Ilia Grigorievitch Starinov (en ) ( – ) est un militaire soviétique, partisan-saboteur. Inventeur de différents types de mines, qui furent utilisés en Espagne et en URSS, instructeur de partisans, professeur de techniques spéciales dans différentes écoles de guerre de l'URSS, décoré de multiples médailles et ordres, il a combattu dans 4 conflits majeurs et a été surnommé « le grand-père des Spetsnaz (forces spéciales) ».

Biographie Né dans une humble famille de Voinovo (oblast d'Orel), très jeune il commence à travailler.

Guerre civile russe Incorporé en 1918 dans l'Armée rouge, Starinov sert dans le de la de fusiliers combattant les troupes de Kornilov. Fait prisonnier près de Koursk, il s'évade et rejoint les siens, puis est blessé au pied.

Guéri, il est placé dans la de sapeurs du d'ingénieurs. Il participe aux combats contre les troupes de Dénikine et Wrangel en Crimée, et atteint Kertch.

Au début des années 1920, Starinov étudie dans une école d'ingénieurs des chemins de fer militaires. Il apprend les techniques de dynamitage, puis se forme aux techniques de la guérilla. Il devient expert dans cette branche, donne des cours dans diverses écoles, à Tiraspol.

En 1933, Starinov fait partie des cadres du GRU, section Transport militaire. Il suit l'enseignement de Mikhail SvetchnikovSvetchnikov Mikhail Stepanovitch. Selon l'article de WP ru : « Свечников, Михаил Степанович », né en 1881 dans la région du Don - mort le 26 août 1938 à Moscou, est un militaire soviétique, un historien et un théoricien militaire, l'un des pères du concept des forces spéciales (Spetsnaz). Liquidé pendant la Grande Purge, réhabilité en 1956 à l'Académie militaire Mikhaïl Frounze. En il est sous-directeur de la station Leningrad-Moscou, est présenté aux personnages importants que sont Vorochilov, Boris Chapochnikov, Mikhaïl Toukhatchevski, Vassili Blücher, Vitaly Primakovde ces 5 officiers supérieurs russes, seuls Vorochilov et Chapochnikov survivront à la Grande Purge..

Guerre civile espagnole

Starinov combattit en Espagne de à , sous les ordres de Ian Berzine et de ses lieutenants Rodion Malinovski, Kirill Meretskov et Manfred Stern (general Kleber), dans la région de Teruel, de Saragosse, et aux alentours de Madrid et de Barcelone.

Il devint conseiller (asesor) du « XIV Cuerpo de Ejército Guerrillero » fondé par Vicente Rojo : , patronnés par Dolores Ibárruri (La Pasionaria), commandés par Domingo Ungría et basés à Alcalá de Henares, près de Madrid.

Starinov apprend aux partisans à fabriquer, poser et faire sauter des mines, ainsi que les diverses techniques et tactiques de la « guerre de diversion ». Près de Valence (Espagne) et de Jaén, il organise des écoles où sont préparées de nombreuses opérations. Il est accompagné d'une traductrice, A.K. Obroutcheva (А.К. Обручева)selon WP es, son nom de famille était Kornilova. Mais les pseudonymes étaient courants chez les Soviétiques envoyés en Espagne, qui deviendra sa femme. Rodolfo (le pseudonyme de Starinov en Espagne) est en un an à l'origine de 200 sabotages majeurs, entraînant au bas mot chez l'ennemi.

On compte entre autres à son crédit (ainsi qu'à celui de ses camarades espagnols) plusieurs actions spectaculaires : une adduction d'eau et un pont détruits à Grenade, en pleine Andalousie nationaliste. un tunnel (qui resta bloqué 5 jours) près de Córdoba averti qu'un train doit transporter l'état-major de l'aviation de combat italienne, Starinov part en expédition nocturne près de Cordoue avec un collègue ; ils forcent des sentinelles nationalistes à les guider et disposent les charges de façon à entrainer un maximum de pertes chez l'ennemi. Le lendemain, la presse progressiste travaillant dans le camp républicain (dont Ernest Hemingway et son ami Mikhaïl Koltsov, l'envoyé spécial de la Pravda et de Staline) veut absolument rencontrer les saboteurs et interviewer Starinov. Hemingway en particulier lui demande des précisions sur les tours de main et la personnalité des dynamiteurs ; il utilisera plus tard ces précisions dans son roman For Whom The Bell Tolls (Pour qui sonne le glas, 1940)Selon l'article de WP es « Por quién doblan las campanas » (Pour qui sonne le glas), chapitre « Alusiones a hechos y personajes reales ».. en , Starinov et ses hommes font dérailler un train transportant un régiment de cavalerie marocaine. Les pertes sont très importantes, et Franco, furieux, instaure un système de patrouilles qui inspectent la voie avant le passage des convois importants. Mais Starinov installe ses bombes (avec mise à feu par contact de la roue du train) pendant les minutes séparant le passage de la patrouille de l'arrivée du train. près d'Alicante un pont sur une rivière (détail surréaliste, les explosifs étaient cachés dans une cuisinière posée sur la voie) un important dépôt de munitions des nationalistes, près de Madrid : son explosion entraîne de nombreuses pertes humaines ainsi qu'un gros effet psychologique négatif chez l'ennemi.

Par ailleurs Starinov et ses dynamiteurs gardent toujours une longueur d'avance sur les ingénieurs allemands et italiens en ce qui concerne la technique pyrotechnique et le mode de mise à feu de ses engins : ses bombes sont de plus en plus sophistiquées et leur mécanisme reste hermétique aux investigations de l'ennemi. thumb|300px|Kliment Voroshilov (à gauche) et Ilya Starinov.

En , Starinov est rappelé à MoscouWP ru mentionne dans son article « Старинов, Илья Григорьевич » que le retour de Starinov en URSS est en rapport avec un certain Christopher (Kristaps) Intovich Salnyne. Selon l'article de WP ru « Салнынь, Христофор Интович » sur Khristofor Salnyne (pseudonymes Christopher Vogel, Christopher Lauberg, Grisha, Ossip, Victor Hugo), il s'agissait d'un Letton, officier du renseignement soviétique, qui fut commissaire politique du Corps de Partisans de la République espagnole de juin 1937 à mars 1938. On peut penser qu'en 1937 il a dénoncé en haut lieu les interviews accordés par le guérillero soviétique devenu soudain célèbre aux journalistes occidentaux, et en particulier les consultations (portant sur la technique des dynamitages) données par Starinov à Ernest Hemingway, qui préparait son roman Pour qui sonne le glas. Salnyne, rappelé en URSS en 1938, fut liquidé en 1939 lors de la Grande Purge (et réhabilité en 1956).. Il passe par l'ambassade d'Union soviétique à Paris, puis s'embarque à Brest, arrive à Leningrad où il est réceptionné par Semen Gendine, un des chefs du GRUSemen G. Gendine. Selon l'article de WP ru « Гендин, Семён Григорьевич », Semen G. Gendine (1902, Dvinsk, gouvernement de Vitebsk - 23 février 1939, Moscou) était membre des organes soviétiques de sécurité et de la Division du renseignement de l'Armée rouge, major principal de la sûreté de l'État, puis chef du renseignement de l'Armée rouge (GRU) en 1937-1938. Arrêté en 1938, liquidé en 1939 lors de la Grande Purge, réhabilité en 1957.. Le NKVD interroge StarinovTraduction littérale d'une phrase de l'article de http://www.agentura.ru/dossier/russia/people/starinov/ : « mais à Moscou, il est clair pour Starinov que la quasi-totalité de ses collègues et amis sont maintenant des “ennemis du peuple” ». et ce n'est qu'après l'intervention personnelle de Kliment Vorochilov que Nikolaï Iejov ordonne à ses sbires de laisser Starinov en paix.

En , Starinov, promu au grade de colonel, est nommé à la direction d'un polygone d'essais secret de l'Armée rouge.

Guerre russo-finlandaise Starinov dirige un corps de forces spéciales sur l'isthme de Carélie. Il est blessé à la main droite par un sniper finlandais.

Grande Guerre patriotique thumb| Le partisan soviétique est armé d'un fusil russe Mosin-Nagant version longue et d'une cartouchière en sautoir (qui n'ont pas dû faciliter son ascension le long du poteau), et ses cisailles sont pour le moins peu adaptées à son travail. Noter au fond le pont détruit et le village en flammes Starinov organise la résistance à la progression des troupes allemandes (minage des routes et ponts, obstacles et pièges anti-chars, coups de main de partisans). À Kharkov il fait sauter le quartier-général de la Division (général Georg von Braun) : il avait placé dans la cave à charbon d'une des plus belles maisons de la localité une charge facile à découvrir, et c'est une autre charge, bien mieux dissimulée, qui explosa lorsque les Allemands furent installésDétails sur le minage de Kharkov : http://army.armor.kiev.ua/engenear/xarkov.shtml.

Vers la fin de la guerre, il est envoyé en Ukraine, en Pologne et en Yougoslavie pour organiser les groupes de résistance locaux qui se lèvent, luttent contre l'armée allemande en déroute, et assurent ensuite la mainmise communiste sur les zones libérées.

Après-guerre Starinov reçoit des nominations à des postes honorifiques et de nombreuses décorations.

Modèle de Hemingway Des traits de la personnalité et du savoir-faire de Starinov se retrouvent en Robert Jordan, le héros de Pour qui sonne le glasRobert Jordan, par ailleurs, est « dans le civil » professeur de langue et culture espagnole, comme José Robles Pazos, un ami de John Dos Passos, lui-même ami intime de Hemingway pendant longtemps. De plus Starinov a épousé son interprète A.K. Obroutcheva, ce qui a pu donner à Hemingway l'idée de l'idylle de Jordan et de Maria ; c'est au cours de plusieurs conversations avec le chef-dynamiteur soviétique que Hemingway a appris les détails techniques qui parsèment son roman et le rendent vraisemblableselon l'article de WP es « Por quién doblan las campanas » (Pour qui sonne le glas), chapitre « Alusiones a hechos y personajes reales »: les lourds paquets de dynamite transportés dans des sacs, à dos d'homme, derrière les lignes ennemies - la boite du détonateur, au bois abîmé par les précédentes missions - les cales destinées à plaquer la charge contre les traverses du pont – les explosifs sous forme de paquets, ou de barres, ou de « purée dans un sac » - le suicide (ou la liquidation charitable) des dynamiteurs blessés et non transportables, dont aucun indice ne doit révéler la nationalité.

Une péripétie de l'action entraine l'utilisation d'un procédé pyrotechnique bien particulier, que seul un spécialiste habitué à l'improvisation sur le terrain a pu décrire à Hemingway : en effet Pablo, le chef de la bande de partisans républicains, hostile au dynamiteur étranger (qui vient perturber la quiétude de la bande vivant sur le pays dans la sierra de Guadarrama), jette les amorces et le détonateur dans un torrent. Et pour mettre à feu les charges qu'il place sous le tablier du pont, Robert Jordan est alors obligé d'utiliser une grappe de grenades qu'il fait exploser en tirant sur un fil de fer relié aux goupilles :