vignette|La résidence universitaire, vue de la Croix de Berny.
La résidence universitaire Jean-Zay ou résidence universitaire d’Antony (RUA) a été l’un des plus grands ensembles de logements sociaux étudiants en Europe. Elle est située avenue du Général-de-Gaulle à Antony, commune du département des Hauts-de-Seine. Début 2009, la propriété de la RUA a été transférée à la communauté d'agglomération des Hauts-de-Bièvre. De l'ensemble des bâtiments, démolis au fil des années, il n'en reste plus qu'un seul, en 2023.
Historique Étude et construction : 1945 - 1955 vignette|Plan de la résidence universitaire L’étude de la construction d’une résidence universitaire à Antony est envisagée en 1945, à la demande du ministère de l’Éducation. Une convention est signée le entre l’université de Paris et l’Office public des habitations à loyer modéré du département de la Seine en vue de la construction de la future résidence universitaire d’Antony. L’office départemental HLM de la Seine construit la résidence, le Crous de Paris en devenant à terme (en 2019) le propriétaire. La première tranche des travaux débute le ; le maître d’œuvre en est Eugène Beaudouin.
Entre-temps, un appel d’offres est lancé pour l’ameublement de la résidence. Jean Prouvé y participe avec l’appui de l’Union des artistes modernes ; coopérant avec Charlotte Perriand, il obtient la commande de mobilier pour les salles communes, les restaurants et une partie des chambres. Une commande spéciale de luminaires pour les chambres et le réfectoire est également passée à Serge Mouille.
En 1955, Pierre Mendès France, alors chef du gouvernement, visite le chantier de construction de la future résidence universitaire, qui prend le nom de Jean Zay, ancien ministre de l’Éducation nationale sous le Front populaire, résistant exécuté en 1944. La résidence universitaire Jean-Zay d’Antony « cité modèle » ouvre le de la même année. En plus des chambres individuelles (dont chambres pour garçons et 540 chambres pour filles) et 490 appartements, de nombreux espaces communs sont mis en place (une bibliothèque, une salle de spectacle, un complexe sportif, des salles de travail animées par les groupes d'études). Les bâtiments s’étendent sur entre le centre-ville d’Antony et le parc de Sceaux.
Le , 150 premiers étudiants sont logés à la RUA. Lionel Jospin, admis au printemps, y reste jusqu'en 1959. L’AERUA (Association des étudiants de la résidence universitaire d’Antony) est créée en 1957. Claude Allègre y occupe en 1959 le poste de délégué social, Gérard Saint-Paul celui de délégué à l’information en 1961. La résidence accueille des étudiants du monde entier. Au plus fort de son activité, elle compte 3 crèches, une école, une supérette, et 50 nationalités différentes.
Premiers heurts : 1956 - 1965 Hausse des loyers Une première hausse des loyers en 1959 déclenche une grève suivie par 80 à 90 % des étudiants. En 1962, le loyer d'une chambre pour célibataire s'élève à 55 anciens francs. Une deuxième hausse des loyers en novembre 1963 entraîne de nouveau une grève, qui prend un caractère national et donne ainsi naissance à la Fédération des résidences universitaires de France (FRUF), marquant également le début de la régionalisation des loyers. Depuis 1959, les loyers ont augmenté de 56 % pour les célibataires et 50 % pour les ménages.
Réadmissions Très vite se pose le problème du départ des premiers étudiants arrivés en 1956, forcés de se reloger en vertu du règlement limitant à le séjour à la RUA : l'AERUA obtient le droit à une quatrième année, puis le une pétition est signée contre le règlement intérieur (). L'AERUA obtient finalement de l'administration que la réadmission se fasse jusqu'à la fin des études. Malgré cela, en juin 1964, l'administration revient sur sa décision de 1960 concernant les réadmissions en tentant d'expulser . Le 1964, ces étudiants sont avisés de leur non-réadmission par une lettre-circulaire.
Réaménagement forcé La Fédération des résidences universitaire de France (FRUF) est fondée en 1964 à la suite de la grande grève des loyers de , partie notamment de la résidence universitaire Jean-Zay, qui est alors un des principaux foyers d’implantation de la FRUF (sous le sigle AERUA-FRUF).
Au début de la même année, de francs de crédits sont débloqués pour le réaménagement de la résidence. De juin à septembre 1964, des travaux sont engagés au niveau du restaurant universitaire afin de rendre la salle plus calme, de l'isoler des cuisines et de transformer le hall en cafétéria de . Les galeries supérieures sont reconverties en réserves pour la bibliothèque et en bureaux pour le service culturel. Les possibilités d'accès au restaurant par l'intérieur des bâtiments sont supprimées, ce qui a pour effet de restreindre l’espace des sociabilités estudiantines. Des réactions militantes se développent face à ce qui est perçu comme une volonté de contrôle des étudiants : « Tous ces travaux n'ont qu'un but, commentent l'AERUA et le journal Tribune socialiste () : donner les moyens à l'administration d'empêcher les étudiants de se rencontrer, se grouper, s'informer, s'organiser sur le plan syndical, pouvoir manifester leur opposition, comme ils l'ont toujours fait, à la continuelle dégradation de leur niveau de vie, en particulier en organisant d'importantes grèves des loyers ». Et les auteurs de l'article de mettre en garde contre des projets de cloisonnement de tous les bâtiments, visant, selon eux, à contrôler les entrées, les sorties et les visites des résidents.
Changement de gestionnaire En mai 1964, l'université de Paris renonce sans aucune contrepartie à l'ensemble des droits et obligations résultant de la convention passée le , au profit du Crous de Versailles.
L'ancien règlement intérieur est remis en vigueur en 1965 (contrôle des activités collectives des résidents ; séjour en cité U limité à malgré la quatrième année obtenue en 1959). À ces fins, de nouvelles loges doivent être construites dans tous les bâtiments, et les communications intérieures entre chaque bâtiment doivent être supprimées, tous étant reliés, à l'exception du G et du H. Alors que la première loge du bâtiment A (pavillon des jeunes filles) est en chantier, l'administration voulant ainsi - D. Fischer, "L'Histoire des étudiants en France de 1945 à nos jours", Flammarion, 2000, p. 264 et Archives du CLOUS d'Antony, "Les problèmes d'Antony - problèmes d'architecture", vers 1964 - empêcher les garçons de s'y rendre, des étudiants occupent le site pour s'y opposer. Une grève est organisée au restaurant, suivie d'une manifestation dans Antony le ) pour alerter les élus et notamment le Maire, Georges Suant. Une pétition rassemble signatures contre les nouvelles loges, les murs, la hausse des loyers, la réinstauration de l'ancien règlement intérieur, la restriction des libertés collectives et individuelles. Le , 8 étudiants de la résidence universitaire sont traduits devant le Conseil de discipline des résidences universitaires, en raison de leur activité syndicale et de leur opposition à la construction de la loge du bâtiment A.
En , Jacques Balland, 35 ans, ancien président de l'Unef est nommé directeur. Le , le Parti communiste est mis pour la première fois en échec depuis dix ans aux élections syndicales de la résidence. Il perd la majorité absolue et passe de 56 sièges sur 62 à 28.
Durcissement des luttes face à la lente dégradation des conditions de vie en résidence Après trois années de lutte, la mixité est finalement obtenue dans chaque bâtiment en 1967...
Mais la résidence universitaire d’Antony devient un « point chaud » de la lutte estudiantine qui a germé quelques semaines plus tôt au sein du campus de Nanterre. Certains ont ainsi vu dans le soutien apporté par les étudiants de la résidence universitaire quelques années plus tôt aux mineurs en grève les prémices des mouvements revendicatifs unitaires (étudiants-travailleurs) de mai 68.
En 1970, le processus de la hausse des loyers reprend ; de nouveau, une grève massive des résidents est entreprise. En 1972, le loyer d'une chambre individuelle s'élève à . Pour protester contre la hausse subite (sur décision ministérielle de Jean-Pierre Soisson) de 25 % de leurs loyers, les étudiants occupent les locaux administratifs et seront évacués par la police en . La FRUF (Fédération des résidences universitaires de France, dont le siège social est à Antony) lance une grève des loyers. Plus de 30 résidences universitaires (soit étudiants) la suivront et payeront à la FRUF leur loyer à l'ancien tarif.
En 1971, des commissions de sécurité visitent la résidence et exigent une mise en conformité avec les normes en vigueur. Trois ans plus tard, 20 millions de francs sont investis à cet effet, entraînant des fermetures provisoires de bâtiments entiers : travaux au C en , au A en , au H en . En , Gilbert Balta, directeur de la résidence, est séquestré pendant trois heures pour la seconde fois. Sept cars de police interviennent pour le délivrer. Les « maos d'Antony » protestaient ainsi contre les expulsions « sous prétexte de réfection des bâtiments » et obtiennent ainsi non seulement le rétablissement immédiat de la crèche, mais aussi le chauffage dans d'autres pavillons et du matériel demandé depuis plus de cinq ans.
L’acharnement de la presse
Selon Le Figaro, il y aurait eu pas moins de 12 viols en un mois ; mais le journal remarque qu'il n'y en a eu aucun en 1974. Monsieur Fohr, directeur du Crous, s’explique dans un article du Nouvel Observateur (« Les 'bas-fonds' d'Antony », ): « À la rentrée d', sept viols ont été commis, tous par la même personne, qui a été arrêtée au bout de trois jours ! »
Une campagne de presse extrêmement virulente s'ensuit.
Libération affirme le 18- : « Le maire d'Antony offre 43 millions de francs pour racheter 2,4 hectares et abattre les bâtiments C, E et F » de la résidence, qui selon lui « montre ses fesses » à la ville. Un entretien avec le maire d'Antony paraît dans le Figaroscope du , qui justifie la nécessaire disparition de la Cité U, sur « un site exceptionnel ». Dans le texte introductif, le journaliste écrit : « La résidence universitaire, que fréquenteraient d'ailleurs fort peu d'étudiants... ».
Les étudiants nient leur responsabilité dans la dégradation des conditions de vie, ils dénoncent plutôt le manque de moyens attribués à la résidence, la diminution de moitié du personnel et la hausse des loyers de 300 % en dix ans. Les crèches ferment peu à peu et aucune rénovation d’envergure n’est engagée.
En 1974, la majorité et le droit de vote sont fixés à 18 ans : 83 % des étudiants de la RUA votent pour François Mitterrand au second tour des élections présidentielles au bureau de vote de la résidence.
Des chambres sont classées insalubres par la DDASS, et sont condamnées. Malgré cela bon nombre d’étudiants vivent dans des conditions d’hygiène déplorables, la résidence restant dans un état de délabrement avancé. Coût estimé de la rénovation : 40 millions d’euros. Avec ses chambres, la résidence universitaire d’Antony représente pourtant un quart du logement social étudiant en Île-de-France.
En 2000 les quelques chaises, tables et lits désignés par Jean Prouvé et qui n’ont pas déjà été dispersés sont mis en sécurité dans un hall, avant d’être vendus sous contrôle des Domaines, et permettre ainsi d'équiper le bâtiment A de literies neuves.
Une résidence au futur incertain vignette|upright=1.2|La résidence universitaire, le long de l'autoroute A86
Selon les informations du Comité des riverains, les résidents apprennent dès 1972 que la future autoroute A86 frôlerait la cité et qu'au passage, deux pavillons seraient menacés de destruction, là où des travaux étaient prévus au restaurant et au bâtiment B.