vignette|Un gabber en 2017.

La culture gabber est une sous-culture jeune ayant émergé aux Pays-Bas au début des années 1990, et qui s'est étendue sur une partie de l'Europe au cours des années 1990 et 2000. Elle est fortement liée à tout un mode de vie, avec code vestimentaire, lieux de rencontre et musique gabber. Elle est également associée à des représentations négatives, comme l'usage de drogues la violence et le racisme , ces derniers phénomènes contre lesquels les gabbers ont constamment lutté. Quasi disparue dans les années 2010, cette sous-culture a laissé de fortes marques dans la société néerlandaise.

Vocabulaire Étymologie Le terme de (ou plus rarement ) vient du bargoens, une sorte de cryptolecte en usage aux Pays-Bas au début du , qui emprunte le terme au (chavér). signifie , ou . Le terme est d'usage courant dans les classes populaires à Amsterdam durant les années 1970 dans le sens de « pote ».

L'usage du terme gabber pour qualifier la sous-culture provient pour sa part d'un programme musical de la chaîne télévisée néerlandaise VPRO. En 1991, le producteur néerlandais de musique house D-Shake diffuse, lors d'une émission intitulée , un morceau de musique techno expérimentale, et l'identifie en disant ..

Champ sémantique Le gabber désigne tout d'abord la sous-culture par elle-même. Les jeunes s'identifiant à ce mouvement se désignent d'abord comme « potes » . Un gabber (ou une gabberina pour les filles.) se revendique donc appartenir à la sous-culture gabber. Par extension, le terme a par la suite désigné la musique gabber, un style musical dérivé de la techno hardcore caractérisé par un tempo rapide dans les années 1990 () allant jusqu'au de maintenant.

Histoire Le mouvement gabber émerge à la fin des années 1980 aux Pays-Bas, puis s'amplifie par la suite, devenant un important mouvement , au début des années 1990, qui finit par ne plus rester underground et au contraire à devenir un phénomène de masse à la fin des années 1990.

Le début des années 1990 marque une évolution de la musique électronique. L'émergence de la techno hardcore en Belgique et aux États-Unis, qui succède à l'acid, vient exprimer quelque chose de plus dur, l'époque , selon DJ Tellurian, et se traduit aux Pays-Bas. Une identité se forge alors sur des valeurs liées à la relégation sociale des couches populaires de la société, dans les zones industrielles et les banlieues néerlandaises, sorte de .. Autour de cette colère sociale et de la musique gabber qui émerge à cette époque dans le pays, et qui finira par prendre le même nom, une sous-culture se forme. Elle se structure véritablement en 1992., à la même date que le tout premier événement de Thunderdome intitulé . Aux alentours des années 1995-1997, le mouvement se divise en deux, marquant ainsi la scission de la scène hardcore en deux styles musicaux distincts : le hardcore et le happy hardcore. La culture gabber souffre de représentations sociales et politique négatives, aussi bien aux Pays-Bas que dans les pays frontaliers, à cause des amalgames qu'engendrent la présence de minorités néonazies qui clament être gabbers. ou de sa proximité avec le hooliganisme néerlandais . La Nouvelle Édition, reportage diffusé le 26 mai 2014 sur Canal+. Consulté le 5 juin 2014.. À la suite de plusieurs incidents, bagarres, trafic de drogue et propos racistes de quelques artistes, la scène gabber tout entière devient stigmatisée et s'essouffle à la fin de la décennie. Certains organisateurs de festivals comme ID&T se voient contraints d'annuler leurs soirées sous peine de poursuites en justice.. De plus, le mouvement est également ringardisé par les productions trop commerciales du happy hardcore, qui constitue une « vache à lait » pour les producteurs de gabber, qui ne regardent pas forcément la qualité des CD qu'ils commercialisent alors..

Le mouvement s'essouffle en 1999-2000. Les sociétés organisatrices d'événements comme ID&T ou Q-dance baissent fortement la fréquence de leurs festivals, et les marqueurs identitaires sont de moins en moins voyants. Notamment, les Aussies et Cavellos disparaissent pratiquement des rues néerlandaises.. La discréditation de la scène gabber par ses liens réels avec la drogue et la violence ou l'organisation de soirées gabbers pour enfants ont eu raison de cette génération gabber.

Le mouvement connaît une résurgence au milieu des années 2000. La distinction est généralement faite entre la première vague et la deuxième vague ou génération gabber.. Quoique gardant l'appellation de gabber, les changements sont sensibles sur pratiquement tous les aspects de la culture. Là où les anciens gabbers écoutaient un son dès lors qualifié de early hardcore, portaient des survêtements et des baskets et revendiquaient une ambiance festive traduite par la montée du happy hardcore, les gabbers « deuxième vague » écoutent un gabber mainstream hardcore, portent des pulls Lonsdale, Pit Bull, Hooligan Streetwear, Fred Perry ou Ben Sherman et portent des rangers Dr. Martens, et plongent leurs idées dans une représentation plus sombre et underground de la société. L'auteur pose la question suivante : et apporte une réponse mettant en regard la masse apolitique et la minorité d'extrême droite parmi les gabbers.. Cette résurgence a lieu aux Pays-Bas, mais cette fois-ci un fort foyer secondaire se dégage en Italie, avec de grands événements comme « Hardcore Nation » qui rassemblent plus de à Milan en 2002 ; cette scène est toujours vivace une décennie plus tard.

Depuis la deuxième vague gabber, le mouvement culturel associé demeure underground. En effet, l'engouement populaire n'est plus le même, la portion commerciale qu'ont constitué le happy gabber et les morceaux d'eurodance aux sonorités proches n'existe plus lors de cette deuxième vague. La culture gabber est en effet passée au second plan, derrière la culture musicale de l'EDM ; certains voient d'ailleurs dans les marqueurs identitaires de la scène EDM des années 2010 la continuation de certaines pratiques de la scène gabber..

Ces années 2010 voient l'influence de la culture gabber s'incruster dans différents pans de la création et de la culture. Au sein du hip-hop néerlandais, le thème du gabber apparaît parfois, comme le titre Thunder de The Opposites et Yellow Claw en 2013 (avec un certain désaveu de la scène gabber d'alors), puis Me Gabber de JeBroer, membre du collectif Nouveau Riche, en 2016.

Un film-documentaire intitulé , retraçant la culture gabber des années 1990, sort le sur Amazon Prime.. Réalisé par le producteur et DJ néerlandais Jim Taihuttu, le film est récompensé d'un Gouden Film..

Représentations Origines vignette|De Kuip, stade du Feyenoord, haut lieu de la culture gabber rotterdamoise. vignette|La tour Euromast.

Les éléments identitaires de la culture gabber sont multiples. Si elles relèvent généralement de la pop culture voire prolétaire, la ville de Rotterdam étant encore dans les années 1980 une ville industrielle., on y trouve en particulier des apports du hooliganisme anglais, importé dans les stades néerlandais à la fin des années 1980. La scène gabber s'est structurée notamment autour de l'opposition identitaire entre Amsterdam et Rotterdam. Les disc jockeys à l'origine du style gabber sont en opposition avec la house d'Amsterdam, jugée trop molle, trop commerciale. Dans une ambiance festive et populaire, les vinyles d'Euromasters, avec des titres aussi évocateurs de cette opposition que ; cette opposition est également celle de deux clubs de football, le club rotterdamois de Feyenoord, auquel Euromasters est très attaché, et le club amstellodamois de l'Ajax Amsterdam ; ces influences prolétaires et footballistiques marquent originellement l'identité du mouvement.. Le vinyle d'Euromasters, cité plus haut, est devenu un hymne du club de Rotterdam.

Progressivement, d'autres villes viennent marquer la culture gabber. C'est notamment le cas de La Haye, dont l'appellation argotique va donner le nom de la danse des gabbers, le hakken, et le cri de ralliement des gabbers, , poussé tout d'abord par The Dark Raver.

Définition identitaire vignette|gauche|Paire de Nike Air Max, pièce essentielle de la panoplie du gabber.

Un gabber est la plupart du temps identifié par les médias d'après certains traits identitaires. Certains d'entre eux sont caricaturaux. Dans la pratique, le gabber participe aux festivals de musique techno hardcore, ou plus spécifiquement aux événements (events) comme notamment Thunderdome, Sensation, Earthquake et Mystery Land. Il y danse le hakken, un style de danse syncopé et rapide permettant de suivre le rythme de la musique. Cette danse, martelant des pas très rapides et des mouvements de bras complexes, s'accompagne d'expressions faciales quasi hystériques. Il semble que cette caractéristique des danseurs, soit liée à leur consommation de drogues, leur mâchoire se trouvant tétanisée par l'emprise amphétaminique.

Il porte une tenue conforme au code vestimentaire gabber, à savoir : des vêtements de sport incluant survêtements, de marque Australian (appelés ) ou Cavello, un bomber et des lunettes rondes.. Pour la danse, les baskets Nike Air Max étaient privilégiées., les lacets étant passés d'une manière sophistiquée en leur intérieur. Les hommes ont un crâne rasé ou coupé très court en hiver, les femmes portent les cheveux tirés vers l'arrière dans une queue-de-cheval ; certains (homme ou femme) se rasent le front pour porter le front haut.. Durant les soirées, les hommes sont souvent torse nu, et certaines femmes portent des brassières de sport, voire des tenues plus légères. Les gabbers se saluent en usant du , trois baisers sur la joue pour les filles, un enchaînement de poignées de main pour les garçons.. Dans la société néerlandaise, ce style vestimentaire est un stéréotype de la sous-culture gabber.. Les tatouages sont également fréquents chez les gabbers, en particulier le tatouage du de Thunderdome, qui donnait un accès gratuit aux événements de la franchise..

Le style de la première vague est resté assez insensible aux évolutions de la mode ; mais si, pendant la première vague de la culture gabber, on avait peu de chance de croiser des fashionistas lors des events, la démocratisation et la féminisation de la scène gabber lors de la deuxième vague a fait accéder aux événements une population n'ayant pas ce code vestimentaire. Les gabbers ont cœur à dire qu', et que la mode vestimentaire ne les touche pas. Par contre, le rôle des événements et festivals de musique est important, et lors de ces soirées, le port de la tenue gabber est très fréquent, de l'ordre de 80 % des personnes présentes.. Look et soirées sont effectivement de forts marqueurs identitaires de cette sous-culture. Néanmoins, on attribue à la deuxième vague gabber d'autres marqueurs identitaires ; on trouve donc dans les festivals gabbers postérieurs à 2002 des personnes ayant les deux styles gabbers, première vague et deuxième vague.

Les gabbers se rencontrent donc lors des soirées, mais apparemment peu en dehors de ces rassemblements festifs. La vie sociale de la deuxième génération gabber (celle des années 2000) se fait sur les réseaux sociaux, notamment Partyflock. Certains lieux demeurent particulièrement liés à la culture gabber, comme les salles qui ont accueilli les events les plus populaires ou certaines grandes friches industrielles, comme le NDSM, ou encore les parkings de supermarché, lieu des after parties . La Nouvelle Édition, reportage diffusé le 27 mai 2014 sur Canal+. Consulté le 5 juin 2014.…

En opposition avec d'autres scènes, hip-hop, rock, la scène gabber a la réputation de réserver une place très égalitaire entre gabbers, hommes ou femmes, dans une atmosphère sans sexualité exacerbée, mais laissant la place aux autres émotions, romantisme, révolte, espoir . La Nouvelle Édition, reportage diffusé le 29 mai 2014 sur Canal+. Consulté le 5 juin 2014..

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