La République corse (, ) est un État autoproclamé institué en par Pascal Paoli et ses partisans, par indépendance vis-à-vis de la république de Gênes.
La République est installée via l'adoption par des représentants de la Constitution corse. Élaborée par Paoli, elle visait à donner une légitimité absolue au Gouvernement de la nation corse et à faire de ce territoire un État souverain, indépendant des Génois qui en revendiquaient la possession. Cette constitution est souvent considérée comme la première constitution démocratique de l'histoire moderne, basée sur la séparation des pouvoirs législatif et exécutif ainsi que sur le suffrage universel.. Toutefois, la réalité était tout autre, le Généralat concentrait tous les pouvoirs, le clergé catholique, bien que sous contrôle de l'état était la force de premier plan du régime, aussi, il n'y a jamais eu de votes pour instaurer un autre dirigeant dans la République à cause de la guerre contre Gênes, l'île étant en état de guerre permanente. Paoli étant même le général à vie et l'armée était directement à ses ordres.
Bien que la propagande paolienne ait décrit le régime comme basé sur la philosophie des Lumières, la démocratie représentative et les Droits de l'homme, des espions étrangers ainsi que des visiteurs ont témoignés du fait que le régime était en réalité une dictature clanique répressive et hostile à toute opposition à Pascal Paoli. Des rapports l'ont décrit comme un état en déliquescence voir un régime , basé sur une armée de paysans conscrits de force et un régime quasi-féodal.
Succédant, dans le cadre du soulèvement contre les Génois, au royaume de Corse, la République corse a créé une éphémère administration, un système de justice, ainsi qu'une armée de quelques milliers d'hommes et une flottille de quelques bateaux. La République tenta de se constituer en état moderne, mais se heurta directement à la réalité de la société clanique.
Malgré les efforts diplomatiques de Pascal Paoli, la République corse est restée un état non reconnu. Le régime subissait une asphyxie économique de la part des génois, tandis que l'allégeance des clans corses étaient extrêmement fragiles. L'île étant en proie aux intrigues et devenant un nid d'espions, le régime vascillait constamment. Sujet à l'espionnage, le régime était perçu comme instable et sans autorité par les puissances extérieures.
Toutefois, le régime a usé de propagande à l'international, attirant l'attention des philosophes et intellectuels des Lumières.
La défaite des Corses à la bataille de Ponte-Novo en 1769 signe la fin de ce projet politique et précède l'annexion de la Corse par le royaume de France.
Fondation Grâce à une série d'actions réussies, Paoli parvint à limiter la domination génoise à quelques villes côtières. Il se mit alors à réorganiser le gouvernement, introduisant de nombreuses réformes. Il crée un parlement national, ou Diète, composé de délégués élus dans chaque district pour un mandat de trois ans. Le suffrage est étendu à tous les hommes âgés de plus de 25 ans.. Traditionnellement, les femmes (veuves ou célibataires). ont toujours voté lors des élections villageoises pour élire des responsables locaux et il semblerait qu'elles aient aussi voté lors des élections nationales sous cette République.
Constitution
La Constitution corse, adoptée par des représentants corses le à la Consulta generale di Corte, est considérée par certains auteurs comme étant la première constitution démocratique de l'histoire moderneDorothy Carrington (1973), "The Corsican Constitution of Pasquale Paoli (1755–1769)", The English Historical Review, 88:348 (July), p. 482.Ottaviani, T., La Corse pour les Nuls, First-Grün, Paris, 2010. Rédigée en italien, elle organise les institutions de la République corse, proclamée au même moment.
vignette|Préambule de la Constitution corse.|alt=|gauche|397x397px
Initiée par Pascal Paoli, elle avait été précédée par un règlement, voté au couvent Saint-Antoine de Casabianca le , quand avait été pour la première fois proclamée l'indépendance corse.
Fondée sur la séparation d'une part du pouvoir exécutif, d'autre part du pouvoir à la fois judiciaire et législatif, ainsi que sur un suffrage indirect par tous les chefs de famille, cette constitution fut en vigueur de 1755 à 1769 (bataille de Ponte-Novo et défaite militaire face aux troupes françaises). Elle visait à donner le pouvoir absolu au Gouvernement de la Nation corse.
Elle est considérée comme la première constitution au monde accordant le droit de vote aux femmes lorsqu'elles deviennent chefs de famille, mais il n'y a pas eu d'élection jusque l'abrogation de 1769. Toutefois, les historiens corses démontrent que c'est en réalité faux. Seuls les chefs de clans et les femmes veuves de ces chefs ont élu le droit de vote. Il n'y avait en réalité aucun suffrage universel.
Fonctionnement Appareil d'état Le Clergé Le Clergé est le pivot central du régime. Bien que le régime soumet celui-ci à l'état, le clergé est l'organisation de premier plan de la République corse.
L'État a investi les structures de l'Église. Les secrétariats, l'intendance et les archives de la République étaient installés dans les couvents franciscains. Dans chaque communauté, le prêtre était le représentant local de l'appareil d'État. C'était lui qui gérait l'état civil, enregistrait les impôts et lisait les décrets officiels du gouvernement.
Les couvents de Corse sous le régime paoliste ne sont pas seulement des lieux de prière, ils sont les centres névralgiques de la vie matérielle, politique et militaire. Ils servaient à toute la justice de la République. Selon les couvents, ils avaient pour fonction de parlements politiques, de tribunaux, de casernes militaires pour l'armée, d'imprimeries de propagande et d'hôpitaux de campagne et de refuges.
Les lois de la République Les lois de la République corse sont à la fois un mélange de droit inspiré de la philosophie des Lumières, de réformes démocratiques et de loi religieuse.
Lois étatiques Les lois instaurent le tassone, une taxe directe et obligatoire prélevée sur chaque « feu » (foyer fiscal). Lorsqu'il était impossible pour des paysans de payer l'impôt en monnaie, la loi obligeait de payer sous forme de blé, d'huile ou de bétail pour approvisionner les casernes militaires de la République directement installées dans les couvents catholiques.
Comme la Corse subissait un blocus total par la république de Gênes sur les côtes et par les mers, la loi obligeait les propriétaires terriens à planter chaque année un nombre minimal d'arbres utiles (oliviers, fruitiers, vignes, châtaigniers etc...) sous peine d'amendes financières confiscatoires. Des décrets économiques stricts interdisaient la vente de blé ou de farine à l'étranger dès que les réserves de l'île passaient sous un seuil critique.
La mise en place de droits civiques dans la République : Méritocratie : N'importe quel citoyen, quelle que soit son origine sociale, pouvait postuler ou être élu à un emploi public ou à une magistrature. C'était le mérite et l'élection qui primaient, un concept révolutionnaire pour le . Égalité fiscale : Chaque citoyen de la République corse devait contribuer aux finances de l'État en fonction de ses facultés, proportionnellement à ses biens.
Le régime rend l'éducation accessible à tous, l'université de Corte ouvre et l'école primaire est désormais accessible dans les villages. L'objectif affiché était de former le peuple à la gestion de la chose publique et à l'éducation, jusque-là empêchée par la république de Gênes.
Le droit de propriété est garantie par l'état pour tous.
Lois religieuses Comme le régime est fortement clérical, théocentrique et religieux, il impose un respect strict des coutumes religieuses de l'île. Cela se traduit par plusieurs lois introduisant le catholicisme de façon centrale.
Le serment religieux : tout citoyen de la République doit prêter serment sur la Bible. On jurait fidélité à la Patrie et au général de la nation devant le curé. Rompre ce serment n'était pas seulement une trahison politique, c'était un parjure devant Dieu, ce qui condamnait l'âme de l'individu.
L'Excommunication est également utilisée en cas de trahison. Les lois de l'Eglise sont retournées contre les ennemis de la République. L'Appareil d'État considère les comme des pécheurs excommuniés de facto par la volonté de Dieu.
Conscription militaire Comme la survie du régime dépend entièrement de l'Armée de la république de Corse, la mobilisation totale masculine était obligatoire.
La loi imposait la conscription de tous les hommes valides âgés de 16 à 60 ans. Les citoyens étaient légalement organisés en régiments régionaux et devaient se tenir prêts à marcher au premier signal du gouvernement, en fournissant eux-mêmes leurs munitions sous peine de sanctions pour désertion.
« Ghjustizia Paolina » La Ghjustizia Paolina (justice paoline) était la garantie d'applications des peines à l'encontre de crimes de droit commun, de désertion, de rébellion et de trahison. Le blasphème, le sacrilège, la vendetta et les fabrication frauduleuse de fausses monnaies étaient extrêmement reprimés. La Ghjustizia Paolina était une justice particulièrement justice punitive.
Justice laïque paoline La survie de la République étant menacée à chaque instant par les espions génois puis pro-français, les crimes politiques subissaient les châtiments les plus forts.
La peine de mort par pendaison ou décapitation : Réservée aux traîtres à la patrie, aux collaborateurs de Gênes et aux insoumis militaires. L'exécution avait lieu en public pour terroriser les opposants. La vengeance d'État : Lorsqu'un rebelle fuyait le pays, la loi s'en prenant à sa famille. Le gouvernement de Corte ordonnait le rasage complet de la maison familiale, la confiscation totale des terres et le bannissement à vie de ses proches.
Pour faire tourner l'appareil d'État, les lois du régime punissait particulièrement la délinquance financière et les vols pouvant atteindre à l'alimention de la population. Le vol de denrées publiques : Le vol de blé dans les stocks de l'armée ou le détournement de l'impôt conduisait directement aux travaux forcés. Les coupables étaient enchaînés et envoyés sur les chantiers des fortifications de la République ou pour ramer sur les quelques navires de la flotte corse. La fausse monnaie : Fabriquer de fausses pièces pour concurrencerla monnaie officielle de Corte était considéré comme un crime de lèse-majesté républicaine et puni par la peine de mort.
Religion dans la justice Sous la législation pénale de la République corse, les crimes contre la religion étaient traités avec la plus grande fermeté. La législation n'établit aucune frontière entre la morale spirituelle et la sécurité de l'État, enfreindre la loi divine équivalait à saper les fondements de la Nation corse. Comme la société corse est profondément religieuse, les attaques envers la religion avaient des conséquences irréversibles sur les accusés et coupables. Les peines d'amende et l'humiliation publique : Le blasphémateur était d'abord condamné à de fortes amendes financières au profit de la communauté ou des pauvres. Pour les cas répétés, le coupable devait faire amende honorable publiquement. Le pilori et la prison : Les récidivistes étaient exposés au pilori sur la place du village, subissant l'opprobre de la population, ou emprisonné dans les couvents ou dans les salles spéciales de la citadelle de Corte. Le bannissement total : Dans les cas d'insultes graves et persistantes contre Dieu ou la Vierge Marie, la Ghjustizia Paolina pouvait prononcer le bannissement de la communauté, équivalant à une mort sociale et économique dans la Corse du . Censure du blasphème : Tout écrit contestant les dogmes de l'Église ou l'autorité du général de la nation était saisi. Les auteurs risquaient la prison ou le bannissement pour hérésie ou sédition politique, les deux étant confondues.