Pauline Marois ()Prononciation en français québécois retranscrite selon la norme API., née le à Québec, est une femme politique québécoise. Première ministre du Québec du au , elle est la première femme à occuper cette fonction.
Issue d'un milieu modeste, Pauline Marois étudie en service social à l'Université Laval, complète un MBA à HEC Montréal et milite au sein d'organismes communautaires et au Parti québécois, formation politique d'obédience sociale-démocrate et souverainiste.
Présente sur la scène politique québécoise durant plus de , elle est cheffe du Parti québécois de 2007 à 2014. Durant sa carrière, elle dirige neuf ministères québécois, étant ainsi la personne ayant occupé le plus de fonctions ministérielles de l'histoire du QuébecCondition féminine ; Main-d’œuvre et Sécurité du revenu ; Revenu ; Éducation ; Famille et Enfance ; Santé et Services sociaux ; Finances (deux fois, incluant fusion avec Économie et Recherche) ; Recherche, Science et Technologie ; Industrie et Commerce. À cela s'ajoutent les quatre postes de vice-trésorière, trésorière, vice-première ministre et Première ministre. On dit alors 14 ou 13 postes ministériels selon que Finances est compté deux fois ou non..
Elle occupe quelques postes dans des cabinets ministériels avant d'être élue pour la première fois députée lors des élections générales de 1981. Elle devient ministre dans le gouvernement de René Lévesque à l'âge de . Après deux défaites personnelles, dans La Peltrie aux élections générales de 1985 et dans Anjou lors d'une élection partielle en 1988, elle est élue l'année suivante dans la circonscription de Taillon, un siège qu'elle occupera pendant dix-sept ans.
Avec le retour au pouvoir du Parti québécois en 1994, les premiers ministres Parizeau, Bouchard et Landry lui confient plusieurs responsabilités importantes, dont les postes de ministre des Finances, de présidente du Conseil du Trésor, de ministre de la Santé et de ministre de l'Éducation. Elle est la troisième femme à avoir occupé le poste de vice-première ministre du Québec après Lise Bacon et Monique Gagnon-Tremblay.
Après deux tentatives infructueuses en 1985 et en 2005 et une courte retraite de la vie publique, elle devient, sans opposition, la septième chef du Parti québécois, en . Trois mois plus tard, elle est élue députée de la circonscription de Charlevoix. Devenue chef de l'opposition officielle après les élections de 2008, Pauline Marois réussit à se maintenir en poste malgré de vives tensions internes en 2011 et au début de 2012.
Elle mène son parti à la victoire lors des élections générales québécoises de 2012 en remportant 54 des à l'Assemblée nationale et forme un gouvernement minoritaire. Elle devient la première femme à occuper le poste de première ministre du Québec. Invoquant un « blocage » des travaux législatifs par les partis d'opposition, elle déclenche des élections générales après dix-huit mois au pouvoir dans le but d'obtenir une majorité parlementaire. Elle est défaite dans sa propre circonscription lors de l'élection de 2014, qui voit le Parti libéral de retour au pouvoir, et quitte ses fonctions de cheffe du Parti québécois et la vie politique active.
Biographie Jeunesse Pauline Marois est née le à l'Hôpital Saint-François d'Assise, dans le quartier Limoilou de Québec. Elle est la fille de Grégoire Marois, un mécanicien chez International Harvester, une entreprise spécialisée dans l'entretien de la machinerie lourde et des camions à Québec et de Marie-Paule Gingras, une fille de paysans devenue institutrice. Aînée de cinq enfants, elle grandit dans une maison de briques de deux étages construite par son père à Saint-Étienne-de-Lauzon, un village maintenant fusionné à la ville de Lévis, sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent en face de la capitale.
Dans son autobiographie, parue en 2008, Marois se rappelle l' de ses parents et les regrets de son père qui, bien qu'il n'ait complété qu'une quatrième année, a toujours insisté pour que ses enfants aient accès à une éducation de qualité, quitte à faire des sacrifices. Ses trois frères, Denis, Robert et Marc, ainsi qu’elle-même et sa sœur Jeannine ont tous obtenu des diplômes universitaires.
Bien que nationalistes et catholiques, ses parents étaient peu impliqués politiquement. Les efforts de sa mère pour implanter la récitation du chapelet en famille ne duraient généralement que deux ou trois jours. Son père, féru d'actualité et sympathique aux thèses du Crédit social et de l'Union nationale, acheta son premier téléviseur dès le début des années 1950, en plus d'être abonné au quotidien L'Action catholique.
Elle fait ses études primaires à l'école de Saint-Rédempteur, le village voisin, où elle excelle en français, en histoire et en géographie. Elle développe également un goût pour la lecture, stimulée par les nombreux livres qu'elle reçoit comme récompense pour ses bons résultats. En 1961, elle est admise au collège Jésus-Marie de Sillery, un établissement privé fréquenté par les enfants de la petite bourgeoisie de Québec, où elle fera son cours classique. Elle décrit cet épisode comme un qui marquera définitivement sa pensée et ses choix d'avenir.
Marois prend conscience de son statut social au collège ainsi que dans les maisons cossues de Sillery, où elle accompagne parfois sa mère qui fait des ménages dans des résidences pour payer ses études. Elle se démarque toutefois par son engagement parascolaire et devient présidente de son association d'élèves et par de bons résultats, à l'exception de deux échecs en anglais et en latin, ce qui remet momentanément en question la poursuite de ses études.
Études En 1968, elle s'inscrit au programme de maîtrise en service social de l'Université Laval. À cette époque, Marois est davantage intéressée par la condition des plus démunis et les enjeux internationaux sans toutefois intervenir sur d'autres enjeux brûlants comme le débat linguistique et la question nationale« Les femmes en politique », entrevue pour la série 50 ans d'avancées des femmes à Savoir média, Eurêka! Productions, , 2020.. Elle participe notamment à la réalisation d'une étude sur les conditions de logement dans la basse-ville de Québec et manifeste contre la guerre du Viêt Nam.
L'année suivante, elle épouse Claude Blanchet, un jeune homme du village voisin qu'elle fréquente depuis le collège. Malgré leurs différences, Blanchet est un entrepreneur qui a acquis sa première station-service à l'âge de , tout en poursuivant des études en administration des affaires, le jeune couple jette les bases d'une relation qui dure toujours plus tard.
En , elle effectue un stage en milieu de travail à Hull, où elle participe à la remise sur pied de la section régionale de l'Association coopérative d'économie familiale (ACEF) de l'Outaouais — un organisme de défense des consommateurs — pendant que son mari est embauché par Campeau Corporation, un développeur immobilier récemment acquis par Power Corporation. À cette époque, la région est secouée par l'expansion de la fonction publique fédérale et la construction de complexes administratifs sur la rive québécoise de l'Outaouais, .
Ce stage, qu'elle effectue pendant que se déroule la crise d'Octobre, et son retour dans la région après l'obtention de son diplôme au printemps 1971, marque le couple :
Début de carrière Le couple Marois-Blanchet s'établit à Montréal et Pauline Marois s'inscrit à l'École des hautes études commerciales, affiliée à l'Université de Montréal, où elle complète une maîtrise en administration des affaires (M.B.A.) en 1976. Militante dès les premiers jours du Parti québécois, elle devient l'attachée de presse de Jacques Parizeau, son ancien professeur, en 1978. Elle quitte ce poste après six mois, en , considérant qu'on ne « l'utilisait pas à la hauteur de son talent », confiera-t-elle plus tard au biographe de Jacques Parizeau, Pierre Duchesne. Elle devient ensuite chef de cabinet de la ministre à la Condition féminine, Lise Payette, en . Le biographe de René Lévesque, Pierre Godin, affirme que Pauline Marois a hésité avant d'accepter le poste, parce qu'elle ne se sentait pas particulièrement féministe. , lui avait alors répliqué la ministre Payette.
Débuts et ascension politique (1981-2005) Ministre de René Lévesque Enceinte de sept mois, Pauline Marois hésite à se lancer en politique active. Elle est finalement convaincue par son conjoint et René Lévesque, et se porte candidate dans la circonscription de La Peltrie, dans la région de Québec. Elle est élue avec une confortable majorité de sur son adversaire libéral., le 13 avril 1981. Elle donne naissance à son deuxième enfant plus tard, le ..
Elle entre immédiatement au conseil des ministres, d’abord comme responsable de la Condition féminine, de au , et pendant quatre mois en 1985. Elle est ensuite promue à la vice-présidence du Conseil du trésor, le , puis devient ministre de la Main-d’œuvre et de la Sécurité du revenu, lors du remaniement de ..
Pauline Marois joue un rôle mineur dans les grandes manœuvres qui secouent le Conseil des ministres de René Lévesque à l'automne 1984 après l'élection de Brian Mulroney au poste de premier ministre du Canada. D'abord sollicitée par Pierre Marc Johnson, qui dirige la faction dite des — favorable à des accommodements avec le nouveau gouvernement conservateur — elle se range dans le camp des ministres plus orthodoxes — les — qui s'opposent à la démarche d'affirmation nationale et réaffirment la ligne directrice du programme péquiste.
Elle signe, le , la , dans laquelle la moitié des ministres du gouvernement Lévesque s'opposent à la stratégie du du premier ministre et réclament que la souveraineté soit au cœur de la campagne électorale de l’année suivante. Cependant, elle ne se joint pas à sept de ses collègues signataires qui démissionneront à la fin du mois.
Au départ de René Lévesque, elle se présente à la course à la direction du Parti québécois en 1985, malgré un sondage défavorableLe sondeur du Parti québécois, Michel Lepage, a interrogé les militants péquistes sur leur préférence en juin 1985. Pierre Marc Johnson se classait au premier rang avec 67 % des appuis, suivi de Bernard Landry avec 14 %. Pauline Marois arrivait loin en troisième place avec seulement 4,2 % des appuis. .. Après une campagne où elle fait la promotion du plein-emploi et de la souveraineté, elle termine en deuxième place, derrière Pierre Marc Johnson, avec 19,7 % des suffrages., mais se dit satisfaite et prête à continuer son engagement.
Passage dans l'opposition Défaite dans La Peltrie, lors des élections générales québécoises de 1985, elle continue de siéger à l'exécutif national du Parti québécois, tout en militant au sein d’organismes féministes. Elle est trésorière de la Fédération des femmes du Québec et agit à titre de consultante à la société Elizabeth Fry, un groupe qui vient en aide aux femmes détenues et ex-détenues.
À l'instar de Jean Garon, Bernard Landry et Louise Harel, Pauline Marois désapprouve la stratégie d' « affirmation nationale » et la réorientation idéologique défendue par Pierre Marc Johnson. Notant que le , elle se retire temporairement de la direction du parti au terme du congrès de , pour aller enseigner à l'Université du Québec à Hull.
Malgré certaines critiques formulées à l'endroit de Jacques Parizeau, elle accepte l'offre du nouvel homme fort souverainiste et devient conseillère au programme du en . Elle se présente à l'élection partielle dans la circonscription d'Anjou, le , mais subit la défaite par Élections Québec. Élections partielles. 1988, 20 juin (Anjou, Roberval). Page consultée le 13 octobre 2021..
Ministre polyvalente Elle revient à l'Assemblée nationale en tant que députée de Taillon en 1989 et se fait réélire en 1994, 1998 et 2003.