Pierre de Mornay, mort en 1306, est un prélat français du et du début du , évêque d'Orléans (1288) puis d'Auxerre (1295).

Il est aussi chancelier de France (1304, mais il en remplit les fonctions depuis son épiscopat d'Auxerre).

Son époque est celle de la lutte entre Plantagenêts et Capétiens et à travers eux entre Anglais et Français, notamment pour le contrôle de la Guyenne. C'est aussi celle de la guerre de Flandre (1297-1305), de la perte du pouvoir absolu de l’Église romaine qui culmine et chute avec Boniface VIII, sa bulle Unam Sanctam et l'attentat d'Anagni (1303), de la montée en puissance du monarchisme et, sous peu, de l'anéantissement des Templiers (le vendredi ) victimes de la lutte entre papauté et roi de France (ainsi que du mauvais état des finances royales) et du premier des neuf papes d'Avignon (qui commence en 1308).

Mornay tente de réconcilier pape et roi ; l'affrontement venu, il choisit le parti du roi.

Biographie Les origines de Pierre de Mornay ne sont pas précisément connues. Il semble originaire de Mornay-Berry, en Berry. Vivant sous les règnes de saint Louis (1226-1270), Philippe le Hardi (1270-1285) et Philippe IV (1285-1314), son épitaphe indique qu'il était originaire d'une maison du Berry et l'histoire d'Orléans donne sa maison pour "illustre".. Il est le fils de Guillaume de Mornay.

Pierre de Mornay est très versé dans l'étude du droit.. Il fait ses études à Orléans..

Il est probablement aumônier de saint Louis, une fonction qui implique de suivre la cour là où elle va et de réparer les dommages faits par ladite cour..

Il est chanoine d'Orléans, puis archidiacre de Sologne en 1281. Il est clerc du roi sous .

En 1281 il est témoin du serment de Simon du Perruchoy évêque de Chartres (1277-1297), par lequel ce dernier s'engage envers Pierre de France comte d'Alençon et de Blois à "ne pas laisser perdre la ville de Chartres à ses héritiers"Ce serment que Pierre de France demande de l'évêque de Chartres a cela de curieux que Pierre n'a pas d'héritiers directs. Ses deux enfants avec sa femme Jeanne de Châtillon (~1254-† 1291) sont tous deux morts en bas âge, le dernier en 1279. C'est donc à sa femme que reviennent titres et patrimoine. Or il s'agit d'héritiers, au pluriel ; sa femme n'est donc pas concernée, du moins n'est-elle pas seule concernée. Qui sont ces héritiers pour qui Chartres doit être préservée ?.

Des lettres de Philippe le Bel de 1286Extrait de la lettre de Philippe le Bel datées du dimanche suivant la Pentecôte de 1286, citant Pierre de Mornay comme clerc, archidiacre de Soulogne dans le diocèse d'Orléans : adressées à Mathieu IV, seigneur de Montmorency, et son frère ÉrardMathieu IV de Montmorency († 1305) et son frère Érard († avant 1334) sont les fils de Mathieu III de Montmorency (lui-même petit-fils du connétable Mathieu II de Montmorency & de sa première femme Gertrude de Soissons) et de sa femme Jeanne de Brienne. Voir ., indiquent qu'à cette période Mornay est "clerc" du roi, c'est-à-dire secrétaire et conseiller du roi. La même lettre indique qu'il est aussi archidiacre de Soulogne dans le diocèse d'Orléans. et chanoine de la cathédrale.. Sa vie est dès lors partagée entre l’Église et la Cour.

Évêque d'Orléans En 1288, il est élu évêque d'Orléansde Sainte Marthe, "Gallia Christiana", art. "Orléans".. En 1291 il est nommé exécuteur testamentaire de Jeanne de Blois veuve de Pierre de France comte d'Alençon, pour distribuer la somme considérable de aux pauvres de Chartres et de Châteaudun.

La tradition lui prête une grande réputation de vertu et de charité..

Il s'occupe activement de l'amélioration du temporel de son diocèse. Il obtient l'autorisation de Philippe le Bel pour changer un grand chemin sur Jargeau en supprimant quatre étangs.

Déjà en 1294 le roi l'envoie en son nom en Champagne avec Jean de Beaumont seigneur de Sainte-Geneviève..

Évêque d'Auxerre Nomination et installation Après la mort de Guillaume de Grez le "1293" (1294 selon notre calendrierL'année à l'époque et pour cette région (le début d'année varie selon les royaumes voire à l'intérieur des royaumes ; voir l'article "Calendrier julien", section "Jour de l'an") commence non au janvier mais le jour de Pâques (donc à dates variables ; voir les dates de Pâques pour le ). Ainsi toutes les dates depuis le janvier jusqu'à la veille du jour de Pâques sont comptées comme appartenant à ce qui est dans notre calendrier l'année précédente ; en conséquence la mort de Guillaume de Grez le "1293" est arrivée le selon notre calendrier grégorien actuel. Lebeuf dit : « Ce prélat mourut à la fin du mois de janvier, auquel on comptait encore en France 1293 & le siège vaqua non seulement pendant le reste de l'année... », il s'agit du reste de l'année 1293 telle que comptée à l'époque ; il confirme en poursuivant : « ... jusqu'au jour de Pâques suivant qui commença celle de 1294 ; ». Puis il continue : « mais encore pendant l'année 1294 entière,... » (c.-à-d. jusqu'à Pâques 1295) « ... et au moins pendant la moitié de la suivante » donc 6 mois en plus après Pâques 1295. La vacance du siège a donc duré non pas "au moins jusqu'au " mais, Pâques 1295 s'étant déroulé le 3 avril de notre calendrier grégorien, elle a duré "au moins jusqu'au " ou, en tout état de cause, au moins jusqu'à septembre. Voir . La même question se pose pour la date de la mort de Pierre de France comte d'Alençon, mort le 6 avril "1283". Pâques en 1283 est le 18 avril et en 1284 le 8 avril ; dans les deux cas Pierre d'Alençon meurt avant la fin de l'année en cours selon le calendrier de l'époque et l'année de sa mort peut aussi bien être celle suivant l'année indiquée.), le siège épiscopal d'Auxerre demeure vacant jusqu'en 1295. Dans cet intervalle se déroulent deux élections infructueuses. La première élection donne Ferric ou Ferry de Lorraine, fils du duc de Lorraine et prévôt de Saint-Dié (diocèse de Toul). La deuxième élection donne Pierre de GrezL'abbé Mornay appelle Pierre de Grez "Pierre des Grecs". Voir ., chanoine d'Auxerre et parent du défunt évêque. Célestin V charge Pierre Colonna, cardinal-diacre de Saint-Eustache, d'examiner ces élections ; mais Célestin V renonce à sa charge le . Son successeur Boniface VIII, élu le , fait venir à Rome les deux élus, qui tous deux se démettent de leurs droits à l'évêché d'Auxerre. Boniface, le plus favorable de tous les papes à l'absolutisme théocratique de la papauté, nomme d'office l'évêque d'Orléans au siège d'Auxerre pour faire cesser "le trouble et la division"..

Lors de son installation à Auxerre, Mornay suit la tradition qui veut que le nouvel évêque fasse retraite à l'abbaye Saint-Germain d'Auxerre. Il n'y reste que six jours mais induit une si grande dépense que l'abbaye s'en plaint au pape. Ce dernier met un plafond de dépenses à 10 livres par jour pour les futures installations épiscopales.

La même année 1295 Philippe le Bel, qui cherche à financer armée et marine pour maîtriser les velléités d'autonomie des riches villes flamandes, décide de lever un impôt exceptionnel sur le clergé, la « décîme ». Ce geste, qui rapidement ébranle la papauté jusqu'à contribuer à l'établissement de neuf papes à Avignon, lance Mornay sur les routes à la recherche de compromis entre pape et roi, jusqu'à la fin de sa vie. Il passera au total très peu de temps à son évêché.

Actes relatifs au diocèse

Il se trouve à Auxerre en , où il établit un compromis entre Bertrand de Colombiers nouvel abbé de Cluny, et le sous-prieur de la Charité à propos de l'élection du prieur de la Charité. En octobre suivant, il reçoit à Auxerre l'hommage de Louis de Flandre comte de Nevers pour les baronnies de Donzy, Cosne, Châteauneuf-Val-de-Bargis, Saint-Sauveur et Murat (à Billy-sur-Oisy), avec pour témoins Gui abbé de Saint-Germain, Robert abbé de Saint-Laurent, Geoffroy doyen d'Auxerre, Jean chantre d'Orléans, Étienne de Bonneval archidiacre de Laon, Gui Mauguin chanoine d'Orléans et quatre chanoines d'Auxerre : Guillaume Gervii, Guillaume Catin, Hugues d'Aigreville et Jean de Bray.

Un autre acte concernant son diocèse date du mardi suivant Noël 1302 ; c'est la confirmation du statut d'un chapitre de la cathédrale d'Auxerre. Le même jour il fonde son anniversaire (de futur décès), donnant 20 livres de rente au chapitre d'Auxerre sur des biens qu'il a achetés à Appoigny de Jean de Prie et de Gilete femme de ce dernier.. Il revient dans son diocèse peu avant d'être nommé chancelier en 1304 et y signe quelques actes en faveur du chapitre. Deux de ces actes sont datés de . L'un, daté du lundi avant la Saint-Michel () et fait au monastère Saint-Julien, est une simple explication des charges des habitants de Chichery envers les chanoines d'Auxerre ; les témoins en sont Guillaume Catin (lecteur), Guillaume Gervii ou Gervasii (écolâtre) et Pierre de Mene (official). Un autre acte du souligne que l'évêque doit avoir un droit sur le sel débité depuis le Noyer sur Bassou jusqu'au pont d'Arcy-sur-Cure (ce qui représente une cinquantaine de km). Les habitants de Crevan, vassaux du chapitre, ayant des difficultés pour le paiement de ce droit, Mornay les exempte du paiement dans les limites de la ville et de la Justice de Crevan. Selon les annales de Saint-Germain, il règle avec l'abbé de saint-Germain Gui de Munois la question du droit de gîte à l'installation des évêques, et celle sur le droit de l'évêque à la juridiction sur les religieux délinquants. Ce dernier point est issu d'une anecdote amusante : l'abbé Gui nourrissait un sanglier apprivoisé. Un prêtre du choeur de la cathédrale, trouvant l'animal dans une vigne, le tue. Quelques moines, informés du méfait, ravagent la maison du prêtre et arrachent la vigne. L'évêque entreprend de punir ces moines mais l'abbé s'y oppose, arguant de son droit à punir les moines. Mornay évoque même cette affaire à Rome mais, bien qu'il y réside trois ans, l'affaire n'y est pas résolue. C'est seulement à son retour à Auxerre qu'un accommodement est trouvé entre évêque et abbé, et encore faut-il pour cela l'intervention de personnes diplomates..

Activités hors diocèse

Peu après son installation à Auxerre, commence le grand désaccord entre le roi de France et le pape.. Mornay est d'une grande utilité dans le conseil du roi Philippe le Bel qui le charge de tant de négociations que son diocèse ne peut le posséder qu'à de rares intervalles.

Il ne reste pas longtemps dans sa ville épiscopale : le il est au conseil du roi au château du Louvre. Une bulle de Boniface VIII du est adressée à 22 évêques, dont il est le nommé, les autorisant à donner une subvention volontaire à Philippe le Bel. Sur ce, une assemblée se tient au palais épiscopal de Paris les 27 et ; il y est mandaté par l'évêque de Soissons pour représenter ce dernier. Il y a cependant une position particulière : le pape lui fait savoir, ainsi qu'à l'archevêque de Rouen et l'abbé de Saint-Denis, qu'ils peuvent contraindre spirituellement et temporellement les ecclésiastiques à donner des subsides pour la délivrance des rois de France ou de leurs fils si ceux-ci sont faits prisonniers. Ceci compense quelque peu la bulle Clericis laicos de Boniface du qui interdit de lever des impôts sur le clergé sans l'accord préalable du pape.

En , il est envoyé à Gisors avec Guillaume de Mâcon évêque d'Amiens et Jean II de Bretagne duc de Bretagne pour négocier une trêve avec les Anglais. Deux ans après, négociation d'une nouvelle trêve franco-anglaise à Montreuil (diocèse d'Amiens) en compagnie de l'évêque d'Amiens et des ducs Robert II de Bourgogne et Jean II de Bretagne.