Histoires de guerres futures est le trentième-quatrième tome, et le vingtième-deuxième volume de la deuxième série, de La Grande Anthologie de la science-fiction, paru en 1985.
Préfacé par Jacques Goimard, l'ouvrage réunit dix-neuf nouvelles publiées entre 1952 et 1969.
L'image de couverture de la seconde édition a été réalisée par Manchu ; elle représente un vaisseau spatial posé (écrasé ?) sur un astéroïde ou une petite lune ; dans l'arrière-plan se situe une planète gigantesque.
Publication Jacques Goimard (dir.), Histoires de guerres futures, Le Livre de poche , 1985.
Extrait de la préface
La guerre est un thème universel, dont la S-F ne saurait revendiquer le monopole.
Pourtant c'est un thème familier en S-F, si familier qu'il a contribué à populariser une image négative du genre. Tantôt l'on y voit des récits fantasmatiques, donc sadiques, alimentant les rêves de violence qui — on le sait bien — ne pourraient pas sans cela éclore dans la cervelle des adolescents ; tantôt l'on y voit l'expression mal dégrossie de l'agressivité ambiante, prédisant et attendant le pire, nourrissant la crainte populaire de l'avenir et favorisant toutes les phobies collectives ; de toute façon, c'est une imagerie de bazar étalant des coloris vulgaires sur des émotions brutes. N'est-ce pas ?
La S-F ne mérite sans doute pas toujours les réactions phobiques qu'elle continue de susciter chez ses fidèles ennemis. Pourtant le fait est qu'elle parle souvent de la guerre, si souvent qu'il y a de quoi s'interroger. Peut-être le genre a-t-il une vocation particulière à traiter les grands phénomènes collectifs ou cosmiques dont la guerre n'est pas le moindre ; peut-être aussi faut-il reconnaître qu'il n'y a pas de narration sans conflit et que la guerre est un conflit qui en vaut un autre.
Cependant ces explications ont leurs limites. Nous rencontrons la guerre dans l'histoire avant de la rencontrer dans la S-F. L'imagination ne procède pas au hasard.
Par exemple, il n'est pas sans intérêt d'observer que la S-F a abordé le problème du comment de la guerre avant de se poser la question du pourquoi. C'est ce qui ressort de toutes les études sur ce thème. (…)
Liste des nouvelles Le Voisin Auteur : Robert Silverberg Nouvelle écrite en et parue en sous le titre Neighbor dans Galaxy Science Fiction.
Sentinelle Micronouvelle de deux pages écrite par Fredric Brown et parue en 1954.
Titre original : Sentry.
Honorable Adversaire Nouvelle écrite par Clifford Simak et parue en 1956.
Titre original : Honorable Opponent.
Mauvais Contact Nouvelle écrite par Idris Seabright, pseudonyme de Margaret St. Clair, parue en 1954.
Titre original : Short in the Chest.
Le Porte-guigne Nouvelle écrite par Mack Reynolds et parue en 1954. Titre original : Prone (« Prédisposé »).
Mars est à nous ! Nouvelle écrite par Alfred Coppel et parue en 1954. Il est à noter que la nouvelle est parue juste après la fin de la guerre de Corée (1950-1953), très présente dans les esprits à cette date. Titre original : Mars Is Ours. Résumé : Une guerre longue et terrible oppose les Américains aux Soviétiques, y compris sur Mars. Sur la planète rouge, depuis des années, les deux camps se font la guerre dans les immensités martiennes. Un jour, le commandant Marrane et le sergent Hallerock quittent la base américaine pour faire une patrouille de plusieurs semaines à bord de leur char de combat. Et très vite, loin de la Terre, on ne sait plus trop pour quoi, pour qui, l'on se bat. Guerre sans objet, sans cause, sans objectif, si ce n'est tuer le plus de Russes possible. Un jour, les deux hommes, dans leur char spatial, croisent un peloton de Russes, qui déclarent vouloir se rendre, n'ayant plus de munitions. Le chef du commando est une colonelle russe, assez jolie d'ailleurs. Marrane se demande si elle aussi a perdu la foi en cette guerre incompréhensible, et laisse son esprit vagabonder, du moins jusqu'au moment où Hallerock lui annonce que la base américaine vient d'être anéantie par le commando russe. De rage, Marrane balance les membres du commando russe hors du char, et les regarde s'asphyxier. Quand il revient au centre de commandement du char, il découvre que Hallerock vient de se suicider par pendaison. Il est le seul terrien restant sur la vaste étendue aride et désertique de la planète rouge, tous les autres militaires sont morts : oui, cette fois (mais pour combien de temps ?), « Mars est à nous ! ».
Les Tranchées de Mars Nouvelle écrite par Fritz Leiber et parue en 1952. Titre original : The Foxholes of Mars. Résumé : Le héros de la nouvelle, dont on ignorera l'identité, est un soldat désabusé. On lui dit de se battre : il se bat. Mais à quoi bon ? Pour qui, pour quoi se bat-on ? Vers quelle finalité, pour quelle cause ? Alors, il fait son boulot de soldat ; il fait la guerre, sans la haïr, sans l'aimer non plus. Et il n'en a « rien à foutre » de rien, de lui, des autres, de la guerre comme de la paix.
Votre soldat jusqu'à la mort Nouvelle écrite par Michael Walker La notice biographique en fin de volume indique que cette signature n'est apparue que pour cette seule nouvelle présentée dans ce recueil. et parue en 1966. Elle a été écrite en pleine guerre du Viêt Nam et concerne le retour à la vie civile de soldats à démobiliser. Titre original : Your Soldier unto Death. Liste des publications de la nouvelle, sur iSFdb Résumé : La guerre opposant les Terriens aux Kreekal a été longue et cruelle. Attaques, contre-attaques, batailles spatiales se sont succédé pendant des mois, des années. Mars a été entièrement détruite, mais les Terriens sont parvenus à faire exploser le soleil du système ennemi : la paix est sur le point d'être conclue. La paix est acquise, donc tout va bien. Mais un problème se pose. Il a fallu envoyer à la bataille des centaines de millions de soldats. Génétiquement modifiés afin de n'avoir aucune envie sexuelle, socialement et militairement endoctrinés, ils ne savent faire qu'une seule chose : se battre jusqu'à la mort. Alors, au moment de la démobilisation, que va-t-on faire de ces millions de soldats qui ne mèneront aucune vie familiale, qui n'ont aucun goût pour commencer des études universitaires, qui seront socialement improductifs, qui ne savent rien faire d'autre que faire la guerre ? Oui, que va-t-on faire d'eux ? Quelle activité leur donner ? Comment les nourrir ? Où les loger ? Alors le haut commandement a trouvé la solution finale qui contentera tout le monde : on va tous les rassembler sur une petite planète pourvue d'oxygène, et là, eh bien, on les gazera d'un seul coup, en bloc. Ni vu, ni connu ! Pour le bien de l'humanité, bien entendu…
La Première et dernière demeure Nouvelle écrite par Joseph Wesley et parue en . Titre original : Womb to Tomb. Liste des publications de la nouvelle, sur iSFdb Résumé : L'amiral Burkens, chef du Centre de rééducation fonctionnelle pour les pilotes de vaisseaux spatiaux blessés au combat, reçoit la visite du sénateur Grimes. Grimes vient prendre des nouvelles de son fils Jim, blessé face aux Kwartah à qui l'on livre, depuis longtemps déjà, une guerre âpre et difficile. Burkens lui décrit alors un engin de combat, « l'Œuf », qui permet aux pilotes d'être plus efficaces. Le soldat est plongé dans une capsule hermétique, emplie d'un liquide qui permet à la fois la respiration et la nutrition. L'Œuf, doté d'un blindage hyper-résistant et de moyens de protection perfectionnés (il sert notamment de canot de secours), s'est révélé très efficace, car il permet au soldat de rester perpétuellement en condition de combat. Mais, revers de la médaille, celui-ci s'habitue tellement à son Œuf qu'il ne veut plus en sortir, tel un enfant qui souhaite demeurer dans le liquide amniotique maternel. L'Œuf est devenu la première demeure (comme durant la phase fœtale) mais tend à devenir aussi la dernière demeure du soldat. En cas de sortie forcée, le traumatisme équivaut à celui d'une césarienne, mais le soldat entre alors en catalepsie et régresse à l'état psychique de nourrisson. Le Centre de rééducation a donc pour fonction de rééduquer à une vie normale des milliers de soldats sortis de leur Œuf. Selon les études, on ne peut en sortir que trois fois ; à la quatrième fois, on est « perdu psychiquement », il ne faut donc s'y risquer qu'en cas d'extrême urgence (comme une attaque massive de l'ennemi). C'est pourquoi, après trois sorties de l'Œuf, on est envoyé à l'arrière, en tant que soutien logistique. C'est le cas de Jim, et que le sénateur Grimes se rassure : son fils aura beau supplier, menacer ou hurler, il ne retournera plus dans un Œuf. Burkens explique encore que c'est aussi son propre cas. La nouvelle se termine par cette dernière phrase de Burkens : « Bon Dieu ! J'aimerais que les Kwartah nous attaquent ici même ! ». Voir aussi la nouvelle La Mère, nouvelle écrite par Alfred Coppel et parue en .
Hymne de sortie du clergé Auteur : Fredric Brown Titre anglais : Recessional (traduction approximative : « Récessionnel » ; par opposition à Processional - processionnel / qui concerne une procession) Dans la réédition chez Folio SF en 2001, la nouvelle a été titrée L'Hérésie du fou. Cette micronouvelle de trois pages est parue en VO en 1960 ; en VF en 1963
Liste des publications de la nouvelle, sur iSFdb Résumé : Un simple soldat raconte la guerre que se sont livrée deux armées opposées, les Blancs (dont il fait partie) contre les Noirs. La guerre a été longue, les pertes en soldats ont été effroyables, les Chevaliers ont été perdus. Le Roi lui-même, depuis la perte de la Reine, n'est plus le même homme : il semble avoir perdu tout espoir en l'issue des combats. Le soldat craint pour l'âme de son ami l'Évêque, qui manquait de foi et prétendait qu'ils n'étaient que des marionnettes entre les mains d'un dieu invisible ; et pire, que leur guerre n'était pas celle du Bien contre le Mal, et que peu importe en fait de savoir qui gagnera ou perdra. Enfin, dans un ultime mouvement, la guerre est gagnée, tout est fini. Mais les forces qui restent s'enfoncent dans un gouffre ; le champ de bataille disparaît dans les ténèbres. « Ce n'est pas juste !, pense le soldat, nous avons gagné ! » Le soldat, les chevaliers, le roi, la reine, sont les pièces d'un jeu d'échecs. Par ailleurs, le « fou » dans les échecs en langue française est désigné sous le nom d'« évêque » en langue anglaise..
La Ville Nouvelle écrite par Ray Bradbury et parue en 1950 dans Startling Stories. Elle a été ultérieurement intégrée dans le recueil L'Homme illustré (1954). Titre original : The City. Résumé : Une expédition de reconnaissance humaine explore une planète et son unique ville. Ils ignorent que celle-ci a déjà reçu la visite d'humains, 20 000 ans auparavant, qui ont massacré la petite population locale. Les habitants, avant de voir leur espèce s'éteindre, ont programmé la ville au cas où des humains reviendraient… Et aujourd'hui des êtres inconnus foulent le sol de la planète, et spécialement de la ville. Les humains parcourent donc ses rues, inquiets : ils ont l'inexplicable impression qu'« on » les observe. L'un d'eux est happé soudainement par un engin et disparaît mystérieusement. Son corps est découpé, analysé, ADNisé : l'intelligence artificielle qui dirige la Ville les a reconnus, et lance donc son implacable programme d'action. Un à un, les humains sont capturés, tués et remplacés par des mécanismes d'androïdes qui prennent leur place dans leurs corps, comme lors d'une opération de taxidermie. Les neuf explorateurs se regroupent près du vaisseau spatial : ce ne sont plus des humains, morts depuis longtemps, mais des artefacts extraterrestres, qui chargent dans les soutes du vaisseau de terribles bombes à maladie. La vengeance, qui est un plat qui se mange froid, sera implacable… Voir une autre nouvelle qui évoque le cas d'un lieu d'habitation qui tue les astronautes : Paradis II (1954), de Robert Sheckley.
La guerre est finie