Les massacres de harkis sont l'ensemble des violences et tueries de masse dont ont été victimes les harkis en Algérie après le cessez-le-feu du consécutif aux accords d'Évian. Ces massacres ont eu lieu bien que ces accords signés par le Front de libération nationale (FLN) l'engageaient à ne pas exercer de représailles contre les harkis.

Contexte Le , lors des pourparlers secrets de Bâle, la France pose le principe de non-représailles selon lequel l'État algérien s'abstiendrait de toute sanction contre les musulmans engagés pour la France. Ce que le FLN accepte le , mais ne respecte pas.

Déroulement Après le cessez-le-feu du , les directives du FLN ne sont pas les mêmes dans toutes les wilayas. Certaines vont plutôt dans le sens d'un apaisement. Mais l'état-major de l'Armée de libération nationale (ALN) estime que le « sort des harkis sera décidé par le peuple et devant Dieu ». Les harkis sont inscrits sur des listes noires et surveillés. Dès le , des meurtres et enlèvements sont signalés notamment en wilaya V. À Saint-Denis-du-Sig, 16 harkis sont massacrés.

22 membres du Commando Georges sont massacrés à Saïda en . Certains ont été égorgés, d'autres massacrés à coups de baïonnette, de pique, de pierre. Sur les 300 harkis du commando Georges, composé pour l'essentiel d'anciens combattants du FLN « retournés », une soixantaine parviennent à survivre aux massacres des harkis en rejoignant la France. Le sergent du Commando sera notamment ébouillanté vivant dans un chaudron.

Très rapidement, les harkis commencent à être torturés et massacrés par la population. Les accords d'Évian interdisent à l'armée française d'intervenir, et les soldats français ne peuvent agir à la demande des harkis. Cependant, ces assassinats restent dans un premier temps des cas isolés. Le FLN se donne le temps de procéder à un recensement complet de ceux qu'il considère comme des traîtres.

Le , les « événements » étant officiellement terminés, le ministère des Armées français ordonne le désarmement immédiat des harkis. Le , toutes les harkas sont dissoutes.

Le , le ministre français des Armées, Pierre Messmer, donne l'instruction de ne pas permettre aux harkis de rejoindre individuellement la métropole, contrairement aux engagements pris par l'armée françaiseTélégramme n° 1334 du 12/5/1962, reproduit dans Fatima Besnaci-Lancou, Gilles Manceron (dir.), Les Harkis dans la colonisation et ses suite, Éditions de l'Atelier, 2008, p. 97.. Le , le ministre d’État chargé des affaires algériennes, Louis Joxe, demande par télégramme de sanctionner les personnes participant au rapatriement des harkis en France. harkis, avec leur famille, peuvent s'établir en France métropolitaine sur un nombre total de supplétifs évalué entre et François Xavier Hautreux («Les supplétifs pendant la guerre d'Algérie», in Fatima Besnaci-Lancou, Gilles Manceron (dir.), Les harkis dans la colonisation et ses suite, Éditions de l'Atelier, 2008, p.50) évoque un maximum de 400 000, qu'il estime peu probable, en comptant tous les corps supplétifs : harkis, GMS, maghaznis, aassès et GAD..

C'est à partir de l'indépendance, le , que la situation bascule. Des chefs régionaux du FLN appellent ouvertement au massacre de tous les harkis. Des civils sont assassinés par l'ALN dans des charniers. D'autres sont atrocement torturés dans des « centres d'interrogatoires » puis exécutés. Des harkis sont crucifiés sur des portes, certains ont la musculature arrachée avec des tenailles. Les massacres incluent parfois des femmes et des enfants.

Le nombre de harkis tués après le cessez-le-feu varie selon les estimations entre 50 000 et mais reste incertainJean Lacouture, dans Le Monde du 13 novembre 1962 donne, à cette date, une première estimation : « Plus de dix mille harkis auraient été, entre le 18 mars et le 1er novembre (1962) , exécutés ou assassinés». Mohand Hamoumou, dans Et ils sont devenus harkis (Fayard, 1994, réédité en 2001, page 249), précise: « Pourtant, il faut bien l’admettre, c’est bien à personnes, l’équivalent de villes comme Cergy-pontoise ou Orléans, qui furent assassinées dans des conditions horribles ». Le général François Meyer, dans son ouvrage « Pour l’honneur, avec les harkis », (Editions CLD, 2005, page 168) reprend l’estimation de l’historien Jean-Charles Jauffret : « Il semble qu’un consensus rassemble peu à peu les historiens français, et qu’une évaluation commune de à (victimes) soit retenue ». Boussad Azni, à l’origine de la création du Comité national de liaison des harkis, avance le chiffre de harkis tués dans le livre Harkis, crime d’Etat, généalogie d’un abandon (Editions Ramsay, collection J’ai lu, 2002, page 56). Georges-Marc Benamou, dans son livre Un Mensonge français, avance le chiffre de victimes. L’historien Gilbert Meynier a déclaré dans une interview publiée dans le quotidien El Watan le 10 mars 2005 que les massacres avaient été moins importants et plus localisés que ce que déclarent certains journalistes comme Georges-Marc Benamou. Abderahmen Moumen et Fatima Besnaci-Lancou, dans Les harkis (éd. Le cavalier bleu, collection Idées reçues, août 2008, page 40), écrivent : « Peu d’historiens s’aventurent à donner des chiffres. Benjamin Stora avance, dans La guerre d’Algérie (1954-2004), la fin de l’amnésie (2004), une estimation entre et morts, d’autres reprennent les estimations du général Maurice Faivre, soit entre et morts ». De fait, en 1995, le général Maurice Faivre avançait une fourchette de à harkis tués par le F.L.N. (Pierre Messmer, Les blancs s'en vont: récits de décolonisation, Albin Michel, 1998, p.174). Les chiffres des morts ont pu être contestés car basés sur des témoignages locaux que l’on a ensuite étendu à l’ensemble du pays.. Il semble qu'en 2005, les historiens s’accordent à évaluer de à le nombre de mortsJean-Jacques Jordi, « À propos des Harkis » in Sorties de guerre sous la direction de Jacques Frémeaux et Michèle Battesti, Cahier N° 24, 2005, p.48.. Certains parlent de victimes. De nombreux harkis furent également arrêtés et emprisonnés.

La formation du premier gouvernement par Ben Bella, le , n'empêche pas les arrestations de se poursuivre ; au contraire leur nombre s’accroît de fin à début . Le nombre d'exactions diminue seulement à partir de 1963. Des milliers d'anciens harkis resteront en prison pendant des années, pour certains jusqu'en 1969.

Les harkis et leurs descendants représenteraient en France en 2012 environ . Contrairement aux Pieds-noirs, ils n'ont pas été considérés comme des « rapatriés » mais comme des « réfugiés ».

Reconnaissance française Le , Jacques Chirac affirme que au sujet des massacres.

Le , Nicolas Sarkozy a officiellement reconnu, sans rappeler le contenu de l'accord de cessez-le-feu, la responsabilité du gouvernement français dans « l'abandon » des harkis après la fin de la guerre d'Algérie. Il décrète : .

Le , c'est au tour de François Hollande de reconnaître la responsabilité française dans les massacres de harkis. Il affirme : .

Le , plusieurs cérémonies ont eu lieu partout en France en hommage aux harkis.

Le , Emmanuel Macron demande « pardon » aux harkis en reconnaissant leur « singularité dans l'histoire de France ».

Notes et références

Bibliographie Ageron (Charles-Robert), « Le “drame des harkis”, mémoire ou histoire », Vingtième siècle, revue d'histoire, n° 68, 10-12/2000, p. 3-15. Thénault (Sylvie), « Massacre des harkis ou massacres de harki ? Qu'en sait-on ? », in Fatima Besnaci-Lancou, Gilles Manceron (dir.), Les harkis dans la colonisation et ses suite, Éditions de l'Atelier, 2008, .

Voir aussi Articles connexes Liste des massacres Massacre de Sétif, Guelma et Kherrata Massacre de Melouza Massacre de Beni Oudjehane Massacre du 17 octobre 1961 Massacre du 5 juillet 1962 Autres articles Harki, Harkettes, Moghazni Harkis pendant la guerre d'Algérie Camps de transit et de reclassement pour les harkis, Hameau de forestage Maison d'Histoire et de Mémoire d'Ongles

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