vignette|Drapeau du Forez. Le comté de Forez était un ancien fief comtal correspondant à peu près à l'actuel département de la Loire (Forez). Son nom dérive de celui de la ville de Feurs, l'antique Forum Segusiavorum.
Par promulgation royal, le pagus Forensis est érigé en comitatus. Désormais, le Forez qui relevait du comté de Lyon en est distinctChristian Guilleré, Jean Michel Poisson, Laurent Ripart, Cyrille Ducourthial, Le royaume de Bourgogne, 2008, Université de Savoie, p.151. Bourchard archevêque de Lyon visait dans cette demande à ce que l'archiépiscopat reste le seul pouvoir temporel du Lyonnais et ainsi reléguer le comte de Lyon au seul Forez pour contre partie. Les comtes de Lyon adopterons celui de Forez mais défendrons également pendant près de cent ans leur titre lyonnais.
Le territoire du peuple des Ségusiaves"Segusiavi liberi in quorum agro colonia Lugdunum" "les Segusiaves, libres, dans le territoire desquels est Lyon, colonie.", Pline, Naturalis Historia, Livre IV s'étendait initialement jusqu'aux rives de la SaôneLa CIVITAS SEGUSIAVORUM du haut Empire regroupait les huit archiprétrés d'Anse, de l'Arbresle, de Forez (ou de Montbrison), de Jarez, de Néronde, de Pommiers, de Roanne et de Sainbel. Voir A. LOGNON. Pouillés de la province de Lyon. Lire en ligne M. POUX, D'Arar à Plancus. Notes d'iconographie ségusiave, octobre 2015 Lire en ligne.. Avant 43 av. J.-C., les colons militaires chassés de Vienne"On leur ordonna d'établir les Viennois de Narbonnaise qui avaient été chassés autrefois par les Allobroges et qui s'étaient installés entre Saône et Rhône, à l'endroit même de leur confluent". Dion Cassius, XLVI, 50.André Pelletier, Vienna Vienne, 2001 Lire en ligne. y avaient trouvé refuge à l'emplacement où allait être fondée la Colonia Copia Felix Munatia, bientôt rebaptisée Copia Lugdunum. La cession librement consentie de ce territoire et l'ancienne alliance avec Rome pourraient expliquer pourquoi, sous Auguste, Forum Segusiavorum apparaît comme une cité libreFrançois Dumoulin, La céramique des Ségusiaves, Du siècle av. n.è. au siècle de n.è., 2007, . https://www.academia.edu/7539591/La_ceramique_des_Segusiaves_Du_IIIe_siecle_av._n.e._au_IIIe_siecle_de_n.e._Volume_1_2_Texte, les Ségusiaves bénéficiant du statut juridique de peuple libre (Civitas Segusiavorum Libera).
Autour de l'an mil, le comté de Forez désignait un ensemble d'anciennes terres publiques"(...) on peut envisager le cas où certains toponymes (...) dont il serait possible de constater empiriquement qu'ils sont régulièrement représentés dans des zones dont le caractère public est assuré par des marqueurs toponymiques intrinsèques. Nous croyons qu'il en va assez souvent ainsi des toponymes contenant une issue "forestis". On sait en effet que ce mot (attesté depuis 648) puis afr. forest ont dénoté d'abord les forêts du domaine royal, comme il convenait à un dérivé de "forum" (...)" J.P. Chambon, "Zones d'implantation publique au Haut Moyen Âge précoce dans le nord de la cité de Besançon L'apport de l'analyse diachronique des noms de lieu in Akkulturation. Probleme einer germanisch-romanischen Kultursynthese in Spätantike und frühem Mittelalter, . ayant relevé de l'ancien royaume de Provence et concédées par le roi Raoul au royaume de Bourgogne de Conrad le Pacifique vers 943. Le Forez était alors situé aux marges des royaumes de Bourgogne et de France.
Vers 1070-1080, la réforme grégorienne, consacrant la séparation episcopatus/comitatus, contraint la famille comtale lyonnaise à se replier sur le Forez et Montbrison et à adopter la titulature de « comtes de Forez ».
Dans le contexte de la lutte du sacerdoce et de l'Empire, le comte et l'archevêque se rallièrent respectivement au roi de France et à l'Empereur. Le conflit prit fin avec l'intervention du pape Alexandre III et de Louis VII qui rétablirent le comte dans ses droits en 1167. Le comte finit par vendre ses possessions lyonnaises avec la permutation de 1173 qui entérina le partage des juridictions temporelles du comte et de l'archevêque et l'accession au titre d'archevêque de Lyon de son fils Renaud II de Forez en 1193.
Le comté fut réuni au domaine royal en 1531.
Avant le Xe siècle
Au milieu du , les sources archéologiques et documentaires indiquent la présence d'une série de fortifications en Forez déjà anciennes, sur la voie Aquitaine de Lyon à l'Auvergne, attribuables à la puissance publique carolingienneC. MATHEVOT, "Les espaces castraux en Forez aux :état de la question" in Histoire et archéologie du Forez médiéval, vol. 1, . : Le castrum de Randans au point de passage sur la Loire, Le castellum de Salt (Salt-en-Donzy) contrôlant l'accès au vicus de Feurs depuis les monts du Lyonnais.
La Forez réapparait dans les sources médiévales à partir de 918 sous le règne de Louis l'Aveugle"in pago Lugdunensis, in agro Forensi infra fines, in villa Rivoria (...) regnante Ludovico imperatore.", Cartulaire de Savigny, , . Lire en ligne."in pago Forense, in villa Fargias" (Farges, comm. de Bellegarde-en-Forez). Cartulaire de Cluny, , . Lire en ligne..
930-990 : Du pagus forensis au comté : le Forez sous influence française
La succession de Louis l'Aveugle et l'avènement du royaume rodolphien de Bourgogne (930-943)
Vers 930, à la mort de Louis III l'Aveugle, la souveraineté sur le vaste territoire de l'ancien royaume bivinide de Provence apparaît comme très incertaine :
Liutprand de Crémone rapporte que Hugues d'Arles aurait abandonné ses droits sur l'ancien royaume de Provence au roi Rodolphe II de Bourgogne en 933 en échange de sa non-intervention en Italie où Hugues lui disputait la couronneLIUTPRAND, Antapodosis, (ed. J. BECKER, MGH, SS, reno. germ. 1925), III, 48.; Parallèlement, la souveraineté du roi de Francie occidentale Raoul (lui-même issu de la lignée bivinide/bosonide et cousin de Louis l'Aveugle) paraît s'être étendue, à cette même époque, jusqu'aux rives du RhôneFLODOARD, Annales, éd. Ph. LAUER, Paris, 1905 (coll. de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'Histoire), a, 924.. Il apparaît en Lyonnais en 932, probablement à la suite de l'appel du fils du défunt empereur aveugle, Charles-Constantin de Vienne, l'héritier légitime mais évincé de la succession du royaume de Provence. Par sa présence, le souverain franc affirmait ainsi son autorité sur Vienne, le Vivarais, l'Uzège et la partie occidentale du Lyonnais"Raoul fait une apparition en Lyonnais : le 21 juin 932, il est à Anse en Lyonnais (Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, Lire en ligne) et J. DUFOUR, Recueil des actes de Robert Ier et de Raoul, roi de France (922-936), Paris, 1978, n°18) "; par un acte daté du même jour et même lieu, Raoul confirme au monastère de Montolieu des domaines en Carcassès : (ibid., n°17)". Christian Lauranson-Rosaz, Francia occidentalis et Francia Media, , n°86..
Raoul mort en 936 et Rodolphe II en 937, Hugues d'Arles (couronné roi d'Italie en 926) tenta un dernier retour pour récupérer l'héritage bosonide en épousant Berthe de Souabe. Otton enleva le fils de Rodolphe II, Conrad, et le fit sacrer roi de Bourgogne.
Le conflit entre Louis IV et Otton fut réglé par l'entrevue de Visé-sur-Meuse en 942 : Louis IV d'Outremer rétrocéda l'ancien duché de Vienne à Conrad de Bourgogne E. FOURNIAL, « Les origines du comté et les premiers comtes de Forez », « La souveraineté du Lyonnais au », dans Le Moyen Âge, t.62 (1956). Lire en ligne..
Le puissant marquis-comte Hugues le Noir (frère du roi des Francs Raoul et cousin du défunt Louis l'Aveugle) conserva les prérogatives comtales et la suzeraineté sur le Lyonnais et le Viennois. Présent au côté du nouveau souverain dès 943, il apparaît comme le dépositaire légitime de l'héritage bosonide au sein du nouveau royaume rodolphien.
Les droits associés au titre comtal de Charles-Constantin de Vienne, octroyé par le roi Raoul et pour lequel il dut rendre hommage au jeune souverain de Bourgogne, transitèrent au gré des unions dans l'aristocratie régionale, donnant vraisemblablement naissances aux maisons comtales qui émergent dans la région un peu avant l'an mil"Une autre hypothèse semble donc plus simple et plus probable : le comte Humbert pourrait bien être le fils de Charles-Constantin, ce qui permettrait de résoudre le vieux problème de la mystérieuse disparition de la descendance de la lignée de Louis l'Aveugle". L. RIPART, Les fondements idéologiques du pouvoir des comtes de la maison de Savoie (de la fin du Xe au début du ), Thèse, Université de Nice, 1999 (dir. Henri Bresc), p. 179. Lire en ligne..
Le mariage de Mathilde de France et l'héritage bosonide (943-980)
L'amitié entre les deux royaumes se solda par le mariage de la sœur du roi de France avec le nouveau roi de Bourgogne"Chondradus piissimus rex et uxor sua Mattilt regina" (10 août 966). Mon. Hist. Patr. Chartæ, I, col. 210). : les chroniques de l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon (milieu du siècle) rappellent que la cité de Lyon aurait été apportée par Mathilde lors de son mariage avec le roi de Bourgogne Conrad entre 963 et 966" In cui regni termino sita est Lugdunum civitas, quam Lotharius Francorum rex dedit in dotem sorori suae Mathildem sororem suam despondit Conrado Burgundiae regi Burgundiae" Chronique de l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon suivie de Saint-Pierre de Bèze, ed. BOUGAUD-GARNIER dans Analecta Divionensia, I, Dijon, 1876, et Chronicon S. Benigni Divionensis, M.G.H., SS., VII et suiv. (v. 1050)." Conradus Burgundiae rex accepit uxorem Mathildem sororem Lotharii juniori regis Francorum; et data est ei a Lothario in dotem Lugdunum civitas Galliarum nobilissima " Hugues de Flavigny, Chronicon Virdunensis (v. 1103) (M.G.H., SS, VIII, et R.H.F., X, ." et in dotem dedit ei Lugdunum que sita est termino regni Burgundiae, et erat, tunc temporis, juri regni francorum" Ex Chronico Virdunensi Ann. 954 , Bouquet, VIII, . Lire en ligne.. L'union de Conrad et de Mathilde s'inscrivit très probablement dans un accord tripartite entre Francs, Ottoniens et Bosonides. Ainsi, il est possible qu'un ensemble plus vaste de possessions et de droits en GenevoisVoir Gerold comte de Genève, fils présumé du comte Conrad et de Berthe de Bourgogne (la fille de Mathilde de France et de Conrad III). , Viennois"Si donc ils avaient réellement prétendu à tout ou partie de l'ancien royaume de Louis l'Aveugle, on ne voit pas pourquoi leur renonciation se serait concentrée sur Lyon particulièrement. S'il y avait un symbole à choisir, c'était bien plutôt la capitale, Vienne, où le princeps Charles-Constantin, fils de l'empereur Louis, fit allégeance à Louis IV par deux fois, en 941 et en 951. (...) les mentions que l'on a de Mathilde, la montrent fréquemment active à Vienne, jamais présente à Lyon." Pierre Ganivet (2000), . et Forez furent reconnus comme relevant du nouveau roi, reliques de l'ancien royaume de Provence dont le mariage royal vint parachever le transfert.