Le Morane-Saulnier MS.406 est le premier avion de chasse moderne des années 1930 à entrer en service dans les unités de l'Armée de l'air française, et un des avions de combat français les plus connus, avec le Dewoitine D.520, de la Seconde Guerre mondiale. Il est le premier chasseur français dépassant les Histoire de l'aviation et rôle de l’aéronautique militaire, et l'un des deux appareils français de ce type construits à plus de , avec le Potez 63.
Conception Le programme C1 de 1934 thumb|redresse|gauche thumb|gauche|redresse|Morane-Saulnier MS 406 C1Sur ce schéma, on distingue clairement les deux antennes. L'antenne sous le fuselage se rétractait automatiquement lorsqu'on abaissait le train d'atterrissage. Le , le Service technique de l'aéronautique (STAé) lança un programme de chasseurs monoplace, dit « C1 », pour assurer le remplacement des Dewoitine D.500 et Loire 46. Ce programme fut modifié à plusieurs reprises et figé le Michel Cristesco, The M.Bloch 151 & 152. Profile . Profile Publications, Leatherhead (UK), . Il donna naissance aux Loire 250, Dewoitine D.513, Loire-Nieuport LN 161, Morane-Saulnier MS.405 et Bloch MB.150William Green, Dimensione Cielo /I à 26. Edizioni Bizzarri, Rome (1974), .
Deux projets furent retenus : le Bloch MB.150 et ce Morane-Saulnier MS.405. Il s'agissait de monoplans à aile basse cantilever, cabine fermée et train d’atterrissage classique escamotable, mais le Bloch devait recevoir un moteur en étoile Gnome et Rhône 14N de et le Morane un Hispano-Suiza en ligne. Le MS.405 et ses suivants sont issus des plans dessinés par le directeur technique de Morane Saulnier, l'ingénieur des Arts et Métiers Paul-René GauthierArts&Métiers Mag - Dossier sur Paul-René Gauthier - Octobre 2011Aviation Morane SaulnierPaul-René Gauthier.
Le MS. 405 fut préféré à un autre prototype à moteur en ligne, le Loire-Nieuport LN 161, de construction intégralement métallique et aux performances supérieures en termes de vitesse, de plafond et de taux de montée (à en contre 24 pour le MS-406)William Green & Gordon Swanborough, Le grand livre des chasseurs. Celiv, Paris (1997) ; Louis Bonte, Histoire des essais en vol, éd. Docavia / Éditions Larivière, 1975 : MS 405, ; Additif à la notice de manœuvre de l'avion Curtiss H.75 A1. partie. Procédé de combat. Chapitre I. Procédé d'attaque par un Curtiss H.75 d'un bombardier isolé et d'un avion de chasse (monoplace et multiplace). conclusion partielle .
Du MS. 405 au MS. 406 Essais MS-406 au Rennes Airshow de 2007.|thumb|gauche Le MS.405 n°1 effectua son premier vol le , piloté par le fameux pilote d'essai Michel Détroyat avec un moteur Hispano-Suiza 12Ygrs de . Le volait pour la première fois un second prototype, avec une voilure légèrement modifiée et équipé d’un moteur 12Ycrs. Cet appareil fut chronométré à . En , le MS.405 participa au meeting aérien de Bruxelles-Evere, piloté par Detroyat. Durant ce meeting, il fut qualifié de « meilleur chasseur du monde ». Sur la route du retour, Detroyat poussa ce prototype au-delà des .
Le pilote d'essai Raoul Ribière (1902-1937)Marcel Catillon, Mémorial aéronautique: qui était qui ?, Volume 1, Nouvelles Éditions Latines, 1997, , 9782723305297, s'écrasa à pleine puissance à Rambouillet le , après être monté au plafond du Morane-Saulnier MS. 405 lors d'essais pour le CEMAL'Aéronautique, Paris, , septembre 1937, , Gallica. Bnf ; Le Mois, L'Aérophile, Paris, , août 1937, , .
Le pilote lituanien L. Mikenas crasha le MS-406 01 le , au cours d'essais effectués pour son gouvernement, et se blesseHenri Lacaze, Morane-Saulnier, Ses avions, ses projets, Collection Histoire de l’aviation , Lela Presse, 2013, , .
Commandes vignette|gauche|Un groupe de MS.405 rassemblés à Villacoublay en 1938. Par marché 274/7, le ministère de l’Air commanda 16 appareils de présérie dès le . Ces appareils, tous livrés en 1937, permirent de tester différentes motorisations, des équipements et des modifications de structure. Le quatrième avion de présérie, qui servit de modèle à la version de série MS.406, était équipée d’un moteur Hispano-Suiza 12Y-31 de doté d’un radiateur escamotable. Et c’est là que le bât blessait : pour voler plein gaz il fallait abaisser le radiateur, mais sa trainée réduisait les performances. S’il était remonté, il fallait réduire les gaz pour éviter une surchauffe du moteur.
Les appareils n°12 et 13, sans radiateur semi-rétractable mais avec un Hispano-Suiza 12Y-31, furent rebaptisés « MS.406H » et livrés à la Suisse.
Trente cinq MS.405 supplémentaires furent commandés en par marché 327/7. Ils furent, notamment, utilisés par l'école de pilotes de chasse de Chartres, le Centre d'instruction de la chasse (CIC), implanté sur la base aérienne 122 Chartres-Champhol, entre 1939 et 1940.
thumb|Un D-3801, version du Morane-Saulnier MS.406 construit en Suisse en 1942 et un Yak-9UM russe construit dans les années 1990 sur les plans du modèle d'origine (2011).Il y avait urgence à rénover l'aviation de chasse française, et le marché 1959/8, signé le , portait sur dont la construction était répartie entre les SNCAO (fuselage), SNCAC (voilure) et SNCAM (empennage).
Mais le MS.406 était un avion complexe à construire, qui demandait de travail par appareilRobin Higham, Unflinching Zeal: The Air Battles Over France and Britain, May - October 1940, Naval Institute Press, 2012, , à comparer aux du Messerschmitt Bf 109 ERobin Higham, Why Air Forces Fail: The Anatomy of Defeat, University Press of Kentucky, 2006, , ; Mantelli, Bown, Kittel et Graf, The Messerschmitt Bf 109, Edizioni R.E.I., 2015, , ou aux du Dewoitine D.5208000 h, Aéronavale & Porte-avions, Dewoitine 551, 552 et 560 ; 6000 h, Le Dewoitine D.520, un chasseur toulousain (exposition du CG 31), La fabrication (PDF à télécharger).
Les premiers exemplaires n'entrèrent donc en service qu'en .
Il ne semble pas que les exemplaires de série aient atteint la vitesse maximale de attribuée, encore de nos jours, au modèle. Divers documents d’époque, émanant de l’état-major ou des services techniques, concordent pour attribuer à ces appareils une vitesse de .
Description L'avion est de construction métallique, avec un moteur en ligne Hispano-Suiza de en V, une voilure basse monoplan et cantilever, un cockpit fermé et un train d'atterrissage rétractableL'Aéronautique 1938 ; L'Aérophile 1938.
Fuselage Le fuselage est constitué d'un assemblage de quatre longerons en tube de duralumin, de cadres dans la partie avant, de montants et de traverses dans la partie arrière, avec un croisillonnement rigide à l'avant et souple à l'arrière. La partie avant est revêtue de tôles et l'arrière est entoilé.
Plans alaires Morane-Saulnier MS-412 lors du Duxford Flying Legends de 2015.|thumb La voilure a la forme en plan d'un trapèze à l'extrémité arrondie. La structure est constituée de deux longerons reliés par des nervures en acier inoxydable disposées à la perpendiculaire, en oblique et formant des triangles. Ce dispositif est installé sur toute la longueur de l'aile du MS 405. Sur le MS 406, il n'est présent que sur la moitié de l'aile située au plus près du fuselage, pour alléger et simplifier la structureL'Aéronautique 1938, . Les nervures sont soudées électriquement. Le revêtement d'aile est en plymax, un composite de contreplaqué d'okoumé et de tôle d'aluminium collés.
Les ailes sont dotées d'ailerons équilibrés aérodynamiquement et statiquement, encastrés sur la moitié de l'envergure et de volets d'intrados hypersustentateurs, placés entre l'aileron et le fuselage.
Les empennages sont constitués de longerons en U en duralumin et d'un revêtement en tôle raidie par des nervures. L'empennage horizontal est renforcé par deux mâts fixé sur l'extrados.
Train d'atterrissage Le train d'atterrissage est rentrant et ses deux jambes s'effacent dans les ailes. Chaque jambe est masquée par une tôle fixée à l'extérieur, équipée d'un amortisseur et se rétracte hydrauliquement. Elle supporte un pneu à basse pression équipé d'un frein hydraulique. La béquille de queue est amortie et fixée à l'extrémité arrière du fuselage.
Motorisation Un bâti moteur relie le fuselage au groupe propulseur. Ce dernier est un moteur Hispano-Suiza 12Y-31 de , doté d'un compresseur et d'un radiateur escamotable. L'alimentation en carburant est effectuée par un réservoir en duralumin rivé, qui n'est ni largable ou protégé, mais doté d'un dispositif de vide-vite.
Armement et équipement Armement L'armement comprend un canon de 20 mm Hispano-Suiza HS-404 fixé sur le moteur, tirant à travers l'hélice, et deux mitrailleuses de MAC 34, une dans chaque aile.
Le tir des deux MAC 34 permet de délivrer par seconde (Jacques Moulin, Overblog, Les avions de la Guerre d'Algérie, 38 - Armements des aéronefs -2- : les mitrailleuses, 14 décembre 2009 - : ) ou , avec la balle lourde mle 1933 D (balle de pour armes automatiques)http://www.armeetpassion.com, Variantes:Cartouche Mle 1929 D à balle lourde Mle 1933 D . Les ailes contiennent un chargeur de 300 coups par arme, soit un total de 600 projectiles, ou 15 secondes de tir.
Le canon HS-404Franck DEVILLERS, CANON HISPANO SUIZA TYPE 404 (L'Arsenal VG33) - ; Canon HS-404, Aéronavale & Porte-avions , apparu en 1938, a un rythme de tir de par minute, soit ou , avec l'obus explosif incendiaire de 130 gWar Thuder, French 20 mm HS 404. Une réserve de 60 obus contenue dans un tambour assure 5 secondes de tir à cadence maximale.
Les commandes de tir sont pneumatiques. Une cinémitrailleuse est installée sous l'aile gauche.
Équipements Le capot vitré du cockpit est monté sur des glissières. L'ouverture et la fermeture sont réalisées avec une manette et le largage en vol au moyen d'une poignée dédiée.
L'air de la cabine peut être réchauffé à la température désirée et le siège est réglable en hauteur au cours du vol.
Pour faciliter la lecture, la planche de bord est divisée en quatre groupes, les instruments de contrôle du moteur, de navigation (compas, contrôleurs de vol, altimètre, anémomètre et altimètre sensible pour l'atterrissage), de conduite de tir et de contrôle de l'atterrisseur et des volets d'intrados.
L'installation radio est un émetteur/récepteur sur ondes ultra-courtes, avec deux antennes pour émettre et recevoir simultanément.
L'installation de vol de nuit comprend des feux de position, un éclairage des instruments, deux bombes Michelin et deux fusées d'atterrissage.
Variantes MS.406H La Suisse acheta deux MS.406HRickard, J. (12 December 2012), Morane-Saulnier M.S.406H/ D-3800, HistoryOfWar.org. - , combinant la cellule du MS.405 et la motorisation du MS.406 avec une instrumentation spécifique et sans armement, ni plaque de blindage et arceau de sécurité. Le premier fut livré en , le second en . À la suite des résultats de l'évaluation une licence de production fut achetée.
Le D-3800 Le chasseur étant produit par la firme EKW sous la désignation D-3800, tandis que le moteur Hispano-Suiza 12Y-31 fut changé pour un 12Y-77, de même puissance, construit sous licence par Adolph Saurer AG. Les Suisses remplacèrent les mitrailleuses alimentées par tambour par des mitrailleuses Modèle 1929 Waffenfakrik alimentées par bandes (le canon de 20 mm était un FM-K 38 Wafenfabrik), l'hélice Chauvière à deux pas par une Escher Wyss EW-V3 à pas variable et la béquille de queue par une roulette ; l'antenne radio fut déplacée vers l'avant. La vitesse maximale est de 443 km/h.
Huit appareils de présérie furent construits, suivis de 74 chasseurs de série, le dernier sortant d’usine en . Deux machines supplémentaires furent réalisées en 1942 à partir de pièces détachées, ce qui porte le nombre total construit à 84.
thumb|Le D-3801 , sorti de l'usine EFW en 1942.
L'appareil entra en service au sein de trois Fliegerkompagnien au début de l'année 1940.
Le D-3801