thumb|Une vision classique du Pavillon noir. Les pavillons pirates et corsaires sont les pavillons utilisés par ces derniers pour signifier leurs intentions et intimider les navires attaqués. Ils sont parfois absents, de couleurs variables (noir ou rouge le plus souvent) et avec des représentations très différentes.
Dans l'imaginaire populaire et l’imagerie traditionnelle, les pavillons pirates et corsaires sont des pavillons noirs ornés d’une tête de mort surmontant deux tibias ou deux sabres entrecroisés. Ce pavillon représenterait des symboles choisis par les pirates et les corsaires pour faire passer un message sans équivoque. L'expression « Jolly Roger » serait mentionnée pour la première fois en 1700 ; la première référence imprimée serait celle de l’Oxford English Dictionary de 1724Gilbert Buti et Philippe Hrodej, Dictionnaire des corsaires et des pirates, CNRS Éditions, 2013 , page 616.
En fait, ce pavillon à tête de mort et fémurs croisés reprenait un thème connu depuis l'Antiquité, nommé Memento mori et dont la signification est, littéralement : « Souvenons-nous que nous allons mourir ! » Pour les pirates et les flibustiers, cette notion de mort était, paradoxalement, un hommage à la vie et non pas une idolâtrie de la mort : puisque nous allons mourir, hâtons-nous de vivre et, surtout, de vivre bien !
À cet égard, le pirate Bartholomew Roberts résumait ainsi sa philosophie :
Distinction et sémantique thumb|right|325px|Le Jolly Roger utilisé dans une illustration pour l'opéra comique The Pirates of Penzance de Gilbert et Sullivan. Les pavillons des pirates et des corsaires peuvent être rangés en trois catégories : ceux des pirates qui étaient à l'Angleterre, conventionnellement nommés Jolly Rogers ; ceux des corsaires européens ou des corsaires américainsPrivateers en anglais ; ceux des pirates et corsaires non européens.
Les pirates hissaient généralement le pavillon de leur nation d'origine.
On utilise parfois le terme de drapeau de pirate, mais c'est un abus de langage. En effet, en langage maritime, il n'y a que des pavillons.
La couleur pouvait donner un sens, ainsi la couleur rouge signifiait « sans quartier », c'est-à-dire que l'équipage serait massacré.
Historique Origine du Jolly Roger Le Jolly Roger n'a été utilisé par les pirates (d'origine anglaise ou nord-américaine) de l'Atlantique Nord et des Antilles que durant le premier quart du . Ce terme, issu de l'anglais, se traduit littéralement par « Roger l'enjoué » ou le « joyeux Roger » peut-être en référence au ricanement apparent du crâne. Toutefois, l'origine du terme demeure inconnue mais des possibilités sont envisagéesGilbert Buti et Philippe Hrodej, Dictionnaire des corsaires et des pirates, CNRS Éditions, 2013 , page 616, article d'Olivier Corre : le pavillon sans quartier appelé le « joli rouge » des boucaniers français ; la prononciation aurait été alors déformée par leurs camarades britanniques ; le chef des pirates de Cannanore (océan Indien) portait le titre tamoul Ali Radjah (roi des mers) ; le titre aurait été déformé et transformé en Ally Roger, Olly Roger, Old Roger (le Diable) et Jolly Roger ; une autre hypothèse fait référence à Roger II de Sicile (1095 - 1154), lui-même surnommé « Jolly Roger », qui aurait hissé ce pavillon lors du schisme Anaclet II (anti-pape) / Innocent II, et de son combat contre les forces papales. Il aurait ensuite été désigné patron de la flotte de l'ordre du Temple par les capitaines de navires templiers qui seraient parvenus à échapper à la dissolution de l'Ordre, en signe de révolte contre Rome. Ne pouvant plus porter le pavillon templier, ceux-ci auraient hissé le Jolly Roger lorsqu'ils croisaient les navires français, anglais ou de la papauté .
La première utilisation documentée du Jolly Roger ne remonte cependant qu'à 1700, lorsque le français Emmanuel Wynne le hisse durant un engagement contre le HMS Poole au large de Santiago de Cuba. Le commandant du HMS Poole le décrit alors comme « une enseigne de sable avec des os croisés, une tête de mort et un sablier »Olivier Corre (dans le Dictionnaire des corsaires et des pirates de Gilbert Buti et Philippe Hrodej, CNRS Éditions, 2013 , page 618.
Dans l'armée vignette|gauche|L'équipage du HMS Utmost brandit son Jolly Roger avec son tableau de chasse. thumb|220px|upright=1.3|Le Nieuport 17bis de Nungesser. vignette|droite|Un Grumman F-14 Tomcat de l'escadron VF-84.
Charles Nungesser, célèbre as de l'aviation française de la Première Guerre mondiale, fit peindre sur son appareil Nieuport 17 son insigne personnel: une tête de mort aux tibias entrecroisés, surmontée par un cercueil entouré de deux chandeliers, le tout dessiné dans un cœur noir. Il fit ensuite mettre ce même insigne sur l'Oiseau blanc, appareil avec lequel il tenta en vain en 1927 avec François Coli, de faire le premier vol Paris New-York sans escale.
Dans les dernières années du la marine anglaise dominait les océans avec des navires de surface, les cuirassés, et plus tard les super-cuirassés type Dreadnought. Les puissances navales de moindre importance (France, Allemagne, Italie) s'intéressèrent alors a des armes navales moins coûteuses susceptibles de jouer contre ces mastodontes le rôle de David contre Goliath : torpilleurs, vedettes lance-torpilles et surtout sous-marins.
L'amirauté anglaise voyait dans le sous-marin une arme « sournoise, déloyale, et diablement pas anglaise » (Underhand , Unfair and damned Un-English) dont les équipages n'étaient que des pirates, bons à pendre en cas de capture (citation du très conservateur amiral Arthur Wilson) . D'abord à la traîne dans le développement de l'arme sous-marine, l'Angleterre se lança finalement, non sans réticence ni controverses internes, dans cette voie, en achetant d'abord « sur étagère » des sous-marins américains conçus par l'ingénieur Holland.
Lors de la 1°guerre mondiale le commandant (et futur amiral) Max Kennedy Horton arbora le Jolly Roger au retour d'une patrouille où le avait envoyé par le fond le croiseur allemand , en référence ironique à ce jugement aussi méprisant que péremptoire de l'Amiral Wilson. Arborer en retour de mission le pavillon noir des pirates devint une tradition dans la Royal Navy, avec un code détaillé de symboles représentant leur tableau de chasse (barres rouges et blanches pour les navires de guerre ou de commerce coulés, dague pour les missions secrètes d'infiltration d'espions, etc.)Ce fut le cas du HMS Upholder, sous-marin à diesel durant la seconde Guerre mondiale..
Le sous-marin Français Casabianca qui opéra en 1941 - 1943 sous commandement interallié depuis Alger, ravitaillant notamment les résistants corses en armes et munitions, avec un officier de liaison britannique à bord, reçut un Jolly Roger . Le sous-marin nucléaire d’attaque Casabianca est un des deux seuls navires de la flotte française à avoir le droit coutumier d'aborder ce drapeau, avec l'ex-aviso Commandant L'Herminier.
Une unité de l'US Navy est appelée Jolly Roger. La utilisa ce surnom à dater du . Après sa dissolution en 1944, certains de ses vétérans rejoignirent la et ils la renommèrent comme la précédente le jusqu'en 1995, année de la dissolution de l'unité. La VFA-103 reprit le surnom de Jolly Roger. Les avions étaient facilement reconnaissables par leurs dérives peintes entièrement en noir avec un crâne et des tibias qui s'entrecroisent en blancAfin de se mettre aux normes de camouflage de l'US Navy, le noir fut retiré pour ne laisser que les dérives grises avec l'insigne en blanc..
Dans la culture Intrinsèquement lié à l'image du pirate, le Jolly Roger est intensivement utilisé au cinéma, dans la littérature, la bande dessinée et la musique.
Dans le domaine vidéo-ludique, le jeu vidéo Banjo-Tooie contient un personnage nommé Jolly Roger (traduit en français par « Joyeux Roger »), barman et maire du lagon qui porte son nom, et qui ironiquement n'a rien de joyeux puisque sa partenaire s'est fait manger par un poisson géant. Son côté excentrique et enjoué réapparaît lorsque le joueur sauve son amie.
Dans le manga One Piece, ainsi que dans la série animée, de nombreux drapeaux pirates sont représentés, et sont communément qualifiés de Jolly Rogers. Plus loin que chaque équipage ayant un pavillon à leur image, de nombreux personnages principaux sont individuellement dotés de leur propre Jolly Roger, bien qu'ils ne soient pas reconnus au sein l'univers-même de la série : en effet, ces pavillons ne sont pas reconnus par la Marine (dans la fiction), mais seulement par les fans du monde réel.
Dans le monde du sport En sport, les Buccaneers de Tampa Bay ont adapté le pavillon de Calico Jack en y rajoutant un ballon de football. Les Raiders d'Oakland utilisent encore une autre variation, plus proche du pavillon de Richard Worley. Même chose avec les Pirates de Pittsburgh où une tête de pirate domine deux battes de baseball croisées. À Hambourg, les supporteurs du Fußball-Club Sankt Pauli ont adopté avec enthousiasme l'un des logos du club appuyée lui aussi sur une variante du pavillon de Richard Worley. Le Jolly Roger est également le nom d'un pub dirigé par les supporteurs du FC St Pauli. Les exemples sont encore nombreux : les Pirates de Paisley et les Buccaneers de Paisley (hockey), les East Kilbride Pirates (football américain), les Buccaneers d'Edinburgh (basketball), les Orlando Pirates de Johannesburg (football).
Dans le monde associatif vignette|Drapeau de Sea Shepherd. Le pavillon de l'ONG Sea Shepherd rappelle le drapeau pirate. Créé par l'artiste Geert Vons et coconçu avec le capitaine Paul Watson, le logo est composé d'une crosse de berger ( signifie « berger » en anglais) et du trident de Neptune, qui représente l'approche interventionniste.. Le crâne est orné, sur son front, d’un dauphin et d’un cachalot.
Dans l'armée En , le sous-marin nucléaire est apparu avec le « Jolly Roger » hissé au côté de la bannière étoilée, lors de son retour à la base navale de Kitsap (État de Washington) ; une première pour la flotte de l'US Navy.
Dans la culture Avant de se styliser en « P », le Jolly Roger était le symbole du Parti pirate. Il reste, toujours dans une version dérivée, le symbole de Piratbyrån et de The Pirate BayConfère l'article Home Taping Is Killing Music..
Signification, symbolique et utilisation
Les boucaniers et les pirates sous le Jolly Roger vignette|Gravure représentant Stede Bonnet. Les boucaniers battaient le pavillon de leur nation et le pavillon rouge « pas de quartier », le fameux « joli rouge », qui, prononcé à l'anglaise donnera le Jolly Roger.
Les pirates hissaient dans un premier temps leur pavillon noir pour inviter leur cible à se mettre en panne et à rendre sans combattre ; le noir étant en Occident la couleur du deuil et des enfers, il possédait un certain impact psychologiqueLe Capitaine Snelgrave rapporte qu'en 1718, en Gambie, « le capitaine Howell Davis vint dans le fleuve avec un pavillon noir hissé, lequel était destiné à effrayer d'honnêtes marchands afin qu'ils se rendent sous peine de mort » (dans le Dictionnaire des corsaires et des pirates de Gilbert Buti et Philippe Hrodej, CNRS Éditions, 2013 , page 616).. En cas de refus, les pirates hissaient le pavillon rouge, qui indiquait qu'ils attaquaient et que le combat serait sans quartierOlivier Corre (dans le Dictionnaire des corsaires et des pirates de Gilbert Buti et Philippe Hrodej, CNRS Éditions, 2013 , page 616) cite l'exemple du capitaine Richard Hawkins capturé par des pirates dans les Antilles en 1724. Hawkins rapporte que « quand ils combattent sous le Jolly Roger ils faisaient quartier, ce qu'ils ne faisaient pas lorsqu'ils combattaient sous le pavillon rouge »..