L’Atlas linguistique de l’est du Canada (ALEC)Dulong, Gaston et Gaston Bergeron, Le Parler populaire du Québec et de ses régions voisines. Atlas linguistique de l'Est du Canada, Gouvernement du Québec, Ministère des Communications en coproduction avec l'Office québécois de la langue française, 1980, 10 vol.(Études et Dossiers)., publié sous le titre Le Parler populaire du Québec et de ses régions voisines - Atlas linguistique de l'Est du Canada est un projet de recherche dialectologique destiné à décrire le français parlé de la civilisation traditionnelle au Québec. Conçu et dirigé par Gaston Dulong, le projet aboutit à la publication en 1980 d'un ouvrage en dix volumes qui contient les résultats localisés (plus de 600 mille mots-réponses) des enquêtes linguistiques menées auprès de plus de 1000 témoins dans 152 localités du Québec et dans 17 localités francophones voisines réparties entre la province de l'Ontario et la population acadienne des provinces maritimes, communément associée ci-après au nom Acadie.
Élaborée sur le modèle de l'Atlas linguistique de la FranceGilliéron J. & Edmont E. (1902-1910). Atlas linguistique de la France. 9 vol., Paris, Champion., la recherche a pris la forme d'enquêtes linguistiques faites par des enquêteurs qui ont rempli un même questionnaire dans un réseau de localités couvrant tout le territoire. Le corpus final de l'étude, lexical et phonétique, constitue un matériau unique pour l'étude du parler français usuel au Québec quant à son homogénéité et à ses particularités linguistiques et géolinguistiquesBeauchemin, Normand, Reviews/Comptes-rendus Informations, Canadian Journal of Linguistics/Revue canadienne de linguistique, Volume 26, Issue 2, Fall 1981, .Reighard, John, << Compte rendu: Le parler populaire du Québec et de ses régions voisines. Atlas linguistique de l'Est du Canada, G. Dulong et G. Bergeron, O.L.F. 1980 >>, Revue québécoise de linguistique, volume 12, numéro 1, 1982, ..
Réalisée dans la pure tradition de la dialectologie française, cette enquête unique est la plus grande recherche scientifique publiée sur le français populaire des francophones d'AmériqueAmyot, Michel et Gilles Bibeau, Le statut culturel du français au Québec, Textes colligés et présentés par M. Amyot et G. Bibeau, Actes du congrès Langue et Société au Québec, tome 1, Conseil supérieur de la langue française, Québec, Atelier 6, La description du français : Reighard, John, Les recherches et les caractéristiques du français québécois; Dulong, Gaston, L’Atlas linguistique de l’Est du Canada. http://www.cslf.gouv.qc.ca/publications/pubf112/f112a6.html.
Le parler de la civilisation traditionnelle, aussi nommé parler populaire ou parler usuel, est cette langue orale familière apprise d'oreille, par imitation, en famille, en société, au travail ou dans les jeux et que la norme prescrite par l'école, la grammaire, les dictionnaires ou les communications de l'ère moderne n'a que peu influencéeBergeron, Gaston, Discours simples!, Presses de L'Université Laval, Québec, 2017..
Études du français parlé au Québec Quelques travaux furent produits ou ébauchés sur le français parlé au Québec depuis les premières années du , mais les premières démarches et recherches universitaires portant sur l'ensemble du français québécois et sur sa réalité géolinguistique furent celles menées dès les années 1950 par Gaston Dulong, professeur au Département de linguistique de l'Université Laval de 1948 à 1986. Son cours de langue franco-canadienne au programme de la Faculté des Lettres fut un des premiers cours sur l'histoire générale et sur les particularités linguistiques lexicales, morphologiques, phonétiques et géographiques du français parlé au Québec.
Au cours des années 1970, les recherches spécialisées couvrant divers aspects linguistiques du français québécois connaissent une importante explosion dans le milieu universitaire québécois. Dans la voie lexicographique en particulier, les professeurs Marcel Juneau et Claude Poirier lancent le projet Trésor de la langue française au QuébecBoisvert, Lionel, Marcel Juneau et Claude Poirier. Le TLFQ: approche d'un vocabulaire régional, in Travaux de linguistique québécoise, Les Presses de l'Université Laval, 1979. et approfondissent l'étude historique de ce parler dans plusieurs ouvrages dont le Dictionnaire historique du français québécoisPoirier, Claude, sous la direction de, et Équipe du TLFQ, Dictionnaire historique du français québécois. Monographies lexicographiques de québécismes, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, LX + 7 cartes + 641 p. est un éloquent exemple. Dans les traces d'ALEC, Thomas Lavoie, professeur de linguistique à l'Université du Québec à Chicoutimi, entame au cours des années 1970 une recherche dialectologique concentrée dans une partie de l'est du Québec et en publie les résultats avec Gaston Bergeron et Michelle Côté sous le titre Les parlers français de Charlevoix, du Saguenay, du Lac-Saint-Jean et de la Côte-NordLavoie, Thomas, et Gaston Bergeron, Michelle Côté, Les parlers français de Charlevoix, du Saguenay, du Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord. Les publications du Québec et l'Office québécois de la langue française, 5 volumes, 1985..
Les enquêtes linguistiques ALEC Les enquêtes linguistiques sur le terrain à partir d'un questionnaire sont caractéristiques des études linguistiques visant la description du parler dans une communauté ou sur un territoire donné. Elles ont été mises au point dans les grands projets dialectologiques européens, spécialement pour l'Atlas linguistique de la France entrepris au début du et pour les atlas linguistiques de la France par régionsSéguy, Jean, Les Atlas linguistiques de la France par régions, Revue Langue française : Les parlers régionaux, 1973, numéro 18, . réalisés dans les années 1940 et suivantes.
Le questionnaire ALEC Le contenu du questionnaire d'enquête ALECDulong, Gaston, et collaborateurs, Enquête dialectologique et phonétique du français parlé au Québec. Questionnaire préparé par G. Dulong avec la collaboration de Marie-Rose Aurembou, Micheline Massicotte, Jean-Louis Plamondon, Marcel Boudreault, Cahiers 1 et 2, Les presses de l'Université Laval, 1969. est « classique » et colle à la procédure habituelle des enquêtes en dialectologie française. Il porte essentiellement sur les concepts communs de la civilisation traditionnelle avec adaptation au contexte physique et culturel du Québec. Précédé en 1953 d'un premier questionnaire expérimental de la Société du parler français au CanadaSociété du parler français au Canada, Atlas linguistique de l'Est du Canada français. Questionnaire, Les Presses universitaires Laval, Québec, 1953, 61 p., le questionnaire ALEC compte 2309 questions-concepts regroupées par champs idéologiques couvrant les réalités et les activités existantes de la vie commune soit habitation, vêtement, nourriture, travaux domestiques, travaux agricoles et forestiers, phénomènes atmosphériques, animaux, flore et aussi les aspects sociaux et humains de cette communauté soit naissance, éducation, croyances, etc. Les enquêteurs utilisent en outre comme compléments du questionnaire un cahier de centaines d'illustrations d'objets usuels, un livre d'ornithologie et un livre de botanique.
Les enquêteurs ALEC Quatre enquêteurs (Jean-Louis Plamondon, Micheline Massicotte, Ghislain Lapointe, Gaston Bergeron) ont mené entre 1969 et 1974 152 enquêtes au Québec et ont aussi couvert les régions francophones voisines, à l'est et à l'ouest, avec 9 enquêtes en Acadie et 8 en région franco-ontarienne. Formés en linguistique et aux enquêtes orales sous forme de conversation dirigée, les enquêteurs utilisent au travail le système de notation phonétique français Gilliéron-Rousselot afin de noter sur place et en temps réel les réponses des personnes consultées. Maîtrisant les diverses réalités et activités de la civilisation matérielle traditionnelle, ils ont comme tâche première de sélectionner dans chacune des localités des témoins intéressants et disponibles. Utilisant des questions indirectes sans suggérer les mots-réponses, les enquêteurs font nommer, identifier, décrire, distinguer par les témoins les objets, les gestes, les événements, les concepts visés dans le questionnaire et notent sur le fait les mots-réponses tels qu'ils sont prononcés.
Les témoins ALEC Les témoins appelés aussi informateurs sont sélectionnés après une démarche ouverte auprès de personnes d'autorité en place (curé, maire ou secrétaire municipal, responsable d'un foyer de personnes âgées...). L'enquêteur se présente comme un chercheur universitaire souhaitant rencontrer des gens âgés de la place qui sauraient parler de la vie traditionnelle menée dans les années passées. Sans mentionner la question de la langue ou du langage, les enquêteurs rencontrent ainsi une dizaine de personnes parmi lesquelles ils sélectionneront les informateurs qui participeront individuellement, chacun dans leur domaine de compétence, à l'entrevue.
Les critères personnels qui caractérisent les témoins et qui assurent des résultats de recherche comparables et profitables à la recherche sont la bonne santé, la pleine appartenance à leur milieu culturel et à leur communauté et un intérêt pour l'expérience qui leur est proposée. Les témoins sont idéalement natifs de la place comme leurs parents ou leurs grands-parents et ont un parler naturel qui rejoint grosso modo celui des personnes ressources préalablement rencontrées dans la localité. Dans les régions récemment développées comme l'Abitibi ou le Témiscamingue, ils proviennent au moins de la même région souche que la majorité de leurs concitoyens actuels. Enfin, on a calculé que les personnes retenues pour ALEC ont un âge moyen de 72 ans; ils n'ont fréquenté le plus souvent que l'école primaire et ont eu généralement des métiers comme ménagères, artisanes, ouvriers, agriculteurs, forestiers, pêcheurs...
La représentativité statistique de chacun des témoins ALEC équivaut à environ francophones du Québec entier ( en 1970), mais plutôt à si on ne tient compte que de la population rurale (). Dans l'ensemble du domaine, on a rencontré et interrogé précisément au Québec, 73 en Acadie et 56 en Ontario. On a donc eu recours à la participation active de , dont 651 hommes (55 %) et 540 femmes (45 %). La légère majorité d'hommes interrogés s'explique grosso modo par un questionnaire qui s'attarde beaucoup aux gros travaux de la civilisation traditionnelle (construction, agriculture, travaux forestiers...). Le nombre moyen de témoins par localité est de sept personnes au total soit trois femmes et quatre hommes. Et chacun de ces informateurs a répondu en moyenne à 330 questions. En pratique cependant, on peut affirmer que l'enquête se faisait en moyenne avec 5 à 6 témoins principaux rencontrés consécutivement et avec lesquels on pouvait couvrir environ 400 questions en deux séances d'environ deux heures chacune. Ainsi, une enquête exigeait environ 25 heures d’entrevue.
Le Québec: le territoire d'enquête Le Québec compte à l'époque des enquêtes vivant dans (villes et villages urbains ou ruraux). La majorité, 80 %, des habitants vivent dans les 300 localités de et plus et 20 % vivent dans les 1200 autres localités de ou moins. C'est principalement dans cette catégorie de localités que les enquêtes ALEC ont eu lieu.
Aspect démographique Montréal et Québec. En 1971, plus de la moitié des habitants du Québec, soit 56,6 % (), habitent la région immédiate de Montréal, un milieu urbain à 91 %. La capitale Québec et sa région comptent pour 14,1 % de la population québécoise () dans ce milieu urbain à 74,1 %.