Emanuela Orlandi (née le ) est une citoyenne de la Cité du Vatican qui a disparu mystérieusement à Rome le .

Cette disparition est l'une des affaires les plus obscures de l'histoire criminelle italienne. Considérée comme une fugue à ses débuts, elle implique l'État du Vatican, l'État Italien, l'Institut pour les œuvres de religion (la banque du Vatican), la Banco Ambrosiano, la Banda della Magliana et les services secrets de différents pays. La disparition d'Emanuela est parfois liée à celle d'une autre jeune fille romaine, Mirella Gregori, qui n'a jamais été retrouvée non plus.

Depuis la disparition de l'adolescente, un grand nombre de pistes et de théories ont alimenté la chronique. Emanuela Orlandi aurait ainsi été vue en divers lieux au cours des années, y compris à l'intérieur de la Cité du Vatican, mais tous ces signalements ne sont pas fiables. L'affaire Orlandi n'est toujours pas résolue, mais les médias italiens suivent encore les rebondissements de l'enquête.

Disparition

Les faits Emanuela Orlandi est la quatrième des cinq enfants d'Ercole et Maria Orlandi. Son père est un employé laïc de la préfecture de la Maison pontificale, qui vit avec sa famille à l'intérieur de la Cité du Vatican. De ce fait, la famille dispose de la citoyenneté vaticane. Emanuela est en deuxième année d'études au lycée scientifique Convitto Nazionale Vittorio Emanuele II, à Rome. Bien que l'année scolaire s'achève en ce mois de , elle continue à prendre des leçons de flûte traversière, trois fois par semaine, à l'école Tommaso Ludovico da Victoria, qui dépend de l'Institut pontifical de musique sacrée. Elle fait également partie du chœur de l'église Sainte-Anne-des-Palefreniers. gauche|vignette|Le conservatoire d'Emanuela, sur la place Saint-Apollinaire, à Rome. Le , Emanuela se rend comme d'habitude en bus à l'école de musique. Après quelques stations, elle descend à l'arrêt devant l'église Saint-André et marche sur environ le long du corso del Rinascimento pour rejoindre le conservatoire, situé à côté de la basilique Saint-Apollinaire. Emanuela arrive à sa leçon avec un retard inhabituel de quinze minutes, se montre distraite et informe une camarade qu'elle compte partir du cours avec d'avance.

Vers , elle quitte son cours et passe un appel téléphonique à sa sœur Federica. Emanuela l'informe avoir obtenu, sur le chemin du conservatoire, une offre d'emploi de la part d'un représentant de la marque Avon. Cet homme lui aurait proposé pour distribuer des produits cosmétiques pendant un défilé de mode de la maison Sorelle Fontana au palais Borromini. La somme proposée correspond alors au salaire mensuel d'un fonctionnaire de l'époque. L'homme aurait dit à Emanuela qu'il souhaitait une réponse dans la soirée et qu'il attendrait la jeune fille après son cours. Sa sœur, méfiante, suggère à Emanuela d'en parler avec leurs parents avant de prendre toute décision.

À la fin de la leçon, Emanuela se confie également à une amie et camarade de l'école de musique, Raffaella Monzi, qui l'accompagnait à l'autobus. À , Emanuela laisse son amie monter dans le bus et reste en arrière. Dès lors, sa trace est perdue.

Les premiers jours de recherches Dans la soirée de la disparition d'Emanuela, sa famille alerte la police italienne, mais celle-ci tempère leurs inquiétudes : la jeune fille aurait pu avoir fugué, ou bien « peut-être était-elle avec des amis. » La police italienne indique par ailleurs que la famille ayant la citoyenneté vaticane, leur plainte ne dépend pas de sa responsabilité.

Le lendemain, jeudi au matin, le père d'Emanuela dépose une plainte pour enlèvement à l'Inspection générale de la sécurité publique vaticane. Dans la soirée, la plainte sera enrichie d'un témoignage rapporté par les Orlandi : Emanuela aurait été reconnue le vers 17h par un policier en faction devant le palais Madame, le Sénat italien, en compagnie d'un homme d'environ , âgé de 35 à , au visage mince, atteint d'une calvitie naissante et portant une mallette. Cet homme conduisait une BMW de couleur verte, dans laquelle serait montée Emanuela. D'autres témoins signaleront avoir vu Emanuela monter dans une BMW. Cet officier sera interrogé tardivement par la police. A posteriori, un rapprochement sera effectué entre l'homme à la BMW et Enrico De Pedis, chef de la fameuse Banda della Magliana, organisation criminelle romaine, qui présenterait des similitudes physiques avec le portrait-robot établi par le témoin, mais à l'époque cette piste ne sera pas poursuivie.

Le même jour à 15h, les parents d'Emanuela appellent le directeur de l'école de musique pour demander si l'une des camarades de classe de leur fille aurait des informations, tandis que l'oncle de l'adolescente fait le tour des rédactions romaines pour placer un appel à témoin dans la presse du lendemain. Au cours des deux jours suivants, des appels à témoin sont publiés dans les journauxIl Tempo, Paese della Sera et Il Messaggero avec le numéro de téléphone de la famille Orlandi, qui reçoit de nombreux appels téléphoniques, pour beaucoup fantaisistes.

Le samedi , à 18h, les Orlandi reçoivent un premier appel téléphonique important. Il s'agit d'un homme se présentant comme un garçon de nommé Pierluigi. Il indique qu'avec sa petite amie, il a rencontré deux jeunes filles, toutes deux étant perdues au Campo de' Fiori cet après-midi là. À propos de celle qui pourrait être Emanuela, le jeune homme mentionne notamment la flûte, ses cheveux bruns, ses lunettes qu'elle n'aime pas, ainsi que d'autres détails qui correspondent au signalement. Selon Pierluigi, la jeune fille en question venait de se faire couper les cheveux et s'est présentée sous le nom de Barbara. Elle lui aurait déclaré qu'elle venait de s'enfuir de chez elle et qu'elle vendait des produits Avon. Dans la foulée de cet appel, le SISDE, les services secrets intérieurs italiens, fait placer le téléphone des Orlandi sur écoute, afin de pouvoir enregistrer les prochains appels.

Le , un autre homme se faisant appeler Mario téléphone à la famille Orlandi. Il prétend posséder un bar près du pont Vittorio Emanuele II, qui est situé entre le Vatican et l'école de musique d'Emanuela. L'homme déclare qu'il avait rencontré un homme et deux jeunes filles qui vendaient des cosmétiques, dont l'une prétendait être originaire de Venise et s'appeler Barbarella ou Barbara. Celle-ci lui aurait confié être en fugue, qu'elle allait rentrer chez elle à temps pour assister au mariage de sa sœur, mais qu'elle regrettait de ne pouvoir chanter au concert prévu à son école de musique. Des détails qui correspondent à Emanuela Orlandi. De nombreuses années plus tard, Mario sera identifié comme étant fort probablement un homme proche de la Banda della Maglianavoir ci-dessous.

Le , 3 000 affiches avec la photographie de l'adolescente sont placardées dans Rome par sa famille.

Le dimanche , dans une déclaration sans précédent pour une simple disparition d'adolescente et alors qu'aucune certitude n'est encore clairement établie quant aux raisons de cette disparition, le pape Jean-Paul II fait appel au cours de l'Angélus à d'Emanuela Orlandi : la thèse de l'enlèvement est pour la première fois avancée officiellementEmanuela Orlandi sul sito di Chi l'ha visto? di RAI3.

Depuis le , Emanuela Orlandi n'a jamais été retrouvée et reste recherchée par la justice italienne. Sa disparition suscite les rumeurs les plus variées.

L'hypothèse Ali Ağca

Les Loups gris, la première piste de l'affaire Orlandi Le , deux jours après la déclaration du pape, le service de presse du Vatican et la famille Orlandi reçoivent le premier d'une nouvelle série d'appels téléphoniques anonymes : un homme parlant italien avec un accent américain prétend avoir parlé à Emanuela au cours de la soirée et fait entendre aux Orlandi un court enregistrement de la voix de leur filleenregistrement d'Emanuela. Il indique que Pierluigi et Marioséquence relative à un appel téléphonique Puntata di Chi l'ha visto? andata in onda il 7 luglio 2008 sont des membres de son groupe et pose un ultimatum : Emanuela sera tuée si d'ici au si les autorités italiennes n'ont pas relâché Mehmet Ali Ağca, l'homme qui deux ans plus tôt, le , a tiré sur le pape, place Saint-Pierre. Emanuela est ainsi censée être la prisonnière d'un groupuscule terroriste turc d'extrême droite, les Loups gris.

Dans les jours qui suivent, les Orlandi reçoivent de nouveaux appels de « l'Américain ». Le , un homme avec une voix jeune et un accent américain informe l'agence d'information ANSA de la demande d'échange d'Orlandi contre Ağca, et requiert la participation du pape. Il indique par ailleurs que la preuve qu'Emanuela est entre ses mains sera déposée dans une poubelle, sur une place publique près du palais Montecitorio. Ces documents, retrouvés dans un paquet placé dans la poubelle en question, sont une photocopie de la carte d'Emanuela de l'École de musiqueSelon Nicotri dans son livre Mistero Vaticano (Le Mystère du Vatican), la production de la photocopie peut être l'œuvre de quelqu'un se trouvant au Vatican. Il s'interroge sur le fait qu'il s'agisse d'une photocopie, disponible par exemple à la sécurité du Vatican, et non de l'original, un accusé de réception et une maigre note manuscrite de la jeune fille enlevée.

Le , un homme à l'accent semblant être moyen-oriental téléphone à l'un des camarades de classe d'Emanuela : il déclare que celle-ci est entre ses mains et qu'il reste pour procéder à l'échange avec Ağca. L'homme demande également la mise en place d'une ligne téléphonique directe avec le secrétaire d'État du Vatican de l'époque, Agostino Casaroli. La ligne sera installée le .

Un total de 16 appels téléphoniques sont passés par « l'Américain » à partir de différentes cabines téléphoniques publiques.

Lui-même interrogé le par la police italienne, Ağca condamne devant la presse l'enlèvement d'Emanuela, et déclare que les Loups gris ne sont pas responsables de l'attentat contre le pape, qu'il a été perpétré sur ordre d'agents bulgares, eux-mêmes en lien avec le KGBL'hypothèse serait qu'on a cherché à détourner l'enquête des Loups gris au profit la piste bulgare. Une allégation qui ne paraît pas infondée dans le contexte de guerre froide et de la visite de Jean-Paul II en Pologne.

Le , quelques jours avant l'expiration de l'ultimatum fixé par l'Américain, celui-ci téléphone à nouveau à l'ANSA et leur indique qu'une nouvelle preuve de la détention d'Emanuela sera déposée dans une poubelle près du palais du Quirinal. Le paquet retrouvé contient une cassette dont la première face comprend un rappel de l'échange demandé entre l'adolescente et le terroriste, et la seconde un enregistrement des gémissements d'une jeune fille, qui paraît être abusée ou torturée. À l'expiration du délai fixé, les ravisseurs ne se manifestent plus.

À Noël 1983, Jean-Paul II rend une visite privée aux Orlandi et leur affirme que la disparition de leur fille est une affaire relevant du terrorisme international.

Le , dans un communiqué officiel, les Loups gris reconnaissent détenir non seulement Emanuela Orlandi, mais également Mirella Gregori. Toutefois, le magistrat qui enquête sur le cas Orlandi ne croit pas qu'il y ait de lien crédible entre l'enlèvement d'Emanuela, l'agresseur du pape et l'organisation terroriste turque. En l'absence de preuves pour étayer cette piste, l'affaire est close en .

En 2011, un repenti de la Banda della Magliana déclare au magistrat instructeur que l'enlèvement d'Emanuela n'est pas lié à l'organisation turque des Loups gris, ni à Ağca. La piste des Loups gris sera par ailleurs démentie par un ancien officier de la Stasi, Günter Bohnsack. Selon cet ancien fonctionnaire est-allemand, cette théorie permettait aux Loups gris de détourner l'enquête sur la tentative d'assassinat de Jean-Paul II.

Allégations ultérieures