La chapelle Notre-Dame-des-Fontaines (Madòna dër Funtan en brigasque) est une chapelle catholique située en France dans une vallée montagneuse à du village médiéval de La Brigue, dans le département des Alpes-Maritimes.

Présentation La Brigue fait partie de la province de Coni (Cuneo), région du Piémont en Italie jusqu'après la Seconde Guerre mondiale. Dans le dernier siècle du Moyen Âge, en vertu du traité de 1406, le comte Lascaris de Vintimille Castellar La Brigue et Tende, qui assure le consulum du village prête serment pour un protectorat militaire auprès de la maison de Savoie qui a également législation sur le comté de Nice voisin après sa dédition en 1388. Plus de 5 siècles plus tard, La Brigue sera attachée en 1947 à la France, département des Alpes-Maritimes en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, à la suite du traité de Paris. La Brigue et la commune suivante de Tende sont les dernières communes désormais sous administration française depuis 1947, avant le passage du col de Tende qui marque à d'altitude l'actuelle frontière entre France et Italie.

L'origine autant historique que religieuse de ce sanctuaire de prière de l'église catholique italienne trouve ses racines au dans l'intervention de Eudoxie Lascaris de Vintimille, comtesse de Castellar ed Tenda, dite Eudoxie de Tende, faisant suite à une période de catastrophes naturelles (tremblement de terre, tornade). La comtesse annonce par l'illumination de Marie pour le jour de naissance de l'enfant Jésus un miracle dont cette chapelle sera le lieu de prière à l'esprit saint. Après que les phénomènes climatiques se furent arrêtés, sauvant ainsi les survivants, les sources d'eau jaillir de nouveau. C'est cette victoire de la vie sur la mort, des rivières qui ruissellent de nouveau après la sécheresse, qui donne son nom à chapelle : "Notre-Dame des Madones des fontaines", puis "Notre-Dame des fontaines", imageant "Notre-Dame des miracles" et Marie.

Le pèlerinage vers le lieu saint est attesté et reconnu par l'évèché et le diocèse en 1375. Au , la chapelle devient un lieu de révérence et de réunion des familles de la noblesse de la région, après les multiples mariages alliances des Lascaris de Vintimille avec d'autres familles tout comme eux Hospitaliers, comme les Grimaldi et Doria (Ligurie), Provana de Leyni (Piémont), de Berre, de Chiabaudis, de Gubernatis, Barletti d'Aiglun Sigale (comté de Nice), de Grasse et de Villeneuve (Var et Provence françaises). Le château de La Brigue est alors édifié pour y tenir la geste chevaleresque. Alors que la pièce de chevalerie fortifiée de La Brigue sera détruite au fil du temps et des batailles militaires, la chapelle Notre-Dame des Madones des fontaines traversera les époques. Au , à la fin du Moyen Âge, la maison des Ducs de Savoie fait réaliser en acte pieux par les artistes peintres de sa cour une série de fresques liturgiques. L'importance historique et la qualité de son décor peint sur ses murs par Giovanni Canavesio et Giovanni Baleison l'ont fait surnommer la « chapelle Sixtine des Alpes ». Des controverses d'historiens en Italie toucheront au rapport entre cette chapelle et l'Ordre catholique des hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, ou encore au sujet même de ces fresques et de leurs multiples interprétations possibles : la passion du Christ et le jugement dernier.

La chapelle sanctuaire fait l’objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le .

Localisation La chapelle est située dans le département français des Alpes-Maritimes, sur la commune de La Brigue, à du chef-lieu. Elle a été construite sur l'ancien chemin muletier qui reliait La Brigue à Triora.

Historique La chapelle remonte au , une légende est rattachée à sa construction, qui sera rapportée par les écrivains Gioffredo puis Cais de Pierlas : « à une époque lointaine, un jour de décembre, la montagne et le sol tremblèrent de longs jours. Toutes les sources se sont alors taries. Alors, la comtesse Eudoxie de Tende annonce, le jour de Noël, que les sources couleraient de nouveau si une chapelle expiatoire était construite. La chapelle est d'abord construite près du village, mais elle est détruite la nuit. La comtesse désigne le site en face des sources. Les sources se remirent à jaillir et on construisit la chapelle des fontaines ». De multiples variations plus allégoriques qu'historiques de l'histoire se succédèrent : « en emmenant du vin pendant les travaux, celui-ci se changeait en eau si on le rapportait à la maison », ou « Les sources ont un fonctionnement intermittent leur donnant un caractère merveilleux ».

Le pèlerinage est cité en 1375 dans un acte daté du qui cite deux religieux bénédictins Garino Berardo et Gandolfo Bellone, gouverneurs et administrateurs de la chapelleLéo Imbert, La chapelle de la Madone des Fontaines à La Brigue et les fresques de Canavesio, Nice-Historique, janvier-mars 1950, ].

Un document de l'évêché de Vintimille indique, en 1475, l'évêque G. B. de Giudici s'interroge sur l'usage des aumônes qui sont abondantes. Il fallait les utiliser aux réparations de l'« église de la Madone » et la construction de petites maisons pour recevoir les pèlerins. Cet acte donne comme explication au succès du pèlerinage à « la sortie, récemment, d'une nouvelle source, à côté de la dite église, survenue plus par faveur divine, à ce qu'on croit, que de toute autre manière ». La chapelle se trouve alors à la croisée de plusieurs routes muletières. Le duc de Savoie Louis reconnaît, en 1457, Briga comme inaliénable mais a obtenu le droit de nommer les consuls. Le duc souhaitait améliorer les routes reliant Nice au Piémont. Une de ces routes passait par La Brigue et la chapelle de la Madone des Fontaines puis Bens et le Pas du Tanarel ou du Tanarello () avant de descendre vers la vallée du Tanaro et rejoindre Mondovi. La section de cette route commençant à Menton a été améliorée à partir de 1448. En 1513, des lettres patentes décident d'élargir la section vers le pas du Tanarel. Après l'achat du comté de Tende par le duc de Savoie, en 1581, c'est la route passant par Tende qui va être choisie pour relier Nice au Piémont en passant par le col de Tende (). Cette route muletière croisait la route conduisant à Realdo, à Triora et en LigurieLuc Thévenon, La Brigue, son patrimoine artistique et celui de ses hameaux, 14.

Elle a dû être reconstruite au suivant un plan très simple, comprenant une nef rectangulaire de sur 10, sur lequel est ajouté un petit chœur lui aussi rectangulaire.

Les circonstances ayant conduit à la réalisation de cette œuvre majeure, les fresques de la Passion et du Jugement dernier, sont obscures et compliquées. En 1474, le comte de Tende, Honoré, de l'illustre famille Lascaris, fut empoisonné par son intendant. Sa veuve, Marguerite, accusa ses cousins, seigneurs de La Brigue, Pietrino et Barthélémy, d'être les commanditaires du crime. En 1483, elle réussit à mettre la main sur Pietrino qui fut emprisonné et torturé. Les Brigasques demandèrent humblement la libération de leur seigneur que Marguerite leur accorda en principe contre 800 florins d'or, somme exorbitante pour cette modeste communauté. Soudainement, et pour des raisons mystérieuses (certains pensèrent qu'elle n'était au fond pas fâchée de la disparition de son mari, voire qu'elle n'en était pas tout à fait innocente…), elle renonça à la rançon à condition que la paroisse embellisse la chapelle pour une somme équivalente. Le doyen du chapitre de la collégiale Saint-Martin, Don Bernardino, réunit la somme nécessaire (sans doute moins que les 800 florins !) par souscription et avec l'aide de la Banque de Gênes. thumb|left|180px|Cartouche sous la scène de la Crucifixion donnant la date de 1492 pour la fin de la réalisation des fresques de la Passion du Christ par Canavesio. Cette thèse n'a pas pu être confirmée par des textes. L'historienne Sophie Kovalesky a fait des recherches dans les archives de la banque San Giorgio de Gênes et du fonds d'État. Dans son étude, elle a conclu « en l'absence actuelle de ces documents nous mettons en doute l'idée d'une commande passée par les Lascaris à Canavesio »Luc Thévenon et Sophie Kovalesky, Arts et monuments, La Brigue, Serre éditeur, Nice, 1990 ; 94. Dans ce cas, les fresques de la chapelle auraient été exécutées grâce aux aumônes recueillies pendant les pèlerinages. Au moment de la restauration des peintures, en 1583, une inscription a été ajoutée sous la scène de la Crucifixion donnant le nom du peintre, PRESBYTERO IOANES CANAVESIO PICTORE, et la date d'achèvement, le .

Les peintures du chœur, réalisées à la détrempe, sont en général attribuées, mais sans preuve, à partir des critères de style, à Giovanni Baleison. Giovanni Baleison et Giovanni Canavesio ont collaboré sur le décor de la chapelle Saint-Sébastien de Saint-Étienne-de-Tinée. Ces peintures auraient été exécutées avant celles de la nef, après 1481, date à laquelle Giovanni Baleison termine les peintures de la chapelle Saint-Sébastien de Venanson. Cette hypothèse pourrait être contradictoire avec la chronologie de la vie de la Vierge qui commence sur le mur oriental de la nef et l'arc triomphal, mais un indice archéologique montre que ce mur a été repeint à fresque en supprimant la peinture faite par BaleisonLuc Thévenon, La Brigue - Chapelle Notre-Dame des Fontaines, , dans Congrès archéologique de France. , Nice et les Alpes-Maritimes. 2010, Société française d'archéologie, Paris, 2012 . Au , les peintures du chœur ont été recouvertes par un badigeon. Elles ont été dégagées en 1959. Certaines sont très abîméesPaul Roque, Les peintres primitifs niçois. Guide illustré, 153, Serre éditeur, Nice, 2006 .

On a fit appel à un peintre déjà connu, un Piémontais là encore, Jean ou Giovanni Canavesio, qui réalisa entre 1490 et 1492 l'incomparable décor, de l'arc triomphal (longtemps attribué à Giovanni BaleisonC'est Giovanna Galante Carrone, de la Surintendance des biens artistiques du Piémont qui, en 1986, attribue avec des arguments pertinents l'essentiel du travail à Canavesio. - mais l'intervention d'un collaborateur inconnu est probable) consacré à la vie de Marie, de la nef, dévouée à la Passion du Christ, et du revers de la façade représentant le Jugement dernier. La surface peinte totale est d'environ .

La fresque du Jugement dernier se trouvant sur le mur occidental a dû être réalisée après celle de la Passion.

thumb|left|140px|Le décor de la voûte du porche-oratoire. En 1605, le notaire Claude Alberti finance la construction du porche. Les sources écrites locales indiquent qu'il aurait été conçu pour servir d'oratoire et abriter un autel pour les fidèles n'ayant pu entrer dans la chapelle les jours d'affluence, permettant des messes en plein air. Grâce au don fait en 1705 par Jacques Spinelli, fondateur de la chapelle Saint-Michel, quatre docteurs de l'Église ont été peints sur les voûtains de la croisée d'ogives. Ces peintures ont été réalisées en rappelant celles de la voûte des Évangélistes dans le chœur par l'usage des phylactères qui n'étaient plus représentés à cette époque dans les tableaux. Il est encadré par deux petites portes très basses dont les percements ont entraîné la détérioration d'une partie des peintures de la fresque du Jugement dernier. thumb|Décoration de la voûte de la nef.