations estime à environ le nombre de Rohingya qui doivent fuir au Bangladesh, à la suite des violences en Birmanie, entre octobre et « Des milliers de Rohingya passent de la Birmanie au Bangladesh », Le Monde, 6 décembre 2016..
Le , une vingtaine de postes frontières sont à nouveau attaqués par 150 rebelles : au moins 71 personnes sont tuées, dont une dizaine de policiersBirmanie : au moins 71 morts dans une attaque menée par des rebelles musulmans rohingya, Le Monde, 25 août 2017.. Dans la semaine qui suit, les combats font plus de 400 morts, dont 370 rebelles, 13 militaires ou policiers et 14 civils selon l'armée birmaneBirmanie : les combats entre l'armée et les rebelles rohingyas ont fait près de 400 morts, Franceinfo avec Reuters, septembre 2017.. Le projet Arakan, une organisation de défense des droits des Rohingyas, évoque pour sa part près de 130 morts, dont des femmes et des enfantsEn Birmanie, une guérilla rohingya sommaire mais déterminée, AFP, septembre 2017.. Selon l'ONU, en seulement une huitaine de jours, près de personnes ont gagné le Bangladesh, Le Monde, 4 septembre 2017, où plus de réfugiés rohingyas sont présents le .; mais le pays ne veut pas en accueillir davantage et ferme sa frontière, bloquant ainsi civils. L'organisation revoit d'ailleurs à la hausse le bilan fourni par les autorités birmanes, évoquant début septembre un bilan humain potentiellement supérieur à 1000 morts.. La situation d'extrême insécurité qui règne dans les villages rohingyas de l'Arakan, mais aussi l'attitude hostile de l'administration birmane envers elles ont obligé plusieurs ONG, mais aussi le Programme alimentaire mondial à cesser leurs activités dans ces zonesBirmanie: l’exode forcé des Rohingyas, Arnaud Vaulerin, Libération, 4 septembre 2017.