Le saut à l'élastique, aussi appelé benji, bungy ou bungee. en France, est une activité ludique de plein air qui consiste à se jeter dans le vide avec un élastique constitué de latex, accroché aux chevilles ou au torse. L'élastique a pour but de ralentir puis stopper la chute.
Le but recherché est de restituer : les sensations fortes des airtimes procurés par la chute libre suivie de remontées et oscillations successives ; les effets du vertige dû à la hauteur.
Le saut à l'élastique peut être considéré comme un sport puisqu'il nécessite une bonne forme physique, de l’entraînement et des techniques particulières pour les sauts les plus perfectionnés. Ces derniers ne peuvent être réalisés par des novices.
Origine vignette|Un sauteur de l'Île de Pentecôte (Vanuatu). À l'origine du saut à l'élastique se trouve un rite initiatique ancien pratiqué au cœur du Pacifique (actuel Vanuatu) au cours duquel de courageux sauteurs se lancent dans le vide du haut d'une tour de bambous d'environ (appelée Gol), les chevilles liées par des lianes. Par cet acte ils accèdent à l'âge adulte. Ce sont en particulier les Saa qui pratiquent ce rituel Margaret Jolly, Kastom as Commodity : The Land Dive as Indigenous Rite and Tourist Spectacle in Vanuatu, in Lindstrom, Lamont et White, Geoffrey M., Culture, Kastom, Tradition : Developing Cultural Policy in Melanesia, Suva : University of the South Pacific, 1994 , ..
Plus récemment, dans les années trente, l'aristocratie londonienne jouait à sauter de petits ponts sur la Tamise accrochée à des bandes de latex.
Lancement de l'activité par A.J. Hackett Au cours des années 1980 à 2000, le Néo-Zélandais Alan John Hackett. s'inspire de l'activité traditionnelle du Vanuatu. Il crée, en utilisant une formule mathématique développée par le Département de la recherche scientifique et industrielle de la Nouvelle-Zélande, un cordon élastique très extensible. Cette matière, écologique et recyclable, provient de la sève de l'hévéa (Hevea brasiliensis), arbre originaire de la forêt amazonienne et dont la culture a été répandue dans toutes les régions tropicales.
En 1987, il saute en France du pont de la Caille d'une hauteur de , puis le , effectue son célèbre saut depuis la Tour Eiffel à Paris, popularisant malgré un bref emprisonnement pour illégalité, l'histoire du saut à l'élastique pour tout public.
La société AJ Hackett est aujourd'hui la principale entreprise de saut à l'élastique du monde avec notamment des sites en Australie, France, Chine et Russie. À partir de 1988, plusieurs millions de personnes dans le monde ont osé franchir le pas.
Aujourd'hui, le saut à l'élastique est pratiqué le plus souvent à partir d'un pont, mais il est également possible aux amateurs de sensations fortes de sauter d'une grue, d'un téléphérique ou d'une tour de télévision.
Normalisation en France Une réglementation du ministère de la Jeunesse et des Sports existait depuis 1989 mais celle-ci était clairement insuffisante. En , à la demande de plusieurs équipes à la suite d'une série d'incidents et d'un accident le ministère de l'Intérieur et le ministère de la jeunesse et des Sports ont chargé l'Association française de normalisation (AFNOR) de réunir l'ensemble des équipes pratiquant le saut à l'élastique en France, afin de préparer une norme de service et une norme de fabrication, plus complètes, visant à renforcer les textes de 1989, et si possible, la sécurité.
Une nouvelle circulaire ministérielle est en vigueur depuis le , où les prescriptions techniques de 1989 sont abrogées et remplacées par les Normes NF S52-501 et NF S52-502..
Préparation et équipement Fabrication des élastiques Les élastiques sont fabriqués manuellement grâce à l'assemblage de plusieurs bandes de latex, nouées d'une façon particulière à intervalles régulières.
Des mousquetons et des protections y sont ajoutés à l'extrémité. Un élastique peut durer jusqu'à , mais est remplacé en pratique au bout de .
Test de départ Avant le saut du premier participant de la journée, un test préalable est effectué après mise en place de la grue ou des installations depuis le pont, en faisant tomber un ensemble de poids lestant l'élastique, d'un total plus lourd que celui prévu pour les sauts.
Pesée des participants Pour les mineurs de moins de dix-huit ans, les règles peuvent varier d'une entreprise à l'autre. Au Viaduc de la Souleuvre chez Skypark Normandie by AJ Hackett, une autorisation parentale est nécessaire. L'enfant doit également peser 40 kg au minimum pour pouvoir faire l'activité.
Comme pour les sauts en parachute, il n'y a pas de limite d'âge maximal, mais à partir de 60 ans, un certificat médical est généralement demandé.
Avant tout saut, la personne est obligatoirement pesée afin d'évaluer le choix de gamme de l'élastique ainsi que le réglage nécessaire pour réaliser le saut dans des conditions optimales de sécurité et de sensations.
Si les participants sautent en tandem, leur poids total est pris en compte pour le réglages et plusieurs élastiques peuvent être nécessaires.
Choix de l'élastique par le personnel d'encadrement Il existe plusieurs gammes d'élastiques qui peuvent être combinés ensembles en fonction du poids : le superlight : de 40 kg à 60 kg, le light : de 60 kg à 80 kg, le heavy : de 80 kg à 100 kg, l'auxiliaire : de 25 kg à 30 kg (sert d'annexe lorsque les autres gammes le nécessite, par exemple pour les tandems).
Attaches au baudrier et aux pieds La personne est attachée au niveau des chevilles, grâce à un système spécifique. L'élastique est ensuite attaché par le biais de mousquetons : le premier au niveau des chevilles et le second au harnais relié avec une sangle de secours appelée safety.
Saut Trajectoire parcourue Lors de la première descente de départ, le sauteur est en chute libre proche de l'apesanteur jusqu'à atteindre le bas de l'élastique, occasionnant un premier airtime.
Comme dans toute activité extrême à sensations, attraction ou montagnes russes, plusieurs personnes accompagnent souvent leur adrénaline et peur associée au plaisir par un ou plusieurs cris plus ou moins importants durant la descente et/ou les oscillations.
En continuant la descente, l'élastique en tension retient de plus en plus le(s) passager(s), et l'accélération négative va se réduire jusqu'à zéro puis devenir positive vers le haut.
Au point le plus bas sous l'effet du poids du ou des passagers ajouté à celui de l'énergie cinétique acquise, l'accélération positive vers le haut devient maximale avant la phase de remontée, et l'élastique tendu d'environ trois fois sa longueur d'origine à vide.
À sa demande, si un étang ou lac se trouve en dessous, la personne peut toucher l'eau par la tête ou les pieds lors de cette tension maximale.
Le sauteur remonte pendant que l'élastique se redétend, puis se retrouve de nouveau en apesanteur durant la décroissance de vitesse de remontée puis redescente. L'élastique ne remonte toutefois pas jusqu'au sommet de départ, ceci étant dû à la perte d'énergie progressive due à l'élasticité non totale et des pertes d'énergie par frottement.
Si le sauteur ne part pas le corps tout à fait droit ou se retourne en cours de saut, les « rebonds » peuvent être en conséquence d'autant plus en biais, rajoutant quelques balancements horizontaux ou même tournoiements voire vrilles aux oscillations verticales successives.
Le cycle d'oscillations en montées et descentes s'effectue en va-et-vient plusieurs fois de suite, les oscillations se réduisant progressivement en amplitude jusqu'à l'arrêt, où le sauteur se retrouve suspendu et est descendu à terre à vitesse réduite soit par la grue solidairement à la benne, soit depuis le pont.
Réception en fin de saut Pour la plupart des sauts, lorsque les rebonds sont devenus faibles, un opérateur situé en haut entame la descente du sauteur avec un système de contre-poids. Le sauteur est alors invité à attraper une boucle tendue grâce à une perche. Après cela, il est ramené jusqu'à la terre ferme par l'opérateur situé en bas.
Le participant doit ensuite éventuellement effectuer toute la remontée par des chemins ou marches d'escalier permettant de rejoindre le haut du viaduc. Dans certains cas de réception impossible en bas ou de sauts très hauts, un système de treuil est mis en place pour remonter le sauteur mécaniquement au point de départ.
Refus de saut Comme pour le parachutisme, il arrive de temps en temps que le sauteur inhabitué soit trop impressionné et apeuré par la hauteur pour se décider à sauter. Il renouvelle souvent sa tentative ultérieurement, se décidant à sauter la seconde fois, éventuellement encouragé par l'entourage des spectateurs, ainsi que du moniteur accompagnant formé à cet effet.
Vidéo Comme pour un saut en parachute, souvent une vidéo ainsi que des photos (parfois réalisées par un professionnel, comme c'est le cas au viaduc de la Souleuvre) du saut sont proposées à la vente en souvenir.
Accélérations et vitesses atteintes Durant la première chute avant de commencer à être retenu par l'élastique, L étant la longueur de l'élastique à vide et g l'accélération de la pesanteur de , la vitesse atteinte est de :
, soit environ , et le temps de chute de :
, soit environ
En prenant pour exemple le Viaduc de la Souleuvre, l'élastique à vide mesurant environ , la vitesse avant freinage atteint donc environ (), avec un airtime total de deux secondes, mais augmente encore tant que l'accélération se poursuit en diminuant lors de la tension de l'élastique.
Dans l'hypothèse que l'accélération négative se soit progressivement réduite à zéro lorsque l'élastique s'est tendu à moitié avant de devenir positive, en prenant une moyenne de sur cette moitié de longueur de tension d'élastique, à peu près équivalente à , cette vitesse s'accroîtra donc encore au maximum de durant les deux secondes et demie suivantes, atteignant donc environ à ce niveau avant de freiner durant les suivants jusqu'à l'arrêt en tension et accélération positive maximales au point le plus bas.
Des études graphiques de l'accélération du sauteur théorique et pratique en fonction du temps ont été réalisées, montrant une accélération positive en tension maximale atteignant , soit , équivalente à une force propulsant le passager vers le haut en augmentant de deux fois son poids.
On ne tient pas compte, à l'inverse du parachutisme, de la légère diminution négligeable d'accélération due à la résistance de l'air au cours de l'augmentation de vitesse du saut, car la vitesse nulle au départ augmente jusqu'au maximum durant seulement trois à cinq secondes, correspondant à un début de saut en parachute en piqué, durant lequel la vitesse n'est pas encore assez importante pour que l'air freine beaucoup, la personne restant toujours encore proche de l'apesanteur..
Effets physiologiques La durée de l'accélération de la première descente et par suite des montées et oscillations successives est donc proportionnelle à seulement la racine carrée de la hauteur.
Si la hauteur joue sur les sensations de vertige en raison de l'effet visuel, elle influe donc moins sur les sensations d'accélérations d'airtime et de remontées. De plus, les sensations ressenties augmentent moins si la durée d'accélération augmente plutôt que sa valeurPour atteindre une vitesse plus importante par exemple, les constructeurs d'ascenseurs du public augmentent la durée d'accélération de , à l'inverse les constructeurs d'attractions augmentent la valeur de l'accélération jusqu'à ou plus..
Par exemple, pour un saut de , les accélérations dureront seulement deux fois plus longtemps qu'un saut de , et leurs effets physiologiques ne seront que d'environ une fois 1/2 plus fort. Ce calcul s'applique également aux hauteurs des tours de chute et montagnes russes.
Tremplins Sauts depuis un viaduc, pont ou barrage vignette|Installation de saut à l'élastique en haut du barrage de Contra, recréant la scène d'ouverture du film GoldenEye.