Aplemont-Frileuse est un quartier de la ville du Havre, situé en ville haute, sur le plateau qui surplombe la ville basse dans sa partie sud en direction de l'estuaire de la Seine et est limité par la forêt de Montgeon au nord. À l'ouest il englobe l'ancien hameau de Frileuse et est limité à l'est par le quartier de Caucriauville. Des traces archéologiques ont révélé une occupation humaine vers 11000 av. J.-CArchives municipales du Havre. Préhistoire et antiquité.. Dès le Moyen Âge (), Aplemont-Frileuse possédait un donjon sur motte ou «motte féodale» appartenant au seigneur de Graville. Jusqu'au le plateau est essentiellement occupé par des fermes et des bois avant que plusieurs briquetiers ne s'y installent. Le quartier, qui appartint un temps à Richelieu, a été officiellement rattaché à la ville du Havre en 1921. Il fut le théâtre d'un aménagement urbain original avec la création d'une cité-jardin dans les années 1920-1930. Les habitations d'avant-guerre furent en grande partie détruites pendant le bombardement allié qui précéda la libération de la ville en septembre 1944. À la fin de la guerre, l'atelier Perret, chargé de la reconstruction, choisit la pierre de meulière pour l'édification des nouveaux pavillons. Depuis la reconstruction le quartier est progressivement réaménagé en zone résidentielle alternant îlots pavillonnaires et immeubles. Le tramway, inauguré le 12 décembre 2012, traverse le quartier.

Toponymie Aplemont est peut-être un ancien Apremont, comme les différents (Ain, Ardennes, Oise, Haute-Saône, Vendée, Savoie) qui remontent tous à un « asper mons », c'est-à-dire « mont ou montagne rocheuse ».

Une autre étymologie fait remonter le nom « Aplemont » à l'anglo-saxon « Apple mount » (la colline aux pommiers)Site de la ville du Havre. Sainte-Cécile, Aplemont..

Frileuse est un adjectif ou un nom issu d’une forme dérivée du bas latin frigorosus qui signifiait froid, glacialCentre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL). Frileuse.. La forme actuelle est attestée au s., frileux : qui a froid. Les localités où lieux-dits «Frileuse» sont assez nombreux en France, notamment en Île-de-France. Le féminin «frileuse» peut sous-entendre : terre où l’on sent le froid. Plus simplement le nom peut renvoyer à la possession et associer un lieu ou des terres à son propriétaire ou occupant, un homme appelé ou surnommé «frileux»Denis Jeanson. Toponymie : Fricherie - Frisure..

Historique

Les premières traces d'installation av. J.-C. : des traces d'une occupation humaine ont été trouvées à l'emplacement des anciennes briqueteries de Frileuse.

av. J.-C. : premières traces archéologiques d'une occupation humaine à Aplemont.

Néolithique : l'habitat se développe sur le plateau mais reste clairsemé.

Âge du bronze vers 900-800 av. J.-C. : de nombreux objets de bronze ont été retrouvés à Graville. Des haches, des épées, des pointes de lance, bracelets, etc. sont référencés sans que l'on puisse identifier leur origine précise : Graville ou plateau d'AplemontJean-Pierre Watté. Le lointain passé d'Aplemont in Au fil du temps : Frileuse-Aplemont. Le havre 2001, Édition Collectif du plateau. .

Âge du fer : la tribu gauloise des Calètes s'installe dans toute la région.

À l'époque gallo-romaine le plateau est occupé, comme en témoigne la présence d'un fanum (sanctuaire) à Caucriauville. Des pièces de l'époque de l'empereur Commode ont été retrouvées à l'emplacement de la briqueterie de FrileuseJean-Pierre Watté. Le lointain passé d'Aplemont in Au fil du temps : Frileuse-Aplemont. Le havre 2001, Édition Collectif du plateau. .

Époque médiévale Le plateau de Frileuse est rattaché à la seigneurie de Graville qui appartient à la famille Mallet de Graville dès le . Guillaume Malet, seigneur de Graville est le compagnon d'armes de Guillaume le conquérant.

La motte féodale La position dominante de la partie sud du site d'Aplemont, au bord de la falaise et surplombant l’estuaire de la Seine, explique certainement pourquoi au la famille Malet (cf. Guillaume Malet), qui occupait le fief de Graville, y construisit une enceinte de terre et de boisArchive. Moyen Âge. Archives municipales de la ville du havre.. Il est possible que cette motte castraleInventaire général du patrimoine culturel. Édifice fortifié dit Motte de la Vieille Tour. ait été considérée comme un élément de défense complémentaire destiné à protéger le château de Graville situé alors en contrebas. Cette motte féodale dite « motte féodale des Hallates » ou « motte de la vieille tour » ou encore « motte Totinel », sur un plan tracé vers 1700Stéphane William Gondoin. Le Havre, cité médiévale ? Le passé méconnu de la porte océane. Patrimoine normand de juillet, août, septembre 2012. , est le plus ancien vestige visible de l'histoire de la villeArchives municipales de la ville du Havre. La motte féodale d'Aplemont.. Le site est redécouvert en 2000 par Serge Launay, un habitant du quartier, et fouillée par Jean-Pierre Watté, archéologue du Muséum d'histoire naturelleJean-Pierre Watté. Le lointain passé d'Aplemont in Au fil du temps : Frileuse-Aplemont. Le Havre 2001, Édition Collectif du plateau. . La motte fut réduite fin du par l'élargissement de la rue Pablo-Neruda (anciennement rue de l'Abbaye). Le site est rénové en 2008, il est clos et enceint d'un parc où l'on peut voir deux panneaux explicatifs.

Le château de Frileuse Le plateau de Frileuse fut le cadre d'une importante activité militaire à plusieurs reprises au cours de son histoire. Il accueille un châteauBase Mérimée. Inventaire du patrimoine culturel. Étienne Claire (Rédacteur). Château fort dit Château fort de Frileuse., sans doute pendant la période de l'occupation anglaise ( et siècles)Histoire du Havre, de l'abbé Pleuvry,. Le château est indiqué sur la carte de la ville réalisée en 1530 par le graveur Adam Frissard. Il est légendé «Vieux château»Archives municipales de la ville du Havre. Adam Frissard. Plans de la ville du Havre aux débuts de la construction, 1530.. Le château aurait appartenu au troisième frère cadet de Guillaume Malet. Georges de Brancas, duc de Villars et marquis de Graville, alors gouverneur du Havre de Grâce, en aurait par la suite fait don à des capucins pour la fondation d'un hospiceJean Laignel. Antiquitez du Havre de Grâce : Une histoire inédite écrite en 1711. Publications de l'Université de Rouen et du Havre, 2010. . L'abolition de la féodalité en 1789 provoque la vente des terres où se situait le châteauJean-Pierre Watté. Le lointain passé d'Aplemont in Au fil du temps : Frileuse-Aplemont. Le havre 2001, Édition Collectif du plateau. . Une légende, rapportée par l'Abbé Pleuvry, évoque la présence d'un trésor enfoui par les Anglais dans les souterrains du châteauJacques-Olivier, Abbé de Pleuvri. Histoire, antiquités et description de la ville et du port du Havre de Grâce. Paris : Dufour, 1769. . thumb|Plan des environs du prieuré Graville (Bnf, reproduction d'un plan du , d'après Patrimoine normand )|151x151px

Époque moderne La seigneurie de Graville devient marquisat en 1611 puis est vendue au cardinal Richelieu en 1626Étienne Claire. Inventaire général du patrimoine culturel. Village, secteur urbain de Graville..

Au XVIIe siècle, la seigneurie d'Aplemont revient à la famille Le Roy du Mé, qui deviendra la famille Dumé d'Aplemont.

En 1756, après la déclaration de guerre du Royaume-Uni (guerre de sept ans), le plateau de Frileuse est transformé en camp militaire destiné à accueillir hommes de troupeBulletin de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure : Volume 1. janvier 1868. H. Boissel éditeur réunis pour envahir l'Angleterre ou pour faire face à une invasion anglaise. Le camp s'étendait du haut-Graville à Bléville. Il accueillait « tout ce qui est nécessaire à la vie » et une salle de spectacleJoseph Morlent. Le Havre ancien et moderne et ses environs. Le Havre : éditions Chapelle, 1825. .

Les ruines du château de Frileuse, longtemps visibles, sont arasées de 1820 à 1825.

Époque contemporaine

L'extension au En 1854, la destruction des fortifications de la ville du Havre est décidée. Les fortifications sont remplacées par des forts : Sainte-Adresse, Tourneville, Frileuse et Harfleur. Le fort de Frileuse, appelé également « fort du Mont-Joly », est construit entre 1854 et 1858. Il est armé de 25 pièces d'artillerie. Après la guerre de 1870 il est occupé par une quarantaine de familles ouvrières travaillant dans les briqueteriesJean-Pierre Watté. Le lointain passé d'Aplemont in Au fil du temps : Frileuse-Aplemont. Le havre 2001, Édition Collectif du plateau. du plateau. En 1882, il est vendu à un briquetier. Transformé en briqueterie, il sera utilisé jusqu'en 1935. Un corps d'armée anglais occupe ses bâtiments en 1915. Une carte, datant de 1930, disponible aux archives municipales, situe le fort et ses fossés entre l'actuelle rue des Bleuets et la rue des Glycines (approximativement à l'emplacement du stade Maurice-Poret). Sur la carte on peut lire : « Ancien fort du Mont-Joli ». Il n'existe plus de vestiges depuis la reconstruction d'après-guerreInventaire général du patrimoine culturel. Fort de Frileuse, briqueterie Molon, puis Baron..

L'urbanisation du plateau Sainte-Cécile-Frileuse-Aplemont débute véritablement dans les années 1885-1890 à partir de la Mare-aux-Clercs pour gagner ensuite sur le bois de Frileuse.

L'accès au plateau est facilité par la création d'un escalier dit « de Montmorency », qualifié aussi « des 300 marches ». L'escalier est remplacé en 1928 par un escalier roulantJean-Pierre Watté. Le lointain passé d'Aplemont in Au fil du temps : Frileuse-Aplemont. Le Havre 2001, Édition Collectif du plateau, . L'urbanisation au Le 11 juillet 1902, la forêt de Montgeon est vendue. La municipalité du Havre a acquis les lots 26 et 27. Un architecte havrais William Cargill achète le en bordure sud-est de la forêt. Ce lot correspond aujourd'hui à la zone urbaine composée par le quartier de Sainte-Cécile et Frileuse. Cette origine explique le grand nombre de noms de rues entretenant un rapport avec la forêt ou les arbres : rue des Hallates, rue de la Forêt, rue du Bois, rue des Saules, etc.Bernard Nicolle. « Un nouveau quartier » : Sainte-Cécile-Frileuse (1906-1940). Cahiers havrais de recherche historique, , 2008, .

En 1906, William Cargill sollicite auprès du conseil municipal de la commune de Graville-Sainte-Honorine, dont dépendent les terres du plateau, l'autorisation de construire un lotissement. Les plans sont acceptés et la construction débute en décembre 1907. Les rapports entre M. Cargill et la municipalité se troublent autour de la question du tramway. Il est prévu qu'une future ligne longe le nouvel axe principal du lotissement (appelé alors rue Félix-Faure). Les représentants du quartier des acacias s'estimant lésés par ce tracé obtiennent de William Cargill un raccordement des deux quartiers ; raccordement qu'il finance lui-même. La ligne 8 du tramway est mise en service en 1912 mais fonctionne régulièrement à partir de 1930. Elle traverse Sainte-Cécile-Frileuse et continue en direction d'Aplemont, mais seulement jusqu'à la porte des Hallates au bas d'une côte pentue menant au plateau d'Aplement.

La loi du 18 octobre 1919 rattache le village de Graville et donc le plateau de Frileuse et d'Aplemont à la ville du Havre.

vignette|redresse|Programme du gala cycliste du vélodrome de Frileuse, 1925.] La population est initialement d'origine ouvrière, principalement des habitants du centre ville du Havre venus s'installer sur le plateau de Frileuse pour y trouver de meilleures conditions de vie. Un vélodrome est construit en 1924, il est détruit en 1944. Frileuse accueille un meeting d'aviation en septembre 1923Au fil du temps : Frileuse-Aplemont., Le Havre 2001, Édition Collectif du plateau, .

La cité-jardin de l'architecte Jean Walter