L'histoire de Lyon depuis 1944 n'a pas encore été étudiée en profondeur. Elle doit être abordée avec précaution ; le recul, les analyses synthétiques et les travaux d'ensemble manquent encore pour de nombreux aspects de sa vie contemporaineVoir notamment l'ouvrage collectif : L'intelligence d'une ville : vie culturelle et intellectuelle à Lyon entre 1945 et 1975 ; Matériaux pour une histoire, Bibliothèque municipale de Lyon, 2006, Lyon, 309 p., , qui fait le point sur les travaux en cours, les projets et les méthodes.. Rester au plus près des faits est donc un impératif en attendant que les années et les études permettent d'objectiver opinions et points de vue.
Transformations urbaines et démographiques thumb|métro de la ligne C, ouvert en 1974. Durant les Trente Glorieuses, la population de la ville de Lyon augmente sensiblement pour passer de à habitants entre 1946 et 1968, soit 20 % d'augmentation. Les banlieues de l'agglomération lyonnaise progressent, elles, de à habitants, soit 70 % d'augmentation. Ces chiffres soulignent la tendance lourde, visible dans toutes les villes de France, d'un fort étalement urbain. À Lyon, il se produit essentiellement à l'est de la ville, poursuivant ainsi un processus historique. À partir des années 1970 et 1980, la croissance urbaine est visible surtout aux limites de l'agglomération, les communes les plus centrales voyant leur population se stabiliser. Enfin, cette évolution s'accompagne d'une baisse de la densité urbaine globale, le doublement de la population ayant lieu sur une surface sept fois plus importante..
De grands ensembles d'habitation sont construits en périphérie (La Duchère, pour accueillir les rapatriés d'Algérie, Mermoz, Rillieux...). La modernisation entraîne une série de grands travaux, comme la construction d'un quartier d'affaires à la Part-Dieu, du tunnel autoroutier de Fourvière ou du métro, inauguré en 1978Même si la ligne C du métro a été inaugurée quatre années auparavant, par substitution de l'ancien funiculaire, l'ouverture des lignes A et B a lieu en 1978, avec l'inauguration par le président de la République Valéry Giscard d'Estaing.). L'expansion urbaine a en outre suscité la construction d'une ville nouvelle à L'Isle-d'Abeau et en 1975 d'un nouvel aéroport à Colombier-Saugnieu nommé Satolas, remplaçant l'aéroport de Bron et rebaptisé en , aéroport Saint-Exupéry.
Ces transformations s'accompagnent d'une modification des catégories socio-professionnelles au sein de l'agglomération. À partir des années 1980, Lyon, mais également Villeurbanne, regroupent davantage de professions supérieures (cadres, industriels, professions libérales, etc.), tandis que les banlieues, et plus particulièrement celles de l'est, accueillent des populations d'ouvriers, de travailleurs manuels, d'employés proportionnellement plus importantes..
Depuis les années 1980, l'évolution démographique changeVoir l'exploitation du recensement de 1990 : L'agglomération lyonnaise ; Recensement 1990 ; Données typologies, analyses, Agence d'urbanisme, 1992, Lyon, 341 p.. Le centre de l'agglomération (Villeurbanne compris) voit sa population augmenter, tandis que les communes de banlieue proche perdent des habitants. Lors des deux derniers recensements, la population de la ville de Lyon est passée de habitants en 1990 à en 1999, et atteint lors des enquêtes de 2009Voir les chiffres officiels sur le site de l'INSEE. Pierre Cayez donne des chiffres légèrement différents, pour une tendance identique à la page 869 de l'ouvrage de synthèse : ..
Évolutions économiques thumb|Le quartier de la Part-Dieu, symbole de la tertiarisation de Lyon
Généralités Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Lyon est une ville profondément marquée par l'industrie, qu'elle soit traditionnelle (métallurgie) ou plus novatrice (chimie et construction mécanique) ; elle le reste jusqu'aux années 1960. Lors de la décennie suivante, la structure économique de l'agglomération évolue rapidement, pour devenir un centre tertiaire français important..
Les secteurs qui déclinent le plus sont : le textile (et notamment la soie), la fabrication de composants électriques et la transformation des métaux. Les industries de la chimie et de la mécanique automobile parviennent en revanche à maintenir un bon niveau d'activité.. Si le nombre d'établissements industriels lyonnais diminue peu, l'importance relative de l’industrie dans la population active globale se réduit considérablement dans les années 1980 et 1990.
Dans les années 2000, le secteur industriel lyonnais se compose de quatre principaux secteurs : la chimie et pharmacie (avec Arkema, Sanofi-Pasteur, BioMérieux, etc.), la métallurgie et la construction mécanique (avec Renault Trucks), l'électricité (avec Alstom et Areva), l'informatique des logiciels Hewlett-Packard et Cegid et l'industrie textile. À ces secteurs qui donnent son caractère à l'industrie lyonnaise, il faut ajouter les nombreuses entreprises du BTP, de l'agro-alimentaire et de la logistique.. L'économie lyonnaise est dynamisée depuis 2005 par les cinq pôles de compétitivités : Lyon Biopôle, Axelera, Lyon Urban Trucks, Lyon Numérique et Techtera.
Les évolutions du secteur textile lyonnais
La reconversion de la majorité des fabricants dans l'industrie de la rayonne dans les années 1930 n'est qu'une solution illusoire et ce secteur s'effondre à son tour durant les Trente Glorieuses. Malgré des efforts pour organiser et soutenir le secteur au moyen de structures de conseil et d'entraide, la soie naturelle est, quant à elle, confinée à un marché de luxe. Lyon, par contre, développe un savoir-faire dans le domaine de la conservation, la restauration et la mise en valeur patrimoniale de la soie.
La fin de la Fabrique La seconde moitié du voit la structure traditionnelle de la Fabrique lyonnaise se déliter et disparaître, malgré de nombreuses tentatives pour survivre.
Le déclin de la soie artificielle L'adoption de la soie artificielle, la rayonne, lors du choc de 1929 par les soyeux lyonnais n'est qu'un remède temporaire à la crise. En effet, cette fibre est fortement concurrencée par l'apparition du nylon dans les années 1950. Or, cette nouvelle matière nécessite des investissements bien plus lourds, que la plupart des maisons textiles ne peuvent assumer. Dans le même temps, les efforts pour moderniser les outils de production sont très insuffisants, les délais de fabrication et les volumes restant inférieurs à la plupart des autres aires de production textile mondiales. La Fabrique ne peut pas se tourner vers la production de lignes de prêt-à-porter à bas coût..
Cela entraine une nouvelle vague de disparitions. Entre 1964 et 1974, le nombre de maisons chute de 55 % et celui des usines de 49 %. Les plus petites maisons sont les premières à disparaître mais certaines institutions font également faillite, telle la maison Gindre en 1954 ou la maison Dognin en 1975..
Organisation du secteur Pour résister au déclin, plusieurs maisons lyonnaises s'unissent dans une structure pour mutualiser les investissements et mieux diffuser les contacts et les idées. Ce « Groupement des créateurs de Haute Nouveauté », né en 1955, comprend huit sociétés dont Brochier ou Bianchini-Férier.. Cette institution connait plusieurs succès et permet à plusieurs maisons de résister aux crises du secteur.. Le secteur de la soie s'appuie par la suite sur plusieurs autres organisations qui l'aident à survivre et se développer, dont Unitex. en 1974 (association lyonnaise de conseils aux entreprises textiles), Inter-soie France en 1991détails dans la délibération de la demande de subvention à la ville de Lyon. (association regroupant les acteurs lyonnais de la soie et organisant le marché des soies lyonnaises.) ou l'association internationale de la soie...
Désagrégation de la Fabrique Durant cette période, les effectifs du monde de la soie fondent littéralement. En 14 ans, entre 1974 et 1988, les employés du secteur de la soie de la région lyonnaise passent de à . Le nombre de métiers à tisser passe lui de en 1974 à en 1981 et en 1993..
Réorientation de l'industrie soyeuse lyonnaise Les débouchés habituels échappent à la Fabrique, le luxe n'utilisant presque plus de soie et la concurrence sur les prix des articles ordinaires devenant intenable. Les dernières sociétés de soieries lyonnaises se réorientent donc vers les textiles techniques, la restauration et les activités patrimoniales.
La fin de la clientèle traditionnelle de la soierie vignette|Robe en soie et gants du soir Christian Dior, présentés au musée d'art d'Indianapolis.|210x210px La clientèle traditionnelle de la Fabrique que sont les élites, prêtes à débourser de grandes fortunes dans de l'habillement de soirée et de cérémonie et dans l'aménagement de leur demeure, est en crise dans les années 1930 et tend à disparaître dans les années 1950 avec les transformations sociales que connaissent les pays développés. La vague de démocratisation et l'influence de la culture américaine porte un coup définitif aux commandes de riches vêtements en soie brodée. La mode parisienne, débouché naturel et porte-étendard des productions lyonnaises à travers le monde est en crise sévère, de nombreuses maisons de haute couture fermant et les restantes ne survivant que grâce à leur lignes de prêts-à-porter..
La haute couture se détourne de la soie Ces maisons se tournent de plus en plus largement vers d'autres matières.. Les volumes de soie commandés deviennent faibles ; dès 1957, l'industrie textile de l'agglomération lyonnaise n'utilise plus que tonnes de soie contre plus de tonnes de fibres artificielles.. En 1992, la production de tissu de soie est tombée à .
Toutefois, même les maisons qui tentent de se spécialiser dans les produits de luxe connaissent de nombreuses difficultés. L'antique maison Bonnet choisit cette réorientation dans les années 1970 en se séparant des usines produisant des tissus milieu de gamme et en rachetant des sociétés disposant d'un savoir-faire de qualité. Dans les années 1990, elle produit des articles de luxe (vêtements et foulards) sous ses propres marques ou pour des maisons telles Dior, Chanel, Gianfranco Ferré ou Calvin Klein. Les dirigeants essaient également d'exploiter la dimension historique de la société en fondant un muséeVoir les détails sur le site du conseil général de l'Ain, actuel propriétaire du musée.. Mais elle reste fragile et s'éteint en 2001..
Restauration et conservation du patrimoine vignette|gauche|Entrée du Musée des tissus et des arts décoratifs. Très tôt, les autorités lyonnaises ont cherché à établir des dépôts de motifs. À l'origine, cette entreprise a un but utilitaire, pour permettre la reconnaissance de la propriété, soutenir la formation des futurs dessinateurs et fournir de l'inspiration aux maisons. Au cours du , ce projet prend une direction purement patrimoniale et historique au sein du Musée des Tissus. Celui-ci accueille dorénavant les collections issues de la longue histoire soyeuse lyonnaise. Ainsi, les échantillons et dessins conservés par le tribunal des prud'hommes sont versés au musée en 1974 lors du déménagement de l'instance judiciaire..
Le musée des tissus est doté d'un atelier de restauration de tissus anciens en 1985, en partie financé par la direction des musées de France. Construit sur le modèle de celui de l'Abegg-Stiftung à Riggisberg, il travaille dans la restauration de pièces publiques ou privées..