La Société minière et métallurgique de Peñarroya (SMMP, en espagnol Sociedad Minero Metalúrgica de Peñarroya) était une compagnie minière française fondée Dépôt légal - N°4044 en 1881.
Comme de nombreuses grandes entreprises du , elle associait la métallurgie au charbon et au chemin de fer, ces deux dernières ressources étant nécessaires pour exploiter les minerais de plomb, zinc, etc. D'abord installée en Espagne sur le site minier de Peñarroya-Pueblonuevo, elle s'est développée dans plusieurs pays pour devenir l'un des premiers acteurs mondiaux du secteur des métaux non ferreux, jusqu'aux années 1960, avant qu'elle n'éclate en plusieurs sociétésGilbert Troly, « La société minière et métallurgique de Penarroya », Annales des Mines - Réalités industrielles, août 2008 . De par la nature de ses activités courantes (exploitation de charbon, production de métaux lourds et métalloïdes toxiques), en raison de quelques accidents industriels, elle fut aussi une source importante de pollution. Elle a laissé derrière elle de nombreuses séquelles industrielles ; environnementales et parfois sociales.
Histoire Naissance de l'entreprise
La création des premières usines et mines de Peñarroya eut lieu en Espagne en 1881, sous la direction de l'ingénieur français Charles Ledoux, avec comme président le banquier anversois Louis Cahen Anvers et avec comme vice-président Ferdinand DuvalDes traces françaises à Peñarroya - Blog « Du français en Andalousie », 19 juillet 2007. Avec les Rothschild, Louis Cahen Anvers souscrit des émises pour la création de la sociétéL'Espagne, puissance minière: dans l'Europe du , par Gérard Chastagnaret, page 550 .
Le siège central reste à Paris (au 12, place Vendôme), sans doute pour des raisons de facilités à rester en lien avec le monde de la finance européen, mais il est également présent en Espagne, à la Plaza de la Dirección dans la ville de Peñarroya-Pueblonuevo, qui comptera jusqu'à habitants dans les années 1960.
Connaisseur de la Sierra Morena, en Andalousie, Charles Ledoux voulut rassembler en une seule société les divers intérêts dans les mines de houille et des mines de plomb. À ses débuts, la société exploitait du charbon, dans la Sierra Morena, où, sur le modèle parfois paternaliste, elle a créé et entretenu une véritable colonie française avec ses hôpitaux et bâtiments scolaires gérés par des religieuses arrivées de France en 1902« Une grande société minière et métallurgique la Peňarroya », par J. Sermet, Annales de Géographie de 1964 sur la Houillère de Carbonifera del Sur et la Houillère de Puertollano, dans la Sierra de Carthagène.
Capitaux Les capitaux nécessaires à la création de l'entreprise, en concurrence avec d'autres, anglaises notamment visant également à exploiter les ressources à la fois houillères et métallurgiques de l'Espagne furent souscritsGérard Chastagnaret, L'Espagne, puissance minière dans l'Europe du , Madrid, Caza Velazquez, vol. 16, 2000, 1170 pages (voir page 515 et suivantes, chap. Structures financières jusqu'au début des années 1880, paragraphe « Le bassin de Belmez ») : pour partie par la branche française de la famille Rothschild. pour moitié par la société houillère et métallurgique de Bélmez qui exploitait le bassin houiller de Bélmez. Du charbon était exploité dans ce bassin en petite quantité dès 1840, en partie par l'entreprise spéculative hispano-française Fusión Carbonífera y Metalífera de Bélmez y Espiel qui possédait les mines Santa Elisa et Cabeza de Vaca, jusqu'en 1868, année où les dettes et les actifs de cette société furent rachetés par une société nouvelle, Carbonera Española de Bélmez y Espiel, avec la participation d'une maison parisienne, Gratien Garros et Avril. Puis en 1876, la mine est revendue à la société Loring, Heredia y Larios créée à Malaga. Ces actifs miniers sont ensuite rachetés (sans doute en 1877), parmi les actifs ferroviaires de Loring) par la Compagnie des chemins de fer andalous (créée par le groupe Paribas cette même année 1877) ;
Développements Au , la Société minière et métallurgique de Peñarroya a aussi relancé les mines du Laurion, en Grèce, exploitées pour leurs gisements de plomb depuis l'antiquité, qu'elle devra fermer en 1977 à la suite de l'épuisement du gisement.
La société a participé à la création d'un premier cartel du zinc en 1885"De la mine à mars, la genèse d'Umicore", par René Brion et Jean-Louis Moreau, page 53, éditions Lannoo Uitgeverij, 2006 , qui avait stoppé cinq années d'expansion de la production dans les mines de zinc espagnolesL'Espagne, puissance minière: dans l'Europe du , par Gérard Chastagnaret, page 638 .
En 1912 peu avant la Première Guerre mondiale, Peñarroya achète la Compagnie française des Mines et Usines d'Escombrera-Bleyberg, également principalement active en Espagne bien que connue par son nom pour l'exploitation en Belgique des fours construits pour la mine du Bleyberg à Bleyberg (renommé Plombières après la Première Guerre mondiale). Cette dernière s'étend dans un gisement houiller situé sous les communes de Gemmenich, Hombourg, Montzen et Moresnet et contenant un filon plombifère et du minerai de zinc qui ont été exploités par la Société de Bleyberg-ès-MontzenLa Société de Bleyberg-ès-Montzen est issue de la Société Anonyme de Bleyberg qui avait fait faillite l'année précédente et qui était elle-même issue de la Compagnie des mines et fonderies du Bleyberg, société dont les statuts datent du 8 juillet 1846 et dont le capital était détenu à 90 % par la société Suermondt et la famille Lampson, le reste appartenant aux banques Laffite et Oppenheim. Les précédents statuts de cette même société avaient été déposés devant Maître Aussems de Aubel, sous le nom de « Société du Bleyberg en Belgique ». qui a fusionné le avec la Compagnie française des Mines et Usines d'EscombreraL'ancienne mine du Bleyberg - Extraits de la revue du Cercle historique du Pays de Herve et de l'Atlas des gisements Plombo-zincifères du synclinorium de Verviers). L’usine de Plombières fermera ses portes au début des années 1920 et ses puits furent comblés
En 1912, le groupe lance aussi l'extraction d'argent au Pérou, via une filiale, la Compagnie des mines du Huaron, qui fera partie des vingt premières capitalisations à la Bourse de Paris dans les années 1950.
En trente ans, Charles Ledoux aura fait en sorte que les mines charbonnières de Peñarroya produisent cette année-là (1912) de charbon, alors que de minerais sont sorties de ses mines de plomb (mais l'usine en fond bien plus car Peñarroya en achète aussi à d'autres mines). Ce plomb alimente la grande usine de Peñarroya d'où sortent cette année-là de plomb (c'est un tiers de la production espagnole et 6 % de la production mondiale). En outre, comme sous-produit de grande valeur, l'usine produit aussi d'argent, mais en polluant considérablement l'environnement et au détriment de la santé des ouvriers.
En 1931, les bénéfices du groupe sur le sol espagnol représentaient de pesetas, grâce à de très nombreuses participations dans des sociétés espagnolesYves Denéchère, La politique espagnole de la France de 1931 à 1936 : Une pratique française de rapports inégaux, Éditions L'Harmattan, 1999 , page 91 .
Après s'être développée dans le secteur de la houille et du plomb, la société s'intéresse au zinc, qui - comme l'argent - peut être un sous-produit rentable du raffinage du minerai de plomb. C'est d'abord en Espagne, qu'elle le fait, puis dans d'autres pays : en 1963 l'Italie produisait 72 % du minerai de zinc extrait par le groupe ; la fonderie de ce métal se répartissant entre l'Italie (60 %) et la France (40 %).
En France En 1917 Peñarroya acquiert la mine de plomb de Pierrefitte dans les Hautes-Pyrénées (dont l'exploitation ne dura que 29 ans ; de 1940 à 1969). Elle achète des participations dans la mine de plomb argentifère de La Plagne (Savoie), dont l’exploitation cessa en mars 1973, ainsi que (en 1940) la mine de l'Orb à Avène dans l'hérault. Peñarroya exploite jusqu'en 1982 la mine de plomb argentifère de Largentière, en Ardèche. La mine des Malines (Gard) ainsi que la mine de plomb argentifère de Peyrebrune dans le Tarn.
À Saint-Salvy-de-la-Balme (Tarn), site découvert par le BRGM en 1968, elle a produit par jour d'un minerai à teneur de 12 % de zinc, qui fut raffiné dans la fonderie de Noyelles-Godault (Pas-de-Calais), dont la nouvelle version est entrée en fonctionnement en 1962 avec une capacité doublée à tonnes annuelles et un procédé métallurgique permettant de récupérer le germanium, métal précieux dont la Compagnie de Peñarroya a été l’un des premiers producteurs mondiaux toute la durée de vie de la mine de Saint-Salvy.
En 1960, le rachat de la franco-belge Minière du M'Zaïta, qui produit à de phosphate de chaux par an sur son gisement d'Algérie, découvert à la fin du près de Sétif, dans la chaîne du Hodna, a fait entrer le groupe dans l’extraction du cuivre, via sa filiale Minera Disputada de Las Condes, héritière de la Société des mines de cuivre de Catemu. Celle-ci gère trois sites miniers au nord de Santiago, la mine de Disputada ( de la capitale), celle d'El Soldado (à ) et la fonderie de Chagres (à ). Le groupe produit ainsi environ de cuivre par an dès 1963.
En 1950, Peñarroya et Rio Tinto réalisaient le même chiffre d’affaires. Dix ans plus tard, la première affichait des actifs de de francs, hors plus-values latentes, pour un bénéfice d'exploitation moyen de de francs par an sur cinq ans (de 1955 à 1959). Mais l’effondrement subi ensuite dans la deuxième partie des années 1980, sur fond de baisse importante et durable des cours de la plupart des métaux, a mené à son éclatement. Dans un premier temps, dans les années 1970, la réunion des sociétés, Peñarroya, Le Nickel et Mokta permit de se renforcer dans le nickel de Nouvelle-Calédonie, au sein d’un groupe qui prit en 1974 le nom d’Imétal, et dont le principal actionnaire fut de nouveau la banque de la famille Rothschild. Mais en 1985, les mines de Nouvelle-Calédonie sont regroupées dans la Société métallurgique Le Nickel-SLN, filiale à 100 % d’une nouvelle société mère, dénommée Eramet, dont Imétal ne détient plus que 15 %.
Les grèves des ouvriers de Peñarroya en 1971 et 1972, déclenchées en , plusieurs semaines après un accident du travail à l'usine de Saint-Denis Peñarroya mettent l'accent sur les conditions de travail. Le , les 105 ouvriers de l'usine Penarroya de Gerland, à Lyon, se mettent en grève illimitée. Ils veulent de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail, de logement et de santé. Les revendications sur la santé au travail sont au cœur de la mobilisation. Les salariés ont défendu leur droit à la santé avec le soutien de médecins, ouvrant ainsi la voie à une meilleure prise en charge du saturnisme"La lutte des Penarroya contre le plomb" par LAURE PITTI, HISTORIENNE ET MAÎTRE DE CONFÉRENCES À L'UNIVERSITÉ PARIS 8, en avril 2008 .
En 1982, à la suite de l'élection de François Mitterrand, la banque Rothschild qui détenait une participation majoritaire est nationalisée, conduisant de fait à la nationalisation de PeñarroyaLe destin brisé de Peñarroya.
En 1988, des cessions de mines de cuivre et la reprise des activités dans le zinc et le plomb par la branche des métaux non ferreux du groupe allemand Preussag, qui crée la société Metaleurop, modifièrent encore le périmètre du groupe. La mine de cuivre chilienne de Disputada, à de Santiago fut alors cédée à l'américain Exxon, qui a ensuite investi de dollars dans l'exploitation de la mine.
En Espagne Après le déclenchement de la guerre d'Espagne en 1936, les principales installations de Peñarroya sont brièvement occupées par les syndicats et les milices ouvrières, et quelques mois plus tard par les Nationalistes qui occupaient le bassin minier de Carthagène et La Unión. En 1957, SMMP a acquis les installations de La Unión, relançant la production minière dans la région.