La bataille de Deraa a lieu lors de la guerre civile syrienne. Elle débute le par une offensive de l'armée contre les manifestants anti-régime et oppose jusqu'au , l'armée arabe syrienne et ses alliés aux rebelles de l'Armée syrienne libre, rassemblés à partir de 2014 dans le Front du Sud. Pendant des années, la ville de Deraa est divisée en deux : le nord étant contrôlé par les loyalistes et le sud par les rebelles. La ville repasse finalement sous le contrôle du régime en , lors de l'offensive de Deraa, après la capitulation du Front du Sud qui accepte de conclure un accord de « réconciliation ».

Prélude

En , quelques jours après la chute de Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie et celle d'Hosni Moubarak en Égypte, un groupe d'une quinzaine ou d'une vingtaine d'adolescents inscrit sur les murs d'une école de Deraa le slogan « Jay alek el door ya doctor » (« Ton tour arrive, docteur»). Ces mots visent alors directement le président syrien Bachar el-Assad, ancien ophtalmologue. La plupart des jeunes sont très rapidement arrêtés par les services de renseignement et torturés pendant plusieurs semaines. Une délégation venue solliciter la libération des enfants est insultée par Atef Najib, cousin de Bachar el-Assad et chef de la branche locale de la Sécurité politique qui aurait déclaré : . Ces paroles se répandent alors à Deraa comme une traînée de poudre et scandalisent les habitants. Le , un premier rassemblement a lieu devant le Palais de justice de Deraa. Une seconde manifestation de bien plus grande ampleur, baptisée le « vendredi de la liberté », suit le , mais cette fois la police tire sur la foule, faisant deux morts et de nombreux blessés. Le , pour tenter d'apaiser la situation, le régime fait libérer la plupart des adolescents arrêtés, mais les traces de tortures sur leurs corps et leurs visages ravivent la colère des habitants de Deraa. Des milliers de manifestants incendient le Palais de justice et tiennent un sit-in à la mosquée al-Omari. Le soir du , la police donne l'assaut. La situation devient alors insurrectionnelle : les forces de l'ordre tirent à balles réelles et entre 51 et 100 manifestants sont tués en 24 heures. Le , la mosquée al-Omari est sous le contrôle des forces de sécurité, mais le mouvement de contestation se poursuit. Au total, entre 70 et 130 personnes ont été tuées à Deraa au cours de la répression des manifestations de mars.

Déroulement Intervention de l'armée syrienne en avril et mai 2011 Le à l'aube, les chars de l'armée arabe syrienne entrent dans la ville de Deraa. Les forces de la division blindée, commandée par Maher el-Assad, le frère du président syrien, se chargent de la répression. Selon les déclarations de militants de l'opposition à l'AFP, participent à l'opération. L'armée tire à l'arme lourde et place des snipers sur les toits. L'électricité, l'eau et les communications téléphoniques sont coupés.

L'armée syrienne dément pour sa part avoir affronté les manifestants, elle affirme s'être heurtée à des tireurs embusqués et avoir poursuivi des ou des . Mais de nombreux civils non armés sont abattus dans les rues par les troupes du régime, qui ouvrent le feu sur la foule avec des mitrailleuses ou des chars. Selon des militants des droits de l'homme, au moins 25 personnes sont tuées le premier jour de l'offensive.

Le est baptisé "Journée de la colère" par les militants de l'opposition sur facebook : des manifestations en soutien aux manifestants de Deraa sont organisées à Lattaquié, Baniyas, Homs, As Sanamein et Hama. Plusieurs chars de l'armée entourent la ville mais la défection de plusieurs unités ralentit la progression de l'armée dans la ville. La ville est alors coupée de tout moyen de communication (électricité, internet, téléphone), les civils y sont assiégés.

Le , le fils de l'imam de la mosquée al-Omari est torturé et abattu devant ses voisins par des soldats du régime.

Le , Al Jazeera diffuse des images de ce qui semble être des soldats blessés qui reçoivent une aide des civils en Syrie, après avoir refusé l'ordre de tirer sur les manifestants, ils se sont fait tirer dessus par des unités loyalistes. Le réseau a averti qu'il ne pouvait pas vérifier de manière indépendante l'authenticité de la vidéo, mais a affirmé qu'il provenait d'une "source fiable".

Le , au moins 48 civils sont tués en Syrie, dont 32 dans le gouvernorat de Deraa selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Al Jazeera affirme pour sa part que d'après ses sources, quinze manifestants ont été tués par l'armée en essayant d'entrer dans Dera. L'armée affirme pour sa part que quatre soldats ont été tués à Deraa dans une attaque menée à l'aube du contre un poste militaire. Cependant l'AFP indique que plus tôt dans la journée, un militant à Deraa, Abdallah Abazid, avait déclaré que quatre soldats avaient .

Le lendemain, une opération militaire est lancée contre la mosquée Omari dans la médina de la ville, à partir de laquelle des manifestations sont organisées tous les vendredis dans la ville. Selon un résident, des obus de chars et des tirs de mitrailleuses lourdes ont été tirés sur la mosquée et au moins trois hélicoptères ont été impliqués dans l'opération qui ont laissé tomber sur le toit de la mosquée des parachutistes. Au cours de l'assaut sur le bâtiment, six personnes ont été tuées, dont le fils de l'imam de la mosquée, et des dizaines de personnes ont été arrêtées, y compris l'imam lui-même. Après l'assaut des tireurs d'élite ont été positionnés sur le toit de la mosquée. Durant cette journée, une personne anonyme poste une vidéo montrant des soldats attaquer et tuer des manifestants non armés avec des balles réelles.

Le , l'armée syrienne affirme que ont été arrêtés à Deraa et que douze personnes ont été tuées, dont deux militaires.

Le l'armée annonce les opérations à Deraa sont terminées et qu'elle commence à se retirer de la ville. Au moins 350 soldats à bord d'une vingtaine de camions suivis d'une vingtaine de transports de troupes quittent Deraa dans la matinée.

Le général Riad Haddad, directeur du département politique de l'armée syrienne, déclare le que 25 militaires ont été tués et 177 blessés lors des opérations à Deraa.

Du côté des opposants, l'armée syrienne affirme le que 600 personnes ont été arrêtés en dix jours d'opérations. Au moins 50 personnes ont également été tuées par l'armée en onze jours selon l'Associated Press. L'agence Reuters indique quant à elle que selon un militant, au moins 83 cadavres, dont des femmes et des enfants, ont été rassemblés dans des morgues de fortune à la date du . Le , l'agence Reuters rapporte également que d'après l'Organisation syrienne des droits de l'Homme (Sawasiah), 220 civils ont été tués pendant l'offensive de l'armée à Deraa. Le Damascus Center for Human Rights Studies (DCHRS) affirme pour sa part que 244 corps, dont ceux de plusieurs enfants, ont été transférés en deux jours à l'hôpital militaire de Tishreen, à Damas. Il indique également que 81 corps de soldats et d'officiers de l'armée ont été reçus, la plupart tués par un coup de feu à l'arrière. Pour le DCHRS, ces blessures laissent suspecter que ces soldats ont été tués pour avoir refusé d'abattre des civils.

Début , l'organisation des droits de l'homme Insan affirme que 607 personnes ont été tuées en Syrie depuis le début de la répression, dont 451 à Deraa.

Deraa coupée en deux Malgré la répression, de nouvelles manifestations anti-régime sont signalées à Deraa dès le . D'autres suivent encore le , pendant lesquelles deux manifestants sont tués. Deux manifestants sont encore tués à Deraa le et un autre le .

Les rassemblements anti-Assad se poursuivent pendant la seconde partie de l'année 2011 et des soldats-déserteurs de l'Armée syrienne libre apparaissent. Au début de l'été 2011, paralysée par les désertions, l'armée est contrainte d'abandonner plusieurs quartiers à Deraa. Pendant plusieurs années, la ville est divisée en deux parties, le nord est contrôlé par les loyalistes et le sud par les rebelles.

Le , 27 militaires loyalistes sont tués par des déserteurs dans la ville de Deraa selon l'OSDH.

Le , l'armée syrienne lance un assaut sur les positions de l'Armée syrienne libre à Deraa. Les combats ont lieu dans les quartiers de Balad, Mahatta et Sad.

Livraison d'armes aux rebelles gauche|thumb|Situation dans le gouvernorat de Deraa en août 2012 :

Fin 2012, les rebelles de Deraa reçoivent leurs premières armes de l'étranger. Des avions croates chargés de missiles antichars, de lance-grenades et de canons sans reculs utilisés pendant les guerres de Yougoslavie se posent à Amman en Jordanie. Les Jordaniens font ensuite passer les cargaisons d'armes en Syrie. L'opération est financée par l'Arabie saoudite, avec l'approbation des États-Unis à condition que des missiles sol-air ne soient pas livrés. La Jordanie veille aussi à ce que les équipements soient remis aux groupes de l'Armée syrienne libre et non aux islamistes, contribuant ainsi à ce que l'ASL demeure prédominante dans le sud de la Syrie.

À partir de fin 2013, les livraisons d'armes aux rebelles sont gérées par le Military Operations Center (MOC), basé à Amman. Selon Le Monde : .

Offensive de mars 2013 vignette|upright=1.3|Rebelles syriens dans la région de Deraa, le 15 avril 2013.

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En avril, avec la perte d'Otaiba, à l'est de Damas, suivie en mai par celle de Khirbet Ghazaleh, sur l'autoroute entre Deraa et Damas, les rebelles du Sud se retrouvent coupés de la Ghouta orientale. Selon Le Monde : .

droite|thumb|Situation à Deraa en octobre 2013.

Regroupement des rebelles de l'ASL Le , à l'extrême sud du pays, dans le gouvernorat de Deraa. 55 brigades et combattants, principalement liés à l'Armée syrienne libre, se réunissent dans une coalition appelée le Front du Sud. L'extrême sud syrien est désormais la seule zone du pays où l'Armée syrienne libre (ASL) demeure la force rebelle dominante .

Mais en , le colonel Ahmed Naameh, le chef de l'ASL dans le Sud est enlevé par le Front al-Nosra et est depuis porté disparu.

Offensive d'octobre 2014 gauche|thumb|Situation dans le gouvernorat de Deraa en octobre 2014 :

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En , les rebelles prennent la colline de Tel-Hara, un des points les plus élevés de la région et un site d'implantation d’une base d’interception électronique syro-russe. En décembre, les rebelles prennent Cheikh Meskin, située au bord de l'autoroute reliant Deraa à Damas et menacent ainsi de couper la voie de ravitaillement des loyalistes dans les quartiers nord de Deraa. Le général Rustum Ghazaleh, chef de la sécurité politique du régime, fait mettre le feu à sa villa de peur qu'elle ne tombe aux mains des insurgés.

Offensive de février 2015 droite|thumb|Situation dans le gouvernorat de Deraa entre février et mars 2015.

En , une offensive de l'armée syrienne et du Hezbollah est repoussée par les rebelles.

Prise du poste-frontière de Nassib par les rebelles en avril 2015 Le , le Front du Sud et le Front al-Nosra s'emparent du poste-frontière de Nassib, au sud-est de Deraa. Mais la zone franche adjacente au terminal, des usines et des entrepôts sont pillés et saccagés par des rebelles ou des villageois, plusieurs chauffeurs routiers sont également enlevés et la Jordanie, exaspérée, fait rapidement fermer sa frontière.

Offensive de juin 2015 gauche|thumb|Offensive rebelle à Deraa entre juin et juillet 2015.