L'Hebdomon (en grec Έβδομον [s.-e. μίλιον], « septième [borne milliaire] ») était un faubourg de Constantinople à l'époque byzantine, situé à sept milles romains du Milion (env. 10 km), c'est-à-dire à 4 km hors des murs, sur la Via Egnatia, au bord de la Mer de Marmara. Abritant plusieurs palais et églises, c'était le point de départ des triomphes impériaux vers la Porte d'Or de la capitaleConstantin Porphyrogénète, De ceremoniis aulæ Byzantinæ I, éd. Reiske (CSHB, Bonn, 1829), 496.. Jusqu'en 1922, le site était occupé par le village grec de MakrochorionCe qui en grec moderne peut se traduire par "Gros Village". Aujourd'hui, le lieu s'appelle Bakırköy.

Histoire

Dès le , l'armée campait en cet endroit, sur un large espace appelé Kampos (nom inspiré du Campus Martius de Rome), et l'empereur se présentait aux soldats sur une plate-forme, le Tribunal, sur lequel Valens fut proclamé empereur en , et auquel il fit donner ensuite une élévation monumentaleThémistios, Orationes quæ supersunt I, éd. Downey-Schenkl (Leipzig, 1965), 123. Dans les siècles suivants, une douzaine d'empereurs furent proclamés sur le Tribunal de l'Hebdomon : Arcadius en 383, Honorius en , en , Marcien en , en , Zénon en , Basiliscus en , Maurice en , Phocas en , en , en , en .. La façade présentait des niches avec des statues d'empereurs. avait fait édifier une église de plan basilical dédiée à saint Jean l'Évangéliste ; sous , une autre consacrée à saint Jean-Baptiste fut construite pour abriter un crâne attribué au saint apporté de Chalcédoine en (inaugurée le )Patria de Constantinople, éd. Preger (Leipzig, 1907), 260.. Cette dernière fut reconstruite sous selon un plan octogonal analogue à celui de Saint-Vital de Ravenne, avec une coupoleProcope de Césarée, De ædificiis, 1, 8, 15-16, éd. Wirth-Haury (Leipzig, 1964, 35)..

Un port fut aménagé à la fin du , et curé sous Théophane le Confesseur, Chronographie, éd. De Boor, Leipzig, 1883, 228.. Le palais de la Magnaure de l'Hebdomon (portant le même nom qu'un bâtiment du Grand Palais de Constantinople) fut édifié sous le règne de Marcien ; il abritait la cérémonie devant le sénat lors du retour de l'empereur d'une campagne militaire victorieuse. fit élever un autre palais appelé Jucundianæ ou Secundianæ, avec un belvédère donnant sur la mer. Sous le même règne furent ajoutés des forums, des portiques, des bains. Il y avait aussi deux forteresses de part et d'autre du port: à l'est le Kastellion Stroggulon ou Kuklobion (forteresse circulaire), à l'ouest le château des Theodosianæ (servant de caserne à la troupe d'élite des Theodosiani). Cinq autres églises sont mentionnées dans les textes : une dédiée à sainte Théodote de Nicée, construite sous ; une autre construite pour recevoir les reliques du prophète Samuel apportées à Constantinople entre et Patria, 211., mais qui s'effondra pendant le grand séisme de et ne paraît pas avoir été restaurée ; d'autres à saint Benjamin, aux saints Ménas et Méneus et aux saints enfants martyrs sous l'évêque Babylas d'Antioche.

Ces aménagements de l'Antiquité tardive eurent beaucoup à souffrir des incursions arabes des années , puis du siège de , ensuite de la campagne militaire du khan bulgare Krum en . De grands travaux de rénovation eurent lieu sous Basile le Macédonien, et notamment l'église Saint-Jean-Baptiste, qui était en ruine, fut fortement restauréeVita Basilii (Théophane Continué), éd. Bekker (CSHB, Bonn, 1838), 340.. Au , à en croire le De ceremoniis de Constantin Porphyrogénète, l'endroit avait préservé son importance, notamment pour la réception des empereurs revenant de campagne.

Une campagne de fouilles a été menée par une équipe française en (au temps du Corps d'occupation français de Constantinople), sous la direction de Robert Demangel. Ont alors été mis au jour les restes du Tribunal (avec la façade à niches) et ceux de l'église Saint-Jean-Baptiste (disparus en lors de la construction d'un hôpital). Divers fragments architecturaux (dont une colonne en granit portant une inscription dédicatoire en l'honneur de Théodose II) et des parties de galeries souterraines, ont été retrouvés. Cinq citernes byzantines sont connues dans le secteur, dont deux couvertes .

Bibliographie Robert Demangel, « Contribution à la topographie de l'Hebdomon » (Recherches françaises en Turquie, fasc. 3), Paris, E. de Boccard, 1945. Raymond Janin, Constantinople byzantine : développement urbain et répertoire topographique, Paris, 1950. Raymond Janin, La géographie ecclésiastique de l'Empire byzantin I : Le siège de Constantinople et le patriarcat œcuménique (III : Les églises et les monastères), Paris, 1969.

Notes et références

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