thumb|Entrée d'une mosquée a Tlemcen en Algérie, peinture orientaliste de 1882 par Valery Jacobi.
L'architecture islamique est une expression qui fait référence à l'art de construire (al-bina) qui s'est développé du à nos jours sur un ensemble appelé communément « monde musulman ». Celui-ci s'étend sur l'Afrique et l'Asie, de la côte ouest de l'Océan Atlantique à l'Inde d'ouest en est, et de l'Asie centrale à l'Océan Indien du nord au sud. À cela on peut ajouter des pays qui ont connu ou connaissent une importante minorité musulmane, comme l'Espagne et la Chine.
L'expression « architecture islamique » suppose que l'on puisse clairement distinguer entre une architecture dite « musulmane » et une architecture non-musulmane, et — si cette distinction est valable — que l'on puisse en donner les caractéristiques et qualités essentielles .
Techniques d'architecture
Matériaux Le choix d'un matériau dépend de beaucoup de facteurs : la région où l'édifice est construit, l'accessibilité du matériau, son coût, sa destination…
Il existe cinq types de matériaux utilisés dans la construction en Islam, sans compter le bois largement utilisé, (pour autant qu'il soit disponible), notamment dans les charpentes. On a tout d'abord la brique crue (tawb) : elle est facile à trouver et à utiliser, et peu coûteuse. Son grand défaut réside dans sa piètre longévité : l'eau lui est fatale, et les vents lui sont aussi contraires. Vient ensuite la brique cuite (adjurr) : très utilisée de l'Irak jusqu'en Inde, elle fut également le matériau de prédilection en Égypte jusqu'au . Elle est utilisée pour tous types de monuments, des plus simples aux plus importants (mosquées, madrasas, tombeaux…). Bon marché, elle se conserve bien. On relève aussi le moellon, constitué de pierres mal équarrie, qui tiennent grâce à un mortier de chaux et de sable, auquel ont parfois été ajoutés du charbon et de la chamotte. Enfin, la pierre, qui est en usage de l'Espagne jusqu'en Irak. La nature des pierres utilisées varie selon les régions. En général, les marbres sont utilisés pour leurs propriétés décoratives (couleurs).
On trouve aussi, surtout sur le continent africain, le ) : il s'agit d'un mélange de terre, de chaux et de chamotte (argile cuite pilée) ou de petits cailloux. Pressé entre deux planches de bois (encaissement), ce matériau est utilisé principalement pour les habitations. Et à côté de cela, l'adobe ou banco, un mélange de terre crue et de paille. La mosquée Djingareyber de Tombouctou est en banco.
Éléments architecturaux Arcs Les arcs sont un élément majeur dans l'architecture islamique tout comme dans l'architecture occidentale. Certaines formes se retrouvent tant en Orient qu'en Occident : arc en plein cintre, arc brisé, tandis que d'autres sont plus spécifiques au monde islamique, comme l'arc persan, au profil caréné, l'arc polylobé, l'arc à lambrequins ou encore l'arc outrepassé (souvent dit « en fer à cheval »), tous trois très employés en Espagne et au Maghreb.
Supports Les architectes islamiques utilisent deux types de supports : les piliers et les colonnes. Le premier est un élément maçonné, le plus souvent carré, rectangulaire ou cruciforme. Le second est un support cylindrique. Dans les premiers siècles de l'Islam, on utilise souvent des colonnes de réemplois provenant de bâtiments antiques. Toutefois, ces éléments se faisant progressivement rares, les ouvriers islamiques apprirent à tailler eux-mêmes des colonnes.
Coupoles thumb|Coupole du mihrab de la grande mosquée de Kairouan ().
Une coupole est un mode de couvrement hémisphérique, qui repose sur une zone de transition octogonale (le plus souvent) ou carrée, elle-même posée sur quatre piliers. La zone de transition est le grand problème des architectes islamiques : il est en effet délicat de passer d'un carré ou d'un octogone à un cercle. On utilise en général soit des pendentifs, c’est-à-dire des triangles convexes posés sur la pointe (comme dans le monde byzantin) ou de trompes, à savoir de portions de voûtes tronquées, qui proviendraient du monde iranien.
On trouve aussi des nervures qui rythment les coupoles, et les muqarnas. .
À partir du , les coupoles sont très souvent doubles, c’est-à-dire qu'il existe un espace plus ou moins important entre la coque interne et la coque externe. Cette technique permet de réaliser des monuments plus hauts.
L'une des plus anciennes et des plus remarquables coupoles sur trompes du monde musulman, est celle qui s'élève au-dessus du mihrab de la grande mosquée de Kairouan en Tunisie Coupole du mihrab de la grande mosquée de Kairouan (site de la Mosquée Okba Ibn Nafaa à Kairouan) ; cette coupole, datée de la première moitié du (vers 836), comprend extérieurement une calotte hémisphérique côtelée reposant sur un tambour octogonal aux faces légèrement concaves qui se dresse sur une base carrée ornée de niches Soha Gaafar et Marwa Mourad, « La grande mosquée de Kairouan, un maillon clé dans l’histoire de l’architecture », Le progrès Égyptien, 29 octobre 2005, . Intérieurement, la calotte hémisphérique est ornée de concaves rayonnant autour de la clef de la coupole.
Iwans Les iwans sont nés dans le monde iranien bien avant l'arrivée de l'Islam, sans doute sous la dynastie sassanide. Il s'agit d'un hall voûté (ou d'un vaste porche voûté) avec une façade rectangulaire ouverte et délimitée par un grand arc. L’iwan du palais de Taq-Kisra est une reprise du registre sassanide. Il est l’un des plus grands et des plus impressionnants.
Pishtak Le pishtak est également un élément provenant d'Iran. Il s'agit d'un portail en forme d'arc qui fait saillie sur la façade où il se trouve. En général, il est cantonné de deux minarets, mais ce n'est pas systématique Roger BASTIEN, Islam art et géométrie, éd. BASTIEN, Roger BASTIEN, L'islam, l'art et la géométrie, Ed.? Année ?, p. 27 .
Moucharabiehs et fenêtres à jalousie La fermeture des fenêtres et autres ouvertures est un élément traité de différentes manières dans le monde islamique. Les moucharabiehs ou pandjaras , des sortes de grillages en bois tourné (ou d'autres matériaux, par exemple le marbre en Inde) sont fréquemment utilisés. Parfois, des barrières de moucharabiehs sont même créées, comme dans les complexes et les mosquées mameloukes.
Éléments décoratifs Il existe mille et une manières de décorer un bâtiment en terres d'Islam. La céramique, la sculpture, la peinture, la mosaïque sont quelques-unes des techniques les plus couramment utilisées. Certains éléments architecturaux ont également une vocation ornementale.
Contrairement à une idée très répandue, le décor architectural, comme l'art islamique en général, est souvent figuratif. Une exception importante, cependant, concerne les édifices à vocation religieuse, qui ne peuvent théoriquement comporter de représentations humaines ni animales.
Éléments architecturaux à vocation décorative thumb|left|Grande mosquée de Cordoue, vue intérieure.
Évidemment, le décor d'un bâtiment passe tout d'abord par les composants de son architecture. Matériaux, arcs, supports, coupoles sont autant de médiums de décor : ce n'est pas pour rien que la Grande mosquée de Cordoue comporte des colonnes de marbre bleu et blanc, des arcs à claveaux de couleurs alternées parfois polylobés, et des moulures dans ses coupoles ! Dans la conception d'un édifice, l'architecte prend au moins autant en compte les données purement architecturales que les données ayant trait au décor.
thumb|Voûte remplie de muqarnas, palais nasrides de l'Alhambra de Grenade.
Un élément assez caractéristique du monde islamique illustre l'importance des éléments architecturaux à vocation décorative : le muqarnas, également appelé « muqarbas » dans les pays d'occident musulmans ou plus simplement « stalactite ». Il s'agit en fait de petites niches associées géométriquement et formant une composition en trois dimensions John L. Esposito, The Oxford dictionary of Islam, éd. Oxford University Press US, 2004, . On les trouve fréquemment dans les coupoles et les zones de transition, mais aussi sur certains chapiteaux, dans des voûtes, etc. Cet élément a une origine obscure : on pense souvent qu'il serait né en Iran oriental vers le , mais d'autres hypothèses circulent (Égypte, occident, Bagdad…). Quoi qu'il en soit, il est répandu dans l'ensemble du monde islamique, et les splendides voûtes à muqarnas de l'Alhambra de Grenade n'ont rien à envier à celles des Timurides. Plusieurs matériaux sont utilisés pour les créer, selon les régions et les périodes : stuc et faïence en Iran, pierre en Égypte et en Syrie.
Lablaq est également une technique islamique, principalement répandue en Syrie et en Égypte, mais qui se retrouve également parfois en Anatolie. Elle consiste en l'incrustation de pierres de couleurs différentes (marbre le plus souvent) dans le mur Andrew Petersen, Dictionary of Islamic architecture, éd. Routledge, 1996, . Le chef-d'œuvre de cette technique est le mihrab de la madrasa Firdaws, à Alep, qui date de la période ayyubide, mais les mamelouks utilisèrent également cette technique de manière expansive.
Mosaïque thumb|left|Mosaïque (d'influence byzantine) de la Grande mosquée de Damas, vers 715. thumb|Mosaïque du château de Khirbat al-Mafjar, .
La mosaïque est utilisée à plusieurs époques : Califat des Omeyyades, califat des Omeyyades de Cordoue, califat des Abbassides, sultanat mamelouk. Dans les trois premiers cas, on note une forte influence antique et byzantine (mosaïque à fond d'or). On sait d'ailleurs que des artistes byzantins ont travaillé dans le monde islamique à ses débuts. Pour les mosaïques mameloukes, le cas est un peu différent, car il s'agissait cette fois d'un retour aux sources. Elles sont donc fortement influencées par les mosaïques à fond d'or du Dôme du Rocher et de la Grande mosquée des Omeyyades de Damas.
Terre cuite La terre cuite est extrêmement utilisée pour décorer tous types de bâtiments, dans le monde iranien notamment, mais également dans tout le reste du monde islamique. On peut utiliser deux types d'éléments : des éléments structurels, c’est-à-dire des briques, glaçurées ou décorées de quelque manière que ce soit, et des éléments purement décoratifs, à savoir des carreaux de revêtement en céramique.
Les principales techniques utilisent des briques ou de la céramique décorative. Avec les briques, on trouve d'une part des jeux sur des motifs dans les briques non-glaçurées, comme au Bab Mardum, à Tolède; et d'autre part le hazerbaf (« mille tissages », en persan) : il s'agit d'un travail sur le contraste entre briques glaçurées et non-glaçurées. Cette technique s'utilise principalement dans l'architecture il-khanide et timuride. Parfois, les briques dessinent des mots en calligraphie kufique (répétition du nom d'Allah, par exemple).thumb|Panneau en « cuerd »a seca, provenant du Chehel Sutun, époque safavide.
Du côté de la céramique décorative, on a les carreaux de revêtement. Selon l'époque, ils peuvent être en forme d'étoile, de triangles, d'octogones qui s'imbriquent, ou plus sagement carrés, formant des panneaux. Les techniques de décor sont variées : carreaux moulés sous glaçure monochrome, lajvardina, cuerda seca, etc. La mosaïque de céramique est assez spécifique à l'art timuride. Il s'agit en fait de formes découpées dans des carreaux de céramiques de couleurs diverses. Cette technique, extrêmement délicate, sera remplacée sous les Safavides par celle de la cuerda seca, moins complexe et moins coûteuse, mais qui permet des effets assez similaires.
Typologie des bâtiments Les fonctions d'un bâtiment peuvent être multiples (mosquée et madrasa, par exemple). Il arrive souvent que les archéologues ne soient pas en mesure d'identifier exactement la fonction d'un bâtiment, car des plans identiques peuvent être utilisés pour différents types d'édifices.
Architecture religieuse La mosquée et les lieux de culte