La transition énergétique est à la fois l'évolution passée de la répartition des sources d'énergie consommées sur la planète (bois, hydroélectricité, charbon, pétrole, gaz naturel, nucléaire) et, pour l'avenir, l'objectif politique et technique d'une modification structurelle profonde des modes de production et de consommation de l'énergie. Elle est en général considérée comme l'un des volets de la transition écologique.
La possibilité de changer le niveau de consommation d'énergies et sa répartition entre différents modes résulte des évolutions techniques, des prix et de la disponibilité des ressources énergétiques, mais aussi d'une volonté des populations, des gouvernements, des entreprises qui souhaitent réduire les effets négatifs de ce secteur sur l'environnement.
Diverses institutions scientifiques, gouvernementales et ONG ont proposé des définitions et scénarios de transition énergétique. Les scénarios envisagés consistent souvent à passer du système énergétique actuel, reposant sur l'utilisation de ressources non renouvelables, vers un mix énergétique recourant principalement à des ressources renouvelables, voire s'appuyant sur une réduction de la consommation. Cela implique d'adopter des alternatives aux combustibles fossiles, ressources limitées et non renouvelables (aux échelles de temps humaines), et de les remplacer par des sources d'énergies renouvelables pour la quasi-totalité des activités humaines (transport, industrie, éclairage, chauffage).
En Europe occidentale, la majorité des scénarios prévoient aussi de réduire progressivement le recours aux combustibles nucléaires (matières radioactives telles que l'uranium et le plutonium). Une autre version de cette transition, majoritaire dans le reste du monde, encourage des énergies moins émettrices de gaz à effet de serre sans renoncer à l'énergie nucléaire, considérant que la lutte contre le changement climatique sur lequel alerte le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) est une priorité.
La transition énergétique comprend aussi une réduction de la demande d'énergie, obtenue notamment au moyen d'une amélioration de la performance des bâtiments et des technologies (efficacité énergétique), et par un changement des modes de vie (sobriété énergétique). C'est donc aussi une transition comportementale et sociotechnique.
vignette|Le parc éolien de Schneebergerhof en Rhénanie-Palatinat (Allemagne). Au premier plan, des panneaux solaires, au centre une éolienne Enercon E-66 (), sur la droite un modèle E-126 ().
Définition Dans son utilisation la plus courante, « transition énergétique » désigne aujourd'hui le défi d'un changement complet dans le volume et les types d'énergies utilisées, dans l'objectif de décarboner le plus rapidement possible l'économie..
Histoire du concept La notion de transition énergétique apparaît aux États-Unis dans les années 1970., au sein des milieux atomistes soucieux de promouvoir le développement nucléaire dans un contexte de crise du pétrole.. La notion renvoie aujourd'hui principalement au défi d'une diminution drastique de la consommation énergétique, d'une sobriété en carbone et en énergie, afin de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, pour limiter l'ampleur du changement climatique..
En 2014, Jean-Baptiste Fressoz affirme que Jean-Baptiste Fressoz, « Pour une histoire désorientée de l'énergie », scientifiques de l’environnement - L’économie verte en question, février 2014, Créteil. . Il indique qu'il , en particulier sous la présidence de Jimmy Carter, dans un contexte de développement de la liquéfaction du charbon.. Mais pour Fressoz, la transition énergétique n'a pas lieu, étant donné que les formes de sources énergétiques consommées s'additionnent au lieu de se remplacer et qu'..
Selon Cécile Maisonneuve, dans sa contribution pour le rapport RAMSES 2016 de l'Institut français des relations internationales, ..
En 2012, l'ingénieur Jean-Marc Jancovici estime que .
Selon le militant antinucléaire allemand Henrik Paulitz, le concept inclut également la démocratisation de l'approvisionnement en énergie.. Dans le modèle énergétique traditionnel, le marché est contrôlé par quelques grands groupes disposant de vastes centrales, aboutissant ainsi à une situation d'oligopole discutable sur le plan politique et concurrentiel. Les systèmes fondés sur les énergies renouvelables, au contraire, peuvent en général être déployés de manière décentralisée. À travers des modèles participatifs tels que les parcs éoliens et les parcs solaires citoyens, les habitants peuvent être directement impliqués dans la production d'énergie..
Certains auteurs comme Tim Jackson pensent que la transition ne viendra pas des États, ou que les communautés locales doivent prendre leurs responsabilités et évoluer vers des « Communautés locales bas-carbone » comme à Cheltenham.Edward Elgar, Peters, M, S Fudge and T Jackson (2010) Low carbon communities: imaginative approaches to combating climate change locally Cheltenham.. Les installations photovoltaïques et d'autres alternatives peuvent impliquer des citoyens et des particuliers ainsi que des collectivités ( bâtiments municipaux, de l’État, d'entreprises publiques) plus facilement que dans le modèle conventionnel qui profite généralement plutôt aux actionnaires. La décentralisation des énergies (renouvelables) peut aussi valoriser des régions et l'espace rural, tout en améliorant la balance commerciale par une diminution des importations d'énergies. Ces énergies jouent un rôle croissant dans les stratégies énergétiques communales et leur développement est soutenu par les , notamment via les schémas régionaux climat air énergie et les plans climat en France.
La transition peut s'étendre sur plusieurs niveaux qui intègrent les dimensions économique, écologique, financière, sociétale et spirituelle et dont les outils se diffusent et se structurent notamment sur internet.
Enjeux vignette|Extraction de houille dans la mine de charbon de Cerrejón, en Colombie. vignette|La mine d'uranium de Rössing en Namibie, une des plus grandes au monde.
D'autres enjeux ont pu être liés à ce concept, entre autres passer à un système énergétique plus sûr en termes géostratégique et de risque industriel/nucléaire, d'évoluer vers un système énergétique moins centralisé, et à différentes échelles spatiales d’aménagement : architecturale, urbaine et paysagère. Ils impliquent aussi une évolution vers une moindre consommation d'énergie (efficacité, efficience énergétique), ce qui devrait aussi diminuer les tensions géopolitiques induites par les inégalités d'accès à l'énergie et par une moindre disponibilité des énergies par personne, en tendant à l'indépendance énergétique pour tous. Cela permet par ailleurs d'assurer des emplois plus locaux, mieux répartis et moins délocalisables (dans le cas du scénario négaWatt par exempleQuirion P. (2013) L’effet net sur l’emploi de la transition énergétique en France: Une analyse input-output du scenario négaWatt (No. hal-00866447). HAL.).
Il s'agit donc notamment de passer d'énergies dites « carbonées » (pétrole, gaz naturel, charbon), polluantes (incinération) à des énergies plus propres et plus sûres, telles que l'énergie solaire (thermique ou photovoltaïque), éolienne, hydraulique, géothermique et marémotrice ; la biomasse est souvent aussi intégrée au mix énergétique proposé.. Certains acteurs privilégient par ailleurs les modes de production et de distribution décentralisés.
Cela peut prendre la forme d'une mise à jour technologique des installations, par le » (remplacement total ou partiel d'une installation pour la rendre plus performante), la rétro-ingénierie (remplacement de composants anciens, par exemple de turbines d'éoliennes, sans changer les caractéristiques de l'engin), ou la réingénierie (remplacement de composants obsolètes, en changeant les caractéristiques techniques de l'installation, en augmentant sa puissance en général). Aux États-Unis, l'EPA a lancé le projet visant par exemple l'installation de fermes solaires ou éoliennes sur des A. R. Milbrandt,D. M. Heimiller, A. D. Perry, et C. B. Field, Renewable energy potential on marginal lands in the United States. Renewable and Sustainable Energy Reviews, 29, 2014, p.473-481., des friches polluées ou d'anciens sites miniers Tomberlin, G. & Mosey, G. (2013). Feasibility Study of Economics and Performance of Biomass Power Generation at the Former Farmland Industries Site in Lawrence, Kansas. A Study Prepared in Partnership with the Environmental Protection Agency for the RE-Powering America's Land Initiative: Siting Renewable Energy on Potentially Contaminated Land and Mine Sites (No. NREL/TP-7A30-56962). National Renewable Energy Lab.(NREL), Golden, CO (United States)..
Ce processus d'évolution (Jeremy Rifkin parle même de « révolution ») tend à combiner la transition énergétique et une révolution du système de l'information, source grâce à l'Internet d'une « troisième révolution industrielle » qui permettrait enfin d'exploiter une ressource diffuse constituée d'une part d'énergies renouvelables, et d'autre part du potentiel d'économie d'énergie. Ce caractère « diffus » n'est plus considéré comme Raphaël Claustren, Pour une organisation efficace de la transition énergétique, CLER - Réseau pour la transition énergétique, L'ENA hors les murs, , novembre 2012, dossier « Quelles énergies pour demain ? » ( ).
Les mesures individuelles demandent du temps et sont limitées. Cette transition combine donc les économies d'énergie à l'efficacité énergétique dans les territoires et les villes (villes en transition) et à grande échelle, notamment en reconfigurant les réseaux urbains de chaleurRocher, L. (2013). Le chauffage urbain dans la transition énergétique : des reconfigurations entre flux et réseau. Flux, 92(2), 23-35. aux smart grids ( des compteurs électriques intelligents permettent de décaler certaines consommations à une heure où l'électricité est plus disponible et moins chère, et l'énergie est produite plus localement). À de vastes échelles, des projets non décentralisée tels que Desertec visent à étendre massivement, en Europe du Sud, en Afrique du Nord et au Proche-Orient, une production d'électricité obtenue à partir de la chaleur solaire. Un réseau de transport d'électricité interconnecté et « intelligent » compenserait en grande partie le caractère localement erratique des énergies éolienne et solaire, grâce à des ajustements permis par le surplus produits ailleurs et quelques moyens de stockage tampon. La rentabilité et la faisabilité de tels projets sont étudiées.
Critique du concept L'historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz affirme que la notion de transition énergétique passée est un mythe., et que les sociétés humaines n'ont pas remplacé leurs anciennes sources d'énergie primaire par de nouvelles, mais qu'elles les ont additionnées au fur et à mesure.. Selon lui, la seule transition est celle de l'importance relative des formes d'énergie : . Selon Fressoz, il faudrait ainsi parler d' au lieu de . Cela d'autant plus que ; ainsi du développement du charbon au , qui accroît la consommation de bois, utile à son extraction, tout comme le pétrole stimule l’extraction de la houille, indispensable pour bâtir le nouveau réseau technique : tankers, pipelines, raffineries, automobiles et donc sidérurgie, routes et donc ciment (faisant du pétrole un « allié » du charbon). Dans son livre, Fressoz explique que, plus qu'une histoire de résistance ou d'addition, il s'agit d'une histoire d'Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition, Seuil, janvier 2024, , p. 25. où les flux d'énergie, mais aussi de matière sont à prendre en compte.