Un paysage forestier intact ou PFI (plus souvent désigné par Intact Forest Landscape ou IFL dans la littérature) désigne un paysage « naturel » considéré comme à la fois non artificiellement morcelé et non dégradé. La dégradation peut porter tant sur la continuité écologique que sur les composantes écosystémiques générales, que plus spécifiquement floristiques, faunistiques et d'habitats Portail de Intact Forests, avec présentation du concept de PFI et des enjeux, résultats, utilisations. Ce territoire qui inclut des forêts primaires, des zones humides et des prairies doit aussi être assez vaste pour que toute la biodiversité autochtone puisse durablement s'y maintenir, en particulier pour les populations d'espèces à large répartition ou nécessitant un grand territoire de vie.

Dans ce contexte, on définit comme intact tout milieu naturel exempt de traces d'activité humaine significative, et de tout signe de fragmentation anthropique de l'habitat. Ce paysage doit aussi avoir une taille suffisante pour contenir et naturellement entretenir la biodiversité autochtone, des « populations viables » d'une large gamme de biotes et taxons et, des effets écologiques de la biodiversité Christoph Thies (Greenpeace International), Grant Rosoman (Greenpeace International), Janet Cotter (Greenpeace Research), Laboratories Sean Meaden, Intact forest landscapes, Greenpeace Research Laboratories ; Technical Note no. 5/2011, juin 2011 PDF, 20 pp. correspondant à l'écopotentialité forestière de la région considérée.

Selon la carte mondiale des paysages forestiers intacts mise à jour au tout début du , environ 23 % (13,1 millions de km) de forêts intactes subsistaient à la fin du . Ces forêts étaient presque toutes situées dans deux biomes (à 45 % en zone tropicale et 44 % en zone boréale), avec une très faible part de forêts feuillues tempérées et mixtes. 66 des 149 pays forestiers avaient perdu leurs paysages forestiers intacts. Au début du , dans le monde, seuls 10 % des PFI sont strictement protégés et, surtout concentrés dans quelques pays (voir détails plus bas).

Enjeux

thumb|280px|La déforestation pour changement d'affectation des sols ici vers l'agriculture, en Tanzanie) continue à morceler et détruire les derniers grands espaces forestiers, parfois pour la production d'agrocarburants, et souvent pour une production principalement exportée. Inversement, une agriculture itinérante extensive traditionnelle, marquant peu la forêt est compatible avec le statut de forêt intacte (au sens du PFI)

Ils sont multiples et comprennent notamment les enjeux suivants (souvent interdépendants) : enjeux de biodiversité et de valeur patrimoniale ; La forêt, qui abrite une grande partie de la biodiversité des terres émergées présente des enjeux particuliers, notamment liés à son degré de naturalité ; Alors que la biodiversité s'effondre presque partout, seuls les « écopaysages forestiers intacts » peuvent durablement conserver leur biodiversité dans toutes ses composantes (grande faune notamment) ; Beaucoup de ces écopaysages se situent dans des « hot-spots de biodiversité » terrestres. Le développement durable voudrait que ce patrimoine soit légué aux générations futures. enjeux climatiques : Selon le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la déforestation contribuait à la fin du à environ 20 % des émissions de gaz à effet de serreONU, communiqué du PNUE ; REDD au secours des forêts ; Les Nations Unies et la Norvège s'unissent pour lutter contre les changements climatiques causés par la déforestation, New York, 2008-09-24]. enjeux pour l'eau : le cycle de l'eau est mieux assuré dans les forêts non fragmentées ; on a scientifiquement montré que l'association de coupes rases et de routes et pistes forestières augmente le débit maximum de crue des cours d'eau forestier (parfois presque jusqu'à le doubler en zone tempéréeJones, J.A.(Oregon State University, Corvallis.); Grant, G.E. (Apr 1996) , "Peak flow responses to clear-cutting and roads in small and large basins, western Cascades, Oregon" ;Water resources research ; ; Vol. n°.v. 32(4) (résumé)Wemple, B.C. (Oregon State University, Corvallis, OR.); Jones, J.A.; Grant, G.E., "Channel network extension by logging roads in two basins, western Cascades, Oregon", Water resources bulletin ; ; Vol. n°v. 32(6) (résumé), privant la forêt et la nappe d'une partie de son eau, asséchant et érodant le milieu, et causant des inondations et une dégradation des cours d'eau en aval et dans le bassin versant. enjeux de gouvernance et d'éthique environnementale : Dans le contexte de crise (climatique, socio-économique et de la biodiversité), le suivi (et donc la cartographie) de ces zones forestières intactes est devenu un enjeu d'importance mondiale. Avant l'apparition de l'imagerie satellitale et aérienne, la réalisation de telles cartes était impossible. Elles sont maintenant accessibles, permettant à tous et chacun de prendre conscience de la mesure du problème, et le cas échéant de contribuer à la mise en œuvre de solutions, via des choix d'écocertification par exemple (ainsi, en forêt boréale, les cartes de PFI sont devenues une des conditions de certification de la « gestion forestière durable » pour l'écocertification Forest Stewardship Council (FSC)). Ce concept permet plus largement de ne plus voir les restes de forêts primaires ou encore « intactes » que Chap 3.2.2 Paysages de forêts intactes (PFI) : les dernières grandes étendues de forêts naturelles non fragmentées de la terre, par Karine Jacquemart (Greenpeace International) in Atelier/workshop « Gouvernance forestière et standards pour une gestion durable (déjà cité).

Limites et contraintes du concept de PFI La carte des paysages forestiers intacts est un nouvel outil, qui complète les moyens disponibles d'évaluation environnementale quantitative et qualitative en permettant un suivi spatiotemporel plus complet et moins coûteux. Elle peut être utilisée pour des approches de type « État Pression Réponse ». Elle est enfin un bon outil de comparaison entre pays ou régions du monde.

Avec une précision actuellement de l'ordre du kilomètre, elle nécessite cependant un travail complémentaire de terrain pour une évaluation qualitative affinée. Il est toujours nécessaire de l’interpréter au regard de la valeur des forêts présentes et/ou perdues, en pondérant ou surpondérant cette valeur au regard du constexte d'écopotentialité locale et régionale. Pour mieux apprécier et hiérarchiser les enjeux locaux/globaux, il est utile de comparer la carte des PFI avec une carte de la végétation potentielle ou de l'écopotentialité, ou encore la cartographie des corridors (à large échelle) quand elle existe (car l'impact d'une coupure écopaysagère augmente (dans l'espace et dans le temps) si elle intersecte un corridor de migration (cas fréquent dans les vallées, cols, ou certains détroits qui sont des lieux de passages obligés pour de nombreux migrateurs volants ; oiseaux, papillons, chauve-souris…)).

Vue de satellite ou d'avion, une forêt (primaire ou secondaire) peut apparaitre physiquement « intègre », mais néanmoins subir les effets différés (dans l'espace et/ou dans le temps) d'une pollution relictuelle, diffuse et/ou invisible et discrète (radioactivité, perturbateurs endocriniens). C'est le cas notamment de certaines zones boisées touchées par : des séquelles minières (Cf. mines de charbons et de métaux toxiques ou radioactifs, phénomène de « drainage acide » et de pollution par résidus d'exploitation pétrolière, gazière, ou minière et de carrières, etc.) ; des séquelles industrielles (Cf. décharges enfouies, abandon de produits toxiques, séquelles d'accidents et retombées ou infiltration de polluants) ; des séquelles de l'orpaillage ou impacts d'orpaillage en cours ou de l'extraction aurifère (pollution par le mercure et/ou l'arsenic, y compris en zone tempérée d'Amérique du Nord à cause des suites de la ruée vers l'or nord américaine) ; des séquelles d'accidents nucléaires (Cf. zones touchées par les retombées de Tchernobyl, avec phénomènes de bioconcentration fréquents en forêt ; des séquelles de guerre ou d'exercices militaires (cf. munitions non explosées dont munitions anti-personnels, terrains minés, toxicité des munitions, braconnage et autres trafics liés à certaines guerres civiles ou conflits...). Parfois, la source de pollution peut être située très en amont.

Histoire du concept de PFI Le concept d' « Intact Forest Landscape » (PFI) (et l'expression) ont été développés par le World Resources Institute, avec la participation d'ONG dont Greenpeace, le Centre russe de conservation de la biodiversité Centre russe de conservation de la biodiversité (Biodiversity Conservation Center), l'Socio-Ecological Union International Socio-Ecological Union, et Transparent World Transparent World. Il vise à aider à créer, mettre en œuvre et évaluer des politiques concernant l'impact anthropique (c'est-à-dire des activités humaines) sur les paysages forestiers, tant aux niveaux régionaux que biogéographiques.

C'est une approche complémentaire de celle de l'empreinte écologique. Toutes deux peuvent intervenir dans l'analyse de la valeur des paysages, et donc dans les processus d'évaluation environnementale, d'écocertification ou de calcul de mesures conservatoires et/ou de mesures compensatoires, par exemple, dans le cas de la construction d'autoroutes ou de TGV en forêt.

Le paysage forestier intact est aussi utilisé pour le monitoring de l'environnement à long terme ; Il a été testé et retenu dans plusieurs projets régionaux ou mondiaux de veille sur les forêts tels que Intact-Forests.org, ainsi que par des travaux scientifiques (ex : Intact-Forests Intact-Forests.org) et de recherche en écologie forestière Voir le paragraphe Références en bas de cet article..

À partir des tendances qui se dessinent (en comparaison de l'écopotentialité ou de l'état-zéro correspondant à l'an 2000, c'est aussi une source d'indices pour la prospective.

Définition Les éléments de définition d'un « Paysage forestier intact » s'appuient à la fois sur les concept d'intégrité écopaysagère et de « bon état écologique » (notamment développé en Europe par la Directive cadre sur l'eau, ou encore de « forêt frontière » tel qu'utilisé par le World Resources InstituteBryant D., Nielsen D., Tangley L. (1997) The last frontier forests: ecosystems and économies on the edge. World Resources Institute, Washington, ainsi que sur des concepts fréquemment utilisés dans les pays anglosaxons de naturalité (« Wilderness »), « High-Biodiversity Wilderness Areas », « Biodiversity Hotspots » et « High Conservation Value Forest ».

Critères d'inclusion Techniquement, un territoire boisé peut être classé « paysage forestier intact » (PFI), s'il répond conjointement aux conditions suivantes : écosystèmes forestiers présentant une densité de couvert de plus de 20 % (avec possibles inclusions de systèmes non-forestiers naturels), physiquement et fonctionnellement peu influencés par les activités humaines ; superficie boisée sur au moins (soit 50000 hectares), d'un seul tenant (ce critère de « non-fragmentation » est très important, différenciant les PFI des zones forestières de haute valeur patrimoniale, ou FHVC "Haute Valeur de Conservation" (FHVC) ; ; concept qui fait partie du cadre standard du FSC Le principe de FHVC figure dans les principes & critères mondiaux () en se référant à au moins l'un des attributs suivants : ) ; largeur minimale de (mesuré comme le diamètre d'un cercle entièrement inscrit dans les limites du territoire)(Cette condition garantit la présent d'un cœur de forêt suffisamment important pour que les espèces typiquement forestières y trouvent refuge). Cette notion diffère de celles de forêt primaire ou de forêt vierge, car incluant des milieux « secondaires » (mais uniquement si les processus naturels d'évolution de la forêt restent à l’œuvre et nettement dominants).