Les premières traces de la présence de Juifs et du judaïsme en Europe remontent à plus de avec le développement d'une communauté juive dans la capitale de la Rome antique puis, venant probablement du Proche-Orient, les Juifs s'installent pendant les deux premiers siècles dans différentes provinces de l'Empire romain, sur le territoire de l'Italie contemporaine puis en Croatie, en Espagne, en Gaule.

La présence des Juifs en Europe est caractérisée par des périodes de tolérance et de développement et des périodes de rejet et de confrontation.. L'époque des Omeyyades de Cordoue au est souvent citée comme un temps de coexistence et de tolérance religieuse ; ce concept appelé Convivencia est cependant aujourd'hui très controversé. La présence des Juifs en Champagne au est notamment connue par Rachi auquel son commentaire du Talmud vaut parfois le titre de « tout premier intellectuel français ». Le royaume de Pologne sous les Jagellons de Pologne et les États du pape accueillent des juifs expulsés ou fuyant la violence durant le .

Au , l'antisémitisme et les massacres provoquent l'émigration des Juifs d'Europe centrale et orientale, en particulier vers les États-Unis et vers la terre d'Israël. L'antisémitisme culmine avec l'extermination des Juifs au milieu du , ce que les Nazis appellent la Solution finale de la question juive et les Juifs, la Shoah.

Considérés traditionnellement comme les conservateurs du texte hébraïque de la Bible, les Juifs ont joué un grand rôle culturel et économique tout au long de l'histoire mais ont connu des persécutions et des accusations calomnieuses dans la Rome antique, en Europe occidentale au Moyen Âge. Ils ont été expulsés d'Angleterre, de France et enfin d'Espagne. L'émancipation des Juifs lors de la Révolution française leur permet d'accéder à la pleine citoyenneté dans de nombreux pays européens au et le judaïsme se fractionne alors en multiples courants des plus orthodoxes aux plus assimilés.

En 2013, la population juive européenne, environ , représente à peine plus d'un dixième de la population juive mondiale d'avant la Seconde Guerre mondiale. Les plus grandes communautés juives européennes se trouvent en France, au Royaume-Uni et en Russie.

De nombreux Juifs ont joué des rôles importants dans le développement des sociétés européennes — dans la culture, les arts, les sciences, la philosophie, la politique, la médecine, l'économie, les sports et d'autres domaines. Les notions de civilisation ou d'Europe judéo-chrétiennes sont devenues communes mais restent controversées.

Antiquité

vignette|283x283px|Buste dit de Flavius Josèphe ; la critique, cependant, est sceptique. Les auteurs tels que Strabon, Cicéron, Philon, Sénèque et Josèphe, tous mentionnent la présence de communautés juives dans les villes du bassin méditerranéen. Mais ces villes sont généralement en Judée, en Syrie et aussi en Égypte, où la ville d'Alexandrie abrite alors la plus importante communauté, les Juifs du temps de Philon formant la population de deux des cinq quartiers de la ville.

La communauté juive de Rome acquiert une certaine importance quand Pompée y déporte des prisonniers capturés lors de la prise de Jérusalem en 63 , et les fait apparemment rapidement libérer.Joseph-Antoine Hild « Les Juifs à Rome devant l’opinion et dans la littérature », Revue des Études juives, VIII, 1884, (en ligne dans Sifria, avec moteur de recherche).. Sous le règne d'Auguste, vers l'an 6, Juifs vivent à Rome selon Flavius JosèpheGilbert Picard, « La date de naissance de Jésus du point de vue romain », dans Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 139 (3), 1995, 801 ..

Dans l'Empire romain, la présence de Juifs en Croatie date du , en Pannonie du . En 2001, la découverte à Augusta Raurica (Kaiseraugst, Suisse) d'une bague avec une Menorah atteste la présence juive en Germanie supérieure The Kaiseraugst Menorah Ring. Jewish Evidence from the Roman Period in the Northern Provinces Augusta Raurica 2005/2, accès le 24 novembre 2009. (en allemand). Des découvertes archéologiques montrent la présence de communautés juives en Espagne et dans le sud de la Gaule dès le . Les Juifs sont présents dans les villes au nord de la Loire et en Gaule narbonnaise au Eli Barnavi: The Beginnings of European Jewry. The genesis of Ashkenazi identity My Jewish Learning, accès le 24 novembre 2009..

Lors de la naissance du christianisme, les communautés chrétiennes sont confondues par les autorités romaines avec les communautés juives. Les chrétiens dans le but de se démarquer tendent à souligner leurs différences d'avec les juifs.

En 212, l'Édit de Caracalla donne aux hommes libres de l'Empire romain, donc aux Juifs libres, la citoyenneté romaine. Les Juifs vont en bénéficier tant que le droit romain continue à s'appliquer, bien après la chute de l'Empire romain d'Occident en 476Pierre Savy, Histoire du peuple juif dans l'Occident médiéval, MOOC à l'UNEEJ, leçon 1, séquence 2, 2016. Toutefois, la situation des Juifs se dégrade dès le règne de Constantin avec la promulgation en 315 d'une loi mentionnant le judaïsme comme une « dangereuse [et] abominable secte ». Puis, au , le Code de Théodose refonde le droit des Juifs en chrétientéPierre Savy, Histoire du peuple juif dans l'Occident médiéval, MOOC à l'UNEEJ, leçon 1, séquence 3, 2016. Alors que l'Édit de Caracalla ne mentionne pas les Juifs, le Code de Théodose leur est plus hostile et qualifie la religion juive de superstitio et tend à exclure les Juifs de toute position d'autorité sur les chrétiens. Au , une loi de Justinien renforce l'abaissement des Juifs : « Nous ordonnons donc que nul hérétique, même ceux qui chérissent la superstition juive, ne puissent porter un témoignage contre les chrétiens orthodoxes [...] ». C'est dans l'Espagne chrétienne wisigothique que cette dégradation de la condition des Juifs est la plus marquée.

Moyen Âge Le droit pontifical et la théologie chrétienne vis-à-vis des Juifs Grégoire le Grand impose dès la fin du une vision balancée du judaïsme : « De même que l’on ne doit accorder aux Juifs aucune liberté dans leurs communautés au-delà de ce qu’il est licite de tirer de la loi, de même dans ce qui leur est reconnu ils ne doivent subir aucun préjudice. » Cette position est constamment reprise par l'Église, ainsi dans la bulle Sicut Judaeis promulguée au par le pape Calixte II qui s'inspire du texte de Grégoire le Grand. Globalement, cette bulle Sicut Judaeis n'affirme pas l'égalité, mais place les Juifs sous la protection pontificale, en les garantissant contre les baptêmes forcés, contre les violences, pour la protection de leurs synagogues et de leurs propriétésPierre Savy, Histoire du peuple juif dans l'Occident médiéval, MOOC à l'UNEEJ, leçon 1, séquence 4, 2016. Si la bulle est constamment réaffirmée par les papes jusqu'au , le concile du Latran en 1215 rappelle cette bulle mais la restreint « à ceux d'entre les Juifs qui ne complotent pas contre la chrétienté ».

La raison de cette tolérance des Juifs par l'Église est le fait qu'ils constituent le « peuple témoin », notion augustinienne qui consiste à dire que les Juifs sont un peuple qui fut le témoin des temps antérieurs à ce qui constitue, pour les chrétiens « l'Incarnation »Pierre Savy, Histoire du peuple juif dans l'Occident médiéval, MOOC à l'UNEEJ, leçon 1, séquence 5, 2016. C'est une notion ambiguë car la présence des Juifs n'est nécessaire qu'en tant qu'ils portent témoignage. Leur dispersion, leur déchéance, leur dégradation prouvent leur erreur.

Un autre point capital dans les relations judéo-chrétiennes, jusqu'au milieu du , est la notion de Verus Israel : la promulgation d'une loi nouvelle par Jésus, rend caduque l'ancienne Loi et l'élection du peuple juif et instaure une nouvelle Alliance. C'est Justin de Naplouse qui, au , aurait le premier énoncé ce concept du transfert de l'élection vers le peuple chrétienPierre Savy, Histoire du peuple juif dans l'Occident médiéval, MOOC à l'UNEEJ, leçon 1, séquence 6, 2016.

Haut Moyen Âge Au Haut Moyen Âge, les Juifs sont principalement installés en Espagne et dans l'ancienne Gaule. À partir du , les communautés juives se font petit à petit de plus en plus nombreuses dans les royaumes francsSous la direction de Bernhard Blumenkranz, Histoire des Juifs en France, Privat Éditeur, 1972, page 15. Toutefois, l'organisation des communautés juives en Occident jusqu'au , hors l'Espagne, reste mal connueGiacomo Todeschini, Les communautés juives en Occident, dans , même si l’on sait que des Juifs ont tenu des positions éminentes à la cour de Charlemagne, que son successeur Louis le Pieux a protégé les Juifs face aux menées de l'évêque Agobard de Lyon, et que des lettres de la genizah du Caire témoignent de relations économiques entre les Juifs de France ou d’Allemagne avec ceux du Moyen-Orient. Pour l'historien Pierre Savy, cette présence juive est même « étonnante » car « les Juifs sont les seuls non-chrétiens qui soient tolérés en Occident »Pierre Savy, Histoire du peuple juif dans l'Occident médiéval, MOOC à l'UNEEJ, leçon 1, séquence 1, 2016.

Les Radhanites semblent avoir été présents sur la plupart des routes commerciales de l'époque en Eurasie : observation, commerce, financement, usure, diplomatie.

Âge d'or de la culture juive en Espagne

L'Âge d'or de la culture juive en Espagne désigne la période pendant laquelle les Juifs auraient été généralement bien acceptés dans la société d'Al-Andalus. La nature de cet « âge d'or, » corollaire de la période de La Convivencia pour les uns, mythe instrumentalisé dans le cadre des relations judéo-arabes pour d'autres, et sa durée sont sujettes à débat.

La religion, la culture et la vie économique juives s'épanouissent, au point qu'un Juif Hasdaï ibn Shaprut exerce au les fonctions de vizir auprès du calife omeyyade Abd al-Rahman III et de son fils et successeur Al-Hakam II. Cet Âge d'or est daté de manière variable entre les .

Al-Andalus est un centre clef de vie juive pendant le Moyen Âge, produisant d'importants universitaires et une des communautés juives les plus stables et les plus prospères. Le judaïsme espagnol est alors illustré par un grand nombre de philosophes juifs et universitaires, notamment Salomon ibn Gabirol, l'auteur du Fons Vitae qui inspire les philosophes juifs, chrétiens ou arabes jusqu'à la fin du Moyen Âge, Maïmonide, le médecin de Cordoue qui s'efforce de réconcilier judaïsme et logique aristotélicienne et Juda Halevi, l'auteur du Kuzari, dialogue imaginaire en cinq chapitres entre le roi des Khazars et un rabbin, et des Sionides ou odes à Sion, qui mourut en route pour la terre d'Israël.

Les activités des Juifs au Moyen Âge Au Haut Moyen Âge, les premières témoignages historiques sur les activités des Juifs, montrent que la plupart était engagé dans l'agriculture, et une minorité était engagée dans le commerce ainsi que dans l'artisanat. Le commerce est souvent vu avec suspicion par les chrétiens mais, à partir du , l'essor du commerce en Flandres et en Italie permet l'arrivée de commerçants chrétiens qui remplacent les JuifsPierre Savy, Histoire du peuple juif dans l'Occident médiéval, MOOC à l'UNEEJ, leçon 2, séquence 4, 2016. Qu'il y ait avant la fin du des Juifs, non seulement campagnards, mais même paysans, c'est fort probable. Vers le milieu du Moyen Âge, les Juifs se voient interdire la possession de terres, et Abélard dans son Dialogue d’un philosophe avec un Juif et un Chrétien (1142), fait dire au Juif, qu'il fait parler dans cet ouvrage qu'il ne peut posséder ni champs, ni vignes ni aucune terre, et que c'est pour cette seule raison qu'il est contraint de pratiquer l'usurePierre Savy, Histoire du peuple juif dans l'Occident médiéval, MOOC à l'UNEEJ, leçon 2, séquence 2, 2016.