Le système éducatif algérien assure la prise en charge de l'instruction des Algériens. Il est piloté par le ministère de l'Éducation nationale. La Constitution algérienne garantit le droit à l’enseignement pour tous.. L’évolution du système éducatif algérien est passée par trois périodes depuis 1962 : une politique de récupération du système colonial puis des réformes pour affirmer l’indépendance et confirmer le pouvoir national et enfin une politique de gestion des flux.

En Algérie, la première année de scolarité est la première année de primaire et la septième année de secondaire. Avant 2008, l'enseignement se composait de six années de primaire. L'école est obligatoire à partir de six ans. Avant six ans, les enfants peuvent être pris en charge par le secteur pré-scolaire (crèches).

Historique vignette|École arabe à Alger pendant la colonisation française.

Période de la Régence d'Alger Avant 1830, comme dans l’ensemble des pays musulmans, l’enseignement en Algérie est étroitement lié à la religion et dispensé dans les écoles coraniques, rabbiniques ou au sein de congrégations religieuses. Ce modèle éducatif reste en vigueur pour l’enseignement primaire jusqu’au milieu du . Ces précisions sont essentielles pour dresser un état des lieux de l’éducation au moment de l’instauration d’un système scolaire spécifique aux populations autochtones d’Algérie sous la colonisation française (1830-1962), ainsi que de l’évolution du système éducatif après l’indépendance (1962-2012). Nous nous limiterons ici aux éléments les plus marquants de ces périodes.

Cet état des lieux vise à évaluer le niveau scolaire et culturel de la population sous la Régence d’Alger. Avant d’aborder l’organisation du système scolaire à cette époque, il est important de rappeler que la population, estimée à environ deux millions et demi d’habitants, était inégalement répartie sur un vaste territoire. L’économie reposait principalement sur l’agriculture et l’élevage. Toute prospérité économique qu’avait connue l’Algérie à l’époque de Carthage avait disparu, et celle d’Alger au début du n’était qu’une illusion.

L’enseignement était alors dispensé localement et réservé aux garçons dans les écoles coraniques. Peu d’archives existent sur leur fonctionnement, mais on estime qu’environ coraniques étaient en activité dans l’ensemble de la Régence d’Alger. Le Coran constituait le principal, voire l’unique, support pédagogique. L’instruction religieuse, essentiellement fondée sur la mémorisation et la récitation du Coran, se poursuivait jusqu’à l’âge de seize ans. Les enfants n’apprenaient à lire et écrire que les versets coraniques. L’étude se faisait dans un cadre collectif et bruyant : tous les élèves récitaient simultanément à haute voix les versets afin de les mémoriser. La première chose qu’un enfant apprenait était la « Fatiha », première sourate du Coran, qui résume la profession de foi islamique : « Il n’y a de Dieu qu’Allah et Mohamed est son prophète ».

Seuls les élèves parvenant à mémoriser l’intégralité des versets du Coran avaient deux possibilités :

Devenir tolba (étudiants en sciences religieuses). Dans des villes comme Constantine et Tlemcen, on comptait environ répartis dans (écoles coraniques) et dans les deux médersas de ces villes. Poursuivre des études secondaires ou supérieures, soit en Algérie, soit dans les grandes institutions religieuses du monde musulman, notamment dans les mosquées-universités de Tunis ou du Caire, afin d’approfondir leurs connaissances. Le Maroc et la Tunisie disposaient de prestigieuses universités, telles que la Qarawiyyīn à Fès et la Zitouna à Tunis, qui formaient des cadres destinés à l’administration et aux mosquées. Le programme d’enseignement de ces institutions reposait essentiellement sur le Coran, son exégèse, le hadith, la jurisprudence islamique (fiqh et uṣūl al-fiqh) ainsi que la grammaire arabe.

Dans la Régence d'Alger, le contenu des études secondaires et supérieures différait qualitativement de celui des écoles coraniques. Au sein des zaouïas (confréries religieuses), l’enseignement incluait l’étude du Coran, de la langue et de la littérature arabes, de la grammaire, de la jurisprudence et de la théologie. Certaines zaouïas enseignaient également des disciplines plus techniques comme l’arithmétique, à travers les travaux d’Ibn al-Haṣṣār et d’Ibn Khaldoun, ainsi que la médecine, via les traités d’Ibn Sīnā (Avicenne) (M. Bennoune, 2000). On y trouvait ainsi une ébauche d’enseignement supérieur couvrant la linguistique, la médecine, la théologie, les mathématiques et l’astronomie, bien que la théologie y dominât largement.

Dans les campagnes, l’enseignement était principalement assuré par les confréries religieuses et les zaouïas, qui étaient largement répandues (on en comptait 30 dans la région de Tlemcen). Ces institutions entretenaient des écoles coraniques, où l’on enseignait aux enfants la lecture, l’écriture et la mémorisation de versets du Coran. Cet enseignement, modeste et exclusivement rattaché à la religion, était réservé aux garçons et permettait la scolarisation d’environ 20 % des enfants au niveau primaire. Si l’enseignement technique et scientifique était pratiquement inexistant, l’instruction élémentaire était, en revanche, largement répandue. L’évaluation de l’état de l’instruction en Algérie à cette époque est globalement favorable, bien que la qualité de cet enseignement puisse être questionnée. Le général Daumas (1853) affirme ainsi :

Selon Daumas, on comptait entre par province suivant un enseignement de niveau intermédiaire dans les médersas, et entre 600 et atteignant le niveau des sciences du droit et de la théologie.

Cette observation était partagée par Marcel Emerit, qui estimait que le taux d’illettrisme en Algérie à cette époque était inférieur à celui de la France, où il dépassait 40 % (M. Emerit, 1951). De son côté, Rozet (1833) écrivait que cette population :

. L'instruction des juifs Quant à la population juive, elle n’a pas de système éducatif organisé. C’est le grand prêtre Yéchouchoua ben Gamla qui a mis en place un véritable réseau d’enseignement. Chaque communauté suffisamment importante se doit d’avoir son école. On doit obligatoirement apprendre dès l’âge de cinq ou six ans. Les cours sont donnés à la synagogue et quelquefois dans la maison du maître. Seuls les garçons vont à l’école, mais dans certaines localités, les filles reçoivent à domicile une éducation de base dispensée par des maîtres particuliers. Les enfants apprennent à lire et à mémoriser des parties entières de la Tora, et à écrire et à réciter les prières. La majorité des enfants ne poursuivent pas leurs études après l’âge de . Seuls les élèves particulièrement brillants ou poussés par leurs parents poursuivent encore leurs études.

Limite de ce système éducatif Pour Mustapha Lacheraf (1963), le système éducatif algérien est resté traditionnel, voire archaïque, en comparaison avec les pays ayant déjà amorcé leur modernisation infrastructurelle et superstructurelle. Certes, avant l'occupation coloniale,

Les écoles élémentaires en Algérie apparaissaient alors sans réel intérêt pédagogique : les enfants n’apprenaient à lire et écrire que les versets du Coran, sans en comprendre le sens. La majorité se contentait de réciter machinalement, sans approfondissement, des passages enseignés par des tolba eux-mêmes limités dans leur compréhension. Quant aux élèves considérés comme les plus instruits, ils maîtrisaient à peine la lecture et l’écriture. L'enseignement se réduisait donc à la seule mémorisation, sans analyse ni réflexion, faute de compétence des maîtres. Certains enseignants déclaraient même sans détour que « la première de toutes les choses était le Coran » et que toute autre forme de savoir était dénuée d’intérêt.

Occupation coloniale 1830-1962 La colonisation française en Algérie a profondément bouleversé le tissu social et culturel du pays, provoquant des destructions massives, la spoliation des terres et une déculturation progressive de la population. Parmi les premières mesures de dépossession initiées par Bugeaud, figure la confiscation des biens de la fondation pieuse « La Mecque et Médine », qui finançait traditionnellement l’éducation des enfants.

Les arrêtés du , du et du ont entériné l’intégration au domaine public des biens des mosquées et des habous, privant ainsi le système éducatif de ses principales ressources. Ces décisions marquent le début de l’effondrement du système d’enseignement traditionnel algérien, qui jusque-là reposait sur ces financements.

Les autorités coloniales ne dissimulent pas leur intention d’anéantir l’instruction indigène. Perville (1984) rapporte ainsi une déclaration explicite :

De même, le général Ducrot exprime sans détour la volonté de freiner toute transmission du savoir traditionnel :

Les conséquences de cette politique sont désastreuses : les écoles coraniques et médersas sont délaissées, à l’exception de celles que les habitants parviennent à entretenir avec leurs propres moyens. Dans les tribus, de nombreuses zaouïas situées à proximité des centres européens sont abandonnées. D’autres sont détruites par les combats, et les manuscrits servant de support à l’enseignement sont dispersés.

Sur le plan humain, une grande partie des enseignants fuit vers les régions encore non-occupées par l'occupant. Ceux qui restent, privés de rémunération et de logement, sombrent dans la précarité, se limitant désormais à des fonctions religieuses. Selon Agèron, dès 1847, l’effondrement est tel que l’Algérie ne parvient plus à former ni cadis, ni muftis, ni même professeurs (mouderès) ou maîtres d’école (mouadebs).

Algérie Post-Révolution État des lieux et objectifs À l’aube de sa victoire et son Indépendance, l’Algérie se trouve confrontée à un double héritage lourd de conséquences : sept siècles de déclin relatif progressif et de d'occupation coloniale française. Ce passé pèse particulièrement sur l’éducation, avec un taux d’analphabétisme atteignant 86,3 % en 1954. L’accès à l’école demeure un privilège : avant 1962, plus de 80 % des enfants en âge scolaire (6 à ) ne sont pas scolarisés.

Face à cette réalité alarmante, l’Algérie victorieuse et Indépendante s'engage dès 1962 dans une série de réformes éducatives, visant à reconstruire un système scolaire inclusif et adapté aux besoins nationaux. Lors de la première réunion du , cinq objectifs majeurs sont définis :

L’algérianisation progressive du corps enseignant, pour remplacer les cadres coloniaux. L’arabisation de l’enseignement, afin de réhabiliter la langue et l’identité nationale. L’unification du système éducatif, pour mettre fin aux disparités héritées de l’ère coloniale. L’orientation scientifique et technique de l’éducation, en adéquation avec les besoins du pays. La démocratisation de l’instruction publique, pour assurer un accès élargi à l’éducation.

Cependant, les fortes pressions démographiques et le manque d’infrastructures limitent la portée immédiate de ces réformes, qui restent partielles et souvent empiriques. L’appareil scolaire laissé par la colonisation ne permet d’accueillir que en primaire en 1962-1963, dont , soit un taux de scolarisation de 36,7 %.

Au niveau secondaire, seuls sont inscrits, et les filles ne représentent que 27,87 % des effectifs scolaires. Malgré ces contraintes initiales, la rentrée de 1962 marque un tournant décisif, posant les bases d’une expansion éducative qui s’amplifiera dans les années suivantes.

Déficit de professeurs