Roman Arkadievitch Abramovitch (en , transcription anglaise : Roman Arkadyevich Abramovich), né le à Saratov (URSS, aujourd'hui en Russie), est un homme d'affaires, oligarque et homme politique russo-israélo-portugais. Il est gouverneur du district autonome de Tchoukotka dans l’Extrême-Orient russe de 2000 à 2008.

En , sa fortune est estimée par Forbes à de dollars et fait de lui la personne la plus riche du monde..

Outre ses activités économiques, il est connu pour son rachat en du club de football Chelsea FC.. et pour ses investissements dans le domaine culturel. Le Jerusalem Post l'a en outre qualifié de « méga philanthrope » et de « partisan ardent, de longue date, de la culture juive dans le monde ».

Selon Forbes, la fortune nette d'Abramovich était de 14,5 milliards de dollars américains en 2021. Abramovich s'est enrichi dans les années qui ont suivi la dislocation de l'URSS, obtenant des actifs appartenant à l'État russe à des prix bien inférieurs à la valeur marchande dans le cadre du programme controversé de privatisation des prêts contre actions de la Russie.. Abramovich était un confident de l'ancien président russe Boris Eltsine et de l'actuel dirigeant Vladimir Poutine, qu'il aurait été le premier à présenter à Eltsine qui en fera son Premier ministre puis son successeur au Kremlin.

Depuis le début de la guerre, le propriétaire de Manchester City, le cheikh , l'autorise pendant de longues périodes à stationner son Boeing Dreamliner, à Dubaï.

Biographie Sa mère, Irina Vasilievna Abramovitch née Mikhailenko, était professeure de musique. Elle est décédée quand Roman avait un an. Son père, Aron (Arkady) Abramovitch Leibovitch (1937−1969), travaillait au conseil économique de la république autonome des Komi. Il meurt alors que le garçon a trois ans, écrasé par une grue. Roman est alors élevé par son oncle, rescapé du goulag..

Les grands-parents maternels de Roman, Vassili Mikhailenko et Faina Borisovna Grutman sont originaires d'Ukraine. Au début de la Seconde Guerre mondiale, alors âgée de trois ans, Faina Borisovna Grutman fuit l'Ukraine envahie pour Saratov.

Les grands-parents paternels de Roman, Nachman Leibovitch et Toybe (Tatyana) Stepanovna Abramovitch, étaient des Juifs de Biélorussie qui déménagent en Lituanie après la révolution d'Octobre.

À l'arrivée du régime soviétique en Lituanie en 1940, conformément aux protocoles secrets du Pacte germano-soviétique, beaucoup de familles considérées comme « bourgeoises » furent envoyées en Sibérie : ce fut le cas des grands-parents de Roman Abramovitch.

Après son service militaire, Roman Abramovitch intègre le prestigieux Institut du pétrole et du gaz de Moscou, qu’il abandonne pour se lancer dans les affaires. En 2000, il obtient un diplôme de pétrochimie et un diplôme de l’Académie de Moscou.

Roman Abramovitch est sensible aux questions relatives à la Shoah, c'est pourquoi il a décidé de faire planter arbres à la mémoire des Juifs de Lituanie qui ont péri pendant la « Shoah par balles ». Il a également fait construire un mémorial virtuel qui permet aux Juifs du monde entier de partager l'histoire personnelle de leurs ancêtres en nommant un arbre et en incluant leur nom dans le mémorial.

Avec Michael Kadoorie et Jacob Safra, Roman Abramovitch est l'un des principaux bienfaiteurs de la communauté juive portugaise et du B'nai B'rith local..

Les dépenses d'Abramovitch en achats auprès de joueurs de football portugais sont élevées. Selon les comptes rendus des journaux, il a dépensé d'euros au Portugal : 90,9 avec les joueurs du Benfica et 74,2 avec les joueurs du FC Porto..

En novembre 2017, son nom apparaît dans les révélations des Paradise Papers.

Le , il obtient la nationalité israélienne, après des difficultés pour renouveler son visa au Royaume-Uni du fait des sanctions contre la Russie. Le , l'ambassadeur d'Israël en Russie confirme l'affirmation et déclare que Roman Abramovitch réside désormais en Israël. La même année, Abramovitch est devenu le citoyen le plus riche d’Israël, selon Forbes..

Alors qu'il fait partie des oligarques internationalement sanctionnés en 2022, Roman Abramovitch propose son aide au président ukrainien Volodymyr Zelensky. Début mars, il participe à des négociations avec les autorités russes. Le , il est victime d'un empoisonnement chimique, ainsi que deux autres membres de la délégation ukrainienne.

Fin , Roman Abramovich a fait don de huit millions de shekels à l’organisation israélienne bénévole ZAKA, qui collecte les restes et identifie les victimes d’attaques terroristes et de catastrophes. Malgré tout, la banque Mizrahi Tefahot a bloqué le transfert du don d'Abramovitch, expliquant que les actifs de l'homme d'affaires sont soumis à des sanctions de la part de l'Union européenne et du Royaume-Uni. En outre, il a été noté que Tel Aviv n'impose aucune restriction à Abramovitch ou à aucun des hommes d'affaires russes qui subissaient des sanctions occidentales. Roman Abramovitch et les avocats de ZAKA ont déposé un procès contre Mizrahi Tefahot. Il a été souligné qu'Abramovitch, citoyen israélien, a ouvert un compte à la banque il y a de nombreuses années, et l'argent qu'il avait l'intention de donner à ZAKA était sur ce compte depuis longtemps. Le , Abramovitch gagne devant le tribunal de district de Tel Aviv dans cette affaire. Selon les médias, le juge du tribunal de district a ordonné à la banque de transférer son don sur le compte de l'organisation ZAKA.

Activités économiques

Secteurs d'action

Finance

La carrière de Roman Abramovitch commence en 1987 en qualité de mécanicien dans une entreprise du bâtiment de Moscou... À partir de jusqu'en , il démarre ses activités commerciales en utilisant les réformes de la perestroïka du président soviétique Mikhaïl Gorbatchev qui autorise la création de petites entreprises privées, les coopératives. Il dirige une coopérative nommée « Ouïout » qui se spécialise dans la fabrication de jouets en polymères.

Pétrole et gaz Avec la dislocation de l'URSS et la privatisation de l'économie au profit de la nomenklatura métamorphosée en oligarchie, Roman Abramovitch s’intéresse aux affaires boursières et devient opérateur de marché. Il figure parmi les premiers à s'intéresser à la vente de pétrole sans s'occuper de l'extraction, achetant le pétrole à des producteurs locaux au prix du marché domestique, puis le revendant à l'étranger grâce à une licence d'exportation.

En 1992, un juge de Moscou ordonne l'interrogatoire de Roman Abramovitch en se référant à l'article 90 du code criminel russe ; à cette époque, Abramovitch était en affaires avec une entreprise lettono-américaine. Il est accusé d'avoir détourné un train transportant des millions de litres de pétrole sur le trajet Oukhta-Moscou, ce train étant sous les ordres d'une entreprise qu'il dirigeait. Le train est retrouvé en Lettonie, et l'enquête révèle que ce pétrole était transporté à Riga grâce à de faux documents et destiné à être vendu sur place. Abramovitch est placé en garde à vue dans le cadre de cette affaire, puis est blanchi.

Par la suite, son intérêt pour les marchés financiers et le métier de courtier permet à Roman Abramovitch de s'enrichir progressivement et de se créer des contacts. Il fait notamment la connaissance de Boris Berezovski, rencontre qui se révèle être le tournant de sa carrière. Grâce aux contacts de Berezovski dans le monde des affaires et au sein du pouvoir, l'ascension des deux hommes est très rapide.

Le , selon un décret émis par le président Boris Eltsine, l'entreprise Sibneft est créée. Elle est destinée à devenir un acteur majeur dans le secteur des hydrocarbures en Russie. Le de la même année, les actifs de quatre entreprises étatiques de ce secteur d'activité sont transmis à Sibneft. C'est alors qu'Abramovitch et Berezovski profitent de la politique de privatisation d'entreprises publiques conduite sous la présidence de Boris Eltsine, notamment le programme public « prêts contre actions ». Celui-ci permettait à de grands banquiers d’acquérir de grandes entreprises à privatiser en échange du financement du budget de l’État.

Ils contactent le premier ministre russe pour l'inciter à fusionner plusieurs grands acteurs publics du pétrole de Russie en échange de la promesse que les oligarques soutiendraient la campagne électorale de son parti grâce à leurs atouts médiatiques et financiers (Berezovski, par exemple, contrôlait plusieurs grands médias russes dont la première chaîne ORT et le journal Kommersant). C'est donc grâce à ces procédés parfois opaques que les deux hommes se trouvent en position d'acheteurs lors de la privatisation de Sibneft, fin 1995. Ils emportent l'enchère pour environ de dollars et contrôlent alors 49 % des parts de l'entreprise, le reste restant sous le contrôle de l'État. Par une série d'enchères successives, l'État revendra ensuite les 51 % restants. Abramovitch acquiert en tout près de 73 % des parts de Sibneft, après rachat des parts de Berezovski. Abramovitch acquiert ensuite des actifs dans l'aluminium achetés à des propriétaires privés et en fusionne le produit avec ceux d'Oleg Deripaska pour former Rusal, l'un des premiers producteurs mondiaux d'aluminium.

En , une fusion est annoncée avec entre autres Sibneft et Ioukos, mais elle ne fut pas suivie d'effet à cause de l'affaire Ioukos. Le président de Ioukos de l'époque, Mikhaïl Khodorkovski, est arrêté et écroué par la suite pour vol par escroquerie à grande échelle et évasion fiscale en octobre 2003.

En , Roman Abramovitch vend sa participation de 72,7 % à Gazprom, pour un montant de de dollars.. Des suspicions existent quant à l'hypothèse qu'Abramovitch aurait rétrocédé une bonne partie des gains de cette vente à l'État pour s'acheter ses faveurs.

Sidérurgie En , via sa holding Millhouse Capital, il achète 41 % de la société Evraz., l'un des trois premiers groupes sidérurgiques russes. Il confirme ainsi sa volonté d'investissement dans la métallurgie.

Fin 2006, il acquiert le groupe d'acier américain Oregon Steel via sa société Evraz pour . Cette transaction fait l'objet d'une enquête par le Trésor américain qui pourrait s'y opposer, notamment pour des raisons de protectionnisme économique.

En 2023, sa participation au capital d'Evraz est de 28,6 %.

Fonds d'investissement

Millhouse Capital

En 2001, il fonde à Weybridge en Angleterre la spécialisé dans les investissements diversifiés (finance, industrie, pétrole…).

C'est via Millhouse Capital qu'il acquiert de nombreuses participations dans des sociétés pétrolières russes, dont notamment Rosneft, et devient également président de Sibneft.

En 2008, en raison de la crise économique et de la baisse en bourse des sociétés dans lesquelles il détenait des parts, il fait transférer les fonds et les compétences de sa société dans une autre nommée MHC Ltd.

Ervington Investments Roman Abramovitch est également le fondateur d'Ervington Investments, une société de capital-investissement basée à Chyprehttps://www.crunchbase.com/organization/ervington-investments#section-overview. En 2022, elle avait 352 millions de dollars d'actifs.

Ervington est contrôlé par Norma Investments Limited, enregistrée aux îles Vierges britanniques et qui appartient à Roman Abramovitch.

Le , le jour de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, Norma Investments a transféré la propriété d'Ervington à Heathville Investments Limited qui est entièrement détenue par Eugene Tenenbaum, un associé de Roman Abramovitch qui a dirigé les sociétés d'Abramovitch, notamment Millhouse Capital, Evraz et Chelsea FC.

Tenebaum a déclaré que Norma Investments appartenait auparavant à une fiducie dont les membres de la famille Abramovitch étaient bénéficiaires, mais que le nouveau propriétaire était David Davidovitch, un proche associé d'Abramovitch.

Carrière politique