La culture d'Erligang, datée de 1580 à 1400/1300 avant l'ère commune, est une culture de l'Âge du bronze en Chine. Elle succède à la culture d'Erlitou (vers 1900-1500), dans le Henan. Certains archéologues la considèrent comme une des premières « civilisations » en Chine. Elle correspond peut-être à une période d'épanouissement de l’« État » dans la vallée du fleuve Jaune et bien plus au sud. Son rayonnement correspond au développement intense de la métallurgie du bronze, caractéristique de la Chine pré-antique. Elle doit son nom au site d'Erligang, mis au jour à partir de 1951 dans un faubourg de la ville de Zhengzhou, dans le Henan, où ont été identifiées les premières traces de cette culture. Puis de nombreux sites ont été découverts, datant de la période qui suit, ou phase moyenne d'Erligang, dans une zone étendue à une grande partie de la plaine centrale de Chine, et jusque dans la vallée du Moyen Yangzi Jiang. Le site majeur de cette culture a été mis au jour sous l'actuelle ville de Zhengzhou, donc à proximité du site éponyme de la période : c’était pour l'époque une ville immense et fortifiée. Le déclin d'Erligang se manifeste rapidement au cours de la phase finale, vers 1300 avant l'ère commune.
Controverse
Cette culture pose des difficultés et il n'y a pas d'unanimité des chercheurs à son sujet. Elle est bien caractérisée par une industrie du bronze à grande échelle à la sophistication artistique et technologique remarquable. Cependant la difficulté de conduire des fouilles sous une ville, celle de Zhengzhou, rend les résultats moins précis qu'à Yanshi, le site principal de la culture d'Erlitou. Le petit site de la culture d'Erligang à Panlongcheng, dans le Hubei, a été lui aussi fouillé. Étant à la campagne, il a pu donner un plus grand nombre d'informations. Malheureusement, les experts ne sont pas du même avis concernant le matériel mis au jour.
Pour Yuan Guangkuo (2013)Professeur d'archéologie à la Capital Normal University of Beijing in : Notes on contributors / . Son article The Discovery and Study of the Early Shang Culture () sert de référence à la suite de la phrase. Cet auteur considère que le site de Yanshi fait, lui aussi partie de la culture Shang et permet de connaître ainsi la culture Shang initiale. Alors que pour Li Feng (in : , cette culture est aussi indépendante de la culture d'Erlitou, qui est elle-même antérieure à la culture d'Erligang. Yuan Guangkuo exprime une vision toute différente qui, en fait, sert de référence dans les musées de Chine, une vision qui fait de Yanshi [an] Early Shang culture in ., il n'y a pas d'hésitation malgré une étude approfondie des recherches qui ont suivi les premières fouilles des années 1950 à Zhengzhou, et des déductions multiples et contradictoires qui ont suivi : le site d'Erligang est à considérer au sein de la continuité de la culture propre à la dynastie Shang. Mais pour les auteurs de Art and Archaeology of the Erligang Civilization (2014)Robert Bagley (Princeton University), John Baines (University of Oxford), Maggie Bickford (Brown University), Roderick Campbell (New York University), Yung-ti Li (The University of Chicago), Robin Mc Neal (Cornell University), Kyle Steinke (Princeton University), Wang Haicheng (University of Washington) et Zhang Changping (Harvard Yenching Institute), in : , il ne fait aucun doute que l'on se trouve devant des témoins d'une civilisation (et peut-être la première ?) indépendante, tout en étant en relation avec la culture de la dynastie Shang, et surtout qu'elle s'est diffusée selon un processus et sur des lieux qui ne recouvrent pas ceux de la culture Shang.
Les dates correspondant aux derniers dépôts datés d'Erlitou, vers 1530, et la date correspondant à la fondation de la dynastie Shang, selon la tradition historiographique chinoise, ont longtemps semblé faire correspondre la culture d'Erligang avec la fondation de la dynastie Shang. Mais cet auteur () souligne que l'on ne peut faire correspondre une expansion culturelle à une expansion politique de « l'État Shang d'Erligang ». Ainsi, pour cet auteur, s'il ne fait aucun doute, sans discussion ni preuve à l’appui, que Erligang et Shang ne font qu'un, la question de leur expansion jusqu'au milieu du Yangzi ne nécessiterait pas la coïncidence entre la civilisation matérielle et l'expansion de l'État.. Cela dit, le texte de Sima Qian évoque l'origine de cette dynastie en des termes clairement mythiques. Et cette identification n'est donc pas, pour le moins, assurée, préface.. L'archéologie en Chine ne cesse de se démarquer de la persistance des traditions historiographiques et le cas de la culture d'Erligang est éclairant à ce propos. Ainsi, il semblerait bien qu'il ne faut plus confondre la culture d'Erligang, et sa civilisation, avec la dynastie Shang, au regard des mises au point de 2014 par un groupe de spécialistes internationaux.
Historique des découvertes vignette|Carte des différentes cultures archéologiques du néologithique à l'âge du bronze en Chine. La découverte du site d'Erligang doit être inscrite, plus que tout autre en Chine, dans l'histoire de l'archéologie chinoise afin de mieux comprendre les divergences entre spécialistes en 2013/2014. Le fondateur de l'archéologie chinoise des époques néolithiques et de l'Âge du Bronze en Chine a été Li Ji (ou Li Chi, 1896-1979)Robert Bagley Erligang Bronzes and the Discovery of the Erligang Culture in : (. Ainsi que pour la suite de ce paragraphe. Robert Bagley a consacré plus de quarante années de sa vie à découvrir des bronzes d'Erligang, sur tous les sites importants.. Après des études à Harvard en anthropologie (1920-1923), de retour au pays, on lui a confié entre 1928 et 1932 des recherches sur le site d'Anyang, motivées par la recherche des premiers caractères chinois sur os oraculaires. On était alors à la recherche des fondements de la civilisation chinoise, et cette démarche s'inscrivait dans un vaste mouvement, qui accompagnait la construction des identités nationales depuis le Moyen-Orient jusqu'au Mexique, avec des présupposés qui étaient ceux de l'époque : le Moyen-Orient semblait au cœur d'un concept diffusionniste confronté à la multitude des découvertes : la tombe de Toutankhamon en 1922 apparaissait comme une date tardive dans la culture égyptienne et il avait vécu un siècle avant les rois d'Anyang ! Anyang semblait, pour Li Ji à l'origine de la civilisation chinoise avec ses premiers signes calligraphiés et pourtant la survenue de cette écriture, la perfection des bronzes ne pouvaient avoir surgi sans prémices même si le site d'Anyang passait brutalement d'une couche néolithique à une couche de l'âge du bronze accompli. La découverte du système de moules en argile pour la réalisation des bronzes détruisit sa représentation antérieure de bronzes reproduits d'après des originaux taillés dans le bois dans une culture située à l'Ouest et qui aurait servi d'intermédiaire entre le Moyen-Orient antique et la civilisation chinoise naissante. Il publia ses recherches dans les années 1940 et 1950. Avec de nombreux collègues il alla poursuivre ses études à Taïwan, lors de la fondation de la République populaire. Mais pour le nouveau régime les fondements de la Nation, dans son indépendance, devenaient essentiels : il devenait impérieux de découvrir des antécédents locaux à la culture d'Anyang, un apport venant de l'Ouest était à exclure. Tout un pan de la recherche s'est tourné logiquement dans ce sens.
C'est dans ce climat que l'on découvrit des poteries anciennes dans le sous-sol de Zhengzhou, sur le site d'Erligang. En 1955 le grand mur de briques de terre battue de Zhengzhou, et des tombes contenant quelques bronzes firent leur effet. Dès que l'on mesura que le mur d'enceinte avait de long, cette cité apparaissait comme la plus grande de son temps, de tout l'Est asiatique. Le problème est que cette cité se trouve sous la ville moderne, avec ses constructions hautes qui interdisent toute fouille exhaustive. Les premières tombes étaient modestes et contenaient seulement quatre bronzes. Il fallut attendre pour que l'antériorité de Zhengzhou vienne à l'esprit, car de tels bronzes faisaient déjà partie des collections et sans considération particulière. Et les premières publications de bonne qualité, les premières expositions dans le monde ne se firent que dans les années 1970. Or c'est en 1974 que l'on fit la découverte du site de Panlongcheng, dans la campagne. Et bien que la ville soit bien plus petite que celle de Zhengzhou, les tombes s'avérèrent bien plus riches, et ces bronzes firent le tour du monde avec les premières grandes expositions de la République populaire hors de Chine, dans les années 1970 et 1980.
Or la qualité de ces bronzes repose et déplace la question de l'« origine » d'un tel savoir-faire. On découvrit des fanding imposants, à Zhengzhou, l'un d'un mètre de haut et pesant . On trouva aussi, en 1990, un grand fanding à Pinglu, à à l'Ouest de Zhengzhou. L'homme qui fit bouger les choses fut l'historien d'Art Max Loehr (1903-1988)Robert Bagley Erligang Bronzes and the Discovery of the Erligang Culture in : (.. Cet historien de l'art étudia tout le corpus publié et en déduisit la typologie de la vaisselle de bronze, ce qui permit de classer méthodiquement tous les exemplaires selon une méthode rigoureuse. Mais ceci ne répondait toujours pas à la question de l'origine de la technologie du bronze utilisée à Erligang. Et au cœur de cette technologie il y a la mise au point du moule en plusieurs parties, avec un aspect complexe qui fait penser à un assemblage de diverses provenances, comme les pieds creux qui proviennent de la poterie néolithique. Mais tout le reste semble imiter une vaisselle faite de pièces martelées et dont la jointure entre le couvercle et le corps a été faite par sertissageRobert Bagley Erligang Bronzes and the Discovery of the Erligang Culture in : (.. Or ce type de vase imite dans ses grandes lignes une cruche, dont on conserve un exemplaire, qui provient du Gansu, dans l'Ouest de la Chine. Cependant la cruche en question est elle-même une imitation réalisée en céramique, d'après un original en métal dont on n'a actuellement aucun exemplaire. Or un métal martelé est plus exposé à la corrosion qu'un métal fondu. Que l'on n'en ait pas retrouvé n'est donc pas très surprenant.
Ces recherches recoupent celles conduites par Li Liu et Xingcan Chen (2012) qui vont aussi dans ce sens, avec la certitude de liens réguliers avec des peuples de la steppe d'Asie centrale et de Sibérie du Sud qui avaient la maitrise du bronze depuis longtemps et commerçaient avec les populations du Gansu, en particulier dans la culture de Qijia qui possédait plusieurs technologies du bronze, avant l'émergence de la technologie du bronze dans la culture d'Erligang.
Chronologie