Lounès Matoub (en kabyle : Lwennas Meɛṭub, en tifinagh : ⵍⵡⵏⵏⴰⵙ ⵎⵄⵟⵓⴱ), communément appelé Matoub Lounès, né le à Taourirt Moussa, Aït Douala (Kabylie), en Algérie, mort assassiné le à Thala Bounane, est un chanteur, musicien, auteur-compositeur-interprète et poète algérien d'expression kabyle.

Il a été militant de la cause identitaire berbère en Algérie et a apporté sa contribution à la revendication et la popularisation de la culture amazigh et au combat pour la démocratie ainsi que pour la laïcité en Algérie.

Il est reconnu comme une grande figure de la chanson kabyle sur tout le territoire amazigh. Il demeure un symbole de la Kabylie.

Depuis la sortie de son premier album A Yizem anda tellid ? (Ô lion où es-tu ?) Lounès Matoub célèbre les combattants de l'indépendance et fustige les dirigeants de l'Algérie auxquels il reproche d'avoir usurpé le pouvoir et de brider la liberté d'expression... Chef de file du combat pour la reconnaissance de la langue berbère, Lounès Matoub est grièvement blessé par un gendarme en . Il raconte sa longue convalescence dans l'album L'Ironie du sort (1989).

Opposé au terrorisme islamiste, Lounès Matoub condamne l'assassinat d'intellectuels, notamment lors de la Décennie noire. Il est enlevé le par un groupe armé, puis libéré au terme d'une forte mobilisation de l'opinion kabyle... La même année, il publie un ouvrage autobiographique Rebelle et reçoit le Prix de la Mémoire des mains de Danielle Mitterrand.

En 1995, il participe à la « marche des rameaux » en Italie pour l'abolition de la peine de mort, alors qu'en , le Ski Club international des journalistes (Canada) lui remet le Prix de la liberté d'expression.

Le , il est assassiné sur la route menant de Tizi Ouzou à Ath Douala, au lieu-dit Thala Bounane dans la commune de Beni Aïssi, à quelques kilomètres de son village natal. Les conditions de ce meurtre n'ont jamais été élucidées. Les funérailles du chanteur drainèrent des centaines de milliers de personnes et la Kabylie a connu plusieurs semaines d'émeutes et de deuil. Son dernier album Lettre ouverte aux…, paru quelques semaines après son assassinat, contient une parodie de l'hymne national algérien dans laquelle il dénonce le pouvoir en place..

Enfance Lounès Matoub naît le à Taourirt Moussa, un village montagneux du Djurdjura, de l'actuelle commune Aït Mahmoud (anciennement Fort National, aujourd'hui Larbaâ Nath Irathen). Il est le fils d'Omar Matoub, et de Mahari Aldjia.

Le petit Lounès est contraint de vivre loin de son père parti en exil. Il deviendra ainsi le « petit homme » du foyer, aux côtés de sa mère et grand-mère qui occupaient ensemble leur maison à Taourirt Moussa. Après la naissance de sa sœur Malika (1963) il garda toujours son statut de « l'homme de la maison », il demeurait, alors, gâté en dépit des carences multidimensionnelles dues à la misérable situation où sombrait l'Algérie colonisée. Pour se consoler de l'absence de son père, Lounès nourrit un puissant attachement à sa mère qu'il considérait « merveilleuse ». En effet, c'était elle qui veillait aux besoins de la maison en l'absence de son mari. En ces moments rudes, la mère de Lounès endossait toutes les charges ; elle se soumettait aux exigences de la vie quotidienne, chez elle ou ailleurs, et prenait en charge son enfant. Tout en s'absorbant dans le travail, qu'il soit à la maison, aux champs… elle chantait – afin de se consoler – ce qui avait suscité chez son enfant une vigoureuse volonté de s'aventurer dans la chanson. Héritant le critère oral qui détermine la culture berbère, elle racontait à son fils, chaque soir, des contes kabyles (timuchouha en kabyle) grâce auxquels le futur chanteur acquiert un lexique d'une richesse « terrible ». Consciente de ce que vaut l'instruction, la mère de Lounès insistait pour que son fils fréquente l'école avant d'atteindre l'âge requis.

Scolarisé en 1961 à l'école de son village, une des vieilles écoles de Kabylie construite à la fin du , il passait plus de temps dans les champs à capturer les oiseaux que dans les salles de classe. D'absences répétées en retards systématiques, il finit par être renvoyé de tous les collèges de sa région. Ses seuls bons souvenirs d'école sont ceux des pères blancs -des missionnaires catholiques- dont l'enseignement dit-il lui a ouvert l'esprit, ne l'a pas dévoyé ou annexé. Il découvre l'histoire algérienne celle des Amazigh, la résistance de Jugurtha contre les Romains, il apprend les principes élémentaires de la République, des notions aussi fondamentales que la démocratie et la laïcité.

1962-1980 left|thumb|Lounès Matoub âgé de 17 ans en 1973.

Matoub et sa génération assistent, en 1963, au conflit qui oppose le régime de Ben Bella, président de l'Algérie indépendante, aux officiers de la wilaya III (Kabylie) avec à leur tête Hocine Aït Ahmed, président du Front des forces socialistes (FFS). Belkacem Krim, un homme politique reconnu, signataire des accords d'Évian, se démarque de ce conflit. Matoub considérera cet antagonisme comme la première déchirure de la Kabylie. Le conflit fait plus de , près de sont arrêtées et des centaines de militants ou sympathisants sont torturés dans les commissariats. Après l'arrestation d'Ait Ahmed, le président Ben Bella exulte : . La stigmatisation des Kabyles et l'interdiction du berbère, sa langue maternelle provoquèrent en lui un rejet de la langue arabe.

La lecture d'auteurs comme Descartes, Zola, Hugo, le théâtre de Racine ou la poésie de Baudelaire et des auteurs algériens comme Mouloud Mammeri et Mouloud Feraoun lui permirent de se forger intellectuellement, un élan stoppé alors qu'il était au lycée par la politique d'arabisation imposée du président Boumédienne.

À neuf ans, il fabrique sa première guitare avec un vieux bidon d'huile de voiture un manche en bois et quelques fils à pêche, il n'a jamais appris la musique à l'école :. En 1972, son père rentre au pays après trente ans d'émigration en France et lui offre un mandole, acheté à Paris chez Paul Beuscher. Une année plus tard, au cours d'une partie de poker, il mise sur le mandole et perd sa mise. L'année suivante, il se débrouille pour s'acheter une guitare puis commence à animer régulièrement des fêtes. Durant l'année 1974, alors qu'il est interne au lycée de Bordj Menaïel, il est renvoyé à plusieurs reprises par le surveillant général pour cause de mauvaise conduite. Il blesse un jeune garçon à coup de rasoir à la suite d'une bagarre qui a éclaté dans un salon de coiffure. Interpellé par la gendarmerie, il devait être relâché le lendemain. Au tribunal, Lounès a osé demander au procureur une cigarette. Ce dernier abasourdi par un tel comportement décide de l'incarcérer. Lounès purge alors un mois de prison. À sa sortie, il fait un stage de mécanique générale à Alger, après avoir été reçu à l'examen final, il enchaîne avec six mois de formation en ajustage. thumb|Lounès Matoub pendant son service militaire de 1975 à 1977. En 1975, il est appelé sous les drapeaux. Il rejoint Oran pour passer ses deux années de service militaire, il y subit le racisme et la ségrégation., et pour oublier, il se réfugie dans la poésie, l'écriture et la composition de chansons : écrit-il. À la fin du service national, il est embauché à l'économat du collège d'enseignement moyen d'Ait Douala où son père était cuisinier depuis 1972, ne prenant pas trop au sérieux son travail, il se fait renvoyer. Munis des poèmes écrits pendant et après le service militaire et des quelques notions de musique, il se lance dans la chanson. Voyant un certain succès à chacune des fêtes qu'il animait, il décide de tenter sa chance ailleurs. En 1978, il vient en France. Un soir, le chanteur anime une soirée dans un café où il gagne , ce qui l'encourage à monter à Paris. Il se produit dans les cafés très fréquentés par la communauté émigrée kabyle. Un ami - Ramdane - lui présente le chanteur Idir qui l'invite un jour à chanter en compagnie d'autres chanteurs au palais de la Mutualité lors d'un récital intitulé La nouvelle chanson berbère organisé par la coopérative Imedyazen en collaboration avec le groupe d'Étude berbère de l'Université de Vincennes. Au cours de ce concert, il fait la connaissance de Slimane Azem et Hnifa. Il réadapte même quelques-unes de leurs chansons. Il dira plus tard : « C'est au cours de ce concert que j'ai rencontré deux monuments de la chanson kabyle : Slimane Azem et H'nifa. Et je leur ai parlé ! J'étais aux anges. Aujourd'hui, ils sont morts, tous les deux. Slimane est mort en France des suites d'un cancer de la gorge, il y a une dizaine d'années. Le régime de Boumediène l'avait contraint à l'exil : ses chansons étaient jugées trop critiques à l'égard du pouvoir. Quant à H'nifa, qu'on avait surnommée « la voix d'or de la chanson kabyle », elle est morte oubliée de tous. Son corps n'a été retrouvé que plusieurs jours après son décès, dans une chambre d'hôtel minable de la proche banlieue de Paris. Triste destinée pour ce bouleversant rossignol. Que tous deux reposent en paix ».

Idir l'accompagne dans une maison d'édition pour faire son premier enregistrement. Premier disque, premier succès.

1980-1988

En , Matoub Lounès se produit à l'Olympia. Ce concert le contraint à suivre les événements de loin par le biais de la presse, depuis la France. Il raconte : « Lorsque je suis entré sur la scène de l'Olympia, la guitare à la main, je portais un treillis militaire, une tenue de combat. Geste de solidarité envers la Kabylie, que j'estimais en guerre. »

« Ces événements, je les suivais de loin, car j'étais en France à ce moment-là. Je dévorais la presse, je passais mon temps à téléphoner car je voulais être informé heure par heure de leur déroulement. J'enrageais de ne pas y participer, mais il y avait l'Olympia, et mon premier grand concert à Paris. J'étais déchiré, partagé entre le besoin d'être parmi les miens et mon engagement d'artiste. », il tente avec quelques militants kabyles, d'organiser une manifestation devant l'Ambassade d'Algérie en France à Paris. La manifestation fut interdite, Lounès s'est fait embarquer par la police en compagnie de ses camarades en se retrouvant entassés dans des cellules minuscules. Depuis, Lounès Matoub a toujours répondu favorablement lors des célébrations du printemps berbère où il a animé plusieurs galas dans les milieux universitaires, notamment durant la décennie 80-90.

En 1985 Hocine Aït Ahmed et Ben Bella – celui-là même qui l'avait condamné à mort en 1964. et responsable de l'impitoyable répression qui s'est abattue sur la population kabyle – se rencontrent à Londres dans l'objectif de constituer une alliance contre le régime en place. Matoub qualifie cette initiative d'absurde et aberrante. En produisant un album Les deux compères. pour exprimer son rejet à cette fallacieuse alliance, le journal Libération le qualifie de fasciste : « le fascisme d'un certain Matoub Lounès qui propose, entre deux accords de guitare, de jeter les Arabes à la mer ».

Il voyait dans le Mouvement culturel berbère (MCB) un cadre rassembleur. En effet, le , date d'une marche historique, il a été désigné pour remettre un rapport à l'APN (Assemblée Populaire Nationale). Lounès déplore les divisions du mouvement : .

1988-1994