vignette|Portrait de l'empereur Alexis. Le stratopédarque (en grec : στρατοπεδάρχης, ) est un terme grec désignant un commandant militaire de haut rang à partir du avant de devenir une fonction propre et un titre honorifique sous l'Empire byzantin.
Histoire
Epoque romaine et proto-byzantine
Le terme apparaît pour la première fois à la fin du dans le Proche-Orient hellénistique. Son origine est floue mais il est utilisé dans certains inscriptions comme la traduction du poste romain de praefectus castrorum (préfet du camp). Flavius Josèphe utilise le terme pour se référer au quartier-maître général de tous les casernements, tandis que Denys d'Halicarnasse en fait usage pour désigner le centurion primipile dans une légion qui a perdu son chef. Le terme apparaît aussi dans la Bible, où il est interprété comme un synonyme de préfet du prétoire, le commandant de la garnison de la garde prétorienne à Rome ou à ses principaux subordonnés, les praefectus peregrinorum et les princeps castrorum. Quoi qu'il en soit, à partir du , il est utilisé au sens large comme un terme littéraire se référant au général et donc comme synonyme du terme ancien de stratēgos. Au , l'historien Eusèbe de Césarée écrit que le stratopédarque est équivalent au dux romain. Au , Ardaburius est désigné comme stratopédarque de toutes les armées par Olympiodore de Thèbes, tandis que les actes du Concile de Chalcédoine font de Zénon, le stratopédarque de toutes les forces d'Orient. Dans ce cas, c'est une traduction du latin magister utriusque militia. L'historien Eunape dit d'ailleurs que le stratopédarque est le plus important de tous les offices. D'autres auteurs hellénophones utilisent également le mot de stratélate pour désigner la fonction d'Ardaburius, voire celui de stratège. Quant à l'historien Albert Vogt, il postule que le stratopédarque désigne l'officier responsable de l'intendance et de l'entretien des camps fortifiés.
Rodolphe Guilland souligne surtout que le terme de stratopédarque est rare avant le , ne désigne pas une fonction précise et sert surtout de synonyme anachronique pour se référer à un magister militum ou à un gouverneur de thème (stratège). Il est par exemple utilisé par Théophane le Confesseur pour Jovien, général avant de devenir empereur. De même, Jean Zonaras l'utilise pour Rusticius, général de l'empereur Léon . Plus largement, le terme sert pour toute une série de généraux : Kratéros, qui arrête Théodore Studite est stratopédarque de l'Orient, Eudokimos est stratopédarque de Cappadoce et de Charsianon sous Théophile et un certain Mousilikès est un subordonné du stratège de Sicile. Enfin, un sceau a été exhumé d'un protospathaire du nom de Constantin, également stratopédarque.
Période méso-byzantine vignette|Sceau de Romain Sklèros, proèdre, stratopédarque d'Orient et duc d'Antioche. Lors de la période méso-byzantine (, le terme de stratopedon désigne l'armée en campagne plus que le camp lui-même. De fait, le terme de stratopédarque est plus utilisé dans le sens de commandant en chef. Ce mot acquiert un sens technique en 967 quand l'empereur Nicéphore II Phocas nomme l'eunuque Pierre Phocas comme stratopédarque avant de l'envoyer à la tête d'une armée en Cilicie. Le Taktikon de l'Escorial, écrit quelques années plus tard, montre l'existence de deux stratopédarques, l'un en Anatolie et l'autre dans les Balkans. Ce parallélisme se retrouve aussi dans l'existence de deux domestiques des Scholes sur les deux continents. Cela a conduit Nicolas Oikonomidès à suggérer que la fonction de stratopédarque a été créée en remplacement de celle de domestique des Scholes, interdite aux eunuques. Au cours des , ce parallélisme semble ne plus exister. En effet, la fonction de stratopédarque devient l'un des titres officiels des commandants en chef de l'armée byzantine, comme l'attestent plusieurs sceaux.
La nature exacte de la fonction de stratopédarque reste difficile à définir. Il apparaît rarement dans la documentation technique, notamment dans les manuels militaires et son usage reste largement littéraire, utilisé comme synonyme de stratège ou de domestique des Scholes. Il devient alors un mot utile pour désigner le général qui a autorité sur une armée de campagne ou une force composée de plusieurs régiments (tagmata).
Période byzantine tardive
Le titre de megas stratopedarchēs ou grand stratopédarque (grand-maître du camp) est institué par l'empereur Théodore II Lascaris pour son principal ministre et confident Georges Muzalon. Le Livre des Offices de Pseudo-Kodinos au milieu du situe la fonction de grand stratopédarque comme la septième en termes d'importance dans la hiérarchie des offices impériaux, entre celle de prōtostratōr et celle de megas primmikērios ou grand primicier. Selon Kodinos, le grand stratopédarque est chargé de l'approvisionnement de l'armée et a quatre stratopédarques comme subordonnés. Un pour les monokaballoi (en grec : μονοκάβαλλοι), une unité de cavalerie ; un pour les tzangratores (en grec : τζαγγράτορες), les arbalétriers ; un pour les tzakōnes (en grec: τζάκωνες ou Tzakoniens), une garde palatine composée d'infanterie de marine et un pour les mourtatoi que Kodinos présente comme une garde palatine mais dont la nature réelle est inconnue.
Toutefois, dans les faits, la fonction de stratopédarque ou de grand stratopédarque est vidée de sa fonction militaire après 1261 et n'est alors plus liée à des fonctions ou de commandement militaires. Le dernier grand stratopédarque de l'Empire byzantin est Démétrius Paléologue qui occupe aussi le poste de gouverneur de Constantinople et qui périt lors de la chute de celle-ci en 1453.
La fonction de grand stratopédarque existe également au sein du despotat de Morée, entité autonome de l'Empire byzantin et coexiste avec plusieurs stratopédarques qui sont ses subordonnés. De même, ces offices existent au sein de l'Empire de Trébizonde, fondé en 1204 et qui évolue indépendamment de l'Empire byzantin dirigé par les Paléologues.
Liste des titulaires connus
Liste des stratopédarques
Nom Période Nommé par Notes Refs Pierre Phocas 967–977 Nicéphore II PhocasJean Ier Tzimiskès Eunuque lors du règne de Nicéphore II, il est élevé au rang de stratopédarque pour les armées d'Orient et joue un rôle important lors de plusieurs campagnes. Il mène notamment le siège d'Antioche (968-969), faisant des Hamdanides d'Alep un vassal de l'Empire byzantin. Il participe ensuite à la bataille de Dorystolon et meurt en 977, lors de la rébellion de Bardas Sklèros. Nicéphore 1048–1050 Constantin IX Monomaque Eunuque et ancien membre du clergé, il est un proche de Constantin IX sans maîtriser les affaires militaires. Nommé rhaiktor et stratopédarque, il parvient à soumettre l'émir de Dvin, Abu al-Aswar mais échoue et meurt contre les Petchénègues. Isaac Comnène –1054 Constantin IX Monomaque Un sceau le mentionne comme magistros, vestarque et stratopédarque d'Orient. Il est congédié par Théodora vers 1055. Il pourrait en fait avoir occupé la fonction de domestique des Scholes. Romain Sklèros Constantin IX MonomaqueThéodora Arrière-petit-fils de Bardas Sklèros, il grimpe dans la hiérarchie par sa sœur, l'amante de Constantin IX. Il termine sa carrière comme proèdre, stratopédarque d'Orient et duc d'Antioche. Il pourrait en fait avoir occupé la fonction de domestique des Scholes. Alexis Comnène Michel VII Doukas Mentionné comme stratopédarque en 1074 par Nicéphore Bryenne. Eumathios Philokalès 1092/3–1111/2 Alexis Ier Comnène Parmi les meilleurs généraux d'Alexis , il est nommé stratopédarque et gouverneur de Chypre en 1092/93, jusqu'en 1111/1112. Vers 1118, il devient mégaduc. Aspiétès Alexis Ier Comnène Il sert comme stratopédarque d'Orient et gouverneur de la Cilicie vers 1105 et subit une défaite face à Tancrède d'Antioche. Isaac Comnène Inconnu Jean II Comnène (?) Basiléopator, sébastokrator et stratopédarque, il est attesté par un sceau comme détenteur de ces fonctions. Le premier titre paraît plutôt se référer au frère d'Alexis mais le surnom de Doukas se rapporte plutôt au fils de l'empereur. En-dehors de ce sceau, il n'est connu que comme sébastokrator. Manuel Lykaïtes Inconnu Connu que par un sceau qui le fait stratopédarque et duc du camp de Malagina. Andronic Comnène Inconnu Mentionné sans plus de précisions par Eustathe de Thessalonique. Michel Phocas Jean III Doukas Vatatzès Lié par le mariage à l'empereur Jean Vatatzès, il est attesté comme stratopédarque des Thracésiens et de Philadelphie. Dans ce cadre, le stratopédarque fait office de fonctionnaire fiscal dans une province. Théophane Milieu du Inconnu Mentionné comme stratopédarque et paradotes (fonctionnaire fiscal) dans un acte concernant les domaines du monastère de Saint-Jean le Théologien. George Sophianos Michel VIII Paléologue Stratopédarque et gouverneur de Karyopolis en Morée. Siouros Andronic II Paléologue Stratopédarque des tzangratores, il dirige des troupes face aux Ottomans mais est vaincu près de la forteresse de Katoikia. Petzikopoulos Avant 1325 Andronic II Paléologue Connu par sa femme, Mélane, fille d'Eulogie et par ses fils, Démétrios Doukas Petzikopoulos et Jean Sénachérim, tous actifs à Thessalonique vers 1325-1327. Jean Choumnos Jean V Paléologue Pansébaste sébaste et stratopédarque des monokaballoi est mentionné dans un chrysobulle lui conférant des terres à Zichnai. Il est soit le fils de Jean Choumnos, soit celui de Georges Choumnos., lui aussi grand stratopédarque. Demetrios Jean VI Cantacuzène Il est mentionné dans un acte synodal de novembre 1348, dans lequel il est récemment décédé. Sa mère est issue de la famille Xanthopoulos. Akrokondylos Inconnu Mentionné parmi les donateurs de terres du monastère Brontochion, à Mistra. Cantacuzène Avant 1453 Inconnu Fils anonyme du protostrator Manuel Cantacuzène.
Liste des grands stratopédarques