thumb|300px|Avertissement allemand affiché en Pologne occupée (1939) - « Entrée interdite aux Polonais ! »
Les termes polonophobie, anti-polonisme, antipolonisme et sentiment anti-polonais se réfèrent à toutes les attitudes hostiles envers le peuple et la culture polonaise. Ces termes se rapportent à un préjugé hostile aux Polonais et des personnes d'origine polonaise, incluant une discrimination d'ordre ethnique et, à l'occasion, une maltraitance organisée et financée par un gouvernement contre des Polonais et des citoyens polonais. Ce préjugé a entraîné des meurtres en masse et un génocide durant la Seconde Guerre mondiale, notamment par les nazis allemands, certains nationalistes ukrainiens, le NKVD et les forces soviétiques.
La polonophobie implique souvent des stéréotypes péjoratifs et racistes ainsi qu'une discrimination à l'égard de ce qui touche la Pologne et les Polonaishttps://www.jstor.org/pss/27502139. Pendant l'Occupation, dans le cadre du Generalplan Ost, elle s'est traduite par une persécution systématique et ciblée des occupants à l'encontre des populations polonaises, considérées comme des sous-hommes (Untermenschen) en tant que Slaves.
Utilisation du terme dans les écrits scientifiques Le terme « anti-polonisme » (emprunt lexical du ) a été défini en Pologne avant 1919 pour désigner la politique de germanisation et de russification des Empires allemand, autrichien et russe entre lesquels était partagée la Pologne jusqu'en 1918. Dans les années 1980, il a été réutilisé par les penseurs progressistes polonais, tels que Jan Józef Lipski durant les premières années du syndicat « Solidarité » à propos des allégations accusant l'ensemble du peuple polonais d'avoir partagé l'antisémitisme des collaborateurs polonais et rendant responsable des crimes de ces collaborateurs l'État polonais, alors que celui-ci n'existait plus en Pologne pendant la guerre, mais seulement à Londres et parmi les troupes polonaises combattant contre l'Allemagne nazie à l'Ouest comme à l'Est Jan Józef Lipski, "Dwie ojczyzny - dwa patriotyzmy" (Two Homelands - Two Types of Patriotism), NOWA (144), June 1981, reprinted in Gazeta Wyborcza, 2006-09-24. Access date: July 16, 2009. Quote in Polish: "Antypolonizmu wśród części Żydów na Zachodzie nie można przypisywać całej zbiorowości - jak nie wolno całemu narodowi polskiemu przypisywać antysemityzmu." (Neither antipolonism nor antisemitism can be blamed on the whole people.). À la fin des années 1990, le terme « anti-polonisme » a été récupéré en Pologne par les nationalistes eurosceptiques pour réactiver la xénophobie et l'antisémitisme (alors qu'il n'y a presque plus de Juifs en Pologne), ainsi que pour qualifier toute critique de leurs idées, au point qu'ils l'ont fait entrer dans le langage courant. On le voit dans des organes de presse polonaise importants tels que Gazeta Wyborcza Jacek Pawlicki, "Brytyjska Polonia walczy z antypolonizmem" (British Polonia to combat anti-Polonism) Gazeta_Wyborcza 2009-01-10. Access date: July 16, 2009..
Toutefois, au , l'anti-polonisme, ou polonophobie, a aussi été étudié(e) sans parti-pris dans des travaux universitaires par des chercheurs polonais, allemands, américains et russesMikhail Dolbilov, Harvard seminars and conferences.Bozena Shallcross, Polish Studies Center, Bloomington IN, September 2000, "Polonophilia and Polonophobia of the Russians" stored at the Internet Archive. Access date: 16 juillet 2009..
Spécificités Les formes d'hostilité envers les Polonais et la culture polonaise incluent : La persécution organisée des Polonais en tant que nation ou que groupe ethnique, souvent basée sur la croyance de certaines personnes que les intérêts polonais menacent leurs propres aspirations nationalistes (pangermanisme, panslavisme…) ou idéologiques (nazisme, communisme soviétique) ; Le racisme polonophobe, un mélange de xénophobie et de racisme anti-slave (dans l'idéologie nazie, les Slaves, au même titre que les Juifs ou les peuples africains, étaient considérés comme des « sous-hommes ») ; L'anti-polonisme culturel : préjugé contre les Polonais et les personnes parlant polonais, eu égard à leurs mœurs, leur langage et leur éducation, présupposées « inférieures » ; Les stéréotypes sur la Pologne et le peuple polonais dans les médias et dans la culture populaire (comme dans l'expression ).
Un exemple historique de polonophobie fut le polakożerstwo (en français « dévoration des Polonais ») — un terme polonais qui apparut durant le dans les territoires polonais annexés. Il décrivait la suppression forcée, en Prusse, de la culture, de la formation intellectuelle et du catholicisme polonais, et l'élimination des Polonais de la vie publique et de la propriété terrienne dans l'Est de l'Allemagne sous le gouvernement d'Otto von Bismarck, tout particulièrement durant le Kulturkampf et jusqu'à la fin de la Première Guerre mondialeOśrodek Myśli Politycznej. Une politique similaire se retrouva, principalement sous le tsar Nicolas IIMatthew F. Jacobson, Special Sorrows: The Diasporic Imagination of Irish, Polish, and Jewish… Page 34, Social Science, Publisher: University of California Press, 2002; 340 pages., dans les territoires polonais qui avaient été annexés par l'Empire russeLiudmila_Gatagova, "THE CRYSTALLIZATION OF ETHNIC IDENTITY IN THE PROCESS OF MASS ETHNOPHOBIAS IN THE RUSSIAN EMPIRE. (The Second Half of the Century)." The CRN E-book.
Au cours de l'Histoire, les actes inspirés par la polonophobie vont jusqu'à l'extermination physique des habitants polonais, le but visé étant d'empêcher la réémergence d'un état polonais. Durant la Seconde Guerre mondiale, en application du Generalplan Ost, la majorité de la société polonaise devient l'objet des politiques génocidaires du régime nazi, qui mène des politiques de meurtres de masse Hitler's War; Hitler's Plans for Eastern Europe.
À l'heure actuelle, parmi ceux qui expriment des attitudes hostiles envers le peuple polonais, on retrouve plusieurs politiciens russes des partis politiques d'extrême-droite en quête d'une nouvelle identité impérialeTomasz Bielecki. "Russia in search of the lost greatness" (Rosja w poszukiwaniu zaginionej wielkości), Gazeta Wyborcza, 2005-11-03. in Polish, (Russian translation).
Histoire Persécution de Polonais (avant 1918) Les théories polonophobes associées à la condamnation de la culture polonaise étaient particulièrement vivaces en Prusse au à l'époque des partitions de la Pologne. Par exemple, David Blackbourn de l'université Harvard cite les écrits scandalisés de l'intellectuel allemand Georg Forster qui avait reçu une titularisation à l'université de Vilnius par la Commission de l’Éducation nationale polonaise en 1784 Heinrich Reintjes, Weltreise nach Deutschland, Progress-Verlag, Düsseldorf 1953. Note : Johann Georg Forster obtient la chaire du département d'histoire naturelle de l'université de Vilnius en 1784 grâce à une offre généreuse de la Commission de l’Éducation nationale polonaise (Komisja Edukacji Narodowej). Forster parle du « retard » polonais dans une veine similaire à « l'ignorance et à la barbarie » de l'Asie du Sud-Est. De telles considérations sont plus tard reprises par les théories allemandes de l'espace vital et exploitées par les nazis H-Net Review: Susan Parman <[email protected]> on Inventing Eastern Europe: The Map of Civilization on the Mind of the Enlightenment. Entre les , des académiciens allemands cherchent à démontrer qu'il y a entre l'Allemagne et la Pologne une « frontière entre la civilisation et la barbarie ; la grande Culture allemande et le slavisme primitif » (diatribe raciste de 1793, écrite par J.C. et rééditée par les nazis en 1941 Larry Wolff, Inventing Eastern Europe: The Map of Civilization on the Mind of the Enlightenment. Stanford, Californie: Stanford University Press, 1994, 419 pp. Maps, notes, et index]). Les officiels prussiens, pressés d'affermir la partition polonaise, favorisaient cette idée que les Polonais étaient culturellement inférieurs et avaient besoin d'une direction prussienne. Des textes aussi racistes, publiés d'abord à partir du , sont réédités par le Reich allemand avant et après son invasion de la Pologne. Le roi prussien Frédéric le Grand nourrissait envers le peuple polonais un mépris particulier : après sa conquête de la Pologne, il compara les Polonais aux « Iroquois » du Canada Frederick's "the Iroquois of Europe" in Polish liberal thought before 1918 by Maciej Janowski, Central European University Press, 2004, .
Quand la Pologne perdit les derniers vestiges de son indépendance en 1795 et qu'elle disparut de la carte durant 123 ans, l'ethnie polonaise était étouffée par la germanisation sous la domination prussienne puis allemande, et par la russification dans les territoires annexés par l'Empire russe. En Prusse, les monastères polonais étaient vus comme des « repaires de l'oisiveté » et leurs immenses propriétés souvent saisies par les autorités prussiennes. Le catholicisme, prévalent parmi les Polonais, était stigmatisé non seulement en Prusse, mais aussi en Russie, empire orthodoxe. La langue polonaise était combattue de toutes parts, les établissements d'enseignements polonais et catholiques étant fermés. De ce fait, le catholicisme polonais devint identitaire et indissociable de la résistance culturelle polonaise. Un aspect fiscal de la politique anti-polonaise, est que la noblesse polonaise vivant en Prusse ou en Galicie autrichienne devait payer des taxes supérieures à celles réclamées à la noblesse germanique, à moins de s'intégrer à celle-ci en changeant de langue, et aussi de religion en Prusse, royaume protestant.
Selon l'historien russe , être polonais sous l'occupation russe était en soi-même presque répréhensible. « Pratiquement tout le gouvernement russe, la bureaucratie, et la société étaient unis dans une animosité envers les Polonais ». « Des colporteurs diffusèrent à travers la population une rumeur à propos d'un hypothétique ordre de les tuer […] et de s'emparer de leurs terres ». La culture polonaise et sa religion furent vues comme des menaces aux ambitions impérialistes de la Russie. Les tsaristes firent en sorte de les éliminer des terres polonaises par la force. La politique anti-polonaise russe, en plus de comporter la confiscation des propriétés des nobles polonais "January Uprising RSCI", The Real Science Index; in: "Joseph Conrad, March 12, 1857-August 3, 1924"; Contemporary Authors Online, Gale, 2003 , s'appliquait aux domaines de l'éducation, de la religion et du langage. En vertu d'une intensification de la politique de russification, les écoles et les universités polonaises furent fermées. En plus des exécutions et des déportations massives de Polonais vers les Katorga (bagnes tsaristes, précurseurs du Goulag), le tsar Nicolas établit une armée d'occupation aux frais de la Pologne.
L'idéologie panslave non seulement n'encouragea pas les Polonais, mais des écrivains russes accusèrent la nation polonaise de trahir leur « famille slave » en raison de leurs luttes armées pour l'indépendanceACLS American Council of Learned Societies | www.acls.org . L'hostilité envers les Polonais se ressentait dans de nombreuses œuvres littéraires russes de l'époque Wasilij Szczukin, "Polska i Polacy w literaturze rosyjskiej. Literatura przedmiotu." Université Jagellonne, Cracovie. See comments by Szczukin to section on literature in the Russian language: "Literatura w języku rosyjskim, " ..
Alexandre Pouchkine, aux côtés de trois autres poètes, publia un pamphlet intitulé Sur la prise de Varsovie pour célébrer l'écrasement de l'insurrection de Novembre. Son adhésion à la frénésie anti-polonaise se manifeste dans des poèmes dans lesquels il salue la capitulation de Varsovie, nouveau « triomphe » de la Russie impériale Myroslav Shkandrij, Russia and Ukraine: literature and the discourse of empire from Napoleonic to postcolonial times, McGill-Queen's Press - MQUP, 2001, 354 pages. Page 69..