Fêtes galantes est un recueil de poèmes de Paul Verlaine publié en 1869. C'est le deuxième recueil signé par le poète après les Poèmes saturniens de 1866. (Il a cependant édité en 1868, sous pseudonyme et clandestinement, Les Amies, recueil de poèmes saphiques qu'il intègrera en 1889 dans Parallèlement). Ce recueil court, composé de vingt-deux poèmes dans des formes métriques très variées, met en scène des scènes de séduction et de badinage amoureux entre des personnages issus du monde de la commedia dell'arte italienne et d'une campagne idéalisée.
Genèse et histoire éditoriale Après les Poèmes saturniens publiés en 1866, Verlaine travaille à plusieurs projets de front et s'écarte rapidement de l'esthétique du Parnasse à laquelle son premier recueil paraissait adhérer sans pouvoir s'y limiterNotice de Fêtes galantes dans les Œuvres poétiques complètes de Verlaine, Gallimard, 1962, 99-100..
En 1867, il publie sous le pseudonyme de Pablo-Maria de Herlânes une plaquette, Les Amies, présentée comme regroupant des « scènes d'amour saphiques », c'est-à-dire d'amour lesbien, et qu'il ne publie sous son vrai nom qu'en 1889 dans ParallèlementNotice de Parallèlement dans les Œuvres poétiques complètes de Verlaine, Gallimard, 1962, 467-469..
Dans le même temps, il compose plusieurs poèmes, dont les premiers poèmes de Fêtes galantes qui paraissent dans des revues.Références de ces parutions, avec les premiers titres donnés aux poèmes : « Clair de lune » : La Gazette rimée, , sous le titre « Fêtes galantes ». « Mandoline » : La Gazette rimée, , sous le titre « Trumeau ». « À la promenade », « Dans la grotte », « Les Ingénus », « À Clymène », « En sourdine », « Colloque sentimental » : L'Artiste, . Les six poèmes sont groupés sous le titre « Nouvelles fêtes galantes ». « Cortège » et « L'Amour par terre » : L'Artiste, , groupés sous le titre PoésieNotice de Fêtes galantes dans les Œuvres poétiques complètes de Verlaine, Gallimard, 1962, 101-102.. "sur l'herbe"
La première édition du recueil complet est achevée d'imprimer le , tirée à 350 exemplaires, éditée par Alphonse Lemerre mais à compte d'auteur, comme tous les recueils de Verlaine jusqu'à Jadis et NaguèreNotice de Fêtes galantes dans les Œuvres poétiques complètes de Verlaine, Gallimard, 1962, 102.. Le recueil est mis en vente en marsChronologie dans les Œuvres poétiques complètes de Verlaine, Gallimard, 1962, XIX..
Une réédition du recueil, comportant quelques corrections, paraît en 1886, tirée à 600 exemplaires dont cent destinés à l'auteurNotes et variantes de Fêtes galantes dans les Œuvres poétiques complètes de Verlaine, Gallimard, 1962, 1086..
Structure Composé de 22 pièces aux mètres rapides et aux strophes peu nombreuses et courtes, ce recueil se présente au premier abord comme une suite de fantaisies à la manière de Watteau dans lesquelles Verlaine multiplie les jeux de prosodie, mais le sentiment de l'échec et de la vanité des jeux amoureux des petits marquis et des Colombines colore peu à peu le recueil, jusqu'au poème final, le célèbre Colloque sentimental où
Accueil critique Le livre ne rencontre presque aucun écho à sa sortie. Francis Magnard, alors directeur du Figaro, boude le recueil dans un article du :
(Suit une citation du poème « Les Coquillages », dont Magnard tait le dernier vers pour des raisons de morale à cause de l'allusion érotique qu'il contient.)
vignette|Théodore de Banville fait partie des poètes qui influencent Verlaine pour Fêtes galantes. Le recueil vaut à Verlaine un billet élogieux de Victor Hugo le , sans enthousiasme particulier par rapport aux compliments qu'il adresse régulièrement à d'autres auteurs, et un article de Théodore de Banville dans le journal Le National le . Banville, dont la poésie influence Verlaine, apprécie l'univers du recueil, qu'il rapproche des tableaux du peintre Antoine Watteau : left|vignette|Antoine Watteau, le Pèlerinage à l'île de Cythère, 1717.
L'auteur qui remarque le plus Fêtes galantes est Arthur Rimbaud, qui les lit en 1870 et en parle à Georges Izambard dans une lettre du . Il en dit ceci : Le vers cité est le vers 3 du poème « Dans la grotte ». Rimbaud parle immédiatement ensuite de La Bonne Chanson, autre recueil de Verlaine, qu'il a également appréciéArthur Rimbaud, Œuvres complètes. Correspondance, Paris, Robert Laffont, Bouquins, 1992, ..
Malgré ce premier accueil discret, l'opinion des critiques change rapidement, et, dès les années 1880, Fêtes galantes est considéré comme l'un des meilleurs recueils de Verlaine, l'un de ceux où son originalité poétique est la plus grande. Dans son livre Nos Poètes, paru en 1888, Jules Tellier, jeune poète ami de Verlaine, voit dans ce recueil le chef-d'œuvre du poète et écrit :
Reynaldo Hahn propose en 1892 sous le titre Fêtes galantes la mélodie composée sur le poème Mandoline de Verlaine.
Debussy publie en 1903 et 1904, sous le nom de Fêtes galantes, six mélodies composées sur des poèmes du recueil.
Notes et références
Bibliographie Éditions du recueil Fêtes galantes, portrait d'après Fantin-Latour, avertissement d'Ernest Dalahaye, Messein, coll. « Les Manuscrits des maîtres », 1920 ; réimpression par La Bibliothèque de l'image, 1997. (Fac-similé du manuscrit.) Paul Verlaine, Œuvres poétiques complètes, texte établi et annoté par Yves-Gérard Le Dantec, édition revue, complétée et présentée par Jacques Borel, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962. Édition augmentée : 1989. Paul Verlaine, Œuvres poétiques, textes établis avec chronologie, introduction, notes, choix de variantes et bibliographie par Jacques Robichez, Classiques Garnier, 1969. Édition revue : Dunod, Classiques Garnier, 1995. . Paul Verlaine, Fêtes galantes. Romances sans paroles, précédé de Poèmes saturniens, édition établie par Jacques Borel, Paris, Gallimard, « Poésie », 1973.
Études J.-H. Bornecque, Lumière sur les Fêtes galantes, Nizet, 1959. Sébastien Mullier, « Un singe à Cythère : Verlaine et la fête galante », Études françaises, vol. 51, n° 3, 2015, p. 53-75 (lire en ligne). Steve Murphy (dir.), Lectures de Verlaine. Poèmes saturniens, Fêtes galantes, Romances sans paroles, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007. Georges Zayed, « La tradition des fêtes galantes et le lyrisme verlainien », Cahiers de l'Association internationale des études françaises, volume 43, , 1991, 281-299.
Liens externes
Article détaillé sur le poème Cythère Article détaillé sur le poème À la promenade Article détaillé sur le poème En bateau
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