La bataille d'Hastings se déroule au cours de la conquête normande de l'Angleterre le à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de la ville d'Hastings, dans le Sussex de l'Est. Elle oppose le dernier roi anglo-saxon d'Angleterre, Harold Godwinson, au duc de Normandie Guillaume le Conquérant, qui remporte une victoire décisive.

Hastings s'inscrit dans la crise de succession ouverte par la mort du roi d'Angleterre Édouard le Confesseur en . Élu et sacré successeur d'Édouard, Harold doit faire face aux invasions lancées par des prétendants à la couronne. Il vainc le roi de Norvège Harald Hardrada le à Stamford Bridge, dans le Yorkshire, mais, pendant ce temps, le duc Guillaume de Normandie a débarqué dans le Sussex, dans le sud du pays, à plus de . Harold se précipite à sa rencontre à marche forcée.

La bataille dure du matin jusqu'au soir du . Postées au sommet de la colline de Senlac, les troupes anglaises résistent aux premiers assauts ennemis derrière leur mur de boucliers. Les Normands ont alors recours à une ruse : l'aile gauche feint de fuir avant de se retourner contre les Anglais lancés à leur poursuite. L'armée anglaise cède et se débande après la mort d'Harold.

Grâce à sa victoire, le duc de Normandie peut marcher jusqu'à Londres et est sacré roi d'Angleterre le jour de Noël à Westminster. Même si la conquête normande de l'Angleterre n'est achevée que plusieurs années plus tard, la bataille d'Hastings marque un tournant dans l'histoire de l'Angleterre, dont elle inaugure la période anglo-normande.

Contexte

Une succession disputée

vignette|gauche|La mort d'Édouard le Confesseur sur la tapisserie de Bayeux.|alt=Détail d'une tapisserie, au centre deux hommes allongés dont un avec une couronne.

Le roi d'Angleterre Édouard le Confesseur meurt sans laisser d'enfant le . Le , assemblée composée des principaux nobles et ecclésiastiques du royaume, élit pour lui succéder l'earl du Wessex Harold Godwinson, le plus riche et le plus puissant baron d'Angleterre. Il est couronné dès le lendemain de la mort d'Édouard.

Deux adversaires de taille ne tardent pas à contester la succession du roi défunt. Le duc Guillaume de Normandie affirme qu'Édouard l'avait choisi comme successeur tandis qu'Harold avait juré de respecter cet arrangement. Édouard avait passé une bonne partie de sa jeunesse en exil à la cour de Normandie et, après son arrivée au pouvoir, s'était entouré de conseillers normands. Il est possible qu'ils aient encouragé les ambitions de Guillaume. De son côté, le roi de Norvège Harald Hardrada met en avant un accord conclu entre son prédécesseur, Magnus le Bon, et Harthacnut, le prédécesseur d'Édouard, en vertu duquel l'Angleterre et la Norvège reviendraient à l'autre si l'un d'eux mourait sans laisser d'héritier. Chacun de son côté, Guillaume et Harald rassemblent leurs forces pour envahir le royaume qu'ils estiment leur revenir de droit. Le passage de la comète de Halley dans le ciel de l'Europe au mois d'avril fait l'objet de nombreux commentaires et certaines chroniques l'associent à la crise de succession anglaise.

L'invasion norvégienne

Début septembre, Harald débarque en Angleterre à la tête d'une flotte de plus de , avec peut-être sous ses ordres. Il reçoit des renforts menés par Tostig, le frère exilé du roi Harold, qui avait harcelé les côtes anglaises quelques mois plus tôt avec ses propres navires. Après avoir battu l'armée des earls Edwin de Mercie et Morcar de Northumbrie le à Fulford, Harald occupe York, la deuxième ville du royaume.

Ayant attendu plusieurs mois le débarquement des troupes de Guillaume sur la côte sud, Harold renvoie ses troupes chez elles pour les moissons le , ainsi que sa flotte. Lorsqu'il apprend l'invasion norvégienne, il se précipite vers le nord en rassemblant une armée en route. Il tombe sur les Norvégiens par surprise et les bat à Stamford Bridge le . Les envahisseurs subissent de lourdes pertes : Harald et Tostig sont tués, et, sur les de la flotte d'invasion, 24 suffisent à ramener les survivants chez eux. Néanmoins, la victoire n'a pas été sans coût pour les Anglo-Saxons : leur armée en ressort sérieusement affaiblie.

Les préparatifs de Guillaume

thumb|Les Normands font traverser la Manche à leurs chevaux, sur la tapisserie de Bayeux.|alt=Détail d'une tapisserie montrant deux bateaux de type drakkar.

Guillaume est contraint d'assembler une flotte à partir de rien, ce qui lui prend plusieurs mois. Son armée, réunie à Dives-sur-Mer, puis à Saint-Valery-sur-Somme, est composée non seulement de Normands, mais également de contingents venus de Bretagne et de Flandre, entre autres. Certaines chroniques normandes attribuent également à Guillaume des préparatifs diplomatiques, avec notamment l'envoi d'une bannière par le pape en signe de soutien. Cependant, les récits contemporains ne parlent pas de cette bannière, qui n'est mentionnée que par Guillaume de Poitiers plusieurs années après les faits. L'imposition, en 1070, d'une pénitence générale à tous les soldats de Guillaume ayant tué ou blessé un adversaire lors de la bataille plaide également en défaveur de l'envoi d'une bannière au duc par .

Les forces de Guillaume sont prêtes à traverser la Manche aux alentours du , mais les opérations sont retardées pendant plusieurs semaines. Les chroniqueurs normands expliquent que ce délai est dû au mauvais temps, mais il est plus plausible que Guillaume ait préféré attendre qu'Harold renvoie sa flotte pour s'assurer une traversée plus facile. Les Normands débarquent finalement le à Pevensey, dans le SussexCertaines sources d'époque datent le débarquement du , et l'une d'elles (le manuscrit E de la Chronique anglo-saxonne) le situe à Hastings. Néanmoins, la plupart des historiens modernes retiennent la date du 28 et le situent à Pevensey. Cf. .. Guillaume fait construire un château en bois à Hastings, d'où il lance des attaques sur la région alentour. Des fortifications sont également édifiées à Pevensey.

Harold marche vers Hastings

Après sa victoire sur les Norvégiens, Harold laisse une bonne partie de ses troupes dans le Nord, avec les earls Morcar et Edwin, avant de retourner dans le Sud à marche forcée. Il apprend vraisemblablement la nouvelle du débarquement normand en route, à moins que ce ne soit cette nouvelle qui précipite son départ. Avec les housecarls de sa garde rapprochée en état de combattre, il couvre les qui le séparent de Londres en l'espace d'une semaine à peine, soit une moyenne de par jour. L'historien remet en question l'existence de cette marche forcée en 2026. En s'appuyant sur une lecture différente de la Chronique anglo-saxonne, il suggère que Harold a plutôt emprunté la voie maritime afin de ménager ses hommes..

Harold passe ensuite quelques jours à Londres et reconstitue ses forces grâce aux contingents levés par ses frères, les earls Gyrth et Leofwine. La nuit du , il campe avec son armée sur la colline de Caldbec, à une quinzaine de kilomètres du château édifié par Guillaume à Hastings.

Les éclaireurs du duc lui rapportent l'arrivée d'Harold, réduisant à néant tout éventuel effet de surprise. Les sources offrent des récits contradictoires des événements ayant immédiatement précédé la bataille, mais s'accordent à dire que Guillaume conduit son armée hors de son château pour se porter à la rencontre d'Harold, dont l'armée est positionnée au sommet de la colline de Senlac, à une dizaine de kilomètres d'Hastings.

Les deux armées

vignette|L'armée anglaise encaisse la charge de la cavalerie normande. |alt=Détail d'une tapisserie montrant à gauche des hommes à pied en armes et à droite des cavaliers brandissant des lances.

L'armée anglaise

L'armée anglaise possède une structure régionale : les unités du , composées d'hommes possédant leur propre lopin de terre, sont recrutées et menées par un seigneur local, qu'il s'agisse d'un earl, d'un évêque ou d'un shérif. À hauteur d'un homme pour cinq hides, elle peut réunir jusqu'à environ. Le est levé pour deux mois maximum, sauf cas exceptionnels. Le recrutement se fait rarement à l'échelle du pays entier : ce n'est arrivé que trois fois durant les deux décennies précédentes, en 1051, 1052 et 1065. Le roi possède également une garde personnelle, les housecarls, des soldats de profession qui constituent l'armature de ses forces. Certains earls possèdent également une garde de housecarls. Les thegns se rangent soit aux côtés des housecarls du roi, soit sous les ordres d'un grand baron.

Les sources donnent des chiffres très variés pour l'armée d'Harold : certaines sources normandes font état de à d'hommes, alors que la plupart des sources anglaises donnent des chiffres très faibles, peut-être dans l'intention de rendre la défaite plus acceptable. Les estimations des historiens vont de , la plupart allant de , incluant à la fois le et les housecarls. On ne connaît qu'une vingtaine d'individus ayant combattu du côté anglais, dont deux des frères du roi, Gyrth et LeofwineHuit d'entre eux trouvent la mort durant l'affrontement : le roi Harold, ses frères Gyrth et Leofwine, le , Thurkill du Berkshire, Breme et un « fils de Helloc ». Cf. ..

L'armée anglaise n'est composée que de fantassins ; il est possible que certains combattants de haut rang se soient rendus à cheval à Hastings, mais ils ont combattu à piedCertains historiens s'appuient sur des remarques de Snorri Sturluson pour affirmer que les soldats anglo-saxons combattaient parfois à cheval. Néanmoins, Snorri écrit au , et lorsque les sources contemporaines mentionnent des combats où l'armée anglaise est contrainte de combattre à cheval, elle en ressort le plus souvent vaincue, par exemple en 1055 près de Hereford. Cf. .. L'armure des housecarls se compose d'un heaume conique, d'un haubert de mailles et d'un bouclier en forme de losange ou de disque. La plupart sont armés d'une hache danoise à deux mains, mais certains se battent à l'épée. Les hommes du , qui ne sont pas des soldats professionnels, portent quant à eux des armures plus légères.

L'armée normande

Les sources contemporaines donnent des chiffres allant de pour l'armée de Guillaume, et une liste d'époque parle de fournis par normands, un chiffre peut-être exagéré. Les historiens modernes proposent des estimations plus modestes : entre , dont , pour Matthew Bennett ; pour Christopher Gravett ; pour Pierre Bouet ; , dont , pour Peter Marren. L'armée se compose de fantassins, de cavaliers et d'archers ou d'arbalétriers, avec environ autant de cavaliers que d'archers, et autant de fantassins que de cavaliers et d'archers réunis. Ces soldats ne proviennent pas uniquement de Normandie, mais également de Bretagne, de Flandres et d'autres régions de France. Il subsiste plusieurs listes de compagnons de Guillaume le Conquérant, mais bon nombre des noms qui y figurent sont des ajouts ultérieurs, et ils ne sont qu'une trentaine dont la présence sur le champ de bataille est un tant soit peu assuréeParmi eux, cinq trouvent la mort à Hastings : Robert de Vitot, Engenulf de Laigle, Robert fitzErneis, Roger fils de Turold et Taillefer. Cf. ..