Flavius Ricimer, né vers 405 et mort le à Rome, est un général d’origine royale suève et wisigothe romanisé. Il s’appuie sur sa fonction de (maître de la milice) pour exercer le pouvoir effectif sur l’Empire romain d'Occident par l’entremise de souverains fantoches de 456 à sa mort en 472.

Militaire de carrière, Ricimer combat d’abord sous les ordres du Aetius et se lie d’amitié avec le futur empereur Majorien. Sous le règne de l’empereur Avitus, il remporte d’importantes victoires contre les Vandales et est promu . Après la déposition d’Avitus, ne pouvant en raison de ses origines barbares et de sa confession arienne devenir empereur, il règne par l’entremise d’empereurs qu’il fait installer sur le trône, n’hésitant pas à renverser et assassiner ceux qui, comme Majorien et Anthémius, font preuve d’indépendance. Ceci conduit à plusieurs conflits avec les empereurs d’Orient dont certains refusent de ratifier ses choix.

Ricimer pouvait prétendre à être l'empereur romain dès 455, mais il ne le fut jamais, préférant diriger sous couvert d'empereurs fantoches, choisis avec soin par lui-même. Il connaît l'empire et sait en effet que de nombreux empereurs ont été assassinés ; il redoute de subir un sort similaire. Son pouvoir est donc immense, et pour un grand nombre d'historiens, il est un « faiseur de rois », un empereur-bis ou simplement un régent d'empereurs faibles, sans charisme et souvent jeunes, d'un empire aux abois.

Sources Pour les événements s’étant déroulés dans l’Empire romain d’Occident au cours des deux générations ayant suivi la mort de , nous ne disposons que de maigres chroniques et de fragments écrits par les mêmes historiens qui ont écrit l’histoire de l’Empire d’Orient. De la législation des derniers empereurs, nous disposons de neuf « novelles » de Majorien, deux de Severus, trois d’Anthémius et d’une de Glycérius. Le panégyrique de Sidonius Apollinaris sur Avitus, Majorien et Anthémius de même que ses lettres donnent certaines informations sur les vingt-cinq dernières années de la domination romaine en Gaule. La vie de Severinus écrite par Eugippius, mort en 482, trace un portrait de la vie en Norique pendant cette période alors que la « Vie d’Éphiphane », évêque de Ticinum de 467 à 497, écrite par Ennodius nous trace celle de la vie en Italie du règne d’Anthémius à la conquête par les Ostrogoths. Le règne d’Odoacre est résumé dans l’introduction de l’histoire des guerres de Justinien contre les Goths par Procope de Césarée. Sur les conditions de vie en Italie pendant la domination des Ostrogoths, on consultera avec profit les lettres officielles que rédigea Cassiodorus alors qu’il était questeur, maitre des offices et préfet du prétoirePour une liste plus complète, voir Jones (1990), ..

Aussi, pour les rares sources, il n'est pas étonnant de constater que quasiment toutes furent rapportées par l'Empire romain d'Orient : depuis au moins plus de 50 ans avant 476, ce qui correspondait à l'Empire romain d'Occident était secoué de crises multiples. L'État classique disparaissait sous les effets d'une corruption généralisée. Les légionnaires qui n'avaient plus de soldes retournaient chez eux, ou intégraient des sortes de milices qui pillaient les campagnes. Les barbares causaient de grandes violences, la justice n'était plus audible, la monnaie ne circulait presque plus, et la vie économique était en plein ralentissement. Une grande partie de la population adoptait alors un mode de vie de subsistance, et la misère était très présente. L'analphabétisme devenait donc lui aussi une norme, ce qui contribuera à justifier la quasi-absence de sources, pour ce qui correspondait à l'Empire romain d'Occident d'alors. La population comprenait alors peut-être plus de 95 % d' analphabètes. Les rares personnes alphabétisées étaient alors des prêtres, des religieux (moines ou sœurs), et quelques rares dignitaires et administrateurs.

Famille

thumb|left|Les Empires romains d'Orient et d'Occident en 450.

Flavius Ricimer était le fils du roi suève de Galice (Espagne et Nord du Portugal), Rechila. Sa mère était la fille du roi des Wisigoths, Wallia (ou Vallia). La famille était de confession arienne. On croit que cette alliance entre Suèves et Wisigoths a eu lieu avant la mort de Wallia en 418, après quoi les successeurs de celui-ci se tournèrent contre les survivants de la famille royale. La conclusion d’une entente militaire avec l’Empire romain étant souvent la seule solution « pour ceux qui perdaient la course au leadership chez les barbares »Gillett (1995), ., c’est probablement de cette façon que la famille de Ricimer entra au service de RomeWolfram (1979), 1988 :33..

Ricimer lui-même épousa en 467 la sœur du roi des Burgondes, GondiocWolfram (1979), ..

Les premières années

thumb|alt=l'empereur Avitus|L'empereur Avitus, 455-456.

Après avoir passé sa jeunesse à la cour de l’empereur , Ricimer se distingua d’abord en combattant sous les ordres du magister militumPour les titres et fonctions voir l’article « Glossaire des titres et fonctions dans l'Empire byzantin ». Flavius Aetius, aux côtés du comes domesticorum Majorien dont il devint l’amiSidonius, , 266-268..

Le trône de l’Empire romain d’Occident devint vacant après les assassinats respectifs d’Aetius et de l’empereur en 454 et 455, orchestrés semble-t-il par le sénateur Petronius Maximus qui se proclama empereur; celui-ci devait toutefois être assassiné par la foule peu avant le sac de la ville par les Vandales en 455. Après le sac, le roi des Wisigoths, choisit comme empereur le magister militum per Gallias, Eparchius Avitus. En contrepartie, celui-ci dut permettre l’entrée des Wisigoths en Espagne jusque-là contrôlée par les Suèves. Une fois l’entente scellée entre les deux hommes, le nouvel empereur marcha sur Rome, à la tête des WisigothsJones (1990), ..

Une fois Avitus installé à Rome, Majorien se rallia, bien qu’à contrecœur, au nouvel empereur. Après quoi Avitus nomma Ricimer comes ou comte, fonction militaire importante quoique de portée réduite puisque l’Empire d’Occident ne comprenait plus que la péninsule italienne et une partie de la Gaule méridionale, soit une fraction de ce qu’avait été l’empire aux siècles précédents.

Ricimer leva alors une armée composée de mercenaires germaniques et commença une série de campagnes dirigées contre d’autres « tribus barbares » en conflit avec Rome. Il remporta sa première victoire importante en 456 lorsqu’il défit les Vandales au cours d’une bataille navale. Après cette victoire en Mer Méditerranée, Ricimer fut promu magister militum praesentalis, c’est-à-dire commandant en chef de l’armée de campagne en Italie, poste qui faisait de lui le deuxième personnage en importance de l’empire.

Ricimer utilisa sa nouvelle position pour aider son collègue Majorien à conspirer contre Avitus dont la nomination comme empereur d’Occident n’avait pas encore été reconnue par l’empereur d’Orient, Marcien. Ricimer et Majorien convainquirent le sénat d’autoriser une expédition militaire contre Avitus qui avait transféré la capitale impériale à Ravenne. Les deux généraux prirent la tête d’une armée qui vainquit l’armée impériale dirigée par le magister militum Remistus à Piacenza le . Ils se dirigèrent alors vers Ravenne, en firent le siège et capturèrent Avitus qu’ils forcèrent à devenir évêque de Piacenza avant de l’exécuterGordon (1966) : Jean d’Antioche, fragment 202.Mathiesen, « Julius Valerius Maiorianus », .. Le trône d’Occident vacant, l’empereur conféra à Ricimer le titre de patrice et le nomma magister militum le . Majorien remplaça alors Ricimer à la tête des armées d’Italie. En l’absence d’un empereur, Léon espérait pouvoir utiliser Ricimer comme son vice-roi en OccidentHeather (2005), ..

Magister militum

Sous Majorien (457-461)

thumb|alt=empereur Majorien|left|L'empereur Majorien, 457-461.

En tant que magister militum de confession arienne, Ricimer ne pouvait aspirer lui-même au trône. L’alternative qui s’offrait à lui était ou bien de mettre fin au règne des empereurs d’Occident et de diriger le territoire à titre de vice-roi de Léon à Constantinople, ou bien d’exercer son propre pouvoir à travers un empereur fantoche. Il eut volontiers adopté la première solution, mais l’aristocratie romaine s’y refusait absolument, de telle sorte qu’il dut se rabattre sur la secondeTreadgold(1997), p. 151..

En l’absence d’empereur en Occident, les Alamans, quittant la Rhétie, pénétrèrent en Italie où ils s’enfoncèrent jusqu’au lac Majeur. Majorien vint à leur rencontre et les défit. Le , il fut acclamé empereur par ses troupes près d’un endroit appelé ad Columellas. Espérant que Majorien pourrait lui servir d’empereur fantoche, Ricimer pressa Léon de donner son accord à cette nomination. En retour, Majorien nomma Ricimer consul pour l'Occident en 459, nomination qui ne fut pas reconnue par l’empereur d’Orient pour des motifs assez obscursMathiesen, « Julius Valerius Maiorianus », ..

Il dut bientôt déchanter : Majorien s’avéra un dirigeant avisé qui prit ses distances face à son magister militum et démontra qu’il était lui-même un excellent général en reconquérant la Gaule et en faisant campagne en HispanieMathiesen, « Julius Valerius Maiorianus » .. Majorien parvint ainsi à soumettre les Wisigoths qui durent reprendre leur statut de foederati antérieur à Avitus, ce qui augmenta le prestige du nouvel empereur face au sénat et à l’armée. Après quoi Majorien se prépara pour une campagne contre les Vandales de Genséric. Majorien étant parti en Hispanie, Ricimer se retrouva seul en ItalieJones (1990), ..

Majorien fut toutefois défait par Genséric près de ce qui est aujourd’hui Valence (Espagne) alors qu’il mettait sur pied une armée de mercenaires. Ricimer incita le sénat à se retourner contre l’empereur, lequel, après avoir démantelé son armée, rentra en Italie. Apprenant que l’empereur se trouvait à Tortona, Ricimer l’y fit arrêter. Il le fit déposer le , torturer et finalement exécuter le Gordon (1966): Priscus, fragment 27; Jean d’Antioche, fragment 203.Heather (2005), ..

Sous Libius Severus (461-465)

thumb|alt=L'empereur Libius Serverus|L'empereur Libius Severus, 461-465.

Le meurtre de Majorien par Ricimer fut mal accueilli dans le haut commandement de l’armée romaine, notamment par le magister militum des Gaules, Ægidius, et le magister militum d’Illyrie, Marcellinus, en pratique indépendants du pouvoir impérial sur leur territoire respectif. Ces deux généraux refusèrent de reconnaître le coup d’État de Ricimer et entrèrent en conflit avec luiMathiesen, « Julius Valerius Maiorianus », p. 14.. Durant plusieurs mois, Ricimer dirigea l’Empire d’Occident sans empereur. Pendant ce temps, le roi vandale Genséric mettait de l’avant la candidature de son gendre, membre influent de l’aristocratie sénatoriale romaine, Olybrius. Les fils d’Olybrius et de Genséric avaient épousé les deux filles de Mathisen, « Olybrius » (1998), .Mathiesen, « Libius Severus », .. La pression du sénat et de l’aristocratie augmentant pour que soit nommé un nouvel empereur, ce fut un sénateur de faible personnalité, Libius Severus, qui fut choisi et proclamé à Ravenne en . Si Libius fut reconnu par le sénat romain, l’empereur d’Orient refusa de le reconnaître comme son collègue en Occident. En dépit de l’opposition des généraux occidentaux, Ricimer devint ainsi le maître de Rome par le truchement de l’empereur fantoche.