Les lettres d'Amarna sont des tablettes d'argile d'ordre diplomatique, retrouvées à partir de la fin du sur le site d'El Amarna, nom moderne d'Akhetaton, la capitale du Nouvel Empire d'Égypte antique, sur la période qui va de 1360 à 1330 av. J.-C., correspondant en grande partie au règne d', plus connu sous le nom d'Akhenaton (v. 1369-1353 av. J.-C.), mais couvrant aussi d'autres règnes (, peut-être jusqu'au début de celui de Toutankhamon). Ces tablettes, sont rédigées pour la plupart en akkadien cunéiforme. On dénombre 350 lettres, le corpus de textes mis au jour à Amarna, comprenant aussi des textes scolaires et littéraires, étant de 382 au total. Il ne s'agit pas d'une archive complète, loin de là, mais au contraire de textes laissés sur place après le départ de la cour égyptienne, parce qu'ils ne présentaient plus d'intérêt. Ils n'en sont pas moins une source d'information primordiale sur les relations internationales à cette période, au point que celle-ci est souvent surnommée « âge d'Amarna ».
Le premier groupe de lettres, moins important en quantité (44), est issu de la correspondance entre les rois égyptiens et les principaux rois du Moyen-Orient : Babylone, l'Assyrie, le Mittani, l'Arzawa, Alashiya et les Hittites. Ils se considèrent comme des « grands rois » de rang égal et s'appellent entre eux « mon frère ». Les sujets abordés sont principalement liés aux échanges qui ont lieu entre les cours, qui consistent en des cadeaux d'hommage et des mariages de princesses avec un roi égyptien. Les négociations sont souvent longues et émaillées de discussions sur la quantité appropriée à offrir, chaque souverain étant soucieux d'être traité à hauteur de son rang et suivant des règles de réciprocité, qui veut que des choses de valeur équivalente soient échangées. Les rois égyptiens en particulier se plient mal aux règles de parité, car ils se considèrent au-dessus des autres. Ces relations reposent sur des messagers qui ont en fait plus largement le rôle de représentant plénipotentiaire de leur roi, conduisant les négociations et parfois contraints de rester des années à la cour égyptienne.
Le second groupe de lettres, bien plus nombreux en quantité (plus de 300), est issu de la correspondance entre les rois égyptiens et leurs vassaux dirigeant des royaumes au Levant, dans le pays de Canaan au sud et jusqu'en Syrie au nord (Ugarit, Qadesh, Amurru, etc.). Il concerne la gestion de l'empire égyptien dans cette région, qui est en fait à cette époque une forme de domination peu contraignante, au point qu'elle a été souvent perçue comme une manifestation de déclin du pouvoir égyptien, ce qui n'est pas évident. Le roi égyptien demande à ses vassaux qu'ils lui fournissent des biens et des personnes, qu'ils approvisionnent ses représentants et ses troupes, et d'une manière générale qu'ils manifestent loyauté et obéissance. Les vassaux demandent à leur suzerain de lui octroyer sa protection, puisqu'ils sont souvent impliqués dans des rivalités locales qui se traduisent parfois par des conflits ouverts. Mais ces troubles très localisés ne paraissent généralement pas préoccuper le pouvoir égyptien tant que son autorité n'est pas remise en cause. Ces textes fournissent de nombreuses informations sur la situation politique des régions du Levant, autrement peu documentées par des textes de cette période. Ils ont souvent été étudiés pour voir leur apport potentiel aux études bibliques, même si cette tendance s'est estompée.
Les tablettes d'Amarna
Découvertes et publications
La découverte des tablettes est faite par des habitants du voisinage du site d'El Amarna, qui découvrent en 1887 des tablettes cunéiformes et entreprennent une exploration plus poussée, sans doute sous la direction d'un marchand d'antiquités. Plus de 300 sont parvenues sur le marché des antiquités et par ce biais ont intégré des collections publiques (parfois après des confiscations) et privées, tandis qu'un nombre indéterminé a disparu. La découverte n'a pas manqué de surprendre voire de susciter le scepticisme, puisqu'on ne s'attendait pas à ce que des tablettes cunéiformes soient découvertes sur le sol égyptien. Rapidement des recherches sont faites pour identifier le lieu de la trouvaille. William Matthew Flinders Petrie fouille El Amarna et trouve une vingtaine de tablettes entre 1891 et 1892. Émile Chassinat, directeur de l'Institut français d'archéologie orientale (IFAO) du Caire, fit l'acquisition de deux tablettes supplémentaires en 1903. Lorsque Knudtzon propose la première traduction des tablettes en 1907, il recense 351 lettres. 24 ont été découvertes depuis, lors de fouilles d'El Amarna, mais aussi dans des musées où elles avaient été oubliées.
Le nombre de tablettes d'El Amarna identifiées est aujourd'hui de 382. Les principales collections de tablettes d'Amarna se trouvent dans les musées du Caire, 49 ou 50 selon W. Moran, plus de deux cents sont au Vorderasiatisches Museum de Berlin, 95 au British Museum, 22 à l'Ashmolean Museum, 7 au Musée du Louvre. Quelques-unes sont parvenues dans des collections privées. Certaines des tablettes connues sont trop fragmentaires pour être lisibles. D'autres qui sont mentionnées dans des publications anciennes sont introuvables, comme celle acquise à titre personnel par l'assyriologue Jules Oppert (EA 260). Une fuite d'eau a endommagé des tablettes de l'Ashmolean Museum. EA 7 a été détruite lors du bombardement du musée de Berlin en 1945.
Sur les 382 tablettes, 350 sont des lettres et le reste sont de type scolaire-littéraire. Les tablettes sont numérotées suivant un principe déterminé par Knudtzon et prolongé par la suite : deux lettres EA pour El Amarna, et un nombre de 1 à 382. Les premières (EA 1 à 44) étant la correspondance des grandes puissances, regroupées par royaume dans un ordre géographique en sens inverse des aiguilles d'une montre (Babylone, Assyrie, Mittani, Arzawa, Alashiya, Hatti), puis les lettres des royaumes levantins (EA 45 à 339) dans un ordre nord-sud (Syrie, Liban puis Canaan), et enfin, à partir d'EA 340, les tablettes scolaires et des lettres de la correspondance des vassaux identifiées après la publication de Knudtzon, ainsi que des tablettes trop fragmentaires pour pouvoir être déchiffrées et rangées dans une catégorie.
La découverte des lettres d'Amarna suscite rapidement un engouement important dans la communauté académique qui y découvre des lettres des principales puissances politiques du Bronze récent ainsi que des possibilités de rechercher des parallèles avec la Bible, sujet toujours porteur dans les études sur le Proche-Orient ancien. Les lettres en hittite et en hourrite sont aussi des sources majeures pour la redécouverte de ces langues. Cela explique la rapidité des publications à son sujet. La traduction de Knudtzon constitue une étape majeure, permettant une base solide pour les études. Elle est prolongée par une édition avec transcription des tablettes par A. Rainey en 1978. Les autres traductions importantes sont faites par W. Moran, auteur d'un travail fondamental de philologie et de recherche sur les tablettes, en français en 1987 puis en en anglais en 1992, et M. Liverani qui propose une traduction des lettres en italien en 1998 et 1999, avec des commentaires historiques reposant en bonne partie sur ses propres travaux sur les relations internationales au Bronze récent. S. Izreel réédite et traduit les tablettes scolaires en 1997. A. Rainey réalise ensuite une nouvelle traduction en anglais, publiée en 2015 après sa mort.
Une autre étude importante est celle conduite par Y. Goren, I. Finkelstein et N. Na'aman (2004) à partir de l'argile des tablettes, soumise à des analyses pétrographiques afin de déterminer leurs lieux de rédaction, en identifiant les territoires d'où a pu être extraite l'argile. Elle a apporté différentes informations importantes, notamment sur la localisation d'Alashiya (confirmant qu'il se situait probablement sur l'île de Chypre) et sur le fait que certaines des tablettes des vassaux pouvaient être écrites dans les centres administratifs égyptiens plutôt que dans leur cité.
El Amarna/Akhetaton thumb|Plan du site d'El Amarna.
Le lieu de trouvaille est le site de Tell El Amarna (al-ʿAmārna), située à environ 300 kilomètres du Caire ou, pour prendre des références antiques, environ à mi-chemin entre Thèbes et Memphis. C'est un site s'étendant sur 15 kilomètres sur la rive droite du Nil, bordé au nord nord-est par un grand cirque. C'est une ville fondée après 1348 par le roi égyptien Amenhotep IV/Akhenaton, pour devenir une résidence royale et servir de nouvelle capitale à la place de Thèbes. Cette décision s'inscrit dans le contexte de réforme religieuse entrepris par ce roi, qui voue un culte au dieu Aton, le disque solaire, supplantant le culte royal traditionnel, qui accorde une importance au dieu Amon de Thèbes. La cité prend d'ailleurs le nom d'Akhetaton, « Horizon d'Aton ». La ville centrale comprend le grand temple de ce dieu, au sud duquel est construit un grand quartier administratif, comprenant un ensemble de bâtiments, et où ont été mises au jour les tablettes cunéiformes. La cour égyptienne quitte la cité peu après la mort d'Akhenaton en 1336, sous le règne de son fils et second successeur Toutankhamon, en même temps que le culte d'Aton est abandonné. Le site a fait l'objet de premières campagnes de fouilles systématiques à partir des années 1890, après la découverte des tablettes, sous la direction de Flinders Petrie. Son exploration archéologique s'est poursuivie depuis..
Le Bureau des archives
Le lieu de découverte de la majorité des tablettes d'Amarna a été identifié lors des fouilles de Petrie dans un bâtiment du quartier administratif d'El Amarna, surnommé « Bureau des archives » (Records office ; ou « Unité 42.21 »). Le complexe de bâtiments dans lequel il se trouve est alors interprété comme le lieu des services des affaires étrangères égyptien. Des briques estampillées indiquent qu'on l'appelait « la place de la correspondance de Pharaon ». Il servait à la fois d'archive et de scriptorium où on formait à l'apprentissage du cunéiforme. Il devait aussi servir d'archive pour des textes en hiératique, et certaines tablettes ont des annotations peintes en hiératique. Cette archive étant constituée en partie de tablettes de la correspondance d' antérieure à la fondation d'Akhetaton, cela indique qu'on y a transporté des tablettes depuis Thèbes lors de l'aménagement de la cour à Akhetaton, sélectionnées au regard de leur intérêt diplomatique. Lors de la courte vie de l'archive, des tablettes ont été écrites et reçues, certaines sans doute mises au rebut ou recyclées (pratique courante). On y trouve aussi quelques copies de lettres du roi égyptien, dont on ne sait pas si elles sont des brouillons, des lettres non expédiées, ou des copies de lettres effectivement expédiées, conservées de manière à pouvoir retrouver leur contenu au cas où il le faudrait. Il est du reste probable qu'une version en égyptien soit rédigée avant sur papyrus, voire également archivée pour préserver une trace de l'échange. Il ne s'agissait pas de la seule correspondance du roi, puisque certaines lettres sont adressées à la reine-mère ou à des hauts fonctionnaires. La majeure partie des archives a ensuite été emportée lors du déménagement de la cour. Les tablettes retrouvées sont donc celles qui avaient été délaissées parce qu'elles n'étaient plus jugées intéressantes. Cela explique pourquoi il manque des lettres auxquelles certaines des tablettes connues font référence : il s'agit donc plus des restes d'une archive que d'une archive à proprement parler. Quelques tablettes ont également été mises au jour dans d'autres bâtiments de la cité administrative d'El Amarna, qui devaient servir pour des membres de l'administration égyptienne ou pour l'hébergement des délégations étrangères.
Les tablettes non épistolaires