Conrad de Hohenstaufen, dit Conradin (en ), né le 1252 au château de Wolfstein près de Landshut en Bavière et mort décapité le 1268 à Naples, est le dernier représentant légitime de la maison de Hohenstaufen. Fils du roi et d'Élisabeth de Bavière, il hérite du royaume de Sicile (sous le nom de ), du royaume de Jérusalem (sous le nom de ) et du duché de Souabe (sous le nom de ) en 1254. Dernier descendant masculin des Hohenstaufen en ligne directe, il est exécuté sur l'ordre de Charles d'Anjou alors qu'il a à peine 16 ans.

Biographie vignette|L'Europe centrale à l'époque des Hohenstaufen. Situation générale Lorsqu'en 1250 meurt , empereur romain germanique et roi de Sicile, son seul fils, Généalogie de sur le site Medieval Lands, père de Conradin, hérite du royaume normand de Sicile, sans toutefois parvenir à ceindre la couronne impériale. Reconnu roi des Romains en du vivant de son père, va donc orienter sa politique vers la Germanie où, après l'excommunication de son père, la situation est devenue de plus en plus difficile. Le landgrave Henri le Raspon et le comte Guillaume de Hollande sont élus antirois l'un après l'autre en 1246 et 1247, ce qui l'amène à demander le soutien des princes.

L'absence de de la Sicile, ainsi que le Grand Interrègne à la suite de la mort de l'empereur en 1250, profitent momentanément à l'un des fils bâtards de , Manfred, qui tente alors de rallier les barons régnicoles à sa cause afin d'usurper le titre de roi. Conrad est cependant de retour en 1252, et préfère écarter son ambitieux demi-frère. Mais il meurt le , laissant derrière lui un très jeune héritier, Conradin, alors tout juste âgé de deux ans.

L'héritier caché Conradin, né le au château de Wolfstein Peter Herde, « Corradino di Svevia, re di Gerusalemme e di Sicilia », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 29, 1983., est placé sous tutelle des deux frères de sa mère, les ducs et , et grandit à la cour de Bavière conjointement avec Frédéric de Bade. Dans son testament, confie son fils à la protection du pape , qui l'accepte.

Après avoir été nommé vicaire de Conradin, son oncle Manfred décide de faire passer le jeune garçon pour mort auprès des barons et se fait couronner roi de Sicile en . Après avoir vainement tenté de se réconcilier avec le pape, il mène une politique similaire à celle de son père, d'opposition totale à l'Église et d'appui aux forces gibelines du royaume d'Italie. Après avoir refusé de reconnaître la suprématie du pape, il est excommunié et les violences éclatent. En 1266, le pape lance contre lui Charles d'Anjou, frère cadet du roi , qu'il vient de couronner roi de Sicile. Finalement, Manfred est battu et tué lors de la bataille de Bénévent, le . Le royaume normand passe sous la domination de Charles d'Anjou.

Entre-temps en Germanie, l'anti-roi Guillaume de Hollande meurt en 1256 ; néanmoins, Manfred avait renoncé au titre de roi des Romains. L'année suivante, Richard de Cornouailles et Alphonse de Castille sont tous les deux élus rois des Romains. Le pape , en coopération avec le roi , fait tout pour empêcher Conradin d'accéder à la couronne impériale ; son tuteur , corrompu par l'argent anglais, vote en faveur de Richard, à condition que son neveu puisse au moins garder le duché de Souabe. Conradin trouve un soutien auprès de l'évêque de Constance et séjourne au château de Meersburg à partir de 1262. En , il se marie par procuration avec Sophie de Landsberg, la fille de huit ans du margrave Thierry de la maison de Wettin.

Prétendant au trône de Sicile En sachant qu'ils n'ont rien à gagner au Saint-Empire, les partisans de Conradin s'évertuent à récupérer le patrimoine des Hohenstaufen dans le sud de l'Italie. Les barons napolitains et siciliens, ainsi que les gibelins conduits par Galvano Lancia, oncle de Manfred, font alors appel au jeune héritier, âgé de 15 ans. À la fin de l'été 1267, Conradin s'associe aux forces de et de son beau-père Meinhard de Goritz afin de mener une campagne contre Charles d'Anjou. Après avoir rejoint Vérone à la tête d'une armée composée de soldats germaniques, espagnols et italiens, il reçoit le soutien du seigneur Mastino della Scala ; toutefois, au même moment, et Meinhard se retirent, faute de moyens financiers suffisants. Le , Conradin est excommunié. Le pape le soumet à un ultimatum, lui intimant de quitter Vérone et l'Italie dans un délai d'un mois et de renoncer à toutes ses prétentions sur le Saint-Empire, l'Italie et le royaume de Sicile.

Après l'hiver, Conradin, son ami Frédéric de Bade et Mastino della Scala continuent leur route à travers la Lombardie en direction de Pavie, Pise et Sienne. Le , ils gagnent Rome où Conradin reçoit l'appui du sénateur Henri de Castille. Faisant fi des menaces du pape , il se dirige ensuite vers le sud et c'est avec une armée de hommes qu'il passe par les Abruzzes où les forces de Charles le rejoignent. Les deux armées se font face le « Conradin », Encyclopædia Britannica, 1911. dans la plaine de Tagliacozzo, près de L'Aquila.

vignette|La bataille de Tagliacozzo.Miniature tirée des Grandes Chroniques de France, . À l'issue d'une bataille disputée, où s'illustrent les chevaliers français Allard de Valéry et Guillaume de VillehardouinAlexandre Dumas, , extrait du Speronare, probablement inspiré de la Chronique de Morée., les armées gibelines sont défaites et Conradin est contraint de prendre la fuite. Selon la Chronique de Morée, il se rend à Torre Astura sur le littoral romain, pensant pouvoir embarquer pour la Sicile. Il est poursuivi par un seigneur local de la famille des Frangipani qui, dans l'espoir d'une récompense, le livre aux hommes de Charles d'Anjou. Celui-ci, afin de se débarrasser d'un concurrent dangereux et de renforcer sa position, ordonne son enfermement au Castel dell'Ovo de Naples, puis le fait condamner à mort. Conradin est décapité sur la place du marché de Naples le , en compagnie de Frédéric de Bade et de quatre chevaliers.

La chute des Hohenstaufen vignette|Exécution de Conradin et de ses capitaines, miniature tirée de la Nuova Cronica de Giovanni Villani (Vaticane). Conradin fut le dernier héritier agnatique de la dynastie des Hohenstaufen, bien qu'il y ait eu plusieurs enfants illégitimes de la famille, dont Enzio de Sardaigne (1224–1272), fils naturel de l'empereur . Tous les descendants de Manfred (autre fils naturel de ) sont morts en captivité ou sont en fuite.

En lignée cognatique, de nombreuses dynasties se réclament de la descendance des Hohenstaufen. L'une des filles de Manfred, Constance, devient l'épouse de ; ses petits-enfants aragonais règnent à nouveau sur la Sicile après les Vêpres siciliennes en 1282. En outre, Marguerite de Sicile, fille de , s'était mariée au futur margrave . Son fils est considéré comme l'un des ancêtres de la dynastie des Wettin, électeurs et rois de Saxe, et de la maison de Windsor.

À la mort de Conradin, l'union personnelle entre le Saint-Empire et le royaume de Sicile est définitivement terminée. La grave menace pour la papauté de se trouver sous pression de deux côtés est ainsi éliminée. Dans le Saint-Empire, le Grand Interrègne prend fin avec l'élection de Rodolphe de Habsbourg comme roi des Romains le .

Renommée posthume vignette|Anton von Werner (1843–1915), Conradin et Frédéric apprenant leur condamnation à mort. vignette|Conradin jette son gant à la foule. Illustration du .« Conradin vit que parmi ce peuple il lui restait encore des amis, et peut-être des vengeurs. Alors il tira son gant de sa main, et le jetant au milieu de la place : - Au plus brave, cria-t-il. »Alexandre Dumas, Le Speronare. Le supplice d'un prince de 16 ans provoque l'indignation générale, aussi bien en Allemagne qu'en Italie. L'écrivain Giovanni Villani (v. 1276–1348) considère le règne désastreux de Charles d'Anjou comme une juste punition pour cet acte ignoble. Une chronique de 1313 affirme que le désir de venger Conradin était un des motifs de l'expédition de , roi des Romains, en Italie en 1310, et que son armée a saccagé l'église où Conradin avait été livré à Charles. Plus tard, un nouveau sentiment national se trouve personnifié en Conradin. Selon le poète Heinrich Heine, au début du , les Allemands gardaient encore rancune aux Français de son exécutionÉdouard Jordan, Les origines de la domination angevine en Italie, Paris, 1909, . .

Les chroniqueurs italiens, contemporains ou plus tardifs, témoignent eux aussi de cette indignation qui finit par gagner également le parti pro-angevin. Dante l'évoque dans la Divine Comédie au (vers 68) du Purgatoire.

Charles vint en Italie, et pour amende, fit de Conradin une victime vignette|Statue de Conradin dans l'église Santa Maria del Carmine à Naples, œuvre de Pietro Schoepf sur un modèle de Bertel Thorvaldsen, 1847. Le thème fut repris au par le courant romantique, comme en témoigne la statue de Conradin dans l'église Santa Maria del Carmine (au lieu du supplice), imaginée par Bertel Thorvaldsen à la demande du roi .