La campagne d'Allemagne ou campagne du Rhin (deux noms parfois employés en FranceL'épopée de la Demi-brigade de Légion étrangère, 1940-1945 par André-Paul Comor, Nouvelles Editions Latines, 1988 .) ou campagnes d'Europe centrale () regroupe les opérations militaires de la Seconde Guerre mondiale menées par les Alliés pour la conquête de l'Allemagne. Les Alliés occuperont toute la moitié occidentale de l'Allemagne, de la mer Baltique au nord jusqu'à l'Autriche au sud..

Les opérations prennent fin le , date qui marque la capitulation nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, conjointement avec la prise de Berlin par les Soviétiques sur le front de l'Est. L'Allemagne sera alors divisée entre les quatre grandes puissances alliées : la France, le Royaume-Uni, les États-Unis et l'URSS.

Contexte historique vignette|gauche|Théâtre des opérations en Europe centrale, du 28 mars au 7 mai 1945.

Au début de l'année 1945, le cours de la guerre devient définitivement favorable aux forces alliées en Europe. Sur le Front de l'Ouest, à la fin janvier, les Alliés ont contenu la contre-offensive des Ardennes. L'échec de la dernière offensive majeure des nazis à l'ouest achève d'épuiser les forces allemandes, les laissant mal armées pour résister aux assauts finaux des Alliés en Europe. Des pertes supplémentaires en Rhénanie finissent d'affaiblir la Wehrmacht, qui ne peut plus aligner que des éléments épars pour défendre la rive orientale du Rhin. Sur le front de l'Est, la rupture du front de la Vistule et les échecs de la Wehrmacht en Hongrie contribuent à acculer davantage le Reich.

Ainsi, les succès soviétiques de l'hiver 1944-1945 incitent les responsables militaires du Reich à mettre en défense l'Oder, dernier grand obstacle naturel à l'Est de Berlin : l'un des proches de Hitler à l'OKW se montre favorable à la concentration de tous les moyens disponibles de la Wehrmacht sur le front oriental. Dix-huit divisions, ainsi qu'une majeure partie de l'armement lourd (blindés et artillerie lourde) et des moyens aériens, sont ainsi prélevés des fronts occidentaux et méridionaux pour être envoyés sur le front de l'Oder.

Forces en présence Forces alliées Dans les premières semaines de 1945, le commandant suprême des forces alliées, le général Eisenhower, dispose de 73 divisions sous son commandement dans l’Europe du Nord-Ouest : quarante-neuf divisions d’infanterie, vingt divisions blindées et quatre divisions aéroportées. 49 de ces divisions sont américaines, 12 britanniques, 8 françaises, 3 canadiennes et 1 polonaise. 7 autres divisions américaines débarquent en Europe dans le courant de février, parallèlement à un renforcement des divisions des autres puissances alliées et, au moment où commence l’assaut sur l’Allemagne, Eisenhower peut compter sur un total de 90 divisions complètes, parmi lesquelles 25 divisions blindées.

Le front allié le long du Rhin s’étire sur près de de l’embouchure du Rhin aux Pays-Bas jusqu’à la frontière suisse au sud.

Les troupes alliées le long du front sont organisées en trois groupes d’armées. Au nord, de la mer du Nord jusqu’à une quinzaine de kilomètres du nord de Cologne, c’est le d'armées britannique qui tient le front, sous le commandement du maréchal Montgomery. Au sein de ce groupe d’armée, la canadienne assure le flanc gauche de Montgomery, la britannique de Dempsey est au centre et la américaine dirigée par le général Simpson tient le sud.

Touchant la , le d'armées américain, sous l’autorité du général Bradley, tient le front jusqu’à un point situé à quelque au sud du Main. Bradley dispose de deux armées des États-Unis, la 1 aux ordres de Hodges sur sa gauche (au nord) et la de Patton sur sa droite (au sud). Complétant le front allié au sud et jusqu’à la frontière suisse se trouve le d’armées américain sous les ordres du général Jacob L. Devers, composé au nord de la septième armée des États-Unis et de la première armée française du général de Tassigny sur le flanc sud.

Forces allemandes

Sur leur ligne de front, les Alliés font face aux troupes de l’Oberbefehlshaber West, Albert Kesselring, lequel a succédé, le , à Gerd von Rundstedt. Kesselring arrive sur le front de l’Ouest auréolé de la résistance opiniâtre qu’il a opposée aux Alliés en Italie ; toutefois, il ne dispose pas à l’ouest de l’Allemagne des ressources nécessaires à une défense organisée et cohérente.

Le mois précédent, la Wehrmacht aligne sur le front ouest, malgré les ponctions opérées pour la défense de Berlin, , soit 60 divisions sous-équipées, correspondant au quart des unités de l'armée de terre allemande à cette date. Une division allemande compte théoriquement , mais cette capacité militaire est au moins réduite de moitié faute d'effectifs, et souffre de l’inexpérience des troupes et en particulier du manque d'officiers expérimentés. Les hommes sont exténués, trop jeunes, et surtout totalement dépourvus d'artillerie lourde et de blindés. L'âpreté des combats à l'ouest du Rhin, à laquelle s'ajoutent les effets des désertions et des redditions, contribue à amputer ces forces des trois quarts de leurs effectifs au cours des mois de février et de mars : (dont ) sont ainsi perdus pour la Wehrmacht à l'ouest du Rhin. Les pertes sont nominalement compensées par l'appel à la Volkssturm, par des unités de marins et d'aviateurs constituées à la hâte, et par l'envoi au front de tout individu disponible, mais ces soldats manquent tout simplement d'armes ou de munitions.

Par ailleurs, comme l'ensemble des soldats allemands à ce stade de la guerre, ceux stationnés sur le front de l'ouest connaissent une crise du moral, mais demeurent encore fortement soumis à leur hiérarchie. Cette crise du moral se manifeste non seulement par une hâte de voir la fin des combats mais aussi par une désaffection de plus en plus affirmée des soldats à l'égard de Hitler. Cette crise ne se traduit pas par un abandon général des armes ou par une rébellion active contre la hiérarchie militaire, mais par une passivité et un fatalisme général. Isolés, les soldats allemands se rendent volontiers sans tenter de combattre, jusqu'à des groupes de environ, mais sans qu'il y ait volatilisation d'unités complètes face à de simples détachements alliés. Les cours martiales mobiles et décentralisées, mises en place courant février et encore renforcées par Kesselring après la perte du pont de Remagen, renforcent répression et terreur contre quiconque est soupçonné de lâcheté ou de désertion. Au total, le comportement des unités allemandes est extrêmement variable d'un lieu et d'un moment à l'autre, avec parfois une pseudo-défense et dans d'autres circonstances une défense acharnée, même fin . Une première reddition massive a lieu mi-avril à quelques jours de la fin des combats dans la poche de la Ruhr, quand le périmètre défensif du groupe d'armées de Model est réduit à quelques kilomètres carrés de terrain vallonné.

Au cours des combats qu’elle a livrés à l’ouest du Rhin lors des deux premiers mois de 1945, l’armée allemande est réduite, sur le front de l’ouest, à une force de seulement vingt-six divisions réparties en trois groupes d’armées (H, B et G). Presque aucun renfort n’est à attendre car le haut commandement allemand concentre toutes ses ressources à l’est, face aux Soviétiques .

Le , le quartier général du groupe d'armées H prend le nom de quartier général du Nord-Ouest ; le général Ernst Busch en prend le commandement, laissant à l’ancien chef du groupe d’armées H la tête des troupes allemandes isolées aux Pays-Bas (la ). À Busch et à sa parachutiste revient la charge de former l’aile droite de la défense allemande. Au centre du front, protégeant la région de la Ruhr, Kesselring peut s’appuyer sur Walther Model qui dirige le groupe d'armées B (que composent la et la blindée) et, au sud, sur le groupe d'armées G de Paul Hausser (composé des 7, 1 et )..

Conquête du Reich aux abois Propagande allemande à l'Ouest durant la campagne

Durant le mois de , Martin Bormann, constatant l'effondrement du moral de la population dans les Gaue occidentaux du Reich, met en place une grande action de propagande à destination des populations de ces Gaue : il préconise, en accord avec Goebbels, une nouvelle orientation dans la propagande de guerre du Reich. Ainsi, de nouvelles consignes doivent aboutir à la mise en avant d'une vision plus réaliste de la situation du Reich au début du printemps 1945, mais les avantages du Reich doivent être mis en valeur par les propagandistes chargés de la diffusion de ces nouveaux discours : ces derniers doivent en effet mettre en valeur les réserves dont dispose encore le Reich à ce stade du conflit, les armes miracles, dont le Panzerfaust constitue la première manifestation, ainsi que les supposés points faibles des troupes mises en lignes à l'Ouest face à la Wehrmacht ; notamment l'extrême extension des lignes de front et de ravitaillement alliées. Est également prévu un argumentaire en cas de contradiction, quels que soient les thèmes abordés. Mais, ces argumentaires et ces thèmes de propagande laissent de marbre la population et les soldats, à l'exception des membres du NSDAP et des fanatiques. Dès le , Goebbels note l'échec de ces actions auprès de la population et préconise l'emploi de pour maintenir le front et l'arrière dans le conflit.

L'attitude et le rôle du NSDAP à l'Ouest durant cette phase du conflit

Devant faire face à un discrédit de plus en plus important depuis l'automne précédent, discrédit renforcé par l'abandon par les responsables du NSDAP des populations des régions envahies, à l'Est comme à l'Ouest, les cadres du NSDAP sont dans le même temps tenus par Bormann à une attitude exemplaire face aux troupes alliées qui se rapprochent des frontières du Reich. À l'image des circulaires contemporaines de Himmler, l'ensemble de ces très nombreuses directives insistent sur la nécessité de participer au ratissage des zones encore sous contrôle allemand, afin de renvoyer au front les soldats déserteurs ou débandés, de plus en plus nombreux chaque jour.

Devant l'avancée des troupes alliées vers l'Est, les responsables du parti adoptent des attitudes différentes face à la dégradation de la situation militaire. Ils continuent de tenter de mettre en application les abondantes circulaires envoyées par Bormann, de la , selon Goebbels, dont l'expédition continue d'être assurée par un service de courriers à moto, de lui envoyer des rapports, et de prôner une résistance implacable.

Cependant, ce sont les différentes stratégies mises en place par les autorités d'une ville, maire, commandant des troupes stationnées dans la ville, ou plus simplement groupe de citoyens influents, ainsi que la présence ou non d'unités combatives dans la ville ou à proximité, qui déterminent en réalité les capacités du responsable local du parti à faire appliquer ou non les directives parvenues de Berlin. Le maire de Stuttgart, par exemple, persuadé par des notables locaux, engage, avec le soutien du commandant local de la Wehrmacht, mais en dépit des consignes du Gauleiter Wilhelm Murr, des pourparlers avec les troupes françaises, qui aboutissent à la reddition de la ville le , tandis que la ville de Lahr est farouchement défendue par la SS, dont les hommes tiennent une journée devant les troupes françaises, en dépit de manifestations de femmes.