thumb|right|Lyon en 1869 depuis la Croix-Rousse. Lyon, du Premier au Second Empire, évolue considérablement. Vivant un « âge d'or » économique grâce à la soie, la cité connait une puissante expansion urbaine et commence son industrialisation. Sa population, souvent aux avant-gardes des combats républicains et anticléricaux, se soulève à plusieurs reprises.
Lyon, d'une ville médiévale à une ville industrielle
Durant les deux premiers tiers du , la cité lyonnaise se transforme profondément, à la fois sous la poussée des élites qui créent pour elles-mêmes de larges quartiers bourgeois, et de l'expansion soyeuse et industrielle, qui amène une population ouvrière très importante. À cette période, Lyon sort de ses antiques murailles, pour s'étaler en direction des Brotteaux, de la Guillotière et de Vaise.
Essor démographique et immigration vignette|redresse|Plan topographique de Lyon en 1808. Bibliothèque nationale de France. L'estimation du nombre d'habitants de Lyon reste encore délicat durant cette période, car les comptages ne sont pas encore établis de manière identique de l'un à l'autre ; certains catégories de la population, les soldats, les séminaristes ou les hospitalisés, sont en effet comptées « en bloc », soit en comptage réel, soit avec une simple estimation, soit complètement ignorées.
De manière globale, la population augmente fortement durant les années 1800, 1810 et 1820, puis stagne durant les années 1830 et repart fortement à la hausse ensuite. À l'orée du nouveau siècle, Lyon sort diminuée de la tourmente révolutionnaire. La ville a perdu habitants sous la Révolution et sa population s'établit à habitants en 1800, au recensement de 1804. Sous le Premier Empire, la croissance démographique est forte, pour arriver à personnes à Lyon en 1812. Ensuite, la population est d'environ Lyonnais en 1827, puis en 1847. vignette|gauche|Dessin de la passerelle Saint-Vincent et de l'ouest de la Croix-Rousse en 1838 par François-Amédée Gabillot, montrant la colline avant son urbanisation. Bibliothèque municipale de Lyon. Lorsque l'on compare la population du milieu du siècle - habitants - avec celle d'avant la Révolution - - l'évolution peut sembler faible en comparaison de la tendance nationale. Cependant, si la commune seule de Lyon ne croit pas considérablement, ses faubourgs connaissent, eux, un afflux de personnes très important. En cinquante ans, Vaise passe de à personnes, la Croix-Rousse de à et la Guillotière de à . Ainsi, l'agglomération lyonnaise dans sa globalité connait bien une croissance comparable aux autres cités industrielles françaises ou européennes semblables.
En 1852, la ville annexe les trois communes de Vaise, de la Croix-Rousse et de la Guillotière, pour une population comptabilisée de . Les comptages suivants établissent les chiffres suivants : 1856 : , 1861 : , 1866 : , 1872 : et 1876 : . Toutefois, durant le Second empire, la croissance de la population s'effectue principalement en dehors des limites de la ville, sur les communes du futur arrondissement, de Villeurbanne, Vénissieux, de Vaux, de Bron et d'Oullins. sur la même période, les quartiers centraux voient leur population baisser, surtout sur la Presqu'île et la Croix-Rousse.
L'immense majorité de l'accroissement de la population est due à l'immigration. Dans les années 1820, seuls 40 % de la population de la ville sont natifs de Lyon. Dans les années 1850, moins de 30 % de la population ouvrière est née à Lyon. L'immigration est majoritairement issue des départements avoisinants, Ain, Isère, Savoie et Loire pour l'essentiel. Les non-français ne représentent que 12 % des hommes et 3 % des femmes.
Transformations urbaines vignette|droite|Plan des percements réalisés ou projetés dans le centre de la ville de Lyon à l'époque du Second Empire.
Évolutions générales À l'intérieur de ces limites originelles, de larges espaces sont libérés sous la Révolution par la vente des biens du clergéPour l'essentiel, ils appartiennent à l'église d'Ainay. Ils sont rapidement bâtis dès le début du nouveau siècle. Les ouvriers qui travaillent la soie, devant se doter de nouveaux métiers à tisser très volumineux, migrent des quartiers Saint-Jean et Saint-Paul pour habiter dans de nouveaux immeubles, construits spécialement pour cette activité dans les années 1830 et 1840, sur la Croix-Rousse notamment.
C'est sous le Second Empire que l'essentiel des rénovations urbaines a lieu. Le préfet du Rhône et maire de Lyon VaïsseLes maîtres d'œuvre de ces transformations sont surtout l'Architecte en chef de la ville T. Desjardins et l'Ingénieur en chef de la voirie G. Bonnet. entreprend ces amples transformations, à l'instar d'Haussmann à Paris, à la fois pour des raisons de prestige et de sécurité. Il s'appuie pour cela sur ses fonctions d'administrateur du département et de maire de Lyon, et sur des hommes : l'ingénieur en chef de la voirie, nommé en 1854, Gustave Bonnet et l'architecte Benoit Poncet, qui réalise la rue Impériale (actuelle rue de la République) dans les années 1850Pour plus d'information sur ces travaux, voir l'article de Dominique Bertin, Lyon 1853-1859 : l'ouverture de la rue impériale dans Revue de l'Art, 1994, 106, ..
La Presqu'île est percée de deux larges avenues (la rue Impériale, actuelle rue de la République, et la rue de l'Impératrice, actuelle rue du Président-Édouard-Herriot), des ponts (dont les péages sont supprimés) sont rénovés, des quais sont surélevés pour que les nouveaux quartiers soient protégés des crues du Rhône et de la Saône ; le parc de la Tête d'Or est construit et des gares sont établies dans les quartiers de Perrache, des Brotteaux, de la Guillotière et à Vaise. La rive gauche du Rhône est considérablement développée, des immeubles suivant les grandes avenues et de nombreuses maisons bourgeoises viennent se loger dans la verdure. Cette partie de Lyon connait deux fortes poussée d'urbanisation, en 1853 et 1862.
Enfin, plus au large, une ceinture de fortifications est entamée en 1830 et construite tout au long du ; elle est destinée à défendre la cité contre des attaques étrangèresSur les ouvrages défensifs lyonnais, voir : ..
Voies de communication Le maire Fay de Sathonay inaugure le pont Tilsitt en 1808 et fait mener à son terme l'inscription et la numérotation des rues de la ville en 1810.
Éclairage urbain Au début du , les rues de Lyon sont éclairées par des lanternes dont la gestion est confiée à une société dirigée par M. Fréquent. Jusqu'en 1826, les rues sont éclairées uniquement du au , et ensuite toute l'année. Par ailleurs, en 1827, la municipalité décide d'investir dans des réverbères munis de lampes à quinquet, plus éclairantes.
En 1827, un premier essai de réverbère au gaz est établi dans la rue Tupin-Rompu, puis dans le passage de l'Argue. En 1834, une compagnie est créée pour produire et gérer du gaz d'éclairage : la Compagnie d'éclairage par le gaz pour la ville de Lyon. Son usine est situé dans le nouveau quartier de Perrache et elle est rapidement connue dans la cité comme la Compagnie de gaz Perrache. En 1835, la municipalité signe une convention pour éclairer l'ensemble de la ville. En 1856, le préfet Vaïsse va signer une nouvelle convention d'une durée de quarante sept ans qui établit un véritable monopole pour cette compagnie; celle-ci peut ainsi imposer des tarifs élevés aux Lyonnais.
Évolutions des quartiers Tous les quartiers lyonnais ne profitent pas de la même évolution, si les zones centrales sont l'objet de toutes les attentions des autorités, les autres connaissent des transformations contrastées.
Le centre de la Presqu'île
La Croix-Rousse
Fourvière Le premier cimetière en dehors de la ville est ouvert à Loyasse, p. 17. en 1808.
Une vie politique sous surveillance
De 1800 à 1870, la vie politique est étroitement contrôlée, et ne s'exprime que dans des cadres restreints. L'État craint les flambée de violence lyonnaise et tient ses institutions via le préfet, une municipalité aux ordres et une police vigilante. Les deux tendances politiques principales au début de la période sont la contre-révolution et le libéralisme modéré. Ce n'est que sous Napoléon III que l'extrême-gauche parvient à exister politiquement.
Premier Empire vignette|gauche|Lettre de Napoléon à Marie-Louise d'Autriche où il témoigne de l'enthousiasme des Lyonnais lors de son retour durant les Cent-jours.
La prise de pouvoir par Bonaparte est perçue favorablement, comme la fin de la période noire et le retour à la paix civile. Dès son arrêt à Lyon le , après la victoire de Marengo, Bonaparte pose la première pierre de la rénovation des façades de la place Bellecour, en promettant de travailler au retour de leur prospérité. En ce qui concerne la paix civile, il entreprend des mesures énergiques, tout à la fois pour lutter contre le brigandage et les menaces de rébellion.
La pacification de Lyon À la fin de la période révolutionnaire, le brigandage est endémique dans la région lyonnaise. Les attaques de malle postales ou d'individus isolés sont fréquentes. Cette tâche de pacification est la priorité des généraux qui se succèdent à la tête de la région militaire, Moncey, Gilly et Duhesme. La situation s'améliore progressivement et au milieu de la décennie 1800, les routes du départements sont beaucoup plus sûres. Cette présence militaire récurrente facilite également la mise au calme de la ville de Lyon.
Les commissaires de police Dans le même temps, un réseau d'informateur est mis en place par les deux premiers commissaires généraux de police de Lyon : Noël, entre 1800 et 1801, et Louis François Esprit Dubois de 1801 à 1809. Ce réseau largement rétribué, jusqu'à 20% de leur budget y est consacré, s'étend bien plus loin que la cité lyonnaise, entretenant des liaisons permanentes avec toutes les villes importantes des alentours. Ils bénéficient également du fichier de police de plus en plus complet et fiable organisé par Fouché, leur permettant de mieux identifier les personnes de passage. Progressivement, aux yeux des autorités centrales, Lyon, de mieux en mieux connue, perd un peu de son aura sulfureuse.
Les commissaires généraux sont nommés directement par l'Empereur, et disposent d'un traitement confortables pour les grandes villes comme Lyon. Il est installé à l'hôtel de ville, il dispose d'un secrétaire général, d'un secrétaire particulier et de plusieurs bureaux regroupant une vingtaine d'employés occupant le bureau des passeports et cartes, le bureau militaire, ou l'inspection de la petite voirie. Le commissaire Dubois est le modernisateur de la police lyonnaise, s'appuyant des pratiques d'ancien régime mais n'hésitant pas mettre en place des innovationsStéphane Nivet, « La police de Lyon d'un consulat à l'autre. Le compte des dépenses du commissaire général de police de Lyon, 18 pluviôse an XI », dans Vincent Milliot (dir.), Les Mémoires policiers. Écritures et pratiques policières du siècle des Lumières au Second empire, Rennes, PUR, 2006, p. 101-114.. Payé par la ville, indépendant du préfet, Dubois entre en conflit pour sa rémunération avec le maire nommé en 1805 Nicolas Fay. Il quitte Lyon en 1809 pour prendre le poste de directeur général de la police en Toscane, qui vient d'être annexé.
Bilan Le retour de la prospérité facilite l'adhésion d'une grande partie de la population au nouveau régime, mais le pouvoir central maintient une surveillance étroite des milieux républicains et royalistes. L'adhésion est visible dans l'acceptation de la conscription militaire et dans la levée de la garde nationale, où les résistances sont faibles, bien plus faibles que dans les campagnes.
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