Laffaire Malik Oussekine est une affaire de violence policière française ayant provoqué la mort de Malik Oussekine, dans la nuit du au à Paris, dans le cadre de contestations étudiantes contre le projet de réforme universitaire Devaquet.

Dès le lendemain de la mort du jeune homme, les étudiants sont reçus au ministère de l'Intérieur et organisent une marche silencieuse, tandis que le ministre délégué Alain Devaquet présente sa démission.

Deux jours après, le projet de loi Devaquet est retiré. Quatre jours après, le mercredi , d'autres marches silencieuses ont lieu partout en France, les syndicats de salariés appelant à s'y rendre et amenant leurs services d'ordre.

Deux des trois policiers qui ont frappé mortellement Malik Oussekine sont ensuite jugés et condamnés, mais sans peine de prison ferme, et sanctionnés professionnellement.

Biographie de la victime

Né le Selon sa sépulture et . à Versailles, Malik Oussekine, étudiant à l'École supérieure des professions immobilières (ESPI), a à sa mort.

Sa sœur Sarah ainsi que le prêtre jésuite Bertrand Desjobert, aumônier des étudiants dans le dix-septième arrondissement avec qui Malik était en contact dans le cadre de sa vocation religieuse, révèlent plus tard les démarches réalisées par Malik Oussekine, qui , pour devenir prêtre catholique... Sarah Oussekine travaille dans le tourisme. et s'investit dans la Maison des Femmes de Paris avant de fonder en une association féministe dans sa commune de résidence, à Saint-Denis, Voix d'elles rebelles.

En , Malik Oussekine perd son père, Miloud Oussekine, combattant dans les troupes françaises durant la Seconde Guerre mondiale retourné en Algérie pour s'y marier puis revenu en France pour y travailler. Sa femme Aïcha le rejoint en Lorraine en . La famille s'installe ensuite à Meudon-la-Forêt.

Dernier-né, Malik Oussekine, possesseur d'une carte de l'association sportive de l'Université Paris-Dauphine, surmonte ses problèmes de santé en pratiquant de nombreux sports. Sous dialyse en , il s'entraîne trois fois par semaine au basket-ball à Boulogne-Billancourt.

Malik Oussekine est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris (division 75) le .

Contexte Service d'ordre étudiant en difficulté Points faibles détectés par la commission d'enquête parlementaire La commission d'enquête parlementaire sur les événements de et a souligné les incidents qui ont entaché la fin de la dernière manifestation organisée avant le décès de Malik Oussekine, le sur l'esplanade des Invalides et dénoncé le retard des télévisions à les identifier et les signaler. À cependant, une dépêche de l'Agence France-Presse signale que . Une autre, de l'Associated Press, à rapporte que mais cite des membres du service d'ordre des étudiants selon lesquels , témoignant d'une sous-estimation du danger.

Le service d'ordre étudiant, dirigé par Alain Bauer, alors étudiant, en corrélation étroite avec les forces policières déployées (échanges téléphoniques constants, prêt de matériel de transmission, propositions d'entraide) qui a déployé trois cordons cumulés pour isoler les CRS des manifestants du côté du , paraît ainsi débordé du côté du quai d'Orsay, ou même noyauté par des éléments violents.

Stress causé par les assauts du Gud des et Le service d'ordre étudiant a dû élargir son recrutement pendant la semaine précédant la manifestation du . Dès le , une trentaine de militants d'extrême droite du Groupe union défense (GUD), avaient attaqué une assemblée générale à Jussieu qui préparait la manifestation étudiante du lendemain contre le projet de loi Devaquet.. Elle est visée, boulevard Saint-Germain., par une nouvelle attaque d'une centaine de militants du GUD, vers ., armés de barres de fer et casqués, à coups de cocktails Molotov.

La veille de la manifestation du , le GUD attaque cette fois la Sorbonne.

En réaction, un service d'ordre étudiant réunit plusieurs centaines de « T-shirts blancs »Journal de du 4 décembre ., eux aussi armés de battes de baseball, qui se veut mobile et intègre aussi des éléments violents qui leur échappent en fin de manifestation..

Tensions sur l'esplanade des Invalides Dans l'édition du du quotidien Le Matin, Philippe Broussard et Jean-Marie Anciant citent un membre du service d'ordre affirmant qu'il chez les policiers, ainsi qu'un commandant de CRS dénonçant , en particulier le fait de s'être interposés Le Matin du ..

L'UNEF-ID avait installé une énorme sono avec un podium, accréditant la rumeur d'un prochain concert de Renaud et Bernard Lavilliers, reprise par Antenne 2, mais qui n'aura jamais lieu. Dès , le journal de France Inter diffusé en direct sur la sono fait état de pavés lancés sur les CRS, mais le président de l'UNEF-ID, Philippe Darriulat, juché sur un podium, sous-estime l'incident, demandant aux manifestants de ne pas et d'attendre le retour de la délégation de la coordination étudiante reçue par René Monory. À , son porte-parole David Assouline dénonce au micro l'échec de la rencontre, qui n'a duré qu'une demi-heure, après avoir boudé la conférence de presse prévue au ministère. À , on entend du podium les premiers tirs de bombes lacrymogènes. hurle la sonoLibération du ..

Polémiques sur les non-grévistes et Dauphine Au cours de la semaine qui a précédé le décès de Malik Oussekine, les polémiques ne concernent plus le projet de loi Devaquet mais la légitimité du mouvement. Le bureau dont la coordination nationale s'est dotée pour la première fois le est accusé d'extrémisme par la presse de droite.

Le journal de de TF1 du fait état de conflits entre grévistes et non grévistes à la Sorbonne et à en raison de piquets de grève. Le , sur , un reportage souligne ces mêmes conflits et évoque la difficulté à faire le décompte entre étudiants grévistes et non grévistes dans chaque université. Un vote à bulletins secrets vient justement de commencer à Dauphine, l'une des universités parisiennes épargnées par la grève, comme l'ont souligné de nombreux médias qui en font l'élogeDès le , le journal de de TF1 a souligné qu'Assas et Dauphine sont les seules facultés non grévistes à Paris .. Les résultats sont donnés dans le du par Brigitte Berlioz-Houin, administratrice provisoire de l'université, qui avait organisé les jours précédents un cours de droit comparé des lois Faure (), Savary () et Devaquet () devant un millier d'étudiants et conclu : car Dauphine en effet sélectionne ses étudiants après le baccalauréat.

Le journal de d' du relate aussi ce vote, qui a mobilisé 46 % des inscrits. sur deux questions : (53,2 % ont répondu ) et (60,8 % ont répondu ), la première des deux réponses désarmant le gouvernement qui présentait Dauphine comme le soutenant.

Affluence aux manifestations et dégradation du climat Le climat entre étudiants et gouvernement se dégrade encore plus quand la polémique sur l'affluence aux manifestations culmine lors de celle du , qui défile jusqu'à aux Invalides, après d'un parcours sinueux commencé depuis une place de la Bastille encore bondée un peu avant . Laurent Joffrin, éditorialiste de Libération voit dans la différence entre les chiffres officiels et ceux des organisateurs l'une des causes essentielles de du . a car , écrit-il.

Les organisateurs revendiquent à Paris le , soit cinq fois plus que les de la police. Les chiffres officiels montent à le contre un million pour les organisateurs, Le Monde comptant , tandis que Libération titre . Invitée par les Renseignements généraux, la presse a rendu compte dans l'ensemble avec précision des méthodes de comptage des , placés à trois endroits différents du cortège, mais souvent pour relativiser leur efficacité. , constate Libération.

Dispersion du et journée du François Cornet, en direct de l'esplanade des Invalides pour FR3, indique à qu'elle a été vidée, les forces de l'ordre ayant chargé vers , après l'avoir arrosée de grenades lacrymogènes. Il y a une cinquantaine de policiers blessés, et trois graves chez les étudiants : l'un a une main arrachée, un autre subit une fracture du crâne, un troisième perd un œil. Des voitures flambent. Les derniers irréductibles se replient aux cris de à la recherche d'une aire de refuge. Les manifestants fuient vers l'avenue de Breteuil, puis Montparnasse et Denfert-Rochereau. Le mot d'ordre de se rassembler à la Sorbonne est donné dans la nuit par des étudiants réunis à Jussieu, au retour des Invalides, puis colporté.

Le lendemain, de du matin à , de nombreuses assemblées générales se tiennent dans les universités et les lycées, note Libération du , pour qui du bureau de la coordination . Une partie du bureau se retrouve à la faculté de Tolbiac où devait se tenir une nouvelle coordination mais qui n'a . Elle se réunit finalement à à Jussieu. Philippe Darriulat propose, sans succès, la désignation d'un « médiateur » pour sortir de la crise. L'organisation du service d'ordre la veille fait l'objet de nombreuses critiques. À Jussieu, on lui reproche d'avoir été et il est reconstitué . À Tolbiac, c'est la coordination et les syndicats qui sont pris à partie. L'AFP note que de salariés . La FEN annonce son intention de lancer une pétition tandis que la Fédération des conseils de parents d'élèves écrit à René Monory pour l'adjurer de en soulignant que son refus .

Entre-temps, à la mi-journée, une manifestation sauvage, sans organisateurs, a quitté la Sorbonne pour un court périple sur la rive droite avant d'y revenir dans l'après-midi sans incidents. Des orateurs invitent par mégaphone à un sit-in, puis les portes de la Sorbonne sont enfoncées : une partie des y pénètrent. L'amphithéâtre Richelieu est occupé puis peu à peu vidé. Vers , il n'y reste que moins de . Le recteur échoue au dialogue avec elles car les interlocuteurs changent sans cesse. Vers , le recteur se dit prêt à signer la réquisition. Une CRS se tient en position d'attente aux alentours de la Sorbonne.

Nuit du au Intervention des voltigeurs après l'évacuation de la Sorbonne Dans la nuit du au , les CRS reçoivent vers une heure du matin l'ordre d'évacuer les groupes d'étudiants qui dorment à l'intérieur de la Sorbonne. La CRS la libère après sans aucune résistance ; quelques occupants sortent même en levant les bras. Mais vers minuit, un autre ordre demande aux voltigeurs motocyclistes de faire des rondes pour rechercher de prétendus « casseurs » au Quartier latinPeloton de voltigeurs motoportés (PVM), créée en 1977..

Les voltigeurs sont remis en service par Robert Pandraud, ministre délégué à la Sécurité auprès du ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua. Ce sont des policiers montés à deux sur une moto tout-terrain ; l'un conduit, l'autre est armé d'un « bidule », grande matraque de bois dur destinée à faire le vide au passage de la moto.. Ils ont pour mission de « nettoyer » les rues après les manifestations en pourchassant les « casseurs ».. Cette unité de police est dissoute à la suite de cette affaire.

Coups portés à la victime, selon les témoins oculaires Vers minuit, trois voltigeurs prennent en chasse Malik Oussekine, qui vient de sortir du club de jazz dont il était un habitué, rue Monsieur-le-Prince. Il croise Paul Bayzelon, , fonctionnaire au ministère des Finances, qui rentre chez lui, au numéro 20. Paul Bayzelon lui ouvre la porte du hall. Tous deux viennent d'entrer quand un des policiers parvient à se glisser à l'intérieur lui aussi et ouvre à ses deux collègues. Selon le témoignage de Paul Bayzelon, les trois policiers rouent de coups de pied et de matraque, dans le ventre et dans le dos, Malik Oussekine, tombé à terre, qui leur dit pourtant qu'il n'a rien fait..

Paul Bayzelon essaie de venir en aide au jeune mais il reçoit, lui aussi, des coups de matraque.. Il déclare dès le week-end à la télévision que les policiers

Un autre témoin , tandis que le patron de l'hôtel Stella fait part de policiers . Selon Christopher Hawkins, qui a tout vu depuis sa chambre de l'hôtel Saint-Paul, les policiers .